‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 56 sur 119 · chapitre de saint Luc , proposant les maximes fondamentales de son · texte numérisé non relu

chapitre de saint Luc , proposant les maximes fondamentales de son

règne , c'est-à-dire de cet empire souverain qu'il exerce sur nous

comme notre Dieu, insiste particulièrement sur celle-ci : Qui non eu

mecum, contra me est (Loc, 11) : Celui qui n'est pas pour moi, est

ccmtre moi ; parole , dit saint Augustin , qui confondra éternellement

les sages du siècle , et qui suffira pour réprouver l'indifférence crî-

minelle où ils se retranchent » quand il est question de rendre à Dieu

le témoignage qu'il exige d'eux ; parole qui réfutera invinciblement

les raisons frivoles par où ils s'efforcent maintenant de justifier leur

silence, et d'excuser leur timidité en ce que j'appelle le parti de Dieu;

parole de malédiction pour ces esprits d'accommodement qui , sans

jamais choquer le monde, croient avoir le secret de contenter Dieu ,

et qui, sans i:ien faire pour Dieu , voudroient que Dieu fût content

d'eux. Car que répondront-ils à Jésus-Christ, quand il leur dira que

l'un et l'autre ensemble étoit impossible, et quils en dévoient être

convaincus par cet oracle sorti de sa bouche : Qui non est mecum ,

contra me est? Prétendront*ils . l'avoir mieux entendu que lui, savoir

«été plus prudents que lui , avoir eu pour ses intérêts un zèle plus

discret que lui? Et parceqa'alors il s*agira du choix décisif que cet

Homme-Dieu fera de ses élus , dépendra-t-il d'eux d'avoii* été à lui

malgré lui? Ah! Chrétieus. quo David raisonnait bien dune autre

manière, et que l'idée qu'il avoit conçue de l'être de Dieu et de son

excellence hii donnoit bien d'autres sentiments ! Non» non, Seigneur,

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disoîNl à Dieu dans TabondanGe de son cœar» il ne feut point que je m'érige en sage et en politique; et malheur à moi si j> le sms jamais à vos dépens ! Il faut que , dans l'étendue de ma condition , j'aie pour l'avancement et pour le soutien de votre gloire autant de zèle que j'en dois avoir. Car en cela consiste ma grande sagesse ; et ce zèle de votre maison , qui me dévord, fiait que tous les outrages que vous recevez dans le monde me blessent moi-même personnellement : Zelus domûi tuœ comedit me, et Oftprobria exprobrantium tibi ceciderunt super me (Psalm, (j8). Ces outrages , 6 mon Dieu , par l'impiété et Tinsolesoe des hommes» montent jusqu'à vous ; mais^ par une vertu toute contraire de la charité qui m'anime , ils retonibent en même temps sur moi ; c'est-à-dire les blasphèmes que Ton profère ccmtre votre nom , les profanations de votre sanctuaire , les transsi-essions de votre loi, les insultes , les scandales, les dérèglements de votre peuple, tout cela fait sur mon cœur une impression à laqu A je ne puis résister/ Quoi qu'en dise le monde , il faut que je m'explique et que je parle ; et si ma raison s'y oppose , je la rénonce comme une raison séduite et corrompue : Et opproMa exprobranAum tM cedderuntmper me. Voilà, mes chers auditeurs, l'exemple et le modèle que l'Écriture nous met devant les yeux : car ce n'est pas seulement un roi comme David qui doit parler de la sorte, mais un seigneur dans ses terres et ses domaines, mus un juge dans sa compagnie, mais un magistrat dans s<m ressort, mais un supérieur dans sa société, un particulier dans sa famille , chacun sans exception dans son état. Tous les emportements d'un fils débauché et libertin doivent toucher le cœur d'un père ; tous les désordres d'un domestique vicieux doivent toucher cdui d'un maître, le dis d'un père et d'un maître chrétiens, afin que l'un et Tantre répondant à la grâce de leur vocation , ik puissent se rendre le môme témoignage devant Dieu que David se rendoit par ces paroles : Et approbria exprobrantium tibi ceeiderunt super me. Sans cela, ni l'un ni l'autre ne satisfait à ce que lui impose la qualité de serviteur de Dieu ; et sans cela l'un et Tautre abusent du pouvoir qui leur a été donné de Dieu. Seconde preuve tirée de la comparaison des devoirs du monde , et de la manière dont ils sont observés.

Car il serait bien indigne et absolument insoutenable, de vouloir que Dieu comptât pour un service ce que le monde même regarde comme une espèce de perfidie, et qu'il agréât pour témoignage de notre attachement liàe conduite dont les honunes se tiennent tous les jiMirs offensés. Or un ami ^ bien loin de reconnoître pour ami celui qui dans l'occasion hésiteroit à se ranger hautement de son parU et à le défendre, le mépriserdt comme un lâche, et, si je l'ose dire, comme un déserteur de l'amitié. Un prince, bien loin de mettre au nombre de ses fidèles sujets quiconque, dans la conjoncture d'une guerre, affecteroit de demeurer neutre, le traiteroit de rebelle et d'ennemi de l'état. Dès-là que c'est ^n sujet , le joiattre veut , et avec

