PREMIÈRE PARTIE
Être attaché d'esprit et de cœur à ses intérêts, et ^voir pour lé prochain celte charité universelle que la loi de Dieu commande , ce sont choses, Chrétiens, non seulement diflîciles à accorder, mais. contradictoires, dans la doctrine de saint Paul. Voulez-vous savoir, mes Frères, dit ce grand apôtre, quelle est la véritable charité? c'est celle qui ne cherche point ses intérêts propres, Chantas non quœrit quœ sua sunt (l.,Cor., 13) : voilà l'une des marques les plus essentielles à quoi il veut que nous la reconnoissions. D'où je conclus que si n^iis ne sommes dans cette préparation d'esprit que la grâce doit opérer en
nous, et que j'appelle renoncement au propre intérêt, il est impossible que nous aimions notre prochain selon les règles et selon Tordre de la charité. Cette conséquence est évidente dans tous les principes de la raison et de la foi ; mais permettez-moi de vous la développer, et d'en faire avec vous la discussion, pour en tirer tout le fruit et toute l'édification qu'elle renferme* Je la trouve fondée sur quatre preuves qui vous parottront également solides : la première est prise de la nature même de la eharité en général ; la seconde, des qualités particulières de la charité chrétienne ; la troisième, des préceptes et des obligations rigoureuses qu'impose la charité selon les différents états et les diverses conditions des hommes : et la dernière, des désordres qui , dans le commerce de la vie, détruisent tous les jours et anéantissent la charité : quatre raisons de l'impossibilité absolue d'allier l'esprit de charité avec l'esprit d'intérêt. Ne perdez rien , s'il vous plaît, de cette matière.
Qu'est-ce que la charité, considérée en elle-même? voici la première preuve : c'est une union des cœurs et des volonté. MultittuUnis autem credentium erat cor unum et anima una (Act.^ 4j,dit TÉcriture en parlant des premiers fidèles ; ils n'étoient tous qu'un cœur et qu'une ame, pour exprimer qu'ils avoient une charité sincère. Or, ciela supposé, qui doute que l'ennemi le plus mortel de la -charité ne soit h passion de l'intérêt propre? En effet, comme a remarqué saint Augustin, le moyen qu'un homme soit uni de cœur au prochain, tandis qu'il se resserre en lui-même, qu'il ne sort point hors de lui-même, qu'il ne vit que pour lui-même ; qu'il se cherche partout , qu'il se trouve en tout; qu'il n'envisage les autres qu'autant qu'ils lui sont bons et utiles, toujours prêt à les abandonner, pour ne pas dire à leur manquer de foi et à les trahir, dès qu'il s'en promet le moindre avantage? Car qui dit un homme intéressé dit tout cela. Vous-mêmes , Chrétiens, qui possédez la science du monde, et qui n'avez peut-être éprouvé que trop le naturel de ces âmes mercenaires, faitespcn la réflexion, n'est-il pas vrai que leur véritable charité est de n'aimer personne sincèrement, et, par un retour qui est infaillible, de n'être aimés sincèrement de personne? Pourquoi un homme esclave de son intérêt n'aime-t-il personne avec sincérité? parcequ'il a un cœur incapable d'être uni avec un autre cœur. Je m'explique. Le cœur de Thomme suit naturellement l'intérêt ; et selon que notre intérêt se trouve placé, il est comme nécessaire que notre cœur le soit de même. Ubi est the- 8a:uru8 tuu8^ tin est et cor tnum (Màtth., 6) , disoit le Sauveur dans l'Évangile : Là où est votre trésor , votre cœur y est. Si donc je me fais un intérêt absolument propre , et tout-à-fait séparé de celui de mon prochain, dès-là je sépare mon cœur d'avec le sien, et, par cette séparation, je détruis la charité que je dois avoir pour lui. Car la charité réside dans le cœur ; et le centre du cœur, c'est l'intérêt. U n'y a rien de commun entre mon prochain et moi quand il s'agit de riuté-
rét : nous sommes donc divisés de ce côté-là ; et comme il est indubi» table que Tintérét emporte les cœurs, nos intérêts étant divisés , nos cœurs le sont aussi, et par conséquent nous n'avons plus cette union qui fait la charité. Et il ne faut (ju'un intérêt seul (observez ceci, j'entends un intérêt recherché et poursuivi avec attache ) pour rompre cette union. J'ai donc droit de dire qu'il n'y a aucun intérêt au monde dont le renoncement et le sacrifice ne soient en quelque sorte de l'essence de la charité ; et c'est ainsi qu'un philosophe, même suivant les vues humaines, pourroit raisonner.
