SERMON POUR LE DOUZIÈME DIMANCHE APRÈS
LA PENTECOTE.
sua LA CHARITÉ DU PROCHAIN.
Samaritanut autem quidam iter faeiens, venU seeui eum ; e£videnM eum, mitericordid molus est : et apftropi'ifu alHgaoH vulnera ejut, infwuient oleumet vimun, et duxU im glabutum, et euram ejus egit.
Un 8 imarl'aln faiiant voyage te rencontra auprès de Inl . et le voyant 11 en fut toacbé de ooropanion. Il alla à lui et banda set plaies . api es y avoir veri>é de l'halle et du vin ; ensnile tt le oondnisit dans nne hôteUerle , et prit soin de loi. Saint Loc, chap. x.
Tel est , Chrétiens 9 le caractère delà chaiitét et tels sont les sentiments qu'elle inspire. Elle s'attendrit sur la misère du prochain , et , sans se l)orner à une stérile compassion , elle y joint de salutaires effets , et ne refuse aucun des secours qu'elle peut procurer. Ce charitable voyageur de notre évangile rencontre sur sa route un malheureux blessé mortellement et couché par terre : à ce spectacle toute sa pitié s'émeut» et, suivant le premier mouvement de son cœur qui l'emporte, il court à ce misérable, lave ses plaies, le conduit luimême dans une maison , y passe tout un jour auprès de lui, et ne le quitte qu'après avoir fourni à toute la dépense nécessaire pour son soulagement. Charité sans doute qui mérite les plus grands éloges , et que nous ne pouvons assez élever. Mais savez-vous encore , mes chers auditeurs , ce qui en rehausse le prix , et ce qui en fiait tout ensemble le sujet de notre admiration et de qotre indignation ? C'est un Samari* tain qui s'intéresse de la sorte pour un JuiF, après que ce Juif s'est vu impitoyablement abandonné par un autre Juif, et même par un lévite; c'est, dis je y un Samaritain séparé des Juifs y et de mœurs et de reCgion : voilà ce que nous devons admirer. Et d'ailleurs qu'un Juif, qu'un lévite aient été Insensibles au malheur et au triste état de cet homme uni si étroitement à eux par la même créance et la même loi, qui peut y penser, et n'en êtrepas justement indigné? Rentrons en nous-mêmes , mes Frères , et dites-moi si ce n'est pas • là ce que nous voyons tous les jours dans le christianisme, où, malgré le même baptême , la même confession , la même foi qui nous lie tous d'un nœud si intime et si saint , tant de chrétiens manquent de charité pour d'autres chrétiens? N'est-il pas vrai que souvent il y auroit à attendre de la part des idolâtres et des, païens plus de condescendance dans nos peines et plus d'assistance dans nos besoins? Quoi qu'il en soit, je viens aujourd'hui vous entretenir de la charité du prochain , de cette charité que la nature nous commande , que Dieu nous ordonne, et qui dans la loi évangélique est encore un devoir plus particulier pour nous el plus indispensable. Adressons-nous à cette mère de mi-
séricorde, dont la charité s*est répandue et se répand sans cesse sur les hommes, et demandons par son entremise la grâce et les lunuères du Saint-Esprit : Ave.
Pour traiter solidement une matière aussi utile et aussi importante que celle que je tne suis proposée , et pour vous donner d'abord une juste idée de cette charité qui fait la plénitude de la loi , et que Jésus* Christ nous recommande aujourd'hui ^ expressément dans rÉvangile, Yoici, Chrétiens, en deux mots tout mon dessein. Je le réduis à deux vérités que j'entreprends d* établir, eidontj'aurois droit de me promettre des fruits admirables pour la réformation de votre vie , si vous en étiez une fois bien persuadés. Concevez-les, je vous prie : elles vont faire le partage de ce discours. H y a, dit saint Chrysostome, deux sortes d'intérêts qui ont rapport à la charité, et qui doivent servir à régler toute la pratique de cette vertu; savoir, l'intérêt propre et l'intérêt d'aptrui : l'intérêt propre, qui est le sujet ordinaire de nos plus ardentes passions; et l'intérêt d autrui, dont nous sommes communément peu touchés: l'intérêt propre, que nous conservons avec tout le soin possible; et l'intérêt d'autrui , que nous négligeons et que nous ne craignons guère de blesser : l'un , je veux dire l'intérêt propre, qui est Tobstacle de la charité ; et Tautre , j'entends l'intérêt d'autrui , qui en est l'objet. Or, suivant ces deux intérêts tout différents , j'avance deux propositions : la première , qu^il n'y a point d'intérêt propre, si grand qu'il puisse être, hors celui de notre ame , que nous ne devions être prêts de sacrifier pour la charité chrétienne; et la seconde, qu'il n'y a point d'intérêt d'autrui si léger, que nous ne devions respecter et ménager pour l'entretien de la charité chrétienne : en effet , qu'est-ce qui trouble l'ordre de la charité parmi les hommes? deux choses : l'amour du propre intérêt, et le peu d'égard à l'intérêt du prochain. Il est question de remédier à l'un et à l'autre : mais comment? en vous apprenant à foire céder au bien de la charité tout intérêt propre , ce sera la première partie ; et à respecter pour le bien de la charité tout intérêt du prochain , ce sera la seconde. Puissiez-vous profiter de ces leçons, et n'oublier jamais ces deux devoirs!