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justice , qu'il marche sous ses étendards , qu'il s'ittléresse pour la prospérité de ses armes , qu'il y contribue et de sa personne et de ses biens , qn'il lasse céder toute autre considération à ceile-h. Reste donc à voir si la politique du monde , qui ne peut , avec tous ses artifices et tous ses détours, excuser à l'égard des hommes cette disposition d'indifférence , peut l'autoriser à Tégard de Dieu , et si Dieu , jaloux jusqu'à l'excès de la fidélité qui lui est due, peut, ùàns un point aussi délicat que celui-ci , être content de ce qui ne suffit pas même aux hommes pour les satisfaire. Et c'est ici que , pour votre édification et pour la mienne, ou plutôt, que pour la confusion de cette prudence chamelle qui est visiblement ennemie de Dieu , je vondrois, s'il étoit possible, rappeler tous les siècles passés,^ et foire comparottre comme en jugement tous ces sages de la terre qu'on a vus si zélés pour le service des puissances humaines à qui leur fortune les attachoit, mais en même temps si réservés et si froids pour Dieu et pour sa religion. Car enfin , leur dirois-je avec tout le respect convenable , mais toute l'assurance que devroit me donner mon ministère , quand il y alloit du bien de l'état , quand l'autorité du prince se trou* voit en compromis, et qu'il falloit la maintenir, cette moîdératiott, dont vous vous piquiez tant d'ailleurs, ne diminuoit rien de votre ardeur. De quelle sévérité n'usiez-vous pas? avec quelle hauteur, avec quelle fermeté n'agissiez-vous pas? Toute votre prudence alors étoit de n'avoir ni ménagements ni égards , de ne laisser rien impuni , de prévenir par une juste rigueur jusqu'aux moindres suites ; et sur cela même votre zèle étoit louable , puisque l'autorité que vous aviez à défendre venant de Dieu , comme dit TApôtre , elle ne demandoit pas un moindre soutien ni une moindre protection , quoique souvent ^le eût peut-être demandé de votre part une plus pure intention. Mais du reste, dans ces mêmes places que vous occupiez, étoit-il question de vous opposer au libertinage qui faisoit tous les jours de nouveaux progrès ; mais vous parloit-on d'un scandale qui se répandoit , et qni ne pouvoit être arrêté que par vos soins et par une sainte vigueur ; mais falloit-il corriger des désordres qui déshonoroient le christianisme , et qui ne subsjstoient que par votre molle et pernicieuse tolérance : c'est là que ce z*èle , auparavant si courageux et si terme , devenoit timide et circonspect; que vous deviez , à voas en croire, garder des mesures; que vous craigniez de vous avancer; que vous ménagiez celui-ci , que vous respectiez celui-là ; c'est là que votre prudence , ingénieuse à éluder tout ce qui lui étoit à charge , trouvoit mille raisons spécieuses pour ne rien entreprendre, et pour laisser croître le mal': c'est là que vous traitiez d'indiscrétion les plus sages démarches de ceux qui se portoîent pour défenseurs de la vraie piété , et que vous appeliez sagesse , habileté et science dû monde , les dangereuses connivences de ceux qui entretenoient comme vous et fomeritoient l'iniquité. Ah! Chrétiens, cette seule contrariété de sentiments

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et de condiiiie ne sera-t-elle pas une conviction contre voas au tribunal de Dieu, et en iaudra-t-il davantage pour foire évanouir tout le mystère et pour renverser tout le plan de votre prudence prétendue?

Ajoutez (et c'est la troisième raison) que, dans Topinion des honi« mes y cette indifférence pour la cause de Dieu est communément prise et interprétée comme une aliénation secrète des intérêts de Dieu; excellente remarque du chancelier (^erson , que je vous prie de bien comprendre. Voici sa pensée : Car le libertinage même le plus <d>stiné n'osant pas lever le masque , et pour sa propre conservation, quelque malice quil cache au-dedans » ayant soin de ne la pas produire au-dehors , à peine déméle-t-on dans te monde un homme indifférent pour Dieu, de celui qui formellement et expressément est contre Dieu. Vérité si constante que l'on juge même de Tun par l'autre, et que ce jugement n'est ni léger ni téméraire, puisqu'il est fondé sur la pratique la plus commune, et sur l'usage le plus ordinaire des libertins du siècle. En effet, un athée, s'il y en a , ne se fait guère autrement connoitre que par son indifférence pour toutes les choses de la religion. Un honune corrompu et abandonné aux désirs de son cœur, ne se fait guère autrement remarquer que par une certaine insensibilité aux plus honteux dérèglements qui régnent autour de lui, et dont il est témoin. Quand donc ce ne seroit que pour les foibles , qui, voyant de ces chrétiens indifférents et de ces faux sages , en prennent sujet de scandale, parcequ ils ne savent avec qui ils traitent, et qu'ils ne peuvent dire d'un chrétien de ce caractère ce qu'il est ni ce qu'il n'est pas, il faudroit, pour ne les pas jeter dans ce trouble,. nous expliquer , et accomplir par œuvre ce que nous demandons tous les jours à Dieu qu'il opère en nous par sa grâce : JutUca me, Dem, et discerne causam meam ab homine iniquo (Ps.4&) : Jugez-moi, Seigneur, et faites le discernement de ce que je suis, d'avec l'impie et le réprouvé. Je veux dire que nous devrions agir de telle sorte que Ton nous disiîoguât, et qu'étant à Dieu comme nous y sommes, ou comme nous témoignons y vouloir être, notre conduite ne donnât aucun lieu d'en douter. Et voilà , mes chers auditeurs , ce qui obligea autrefois 1 e saint homme Elle à faire aux Israélites ce*reproche que nous lisons dans l'Écriture, et que chacun de nous peut bien s'appliquer; voilà ce qui alluma le juste courroux dopt ce prophète se sentit ému lorsqu'il vit les chefs du peuple d'Israël sans zèle et sans action , à la vue »i'un sacrilège qui se commettoiit, et des honneurs profanes que l'on rendoit à l'idole de Baal : Vsqûequo claudkatis in duos partes? Jusqu'à quand, leur dit-il, balancerez-vous eiitre la prévarication la plus condamn:)ble et le plus soint de tons les devoirs? Si te Dieu d'Israël est votre Dieu , que ne prenez-vous la parole , que n'agissez- vous , que ne combattez- vous pour lui? et siBaal n'est qu'un fantôme, que ne vous élevez-vous contre cette fausse divinité, ou plutôt contre ceux qui

