‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 7 sur 119 · PREMIÈRE PARTIR · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIR

n n'y a que Dien qui essentiellement et par lui-même ait une légitime autorité pour juger les hommes, parcequ'il n'y a que Dieu qui soit le créateur, et par conséquent le souverain et lemattre des hommes : vérité mcontestaUe ^ et si universelle, que Jésus-Christ même , en qualité d'homme , n'auroit pas le pouvoir de juger le monde comme nous apprenons de TÉvangile qu'il le doit juger , si ce pouvoir ne lui avoit été donné de son Père. Seigneur , disoit David par un esprit de prophétie, donnez au roi votre jugement. Le texte hébraïque porte : Donnez au roi votre puissance, pour juger le peuple que vous lui avez confié : Deus,.judicium tuun^ régi da {PsaL 7l) ; comme s'il eût dit : Ce jugement , mon Dieu, n'appartient qu'à vous ; mais faites-en part à celui que vous avez choisi : et puisque vous l'avez établi roi, commettez-lui votre justice, afin qu'il Fèxerce en votre nom : Etjustitiam tuam filio régis. Je sais» Chrétiens, que ces paroles du Psaume peuvent être entendues de Salomoni , en faveur duquel David feisoit à Dieu cette prière ; mais je sais aussi que tous les Pères de l'Église les ont expliquées de Jésus-Christ , et que les Juifs mêmes, suivant leur traditioa , tes rapportoient à la personne du Messie , dont Salomon n'étoit que la figure. Quoi qu'il en soit , dit saint Augustin , il est de la foi que jamais le Sauveur du monde ne jugera les vivants et les morts qu'en vertu de la commission qu'il en a reçue : Pater amnejudicium dédit FiRo (Joan. , 5);. que comme il n'a point pris de lui-même la qualité glorieuse de pontite, aussi ne s'estil point attribué celle de juge; q^ii'il a voulu, ou, pour parler plus exactement , qu'il a dû être spécialement appelé à cet hnportant ministère ; et que , sans la vocation divine, tout grand, tout sage, tout saint qu'il est , il n'en feroit jamais nul exercice : ainsi lui-même dans l'Écriture s'en déclare-t-iL Or, de là , mes chers auditeurs , je tir^ d'abord un argument invincible contre l'abus des jugements téméraires; car que faisons-nous quand , au mépris de cette règle , nous nous donnons la liberté de juger le prochain? Nous attentons sur l'autorité de Dieu ,nous entreprenions nurses drpits , nous nous donnons ou nous prétendons nous donner un pouvoir qu'il s'est réservé » et qui lui est propre; ce que Jésus-Christ ne fera que comme délégué de son Père céleste , nous le faisons de notre chef; ce que Dieu par privilège lui a accordé comme à son Fils, nous l'usurpons im|)unément et sana titre. Et voilà, dans la doctrine de saint Paul, le premier principe sur quoi est fondée la témérité de la plupart des jugements des nonunes. C^ , qui étes-vous , disoit ce grand apôtre » pour juger et pour condamner le serviteur d'autrui ? Tu qn^ es, qui judicat alienum$ervuai (JRaift., 14J ? S'il topobe pu s'il demeure ferme, oe n'est pointa vous d'c» 0QUiQltre;.e*est à oÀm 4pnt il dépend » ei

