‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 69 sur 119 · SUR LES ŒUVRES D£ LA FOL · texte numérisé non relu

SUR LES ŒUVRES D£ LA FOL

voîrs de religion auxquels cette foi nous engage. A force d'en perdre Texercîce , nous en perdons peu à peu Tafi^ction et le goût ; car le moyen de goûter ce que Ton ne pratique pas , et le moyen de s*affeotionner à une foi que l'on, se représente toujours comme fâcheuse et importune ? Après avoir perdu l'affection et Je goût de la foi » nous venons bientôt à perdre la soumission et la docilité qu'elle demande. Car il est difficile , dit saint Bernard » que nous nous soumettions sincèrement et parfaitement à ce qui n'est pas selon notre cœur y et que nous ne prenions pas plaisir à contredire ce qui nous blesse et ce qui nous déplaît. Perdant cette soumis&ion de ia foi , il est infaillible que nous corrompons la substance de notre foi » puisque la soumission de l'esprit est aussi essentielle à la foi que la foi Test à elle-même. La substance de la foi étant corrompue , il ne nous reste plus qu'un fantôme de cette vertu , pire devant Dieu que l'infidélité païenne , puisque c'est une infidélité élevée , pour ainsi dire , sur les débris de la foi. Or tout cela , Chrétiens , vient de cette lâcheté , de ce dégoût et de cet abandon des bonnes œuvres, comme de sa source. Ainsi un homme du monde se propose de vivre selon l'esprit du monde y et cet esprit du monde le fait tomber dans une insensibilité de cœur, et dans un oubli universel des choses de Dieu. Il ne vaque plus 4 la prière, il n'use plus d'aucun sacrement, il ne sait plus ce que c'est que pénitence , il n'y a plus de jeûnes ni d'abstinences pour lui ; il ne pense pas même à ce qui lui coûteroit le moins et qui '^ lui pourroit servir auprès de Dieu d'une ressource , qui seroit de soulager les misères des pauvres ; s'il assiste au sacrifice de l'Église , c'est sans esprit de religion , et Dieu veuille que ce ne soit pas souvent avec un esprit d'irréligion ! Il en est de même d'une feiâme mondaine : die passe sa vie dans \m embarras d'occupations vaines et frivoles , ou dans une oisiveté monstrueuse à l'égard du salul ; elle est chrétienne , et à peine lui voit-on jamais faire une action de christianisme. Point de retraite , point de pratique de charité envers le prochain , point de visite des hôpitaux , point de soin d'élever ses entants ni d'instruire ses domestiques ; tine messe, par cérémonie , un siermon par curiosité, une légère aumône par forme d'acquit ou par une compassion humaine, voilà à quoi se réduit toute sa vie selon Dieu. Que s'ensuit-il delà ? je vous l'ai dit, un assoupissement , une léthargie , et enfin une extinction entière de la foi. Tandis que nous sommes dans la ferveur des bonnes œuvres , comme la foi ne nous promet en cet état que des récompenses , nous ne trouvons en elle qu'un fonds de consolation et de joie intérieure pour nous; et n'y trouvant que ce fonds de joie , notre esprit, bien loin de s'en rebuter , se sent disposé à s'y attacher , et à ne s'en départir jamais. Mais avons-nous une fois abandonné ce zèle pour les œuvres que Dieu nous commande , dès-là notre esprit, qui ne trouve plus rien dans -la foi d'avantageux ni de favorable , et qui , par la corruption des désirs du cœur , croit plutôt

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les choses comme il auroit intérêt qu'elles fussent que de la manière qu'elles sont , se défait peu à peu de cette foi qui lui est incommode, parcequ'il ne peut autrement se délivrer des reproches que cette foi lui fait; et je suis persuadé, Chrétiens, par toutes les lumières que Dieu me donne , que voilà le grand principe de l'infidélité du siècle.

Mais, me direz-vous, il est toujours vrai que l'habitude de la foi divine peut demeurer en nous sans agir, fe le sais, mes chers auditeurs ; mais je sais aussi que dès qu'elle cesse d'agir en nous , mille ennemis commencent à s'élever dans nous-mêmes pour agir contre elle. Nos passions , l'orgueil qui nous domine , l'amour de la liberté , le monde, la chair, tout cela s'^arme et combat contre notre foi ; et si notre foi ne résiste pas , et qu'elle ne soit pas en défense , il faut nécessairement qu'elle succombe à tout cela. Or comment la foi se déjfendra-t-elle de tout cela si ejle n'agit plus? Quelles armes jDieu lui a-t-il données pour repousser les ennemis qui l'attaquent , sinon les œuvres du salut? et le moyen qu'elle triomphe de tant de démons , si ce n'est , comme disoit je Fils de Dieu , par la prière «t par le jeûne ? JElt c'est ici que je vous prie do remarquer avec moi le faux raisonnement d'un nomme du monde , qu^ se plaint et qui déplore son malheur d'ayou* peu de foi , quoiqu'il souhaitât , dit-il , d\en avoir davantage. RajFfinement dont le libertinage se sert pour se justifier en cj^uelque sorte , et pour se rendre moins odieux. Car comment est-ce , mon cher au<^itéur, que vous auriez beaucoup de foi , ne faisant rien de tout ce qui est nécessaire pour l'entretenir « et faisant ce qui est capable de la ruiner ? Comment auriez-vous de la foi , la traitant de la manière que vous ^a traitez , la retenant captive dans l'injustice , la prost^ituaut aux désordres d'une vie impure , lui portant autant de coups que vous commettez ^e crimes , et ne pensant jamais à guérir ses plaies par les remèdes que Dieu vous a mis en main ? Ne seroit-ce pas une espèce de prodige ^e votre foi fût à l'épreuve de tant de blessures, et ne faudroit-il pas s'étpqner comme du plus grand de tous les miracles que, dans un dérèglement de vie pareil ^ celui oii vous êtes , vous conservassiez une foi saine et pure ?

Mais dépend-il de moi de croire et d'avoir la foi ; cela est-il en mon pouvoir, et est-ce une chose dont je sois le maître , en sorte que je me la puisse commander k moi-même? Yoilà le dernier retranchement des âmes mondaines et infidèles : U ne dépend pas de moi de croire ou de ne pas croire. Il n'en dépend pas , Chrétiens? et pourquoi donc le Sauveur du monde aurpit-il reproché à ses disciples que leurs cœurs étoient lents et tardifs à croire : 0 stulti et tardi corde ad cr edendum (hvc.^^i)? Pourquoi se seroit-il offensé de leur incrédti^ité, lorsqu'il leur dispit avec indignation : jusqu'à quand vous souffrirai-jo,? 0 generatio incredula, u&quequo patiar vo9 (Matth.^ i7)? Pourquoi auroit-iî repris saint Pierre d'être un homme de peu de foi? Modicœ fidei, quare dubitasti (Matth., 14)? Car si celle foi

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