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l'idolâtrent? Pourquoi faut*il ^^e vous teniez un milieu , que ni la conscience y ni l'honneur n'approuveront jamais , et que, par une es^ pèce de neutralité aussi indigne, et presque plus indigne que l'infidélité même , vous scandalisiez vos frères? Pourquoi faut-il que ce peuple qui vous observe , et à qui vous servez d'exemple, jugeant de votre reUgion par Tintérét que vous y devez prendre, puisse avec raison vous soupçonner d'en avoir fort peu , ou de n'en point avoir du tout? Il en veut dés preuves et des effets; et ce n'est que par ces effets et ces preuves sensibles que vous pouvez lui apprendre ce que vous êtes, et pour qui vous êtes. Or combien en voit-on parmi nous (avouons-le ici, Chrétiens, et déplorons-le devant Dieu), combien en voit-on dans les mêmes dispositions que ces Israélites à qui parloit le Prophète? combien de ces ^esprits à qui tout est bon, qui pour le vice et pour la vertu ont d'égales complaisances, qui s'accommodent del'eQreur comm^ de la vérité, qui souffrent* en leur présence le scandale sans émotion , et le mépris de Dieu sans altération ; en un mot, à qui Dieu peut dire ce qu'il disoit dans l'Apocalypse à l'un des premiers évêques de l'Église : Utmatn frigidus esses aut calidus {Apoe,, 3) ! Je voudrois que vous fussiez ou tout un ou tout autre; que vous fussiez ouvertement ou contre moi , ou pour moi : mais parceque vous êtes tiède , et que vous demeurez dans un milieu qui ne décide rien, c*est pour cela que je suis prêt à vous rejeter : Sed quia tepidus es , incipiam te evomere de ore meo. Esprits, ajoute saint Jérôme , d'autant plus dangereux , que dans cet état de tiédeur ils sont plus capables de nuire, plus en pouvoir d'arrêter le bientôt de favoriser le mal, parceque leur tiédeur même a je ne sais quel air de modération qui fait que l'on s'en préserve moins , au lieu qu'une malice plus déclarée auroit bientôt ruiné tout leur crédit, et leur feroit perdre toute créance.

Quoiqu'il en soit, en user ainsi, c'est donner aux ennemis de Dieu, à l'impiété, au vice, tout l'avantage qu'ils demandent, et les mettre en possession du règne funeste et de cet empire qu'ils tâchent, par tontes sortes de moyens , à s'usurper. Quatrième et dernière preuve de la vérité que je vous prêche. Car, suivant la belle et solide réflexion de saint Augustin , le libertinage ne demande point précisément d'être applaudi, d'être soutenu et appuyé; il se contente ' qu'on le tolère, et c'est assez pour lui de n'être point traversé ni inquiété. Quand donc vous le laissez en paix , vous lui accordez tout ce qu'il prétend. Avec cela , il ne manquera pas de prendre racine; et , sans avoir besoin d'un autre secours, il saura bien se fortiier et s'étendre. N'est-ce pas de cette sorte et par cette voie qu'il est toujours parvenu à ses fins? Les ménagements de ceux qui l'ont épargné, et qui dévoient le réprimer dans sa naissance, ont été de tout temps les principes de son progrès. Voilà ce qui a nourri dans tous les siècles la licence de certains esprits contagieux , qui ont infecté le monde ;

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voilà ce qui a introduit jusque dans J^ christianisbe tant d'abus et tant de désordres» directement opposés aux Ipis^de Thonnéteté; voilà ce qui a multiplié les schismes et les hérésies. On se £aisoit d'abord un point de sagesse de les négliger , et puis on se trouvoit trop foibje pour les retrancher. Après les avoir supportés par indulgence » on se voyoit réduit à les souffrir par nécessité. La politique des uns rendoit le zèle des autres impuissant et inutile. Et » pour remonter jusqu'à la souroe, rindifférence d'un homme qui n'avoit pas fait son devoir, étoit la cause origmaire d'un vaste incendie qui embrasoit des pays entiers. En dis-je trop » Chrétiens? et , sans consulter d'autre expérience que celle dç nos pères , ce que je dis n'est-ce pas ce qu'ils ont éprouvé, et de quoi ils nous ont laissé les tristes restes? De là l'obligation spéciale et redoutable de ceux qui se trouvent âevés en dignité , de ceux qui ont dans le monde 9e la qualité , de ceux qui , par leurs talents ou par kurs emplois» se sont acquis plus d'autorité» de ceux à, qui Dieu semble avoir donné plus de lumière et de capacité; de là» dis-je» cette obligation plus étroite qu'ils ont d'attaquer avec force les scandales du siècle» çt de leur couper court : <rf)lig^tion qu'ils doivent considérer comme l'un des poinU sur lesquels le Saint-E^{9Ît leur Êdt entendre qu'ils seront plus exactement recherchés» plus sévèrement jugés» plus rigoureusmnent condamnés. Car qu'un faonune du commun oublie là-dessus et ce qu'il peut et ce qu'il doit» quoiqu'il se charge en particulier d'un grand compte » la conséquence pour Dieu en est moins à craindre ; mais qu'un grand qui a le pouvoir en nain, et qui, sdcm saint Paul» est le ministre de Dieu pour venger ses intérêts » cesse de s'y employer; qu'il soit sur cela d'une composition feoile, qu'il se remue lentement» qu'il résiste foiblement» qu'il se relâche et qu'il se rende aisément, vous savez avec quel succès l'impiété en profite. En vain étalerois-je ici des maux qui vont presque à l'infini , et qui ne vous sont que trop connus. U me suffit de vous avoir appris d'où ils procèdent, et de vous avoir fait comprendre ce qu'il étoit important pour vous de n'ignorer pas » que de tolérer le vice , c'est l'autoriser» c'est le seconder » c'est le faire croître» puisqu'il ne veut rien de pkis qu'une teUe condescendance, 'et que cela seul lui ouvre un champ libre pour passer à toutes les extrémités.