SUR UB JUGEÉEMÎ TÊlIÉilAlilB. tt

qm oomme maître est son jnge : JkminoiuoiUU ma eoAt [Ram., 1^, Cest-à-dire» selon la paraphrase desaint Ghrysostome, pourquoi jqgezvoos oe qui ne vous regarde pas ; et pourquoi vos Tues s'ëtendent-âlea hors des limites où l'ordre de la Proi^dence et votre condition vous renfennent? Cet homme dont vous censurez la conduite, et dont vous condamnez peut-être non seulement les actions , mais les intentions , est-il votre sujet? Avez-vous dans le monde quelque supërioritésur lui? Rendrez-vous compte de sa vie? En devez-vous répondre à Dieu? Si cela est, je consras que vous en jugiez ; et mon soin alors seroit de vous apprendre la manière dont il ftiudroit procéder, l'esprit et la charité qu'il y faudroit apporter, les mesures de prudence qu'A y feudroit garder. Mais puisque vous reconnoissez vous-même qu'il n'est rien de tout cela , et que la personne dont vous formez ces jugements désavantageux n'est point soumise à votre direction, que vous n'en êtes point chaîné , et que, ni devant Dieu ni devant les hommes, vous n'en devez point être responsable, pourquoi de vous-même vous ingérer dans sa cause? Abandonnez-la à son juge naturel , et respectez dans votre frère le droit qu'il a de n'être jugé que de Dieu , ou du moins de ceux que Dieu a commis pour veiller sur lui. S'il fait bien , vous pouvez par-là participer à son mérite; et s'il hit mal, le blâme n'en retombera pas sur vous. Hais si vous le condamnez , quoi qu'il fasse , vous vous rendez vous-même criminel ; car s'il fÛt^ bien , et que vous en jugiez mal , vous commettez à son égard une injustice ; ec 8*il faille mal même pour lequel vous le condamnez, vous commettez une autre injustice envers Dieu , parcequ'en le condamnant et en le jugeant, vous vous attribuez le pouvoir de Dieu.

Voilà le grand principe que nous devons suivre , et une des leçons les plus ordinaires que faisoit saint Paul aux premiers chrétiens. Pourquoi? réflexion importante de saint Ghrysostome : c'est qu'un des premiers désordres qui s'éleva dan& l'Église et qui divisa les chrétiens , fut la liberté de juger. Les fidèles drconds méprisoient les Gentils qui ne l'étoient pas, et les Geftils convertis tenoient pour suspects les fidèles qui vouloîent encore se distinguer par la circoncision. Ceux qui s'abstenoient des viandes condamnoient ceux qui eh usoient, et ceux qui en usoient censuroîent ceux qui s'en abstenoient. De là les dissensions et les troubles ; et c'est pour cela môme que l'Apôtre , animé d'un zèle ardent pour l'unité et pour la paix , leur disoit sans cesse : Non ergo amplius invicem judicerms (Ibid.) : Mes Frères , ne nous jugeons donc plus les uns les autres ; et par quelle raison ? point d'autre que celle-ci : Omnes enim itabimui ante tribunal CkrisH (Ibid.); Parcequ'il y a un tribunal où nous devons tous compafoltre , qui est le tribunal de Jésus-Christ. Quelle conséquencel elle est juste et solide. C'est-à-dire que tous les tribunaux particuliers que les hommes s'érigent de leur autorité propre pour juger le prochain sont des tribunaux incompétents, des tribunaux sans juridiction, et par

cmétff^ d«f |ri|)]UMjjix dofljt f)?^ annulle pt réppopye \^ ^f^. Ce jMUvôir déjuger les hommes, surtout déjuger {es coeurs ^t ie^ côq^iences des Jtoiomes» p'à été dçohe qu'à Jésus-Christ seul; et tout autre qujç Jésu^-Christ (|,uî se Tarrogè, fût-il un auge et le plii^ ëcl^ré d'entre les ^sppits bienheureux , doit élre censé usurpateur» (^Test donc une espèce d'attentat contre le Fils dç Diei^ que de jpger Votre frère, parcequie c*est, dît sàîni Jérôme» ôter à Jésus-Chrfet 1^ jpreroga^ive dont il est en possession : Fratrèm er^d quisquis jûdicatt ÇhristipalmamofifumitfJ^imofi.). Et en effet, poursuit le ftiéme père, qiie résçrvOns-pous au jugement de ce pieu-Homme , s'il noqs est permisde juger mdilïeremmént de tout? Siumsquîsque depràxim^ jtt(](fcamu«, ecçMÎcf l)ommo re«éri;amM« (Ibid.)?

