‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 68 sur 119 · SUR LES OEUVRES DE LA FOI. SM · texte numérisé non relu

SUR LES OEUVRES DE LA FOI. SM

morte , et elle ne peut Tétre sans que nous soyons coupables de l'avoir éteinte , en lui ôtant la vie qu'elle avoit reçue de Dieu. Or en quoi consiste cette vie de la foi » ou plutôt , s'il m'est permis de m'exprimer ainsi , quefié est Famé qui entretient et qui fait subsister le corps de la foi ? Ce sont , répond le même apôtre , les bonnes œuvres que nous pratiquons. Voilà par où la foi se soutient y voilà ce qui lui donne le mouvement et l'accroissement , voilà ce qui la rendroit immortelle si nous étions constants et toujours fervents dans la pratique de nos devoirs. Comme donc il arrive qu'un corps y dès qu'il cesse d'exercer les fonctions de la vie , commence à se détruire et à se corrompre ; aussi la foi , par l'interruption des bonnes œuvres , s'affoiblit peu à peu y devient languissante y mourante , et, si j'ose user de xes termes , expire enfin et meurt : Sicut enini corpus sine spiritu mortuum est, ita pdes sine operibus mortua est (Jacob., 2). Conclusion terrible , ajoute saint Augustin y puisqu'il importe peu ou de n'avoir qu'une foi morte, ovde n'en point avoir du tout , et que le plus grand de tous les crimes est d'en avoir une dont on devienne , devant Dieu , le meurtrier et l'homicide.

Cependant, Chrétiens y rien de plus vrai ; et cette théologie de l'apôtre se confirme sensiblement par l'expérience que nous pouvons avoir de nous-mêmes. Car qu'y a-t-il de plus mort que la foi d'un homme qui ne fait rien pour Dieu ni pour son salut? Et que doit-on juger d'une foi comme celle-là , sinon , ou qu'elle est déjà détruite dans le cœur de celui qui la professe , ou du moins qu'elle le sera bientôt? J'avoue (et c'est ici que l'application de vos esprits m'est nécessaire), j'avoue que la foi , qui est une vertu surnaturelle , ne se détruit pas dans nous comme les vertus morales, je veux dire par une simple omission des actes qui lui sont propres,* j'avoue même que, toute surnaturelle qu'elle est , elle peut subsister avec le péché et avec le péché mortel , de quelque nature et de quelque grièveté qu'il puisse être , à l'exception de l'infidélité seule, puisque, selon la doctrine du concile de Trente , il n'y a que le péché d'infidélité qui nous fasse perdre directement l'habitude de la foi : mais je prétends qu'en cessant de faire de bonnes œuvres , on en vient insensiblement et presque sans l'apercevoir à cette infidélité ; non pas à une infidélité ouverte et déclarée, que la bienséance même des mœurs ne soufFriroit pas , mais à une infidélité secrète , qui est aujourd'hui le grand péché du monde. Et comment cela ? le voici , Chrétiens ; concevez-en bien le progrès , et vous conviendrez que je n'exagère rien. C*est,qu'en matière même d'infidélité, on ne se pervertit pas tout-à-coup. Il y a certaines démarches et certains degrés par où le démon nous conduit , et qui nous mènent à ce malheureux terme. Je m'explique. Nous ne perdons pas d'abord la vertu de la foi , le caractère que nous portons l'a unprimée trop avant dans nous pour la pouvoir si tôt effacer; mais nous en perdons premièrement l'usage et l'exercice , en négligeant les de-

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