Vous me direz qu'un Eèle vif et ardent» tel que je tâche de vous l'inspirer contre le libertinage et contre le vice » bien loin de guérir te mal, ne servira souvent qu'à l'irrita. Quand cela seroit^ Chrétiens, et que vous verriez que cela dût être , votre iodifCérence pour Dieu n'en seroit pas nK>ins criminelle, et en mille rencontres le zèle ne vous obligeroit pa» moûts à vous déclarer. Quoique le mal s'aigrit et s'irritât, vous auriez fait votre devoir. Dieu aurwt ses vues pour le permettre ainsi; mais l'intention de Dieu ne seroit pas que le mal qu*il voudroit permettre Mt ménagé et toléré par vous. Sans mesurer les choses par l'événement, vous auriez toujours la consolation de

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dire à Diea : Seigneur, j'ai suivi vos ordres, et j'ai pris le parti de votre loi. Et certes , mon cher audheur, il ne vous appartient point et il ne dépend pas de vous , sous prétexte d'un événement futur et incertain , de vous dispenser d'une oblijgation présente et assurée : c'est à vous de vous confier en Dieu, et d'agir dans l'espérance qu'il bénira votre zèle. Aussi ce zèle que je vous demande étant un zèle de charité , qui n'a jien d'amer, qui n'est ni fier ni hautain , qui aime le pécheur et l'impie , en même temps qu'il combat l'impiété et le péché, il y a tout sujet de croire qu'il sera efficace, et d'en attendre le fruit que l'on se propose.

Vous me direz qu'H fiiut'user de discrétion, et je le dis aussi bien que vous ; <ssr à Dieu ne idaise que je vous engage à imiter ceux qui, emportés par leur propre sens, au lieu de se iaire un zèle de leur religion, se font une religion de leur zèle! Non, sans doute, ce n'est point là ce que j'entends. U faut de la discréticin , mais aussi une discrétion qitt ailte toujours au tenne oà le zèle lui-même doit tendre. Tant de discrétion qu'il vous plaira , pourvu que le vice soit corrigé , pourvu que le scandale soit réparé, pourvu que ta cause de Dieu ne succombe pas. Car, que votre discrétion se termine à prendre toujours , quoique sous de belies a{q>arences , le mauvais parti ; que la cause de Dieu souffre toujours , quand dte est entre vos mains ; que l'iniquité se tienne en assurance et qu'elle se croie assez forte , du moment que vous êtes son juge;. que vous ayez dans le doute un secret penchant à conclure favorablement pour elle, et que tout ce tempérament de dis^srétion que vous affectez ne consiste qu'à ralentir votre zèle et qu'à retenir celui des autres, c'est discrétion, si vous le voulez ; mais cette discrétion et cette prudencecontre laquelle saint Paul prononce anaihème, et qu'il met parmi les œuvres de la chair, quand il dit auxRomsins : Soptenfia eamis inimiea estDeo {Rom., 8).

Vous me direz que votre zèle fera de l'éclat et du bruit; mais pourquoi donc en faire, si ce n'est pour empêcher ce que vous savez être un véritable désordre, soit dans l'intérieur de votre famille , soit audehors? Est-ce prudence d'éviter l'édat, quand l'éclat esjt nécessaire, et qu'il peut être avantageux? Faudra-t-ilque le libertinage, qui règne peut-être dans votre maison, sous ombre que vous ne voulez pas éclater, y soit tranquille et dominant? Puisqu'il n'y a qu'un édat qui l'en puisse bannir, bien loin d'appréhender cet édat , ne faudroit-il pas le rechercher comme un remède et comme un moyen efficace? Mais cet éclat troublera la paix : Qu'il ^a trouble , répond saint Augustin ; C'est en cela même qu'il sera glorieux à Dieu et digne de l'esprit chrétien. Car il y a une fausse paix qui doit être troublée, et c'est celle dont je parle, puisqu'elle favorise le péché. Et pourquoi le Fils de Dieu nous a-t-il dit dans l'Évangile qu'il n'étoit pas venu pour appofter la paix sur la terre, mais le glaive et la division ; qu'il étoit venu séparer le fifs d'avec le père, et la mère d'avec la fille? Que vouloit^il par-

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là nous marquer, sinon qu'il y a dans le cours de la vie des occasions et des conjonctures où il est impossible de satisfaire au zèle que l'on doità Dieu, sans s'exposer à rompre la paix avec les hommes ?£t qu'y a-i-il en effet de plus ordinaire que ces occasions oui pour l'honneur de Dieu, il faut se résoudre à soutenir des guerres dans le monde et contre le monde? Non, non, Cbrétiens, il n'y a point de paix, ni domestique ni étrangère, qui doive être préférée à l'obligation de porter l'intérêt de Dieu » et de s'opposer à l'offense de Dieu. Si le scandale qui se commet au mépris de Dieu vient de ceux qui vous sont unis par les liens de la chair et du sang, toute paix avec eux est un autre scandale encore plus grand. Il Caut, selon le sens de rÉvangiie, les haïr et les renoncer; et ils ne doivent point s'en plaindre, puisque, si le scandale vient de vous-mêmes, il faut vous haïr et vous renoncer vousmêmes : car c'est pour cela que Jésus-Christ a pris les alliances les plus étroites du père avec le fils , et de la fille avec la mère , afin de nous feire mieux entendre que nulle raison ne doit être écoutée au préjudice du Seigneur çt de son culte.