Vous 19e direz que le Sauveur du monde s'est engagé à nous solennehemept de pous faire asseoir avec lui sur le tribunal de sa justice ^ et qja*unè des recompenses qu'il nous proposé est d'avoir part un jour à ce jugement universel, où sa qualité de Bédemptëur lui donne droit de piésider : $edebitis et vos judicanies (Hatth., 19}.' Or saint PaÛI expliquant cette promesse en a étendu Teffet non seulement ^ tous les hoir^mes apostoliques', mais généralement à tous les chrétiens, et en particulier à ceux qui peuvent se rendre témoignage d'avoir été fidèles à Jésus-Christ : An nesciiis quoniam sancti de hoc fnufido judicabunt (i. Cor.^ 6)? Ne savez-yous ^)as, disoit-il aux Corinthiens, que les Saints jugeront le monde : et parfant ensuite à tous : Ntscttu quoniam angelos judicabimtu ; quanto magis $œeularta (lbid.}t Ne sàvez-vous pas, mes Frères, ajoutoit-il, que nous devons juger les anges mêmes? Or, s'il est vriai que nous jugerons les anges, combiei^ plus est-il vrai que nous jugerons les' hommes du siècle? Il reconnois^ soit donc en nolis un titre pour juger; et la manière dont il s'expnme marque qu'il îè supposoit comme un titre évident et incontestable :Nes^ citis quornam judicabimus ? Yoifà ce que saint Augustin s'est opposé à lui-même, en traitant ce point de morale. Mais écoutez l'excellente conclusion qu'il en tiroit pour confirmer ]a vérité que je vous préchel Eh bien! mes Frères, disoit ce saint docteur, tenons-nous-en au principe de saint Paul. Jl est vrai que nous serons un jour jassis avec Jé^ sus-Christ pour juger ; mais cela étam , ne lé prévenons donc pas, ce souverain juge; ne soyons donc pas plus prompts que lui : puisque c'est alors qu'il nous communiquera son pouvoir , attendons qu'il nous en ait fait part, et attendons-le avec humilité et avec patience. En un ipot , selon la maxime de l'Apôtre même , ne jugeons point avant lé temps, ni avant la venue du Seigneur : Noiite ergd ante tenipus judicârCj qudadusque ventât Z>ommu^(i. Cpr.,4). Car il seroit bien étrange que nous , qui ne sommes que des juges subalternes » nous voulussions juger avani Jésus-Ghijst, qui est le juge supérieur.

Or prenez garde, reprend admirablement saint Augustin, tant que lésus-Christ a demeuré sur la terre, quelque souveraineté qu'il eftt, il

ne Fa jfindis employée à juger les pécheurs, II les a excusés» il les a supportes/ Il Tés a dëfetidiiS, il leur à'Iait'grace, files a'dbnsolés, ^ W a aimés; mais il ne les a pofnt jugés! Que dis-fe^il a méme pro^ testé hautement quMl n'étoit point venu poér les juger : Non venit FiliuÈ Homthis utjudice't mundupi (Jqan.»?}. 0e deux offices, celui de san- Tehr et celui (Jejuge, il a lait le premier tandis qu'il étoit parmi nous; et il a remis le second à la fin des siècles, quand i! viendra dans Téclat de sa majesté. Sommes-iions plus autorisés que lui? avons-nous une Jaridictjon jplus étendue? Contenons-nous donc dans les borties qu'il a voulu lui-même se prescrire. Pendant cette vie, aimon$ hois frères copâmeil les a aimés, supportons-les comme il les a supportés, éxcu* sons-les comme il les a excusés^ défendons-les comme il les a défendus, 'coiopatissoiisà leursfoi})]esses comme il y à compati; et puis nous leè Jugerons un jour avec lui. Il me semble que cette condition nous doit siimre. Biais que nous anticipions lejugement de notre Diéq; que danb un^mpsbùiluVIbitque miséricorde, nous entreprenions fndiscrète* ment de faire justice : de quelque motif que nous puissions nous flatter, ' c'est une présomption etun orgueil. Dieu nous ditpar la bouche deson Prophète : Ciim acceperotempusy egojusiitiasjndicabo {Ps. 74); Lorsque le temps que j*ài marqué sera venu, alors je jugerai : pour nous fetre entendre qu'à son égard même il y a un temps de juger et un temps de pardonner : Temjmsjudkandi et tempus miêerendi. Et nous, dit saint Grégoire pape, par une témérité insoutenable, nous voulons juger eh tout temps. Avant que Dieii ait pris le sien, nous prenons le nôtre; et nous le prenons parcctiu'il nous plaît, et comme il nous platt.

