PREMIÈRE PARTIE
Se faire une prudence aux dépens de Dieu, au préjudice même des
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règles da monde, à la honte de la religion et à Tavantage de Fimpiété, c'est-à-dire une prudence dont Dieu se tient déshonoré» que le monde même n'approuve .pas, dont les foibles se scandalisent et dont les impies se prévalent, c'est ce que la politique du siècle a de tout temps inspiré aux mondains, et ce que Tesprit de Dieu contredira^toujours. En quatre paroles, je viens de vous proposer quatre liaisons que me fournit la morale chrétienne^ et sur lesquelles j'établis la vérité de ma première proposition* Ne les perdez pas.
Il est de la grandeur de Dieu d*étre servi par des hommes qui fassent gloire d'être à lui et de se déclarer pour lui; et il n'y a point de prudence qui puisse affoiblir la force et l'obligation de ce devoir, parceque ce devoir est le premier principe sur quoi roule la prudence même , et à quoi toute cette vertu doit se rapporter. Les intérêts de Dieu, c'estrà-dire ce qui touche son culte, sa religion, sa loi, flon honneur, sa gloire, sont d'un ordre si relevé , qu'ils ne peuvent jamais être balancés par nul autre intérêt ; et d'ailleurs ces mêmes intérêts de Dieu sont tellement entre nos mains , que vous et moi nous en devons être les garants , et qu'autant de fois qu'ils souffrent quelque altération et quelque déchet. Dieu a droit de s'en prendre à nous, puisque ce dommage qu'ils souffrent n'est que l'effet et une suite de notre infidélité. Or c'est ce qui arrive tous les jours, lorsque, par une fausse politique, nous négligeons de les maintenir, et que, nous en reposant sur Dieu même, nous nous faisons des prétextes pour nous taire quand il faudroit parler , pour dissimuler quand il faudroit agir, pour tolérer et pour conoi ver jquand il faudroit reprendre et punir. Car quelle prudence pourroit alors nous mettre à couvert des jugements de Dieu, dont nous trahissons la cause; et de quel secours peut être pour nous la sagesse du monde , quand, par ses maximes criminellement suivies , nous nous rendons coupables et responsables de l'injure que Dieu reçoit?
C'est par cette règle que saint Jérôme , et après lui le docteur angélique saint Thomas , ont expliqué ce précepte de la loi divine , en apparence si rigoureux , lequel oblige tout homme chrétien à faire , quand il en est requis, la profession publiqueUe sa foi , lui en dût-il coûter la vie, s'attirât-il par-là les derniers malheurs, fallût-il endurer pour cela les tourments les {dus cruels : car notre religion, dit Tertullien, pour l'honneur du Dieu qu'elle nous fieût adorer, ne sait ce que c'est que de biaiser d^ns cette extrémité même. En effet , c'est cette nécessité , ou de mourir pour sa foi en la déclarant, ou d*en être le prévaricateur et l'apostat , je ne dis pas en la désavouant , mais seulement même en la déguisant et en la cacbant ; c'est, dis-je, cette nécessité qui a produit tant de martyrs dans le christianisme. Or la même raison qui obligeoit les martyrs à professer leur foi, m'engage encore aujourd'hui à faire éclater mon zèle dans toutes les occasions oit l'intérêt de Dieu est exposé : pourquoi ? parceque je ne
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suis pas moins redevable à Dieu de mon zèle que de mu foi , ou plutôt parceqne Tobligation particulière que j'aurois de confesser extërieuremeot ma foi , n'est qu'une conséquence de l'obligaiion générale où je suis de témoigner, quand il le faut , mon zèle pour Dieu.
Je sais que dans les premiers siècles de l'Église il s éleva une secte de &UX chrétiens , ou pour mieux dire de mondains , qui en jugèrent autrement , et qui prétendirent que dans ces circonstances , où la confession de la foi étoit censée un crime devant les hommes , on pouvoit au moins, pour se racheter des supplices et de la mort, user de dissimulation , ne paroissant pas ce que l'on étoit , et au hasard même de paroître pour quelque temps ce que Ton n'étoit pas : mais je sais aussi que ce langage révolta tous les vrais fidèles; je sais que d'un consentement unanime les Pères détestèrent et rejetèrent cette erreur, que le premiâr concile œcuménique la condamna, et que, ^ dans la sainte reUgiA que nous professons, ceux-là ont toujours passé pour scandaleux, qui ont refusé de se déclarer ouvertement. Or si cela est vrai de la foi dans les temps mêmes où elle a été odieuse et persécutée, combien plus l'est-il du zèle des intérêts dt Dieu, lorsque pour leur défense nous n'avons point de semblable risque à courir, et qu'une liberté évangélique, bien loin d'être dangereuse pour nous, nous devient glorieux et honorable?
Cestdonc en vertu de ce titre que Jésus -Christ, dans l'onzième