Mais ne doit-on pas ménager le prochain» surtout si c'est un ami, si c'est un homme distingué par sa naissance, par son élévation, par son rang? Le ménager, mon cher auditeur ! et qu'est-ce- que cet ami, qu'est-ce que ce grand, qu'est-ce que cet homme, quel qu'il soit, dès qu'il y va de la gloire de votre Dieu et de son service? Si les apôtres avoient eu de tels ménagements, où en serions-nous? Auroient-ils prêché l'Évangile malgré les édits des empereurs et les menaces des tyrans? Auroient-îk répondu avec tant de fermeté aux juges et aux magistrats qui leur défendoient de parler , qu'ils dévoient plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes ? Si justum est in conspectu Deif vos potim aU" dire quàm Deum {Acu^ 4) ? Si les Pères de l'Eglise, les Athanase, les Ghrysostome, les Augustin et les autres, avoient eu de pareils ^ards, auroient-ils préservé le peuple fidèle de tant d'erreurs qu'ils ont détruites, et de tant d'hérésies qu'ils ont hautement combattues ? Agissez avec respect, mais agissez avec force ; l'un n'est point contraire à l'autre. Honorez la naissance, honorez la dignité, hpnorez la personne, mais condamnez l'injustice et l'iniquité. Cependant, Chrétiens, voici le désordre : on a du zèle, et quelquefois le zèle le plus violent et le plus amer pour certaines Conditions, et l'on en manque pour d'autres états plus relevés. On se dédommage en quelque manière sur les petits de ce qu'on ne fait pas à l'égard des grands. Tout est crime dans ceux-là, et tout est, ce semble, permis à ceux-ci. On se persuade que c'est sagesse de se taire, de dissimuler , d'attendre l'occasion favorable, et un moment qui ne vient jamais, ou qu'on ne croit jamais être venu. Ah! Seigneur, ôiez-nous cette damnable sagesse du monde, et remplissez-nous de votre zèle. Que ce zèle nous tienne lieu de la plus haute sagesse, que cezèle soit notre souveraine raison, que ce zèle nous serve de réponse à toutes les difficultés d'une spécieuse et vaine poli-

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tique; qu'après noas avoir garantis de oe premier écueil d'une pnidmce prétendue, il nous préserve encore du second, qui est une lâche foiblesse, dont j'ai présentement à parler, et qui doit être le sujet de la seconde partie.

DBOXIÈttE PARTIE.

C'est une vérité dont Tamour-propre qui nous domine voudroit bien ne pas convenir, mais dont il ressent tous les jours Teifet malgré luimême, que quiconque s'aime au préjudice de son devoir, beaucoup plus au préjudice de sa religion , en s'aimant de la sorte devient son plus dangereux ennemi ; qu'il se perd^n se cherchant, qu'il se détruit en se conservant , et, par une providence toute particulière, qu'il s'attire le sort que David dans u^e espèce d*imprécation soubaitoit aux pécheurs, quand il disoit à Dieu : Redde retributionem eorum ipsig {Ps. 37) : Seigneur, confondez-les dans leurs propres voies, et feites retomber sur eux-mêmes leur iniquité. Voyez*en la preuve, mes chers auditeurs, et Texemple sensible dans ces hommes du siècle, dont il me reste à vous tracer le caractère ; je veux* dire , non plus dans ces sages et ces prudents , mais dans ces lâches chrétiens, qui , par une foiblesse de cœur, par une crainte servile, par un respect tout humain, contre les reproches de leur conscience, lorsqu'ils devroient exercer leur zèle pour Dieu, abandonnent indignement ses intérêts. Ce qu'ils ont en vue, c'est de se ménager eux-mêmes; mais qu'arrivet-il? c'est que, bien loin qu'ils y réussissent, leur lâcheté se termine pour eux à des effets tout contraires. Car premièrement elle les prive du plvs grand honneur qu'ils auroient pu prétendre, même dans l'opinion du monde, savoir, d'être les défenseurs, et, selon la mesure de leur pouvoir, les protecteurs de la cause de Dieu. Secondement, elle les rend odieux et méprisables tout à la fois : odieux aux gens de bien, qui, témoins de leur infidélité, ne peuvent se dtfendre de concevoir contre eux une juste indignation ; et méprisables même aux impies , dont ils croient néanmoins par-là devoir se promettre FafFection et Tapprobaiion. En troisième lieu , cette lâcheté se dément et se contredit dans eux, mais d'une manière, comme vous le verrezf dont ils ne sauroient se parer, et dont la conviction et le remords leur^ft déjà insupportable dès cette vie. Enfin,, elle oblige Dieu à retirer d'eux ses grâces les plus spéciales, et k leur &ire sentir les châtiments les plus sévères de sa justice. Quatre points que je vous prie de bien méditer, et qui demandent encore de votre part une nouvelle réflexion.