Désordre universellement condamné de Dieu, mais spécitilemenc condamnable lorsque nous nous attaquons aux puissances ^émes; que nous osons juger ceux mêmes de qui nous dépendons, ceux que Dieu a établis pour nous conduire, ceux qu^fl nous a donnés pour maîtres et pour pasteurs, les prélats et les ministres de TÉglise : pourquoi? parcequ'il y a dans eux un caractère que nous devons singulièrement respecter, et à quoi nous ne pouvons toucher sans blessçr Dieu jusque dans la prunelle de son ôeif , suivant cette parole de Zacharie : Qui tetigeritvosj tanget pujnUam oeuli mei(ZAcnAR., 3). C'eat pourquoi il nous en lait encore ailleurs une défense si expresse : iVolite tangere christàs meos, et in prophetis meis nolite maRgnari (Pt. i04): Ne touchez point à ceux qui sont les oints du Seigneur, et gardezvous d'exercer sur eux la malignité de vos jugements. Désordre essentiellement opposé à cette subordination dont Dieu est Tauteur, et par conséquent le conservateur et le vengeur; puisque du moment que je censure la Tie et la conduite de quiconque est au-dessus de moi, je m'élève au-dessus de lui, je me feis le juge de mon juge, et par-là je renverse l'ordre où Dieu m'avoît placé, et je m'expose aux suiies malheureuses que FApdtre nous faitjcraindre d'un tel renversement. Désordre qui srfibiblitet qui énerve, disons mieux, qui ruine et qui anéan-

go SUR LE JUGEMENT TËMÉRAIRE.

tit Tobéûsanoe des inférieurs : car il est impossible que cette Adlilëi juger et à juger mai ne produise peu à peu un secret mépris de celui même dont on juge, et que ce mépris ne lasse naître les contradic» tions, les murmures^ les révoltes de Tesprit et du cœur; d*oii il arrive qu'on n'a plus> dans les sodétés les plus réglées, qu'une obéissance extérieure, qu'une obéissance politique, qu'une obéissance sans mérite, parceque ce n'est poipt une obéissance chrétienne.

Je sais, mes chers auditeurs, ce que vous avez coutume de répon*dre : que ce qui vous engage presque malgré vous à juger de la sorte, ce sont lès imperfections et les défiants, ou, si vous voulez, les dérèglements et les excès de ceux que Dieu a constitués en dignité; qu'en condamnant leurs actions, vous ne laissez pas d'honorer leur ministère; et que vous n'en pensez mal, que parcequ'ils se comportent d'une manière à ne pouvoir en bien penser. Tel est le langage du monde : mais je sais aussi que cela ne vous justifie pas, et que quand Dieu, dans l'Exode, a prononcé cet oracle en forme de loi : Dm non detror hes {Exod.^ S^) : Vous ne jugerez ni ne médirez point des dieux de la terre, c'est-à-dire des puissances ou spirituelles on tempordles, il n'a point fait cette précision du ministère et de la personne, parcequ'il prévoy<nt que le mépris de l'un seroit toujours suivi du mépris de l'autre^ et que les hommes n'auroient jamais un discernement assez équitable pour respecter sincèrement le ministère et la dignité, tandis qu'ils seroient prévenus contre le sujet qui s'en trouve revêtu. En effet, de tout temps les personnes élevées aux premières places, les magistrats, les princes, les pasteurs des âmes, ont eu leurs vices et leurs passions : ce sont des hommes qu'il n'a pas plu à Dieu de rendre impeccables, et dont les erreurs et les foiblesses , dans le dessein de sa providence, doivent même servir à Texercice de notre foi et de notre humilité. Hais pour cela il n'a jamais été permis aux particuliers de s'ériger en censeurs de leur vie, beaucoup moins de leur gouvernement et de leurs ordres. Yoilù néanmoins l'abus du monde. Constantin, quoique empereur, ne voulut point, par maxime de religion , juger les évéques sur les accusations et les plaintes qu'on formoit contre eux; mais aujourd'hui des hommes sans nom, par un zèle aussi fiinx qu'il est téméraire, jugent hardiment des évéques et des empereurs. CSe prince se fit un point de conscience de couvrir, pour ainsi âire> de sa pourpre royale la honte des ministres de Jésus-Christ : maintenant on se pique, je ne dis pas de la remarquer et de la révéler, mais de l'imaginer sur les plus foibles conjectures, de la supposer, de l'assurer comme un fait évident et incontestable. Qu'un homme soit le plus accompli et le plus irrépréhensible, et qu'on le mette comme la lumière sur le chandelier; tout aecompU et tout irrépréhensible qu*il peut être, on en jugera ; et, à force de l'observer, on y découvrira, ou l'on croira y découvrir des taches. Vous diriez que cette impunité avec laqudle on juge et l'on condamne soit une espièoe de cou*