Oui, Chrétiens, vous renoncez à votre propre gloire, lorsque, dans les sujets qui s'offrent à vous et où votre zèle vous, doit faire entrer, vous n'osez, par une timidité foible et lâche, ni parler ni agir pour l'intérêt de «Dieu. Car qu'y a-t-il de plus digne d'unç grande ame, d'une ame noble et élevée, que la défense d'un tel intérêt , et que pouvonsnous nous proposer dans le monde de plus honorable? Quand vous

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travaillez ponr vous-mêmes, comme vous êtes vousHOiêmes petits, qaoi qoe vous fassiez, tout est petit, tout est l>orné , tout est réduit à ce néant inséparable et de vos personnes et de vos états. Mais quand vous vous intéressez -pour Dieu , tout ce que vous faites , dans l'idée même des hommes, a je ne sais quoi de divin que l'on est comme forcé d'honorer; et qui donne pour vous une secrète vénération. Vous cherchez la gloire, écrivoit saint Augustin à on homme du monde; et cette gloire que vous cberches, où la trouverez-vous mieux que dans l'exercice d'un zèle sincère pour tout ce qui touche le culte de votre Dieu ; c'est-à-dire pour protéger ceux qui l'observent, pour réprimer ceux qui le violent, pour faire cesser les abus, pour maintemr la discipline, pour vous opposer comme un mur d*airain et comme une colonne de bronze aux entreprises de l'erreur, da vice, de l'impiété? Si vousaves un mérite solide à acquérir pour vous rendre recommandaUe , par quelle autre voie devez-vous espérer en venir à bout? Qifest-ce qm a inmiortalisé le non) de tant de grands hommes dans l'ancien Testament et dans le nouveau ? Qu'est-ce qui a imprimé dans tous les esprits les sentiments d'une estime. si générale et d'une admiration «i constante pour ces illustres Madiafoées ? Qu'est-ce qui a distingué, entre les empereurs chrétieos, les Constantin et les Théodose? N'est-ce pas ce zèle de l'honneur de Dieu et de sa loi, dont ils ont été animés ? Parcourez , disoit ce brave Madiathias étant an lit de la mort et instruisant ses enfants, parcourez toutes les générations, et voyez si ceux de nos ancêtres dont la mémoire est en bénédiction ont autrement mérité ces éloges et ee respect des peuples que par la fdrce et le courage qu'ils ont témoigné, quand il a été question de soutenir la cause du Seigneur. Ne pensez pas arriver jamais au degré de gloire où ils se sont élevés que par la même résolution ; et ne soye? pas assez aveugles pour croire que par des succès purement humains, dont le monde peut-être vous féÛdtera, vous puissiez les égaler. Ainsi parloit ce saint et généreux pontife; et c'est, Chrétiens, ce que je vous dis après lui: Non, qui que vous soyez, n'attendez point d'autre gloire véritable que celle qui vous viendra de la sainte ardeur que yons marquerez à Dieu et pour IHeu. Avec de prétendils succès que vous aurez d'ailleurs, et à quoi^ hommes pourront applaudir , vous ferez un pen de bruit dans fe monde; mais avec ce bruit, comme l'Écriture nous l'apprend, votre mémoire périra. Cette gloire que vous aurez cherchée hors de Dieu, et où Dieu n'aura nulle part, s'évanouira comme une fumée; et après vous avoir ébloui pour quelque temps d'une faïusse lueur, die vous laissera dans une éternelle obscurité.

Mais savez-vous encore quel doit être en cela le malheur de votre destinée? C'est qu^étant lâches pour Dieu comme vous.étes. Dieu, qui n'a besoin de personne et qui choisit ceux qui faii plaisent, ne daignera pas métne se servir de vous. Usant bien àes talents et des avantages que vous aviez. reçus de lui, vous pouviez être les instruments de

sua LE ZELE, BTC. 4^

sa gloire; mais il ne voudra pas vous y em^doyer, C'ëtoit un honneur qu'il TOUS eût fait» mais dont il vous trouvera indignes-Yous ne méritez pas d'avoir place entre ces hommes connus pour être à lui, et déterminés dans le besoin à se sacrifier pour lui : il en suscitera d'autres qiô le mériteront mieux que vous; d'autres qu'il remplira de son esprit , et qui, dans la médiocrité de leur condition* feront pour ses intérêts des prodiges de vertu. Ceux-4à oseront tout et risqueront tout, quand il s'agira de leglorifier ; et voilà pourquoi il les glorifiera eux-mêmes. Vous craignez de vous exposer : eh bien ! il se passera de vous ; mais aussi n'aurez-vous pas l'honneur de lui avoir été fidèles , et l'oracle qu'il a prononcé se vérifiera à la lettre : Qincwnque glorijicaverit met glorificabo ewm; qtà autem contemnunt me, ervnt ignobile» (4 . Reg., S) • Voilà comment s'expliquoient autrefois les prophètes, pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchoient à les piquer ; et plût à Dieu que ce discours fût accompagné d'une grâce assez forte et assez puissante pour faire sur vous de pareilles impressions !

Mais ce n'est pas tout : om* en même temps que vous vous privez del'honneur et du mérile que vous auriez à prendre le parti deDieu, vous devenez , par une suite nécessaire , odieux et méprisable aux hommes. A qui odieux? je l'ai dit, à tout ce qu'il y a de vrais fidèles qui aiment Dieu, et qui voyant avec quelle foiblesse vous mollissez dans toutes les rencontres, en gémissent , et disent intérieurement comme le roi David: Vidi prcevaricantes ^ et tabescebam (Ps. 118) : J'ai vu, Seigneur, ces lâches prévaricateurs, qui, par des complaisances intéressées» ou par une crainte mondaine, ont obligé votre cause : je les ai vus, et j'en ai séché d'ennui et de regret. Car quelle amertume à nn Juste qui a le cœur droit et qui brûle d'un zèle évangéUque, devoir les intérêts de Dieu trahis par les vaines considérations et les timides, mais criminelles réserves, des partisans du monde et de ses esC'Sves ! Que peut-il moins faire que de s'en prendre à eux, et de fc»*mer contre eux dans son cœur ce sentiment de haine qu'une semblable indignité excitoit dans le cœur de David ? haine dont il ne se faisoit nul scrupule, quedis-je? qu'il s'estimoit heureux de ressentir, et dont il se faisoit un mérke auprès de Dieu ; haine qui procédoit en lui des plus^ures sources de la charité, et qui lui donnoit droit de dire : Perfecio otUo oderam iUos , et intmtct fùcii sunt mihi {Pi» 158) : Je les haïssoîs, mais d'une haine parfaite; et j'étois leur ennemi, parcequ'ils ëloienttoB ennemis secrets de mon Dieu : Perfecto odio oderam iUos. Or je vous demande s'il est rien , même selon le monde, de plus difficile à supporter^ et.qui approche plus de la malédiction, que cette haine et cette aversion des gens de bj^n. Je sais qu'il y a de ces cœurs durs que leur lâoheté même pourroit rendre insensibles à ce motif, et qui oompteroient pour rien d'être dans la haine des serviteurs de Dieu, pourvu qn'ilspussent contenter l'amom^ropre qui les possède :

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mais n'est^e pas une autre malédiction qui prouve encore plus clai-' rement ce que j*ai avancé? Car, dans la pensée du sage, être content lorsque l'on s'attire la baine des hommes» c'est être d'autant plus odieux qu'on le veut bien être, et qu'on n'est point touché de l'être. Et ne me dîtes point que ce qui est condamné des uns est approuvé des autres : vous vous trompez, Chrétiens. Votre lâcheté, outre la haine des gens de bien, vous fera tomber encore dans le mépris des libertins et des pécheurs. Pourquoi? parceque les pécheurs et les libertins seront assez clairvoyants pour découvrir le foible de votre conduite, et qu'ils s'apercevront bien que votre indulgence pour eux n'est dans le fond qu'une petitesse d'ame, et que si vous les épargnez, c'est que vous n'avez ni la force ni la hardiesse de les entreprendre. Or la lâcheté reconnue, selon la remarque de Gassiodore, est toujours méprisée, et de ceux mêmes à qui elle est utile. Si, du moment que le vice se produit et que le scandale paroit, vous qui le devez arrêter, voiis faisiez votre devoir, les scandaleux et les vicieux, en vous redoutant comme leur persécuteur, seroient obligés néanmoins mal* gré eux de vous estimer et de vous respecter. Ce qui vous perd dans leur esprit , c'est la complaisance même que vous leur témoignez. Ainsi, manquant à l'une de vos plus essentielles obligations par rapport à Dieu, vous n'avez pas même le monde pour vous : comme si le monde, tout perverti qu'il est, vous faisoit en cela votre leçon, vous' reprochant votre peu de zèle au même temps qu'il en profite, et vous méprisant par où vous pensiez lui plaire.

Mais vous n*avez pas, â ce que vous prétendez, assez de fermeté pour vous opposer au progrès du vice et pour résister a l'insolence du libertinage. Ah! Chrétiens, c'est un troisième point où j'ai dit que l'iniquité de l'homme se dément elle-même, et oii je prétends que, pour peu qu'on se fasse de justice, on ne peut éluder ni soutenir le reproche de sa conscience. Car voilà, mes chers auditeurs, le comble de notre misère , confessons-le humblement et avouons-le de bonne foi : Nous ne manquons de fermeté que lorsqu'il faut en avoir pour les intérêts de Dieu, et pour nos intérêts propres nous ne péchons que parceque nous avons trop de fermeté. Je m'explique. Que Dieu soit outragé, que son nom soit blasphémé, que le culte de sa religion soit profané, nous demeurons dans un repos oisif et dans une langueur mortelle ; mais qu'on nous attaque dans nos biens, qu'on nous blesse dans notre honneur, il n'y a point d'excès où le ressentiment ne nous porte^Et, pour en venir au détail, qu'un esprit impie et corrompu ra ille en notre présence des choses saintes, c'est là qu'une crainte humaine nous ferme la bouche; mais que la raillerie détende sur nous, su r nos personnes, sur nos actions, nous nous déchaînons contre elle jusqu'à la fureur. Qu'un libelle injurieux et diffamatoire se débite dans le publie, et que nous nous y trouvions notés, nous remuerons to ut pour en savoir l'auteur, et nous le poursuivrons jusqu'au tom-

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beau; mais qu'un livre abominable se répande, où la pureté des mœurs et la charité du prochain soient violées , à peine le condamnons-nous, et Dieu veuille que nous ne nous en dissions pas un divei*tissement ! En un mot, qu'on déshonore Dieu et qu'on crucifie Jésus- Christ, comme l'Apôtre nous apprend qu'il est encore tous les jours crucifié à nos yeux , ce n'est rien pour nous; mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office, c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte. Quelles aigreurs, quelles inimitiés, quelles vengeances , suivant cette belle parole de saint Jérôme : In Dei injuria benigni sumus, in no$irii contumeliiê odia exercemu» (Uieron.) ! Or il est bien étonnant que nous ayons des sentimenis si opposés, et que notre esprit, par une étrange contradiction, soit tout à la fois si patient et si fier, si tiède et si ardent, si lâche et si courageux. Je dis si courageux, si ardent , si fier dans nos propres injures, et si patient ou plutôt si lâche et sans vigueur dans celles de Dieu. Mais c'est à nous à nous justifier devant Dieu sur une si monstrueuse contrariété.