SUR LE nasaiiENT TÉHrtRABiE. Sf

solatioD, dans la nécessite ot Ton se trouve d'obéir aax grands at d'en iépendre. Mais malheur à nous si nous raisonnons ainsi ! BUilhenr, si noua ëcoatotts un chagrin bizarre, qni nous porte toujours à csatrôkr cenlt que Bleu a mis -sur nos têtes» au lien de aons en tenir à la grande r^e d'une soumission respectueuse et hmnble l car IXenv pour réprimer cette Ueence» a des châtiments qu'il sait faim ëdatar sur les coopiAiles quand sa justice ledemande. Marie, sœordeMoisi^ réproava, et sentit bien la griè?et< da crime qu'aVe avoit conians dans le jogement qu'elle fit de son frère. Lalèpre dont elie fut cottTertni rexconmnniàation dont elle fut frappée^ et qîii la sépara sept jours entiers do camp des Hébreux, furent les marques àuihentiqaes de kec^ Um divine; et plaise au ciel que nous en soyons qnkles nous^nénss poujp des pemes temporelles! Ne dites point qne tous les conductaurs du peufflede Bien ne'sont pas desMe|Bes,qnecenesont pas des homi» mes parfisdts, dont Dieu prenne égaimient les incéréis et la cause en main. Saint Pierre vous répond que Dieu s'intéresse pour tous, ei que les imparft^ts et les vicieux sont aussi hî» sons sa protection co»tre lés censeurs présomptueux de leur conduite, que ceux dont la fie exemplaire est à couvert de tbul reproche : pourquoi? paraequ'en qualité de supérieurs etcfemaltves^-ce'Sont les ministres et les lieut^ nants de Dieu, et que, par une snite nécessaire, il nous ordonne de Vhonor^ lui-même dans eux.: If en tmuianbom» eimadents, serf elinn djteoBs (1 . Pete. , !)• J'avoue l|ué, pour les contenir dans leur devoir. Dieu permet cette injuste liberté qu'on se donne de lès censurer; c'est wà bien pour enx : mais malheur a celui parqiHceèien arrive, pui^ que c'est un de ce» bjens qae Dieu, par la dispositim de sa aagiMse, ne tire que des plus grands maux, et qu'il ne peut contribuer i corriger Ton saais pervertir et dérégler l'autre !

Cest donc ici, Chrétiens, qu'îLfaut noiis appliquer celteconclnsioii du Fib de Dieu : iVo(itejttdioore,,iii non /to/icsattiit (Matth», 7); Se Jugez point, et vous ne serea^ point jugés. Sstrit «vriii. Seigneur, demande saint Bernard, que cda seul puisse nous dâivjrer de vntre redoutable et mflexii^le ji^femem? on pM&^ ^^^^ wai que ee adtaisez pour parôltre avec con&mce devantrvetre adorable tribunal?.Quei! ce jugement qui fût tremUer les Saints, et dont Tidée seule a causé les plus mortelles frayeurs aux Ifilaripn^et aux Jérôme; ce jugement oh nous devons être pesés dans la balance rigouréuae du sanctuaire^ n'aura pouf nous rien de terrible, et il ne tiendra qa'à nous, en observant cetteloi, de ne plus craindre les arrêts de votre justice? Apr^ cela plàignons-nons de la sévérité de notre Dieu; et lorsque nous avons Jésus-Christ même pour garant de la promesse qu'il nous Mt, serons nous assee ennemis de nous-mêoiespour en perdre toQtlefrui(¥ IVotias judtcore, ut nùHjuâieemini. Poursuiv<Miis : non seulement on jugesana autorité, m:ûs encore sans connoissanœ; autre défaut dont j'ai à parler dans la seconde partie. -