Nous n'avons ni crédit, ni industrie, ni intelligence contre les progrès et les attentats du libertinage; ainsi parlons-nous quand il ne s'agit que de Dieu seul et de sa cause. Mais que ce qui étoit la cause de Dieu devienne la nôtre, que cette cause de Dieu commence à nous toucher personnellement, que notre intérêt s* y trouve mêlé; et l'on verra si nous sommes aussi peu agissants et aussi dépourvus d'adresse que nous le disons. Il n'y .a point aloi*s de ressort que nous ne sachions faire jouer, et il n'y a point d'obstacle que nous n'ayons le secret de rompre. Auparavant nous ne pouvions rien, maintenant nous pouvons tout. Nous n'osions employer nos amis pour Dieu, nous les fatiguons et les épuisons pour nous:mémes. Il semble que nous soyons transformés en d'autres hommes, et que notre lâcheté, par un changement merveiUeuXy se soit convertie dans la plus intrépide et la plus inébranlable constance : In Dei. injuria benigni sumus ^ in nostris conr tunieliis odia exerce^nus. Encore une fois, pour peu que nous soyons équitables, pouvons-nous enteiidi-e sur cela le témoignage de notre cœur, et n'en pas rougir de confusion? Si nous n'en rougissons pas. Chrétiens; si, par une ferveur toute nouveRe qui doit aujourd'hui nous ranimer, nous ne profitons pas de ces leçons que je vous fais , Dieu saura bien nous faire porter la peine de notre injustice, et nous punir de notre infidélité. Car s'il y a rien qui soit capable de l'irriter contre nous et d'attirer sur nous les fléaux de sa colère (apprenez-le, grands de la terre, et humiliez-vous sous sa main toute-puissante), si, dis-je, il y a un sujet qui l'engage à se tourner contre vous, et à vous traiter avec plus de sévérité, c'est celui ci. Quelque bien que vous puissiez faire d'ailleurs, si, par une conde:)Cendànce trop facile, vous souffrez que la religion, que l'Église, que la piété, que la vérité, que la saine doctrine i soient impunément attaquées, fussiez-vous dans

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tout le reste des hommes irréprochables » vôas êtes des anàthèmes que Dieu rejettera» qu'il confondra même dès cette tie, et sur qui il fera éclater tonte la rigueur de ses jugements. Ne comptée point sur toutes les autres vertus que vous auriez pratiquées. Vous n'êtes pas plus saints que 1-étoit Héii : il atmoit l'ordre , il vouloit que Dieu fût servie et il le servoit lui-même; il étoit touché des scandales que se$ deux enfants , Opbni et Phinées, donnoient dans le temple : mais il manquoit de fermeté pour les tenir dans le devoir, et pour réparer les outrages qu'ils faisoient à Dieu. Vous savez ce qui lui en arriva. Quia magis honorasti filios tuos quàm me, lui dit le Seigneur par la bouche de son prophète, ecce dies peniunt, et prcecidam brachium tuum, et non etitsenecù in domo tuâ (1. Reg.j fj : Parceque tu as eu plus d'épfivd pour tes enfants que pour moi, parceque tu as plus craint de leur déplaire qu*à mol, parceque tu n*as pu te résoudre à les contrister en les chfttlant, et qu'ils t'ont été plus chers que moi, voici le jour de ma justice qui approche. Gomme tu m'as offensé en eux, je te punirai par eux : ils mourront Tùn et l'autre d'une mort funeste, et dans leurs personnes toute la gloire de ta maison sera pour jamais anéantie. Aiil mes chers auditeurs, combien de pères dans le christianisme à qui Dieu pourroit faire, an moment que je parle, la même menace et la même prédiction ! Quia magis honorâsti filios tuos quàm mej Parceque vous vous êtes laissé amollir par une tendresse criminelle, et que vous Tavez conservée à mon préjudice pour des enfants Impies, athées, perdus de conscience; parceque, voyant leurs désordres, vous n'avez pas voulu oublier que vous étiez leur père, pour vous souvenir que j'étois votre Dieu, ou que vous vous êtes seulement souvenu que vous étiez leur père pour les aimer, sans vous souvenir que vous Tétiez encore pour les corriger; parceqa'en mille occurrenœs où je vous demandoîs raison de leurs déportements, vous n*avez pu consentn* à vous élever contre eux pour venger mes intérêts : Ecce dies veniunt, et prœcidam bracHium tuumy et non erit senex in ddmo tuà; je vous priverai de ces bénédictions que j'ai coutume de répandre sur mes serviteurs/et sur ceux qui leur appartiennent. Elles ne seront ni pour vous ni pour ces enfants, dont vous êtes idolâtres, et sur qui vous fondiez vos espérances dans l'avenir. Je détruirai votre maison, j'abaisserai votre grandeur, je saperai les fondements de cet édifice imaginaire que vous vous promettieas de bâtir; et, par la juste sévérité de mes châtiments, vous reconnottrez que je n'ai besoin que de moimême pour tirer, quand je le veux, une vengeance exemplaire des injures que je reçois, et de ceux qui les pardonnent trop aisément.

Oui, mes Frères, c'est ainsi que Dieu pourroit vous parler, et à bien d'autres. La prédiction se vérifia à l'égard d'Héli» l'effet répondit à la menace; tout cô que le prophète lui avolt annoncé s'exécuta ; et, selon les règles de la prédestmation divhie, ce fut encore une grâce que Dieu fit à ce père infortuné : car tous les maiix qui tombèrent

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