^JEUXIÊUE PARTIE*

•ànéoBOcterevdit ftaÉil GlirysoiCofDé , c*€»t tomQi|tKliQ$)}$or4|iQa4t témfÊtibéê Or^ tà ocla ;est wai généralenéoi » be^ucau]^ ptaf 1*69(41^9 |HlriioiiIieri:BÎoiitè ise Père^ qusAd fl s'agit de tiiéprîaer «t çU ^^n^iuai- ^^ le firooiMiii. B'éCi.il g'Mrait qmles jugements mauvaif et d#> ÉVHtitgeum quelÉoiif £moiu chl preohiîii sdnt pr^sfue ums tién^pyiiras ittcmâiids.: petircfim? ^«rèeqv'ik. n'i>iit presqae jaiW8.<€a dag^ 'dl'ëiMQioe.ot ds^ çariitude cpii «mît nrioessaire poar If» ^inMii^» En ■aSSeir^ CbeÉiAnylis^PnifiiètaToyài'a èfen raison da dirct .4I«^ iea «9r fmm JeiijhodMiÉa aont wasi, qttafeapi bataacea jsoot trQainei«l4w»4flt «|i»V parte aeÉl^défast de oaiuKntoaai^« H a'j^ a danâ.lapliifiaft 4e lomi |B^[Baieiifei qu'éUnak» et ^iai aMlisoaief : V^iiimmmim ^vmi fUJ^ Aammim I "tanidbi»! ^tt ftaiiiîfii^ $u4lseilii4ntififi^4eimf4^

iii^itoldvwjaii < Pê. 61 ). Gar^ poir ta v^nir à la preuve , i|ii^y »4^ii 4e plw OMnnHiB dans le iriradîa qiîa de î«kg^ par les aiipareacaa,, qw 4$ jagar^dea énteaiior» par les aedona » qw de ji^c^r sur le rj^q>ol)t jil^à]|tMi;ii;.pa ^ si Tôa 5(ige ^lar qoi^aiémei, que d«iuger ^y^ffAi^ii$i^ 4im i qee de}ii(|p8r aviso une aasuranœ pMiia de priésamptiofii, q^sN^ «de Aîme taleir de.'sijvplaa soupçonacomiike des dépionstJratfois et des iooii«idtia^s )jqlie.dWmaer de ses .propre» vues en lesai|ivfia(4pgp^ ep MêfiTmMtan^iàimi, en tes étendant aiitdctt tt^ine jip ae qH'^)J«is aHtes déaoatfi-Mi^Toat âeh, aillant de 'lonmaa des iPaa^ .râifeBMif s •quenoas fomoift ies uns cmitre les.aatrat , ^t «qui tcoffU^^f^ppi^î ,B0ii^^:Bt déttaiseiil ai^iÎMdMiaBt la iioMeé. M pi^ai ri^il) j^ ^gna priaL» de vetfldtaiL : '

On juge des hommes ^ les ap|^fb*eitcaa; M> aMi^iiiiia ^eflV9v«)iie tiaia«'iknBiiai»i4 ilipidrpttplaiét jngèrde^Appa^k^d^ |ea bonoiiës. ^r, ^ans JaM^tèiNaar. oé pomt t^ ttclhd^> qid estinfniii <«Hibjf^ -«éyoBa»Be[Bs.''de|;ant?daAs h^ qdi^par difars pm<6Îp.aa» ne Mttt rie» déco qyiiU) paraÎBsnt^ i^t me paroissMit ^rtaade'ca-qi^ll^ ^ôni? -ÛDJÉbien qn^v par Je m jatia«i|«aUe'laég^^fe|ttèef pi^^ ftn-de-

90r|; ce qn'ls cM .de bon ; «t Gombfeii au bontraire dont «on^ iéva^ iiFAà-dëgitiffBk* ie niàlqu'il y a dtets ettx^ Èiàm ft^et4ubmà4^mrn'Y «i&pa8?PeantNniiddtaitoflrtainBdéfàdt8 YiaiMestt4léiiiech(^^iils soat «QÉipenaéB par un fonifib de mérite ^rès solid# ^ et qui » soitâ Mfk exié- / dainr>grosaieriôtpQaépriaab(e^ «aèh^ntles plils rares yertus? Juges; d^ ^^ea^peJ^aoBBfià s^n i'appareaoe; awtànt d -idées q <ie tons yoaa «a. fiaiias, «Ment autant dihjttsti^s» Aasii IMèn ^ .par des vues bien dtf Aérentes ^as «Atraii, répFJâuve'>t4l tous les )<toni les sajets que nous estipioni, «t> éfthiie-t-îl 'Geux que nous Mq[»nai^ns : pourquoi ?.paPoeqi|e im^s iai||pBf»a*tai]fMt .pour ol^et.qa^ûe qui f^^

dii Seigae^r est fondé fiur ue qti'ji y ;i M plus secret et de plus iatioiB : Homo enimvidei ea quœ parmi; Dominus autem îtiiueftiri^^l» ^jf. 1^. Dieu jugn les hommes (belle pensée de saint Augustin), Dieii juge lies

SÙK ÎÈ «feiaifâ^ TÉkèflAIHE. 15

damiiBr : Bttméotonent» lf\»isoDS-Boàs une loi de tc^ exempte etîe ^T^S qAfbn Aemple $oît trop parfeit pour noosKuT dans la niSàf^ que 5e tbité ;% çerfeétioà même de iMeadrS^; LTfwiï *2^ 7 * Potrecohfefeïoil. Ce Dieu qn,*, selon le teégàge fe lApdire. ^ ta Inmiè^è Um; c6 Oien en qui a n'y a pohrt Se toutes ^ *«.l «ï-î t'o^'èdÇ ï* PW»H«de de la sdeoœ! S fl rîJv!^ -!î"^"'"*''' «ecdnteptfrt.H d'anevue snperficfellfe, qui ne W iWsente I homme que parles dehors? Aht Chrétien*, -rotiïle am : fl entre jûsqne dan^ ^ réplis les plus hjtèrieurs dé Tatte. Il î^ «r ^"!ffif i"" te/îohitiihes et dans iâ moelles , il somfc Jusqi^es MX plus ph)lbflds abîmes du coedn if examine, H fbUHIe. H «K

«^i£S ^"Tf**' ^^«1 «^•a»'t*'y^t ; et à«B qne Jérisalem , fl- 8we d*0UB ^me pécheresse 'ie se plaigne pas qu'il hihjugée sans wn-

r^Tfô!^' direnàtencorheflamheaS: Smtti^r/emX m i«rOTii»tSoPfloN,, f). Ainsi éùuse ce Dieu Juste et sage ; mais Mm Oirôieiis, avçuglés^ hiwpsirfà-és, noU jugeons notw IWre S attaquons ta pijbité dç o^lÇi-^ ,' |à rëpUtatioS dé celleïTàSautîe ibndemttit^e des apparences : au 1i4 denous sbuvenir qïftd tî qm iDmbeuotre censore et qué nous croyons digne de blâme est celu. pe,^^p<mr quî nous aurions plus d'estîL ^H étorc^nniî

if .ïffSf ' graoe et d^nIHK;erice ; que m extérieur q«iWs choque « i^ tl 2 "" ""^ dijumitflé: sous lequel il a plul Dieu de tenir ochfe t«s pSns excdleuts donè.' Combien de fols, pour nous être k rftfcâ la surfecéd«!<ftosé,ii*ayons:nou8 pas confondu h vertu avec le vice ; et quels reproches aùriôns-nous à Bous ftîre devant Dieu ^ BousTOuhonsde bonne foi reàMinoître la l^èrefëje dis légèreté 6n.

Ï^:.1SLS"I ""^^ H^'^^rits nous a fait prendre de vains fantômes pour aes ventés?

0» juge As intentîons par les'àtUons. Vous me direi qu*i< est impwsWe d en juger autrement ; et moi je vous réponds , avec saint H-

b^jS,^y^ P""'"^?'' ^'**'™ ^««' Pofût juger du tout. Changeons ftpro^wtion et «pnmons-W en d'autres termes. On juge des avions

Sif*!S^** P^^^P^' q»' sont les motii^eiles intentions; ou pmwt ou ^tSneles motifs et les internions , pour avoir droit d'intei-- ÎZJ^ ï 6«>«>rer les actions. Je vous démande, mes chers au- ÏÏ!!^^ ^ "^fJ* ^^ P*"* lêméi ah-e et de plus inique? Car'de rtoonncr comme 1 homme mondain .â qui saint Augusrîn foit dire : ATtewte ^dagat, et itaetUgo propler quid agat (Acg.) : J'observe la manière d agir, et , de la manière d'agir, je conclus pourquoi Ton arit : e«t un abus, reprend ce saint docteur, puisqu'il est évident que la même tbose peut être faite par cent motifs tout différeftis les uns des wres, et que ces différents moWft en doivent fonder autant dé |u-

S/k SUR LE JUGEMENT TÉMÉRAIRE,

gemml» tout opposés. En effet, quand Madeleine répandit des parfums sur les pieds du Sauveur du monde, ce fut par un mouvement de piété ; et les apôtres l'accusèrent de prodigalité. Le Sauveur du monde lui-même sou^pit auprès dé lui les pécheurs pour les attirer à' Dieu, et les pharisiens Iç, soupçonnoient d'entretenir avec eux de mauvais commerces. Nous voyons , continue saint Augustîi^, les mêmes actions en substance louées et condamnées par le Saint-Esprit, selon la diversité d4s intentions. Pharaon accable les Israâites de travaux insupportables, et Moïse en fait périr une partie dan^ le désert par des châtiments encore plus terribles ; mais dans l'un c'étoit un esprit de domination ^ui Tenfloit , et dans l'autre , un zèle de religion qui l'animoit :;Sed itle dominaAone infltUtUf Ute zelo inflcamaatm (iitt9..}.jLes impies commettôlent des sacrilèges en massacrant les prophètes ^et les prophètes faisoient à Dieu des sacrifices'en exterminant les impies : Occiderunt impii prophetas^ oeciderutu tinpios et praphetœ (Ibid.). Dieu même aussi bjien que Judas a livré Jésus- Christ aux Juifs; mais. Dieu, en livrant spn Fils, a fait éclater sa miséricorde ; et Judas , en livrant son maître « s'est rmdu coupable de la plus noii*e perfidie : Et tamen in hàc iraditione Deus plui est^ et komo reus (Ibid.). Qu'apprei^ons-nous dé là? Ah! mes Frères, cela nous apprend que ce sont les intentions des hqmmes qui donnent la forme à leurs actions ; et que ces intentions d'ailleurs n'éuint connues que de Jîiitu.iDiscretor cogilationwn et tntentionum çordis {Hebr.^^,)^ c'est une extrême témérité , quelque éclairés que nous puissions être , d'en vouloir foire le discernement i Pourquoi, vous qui méjugez, de deiix intentions que je puis avoir, m'imputerez-vous celle qu'il vous plaît, suitout si celle que vous m'imputez est celle que je désavoue? Pourquoi, de deux intentions, l'une bonne, l'autre mauvaise, prétendez-vous que c'est la mauvaise, à l'exclusion de la bonne , que je me suis proposée? Laissez-moi mon secret, disoit Isaîe, puisqu'il est à moi: Se* cretum meum mihi (Isài., 24 ) : et ne vous exposez pas, en voulant y entrer , à tomber dans des erreurs dont il sera difficile que votre conscience ne soit pas blessée. En un mot , sôuvenez-vous de la bdle maxime de saint Bernard , quePhonui^en mille rencontres est si peu d'accord avec lui-même^ et que ce qui se passe dans lui est souvent si cpntraire à ce qui part de lui , que jamais on ne peut bien juger, ni de ses actions par ses intentions ^ ni de ses intentions par ses actions. On juge sur le rapport d'autrui ; et quoiqu'en jugeant de la .sorte on juge avec moins d'assurance, on se croit en droit de juger avec plus de liberté : comme si le jugement qu'on forme n'étoit un péché que pour celiCi qui la formé avant nous , et qui l'a ensuite communiqué aux autres. Mous avons sur cela même encore dans Texeoipie de Dieu de quoi nous confondre. Les abominations de Sodomë et de Gommorrhe étoient devenues publiques ; le bruit s'en étoit répandu par toute la terre , et , selon le langage de l'Écriture , il étoit monté jijts-

Page 1