Vous me demandez pourquoi donc j'en fais ici un raisonnement de religion? ah ! mes chers auditeurs, je le fais selon la maxime du grand saint Augustin, pour me confondre avec vous de ce que des vérités comme celle-ci, dont la nature a pris soin par elle-même de nous instruire et de nous convaincre, ont encore, avec le secours de la foi, tant de peine à entrer dans nos esprits ; et de ce que toutes les révélations divines ne font pas dans nous ce que la seule philosophie y devroit faire. Je le fais pour renverser une erreur pratique qui règne aujourd'hui parmi les hommes, un fantôme de charité dont on -s'éblouit, un amour imaginaire du prochain dont on se forme une conscience. On dit : J'aime cette personne, parceque Dieu me le commande; mais du reste je ne veux avoir avec elle ni habitude ni société; je ne lui demande rien, je ne lui veux point de mal , je ne prends aucune part dans ses affaires; quelle se tienne de son côté et moi du ^ien I: voilà pour elle et pour moi le secret unique de maintenir la charité et de vivre en paix. Le secret , mon Frère, reprend saint Chrysostome, de maintenir la charité? £st-il bien possible que votre aveuglement aille jusque là? Et moi je vous dis que c'est le secret d'entretenir toutes les discordes, de nourrir toutes les aversions, de fomenter toutes les haines, d'autoriser toutes les vengeances, et de faire mourir dans votre cœur jusqu'à la racine de la charité. Et à quoi pensons-nous , ajoute ce Père, quand nous parlons de la sorte? Nous réduisons toute la substance de la charité à des termes purement négatifs, à ne pas faire tout le mal que nous pouvons, à ne point conserver de ressentiment, à n'avoir nul dessein de nuire. Mais on vous répoird que quand tout cela seroit ainsi (ce qui n'arrive pourtant guère dans la conjoncture de cette désunion dont je parle) , tout cela précisément n'est point charité ; que la charité est quelque chose de positif, et qu'il est insoutenable de vouloir la faire consister dans une indifférence de cœur qui en est une des plaies les plus dangereuses; que, pour aimer son prochain , il faut lui vouloir du bien ; que , pour lui vouloir du bien, il faut entrer dans ses intérêts, et qu'on n'y peut entrer tandis qu'on est rempli des siens propres. Voilà, encore une fois, ce que la loi de Dieu nous dicte; et si l'on nous fait entendre le contraire, on nous séduit et on nous perd ; et si nous nous faisons des consciences au préjudice de cette doctrine, ce sont des consciences crimi-
selles ; et si nous y joignons, comme il arrive ordinairement, la présomption d'une vaine science, nous flattant encore sur ce point d'être bien insiruiis, et de savoir bien jusqu'où s'étendent les bornes de la charité 9 c'est une science réprouvée de Dieu , une science que nous condamnons dans les autres quand ils en usent envers nous , tandis que nous la justifions dans nous, et que nous nous permettons d'en user à l'égard des autres. C'est le reproche que faisoit l'Apôtre à certains prétendus zélés, grands prédicateurs de la charité pour autrui , quoiqu'ils en fussent eux-mêmes fort mauvais disciples : Qui ergo alium doceê, tdpsum non doces (Aom., 2).
Revenons^ Chrétiens : à quoi Dieu nous engage-t-il donc , quand il nous commande d'aimer nos frères? Après ce que je viens de dire, rien de plus aisé que de résoudre cette question : il nous engage à nous dépouiller, bn faveur de nos frères, de certains intérêts propres qui nousdon».!neDt, et qui altèrent ou qui corrompent tout-à-fait dans nous l'esprit de charité. Car c'est proprement ce qu*it nous ordonne par son prophète, quand il nous dit : Faites-vous un même cœur de plusieurs cœurs; et c'est ce qu'il promet de nous donner par un autre prophète , lorsqu'il ajoute : Je leur donnerai à tous un même cœur. Que signifie ceci? demonde saint Augustin. Dieu nous promet à tous un cœur, et cependant il veut que nous nous fassions nousmêmes ce cœur. S'il nous le donne, pourquoi nous commande-t-il de nous le faire? et si nous-mêmes nous devons nous le faire , pourquoi dit-il que c'est lui qui nous le donnera? Quarejubet, si ipse dcuutuM est; et quare dat^ si homo facturus est (August.).^ Mais ces paroles, répond ce Père, se concilient admirablement ; car tout le mysiëre est que cette union des cœurs, où consiste la charité, est tellement l'ouvrage de Dieu qu'elle ne peut s'accomplir en uqus sans nous-mêmes : il faut que kl grâce la commence ; mais il faut que nous Tachevions, ou, pour parler plus exactement, que nous y coopérions. Or Dieu nous promet cette grâce quand il dit : Je leur donnerai un même cœur ; et il nous oblige à cette coopération quand il ajoute : Faites-vous un même cœur. Et quelle est cette coopération? je vous Tai dit : vider nos coeurs de l'intérêt propre et de l'amour-propre qui les possède , pour les rendre susceptibles de Tintérêt d'autrui, et de cette affection commune qui fait l'étendue de la charité : car tandis que nos cœurs sont intéressés, c'est-à-dire préoccupés de ce qui nous touche, de ce qui nous appartient en rigueur, de ce que nous prétendons nous être dâ, ce sont autant de cœurs partagés, et qui n*ont nulle disposition à faire un même cœur, parceque chacun de nous se fait le sien propre ; et ainsi nous ne gardons plus cette loi du Saint-Esprit : Faiies-vous un même cœur. Vous me direz que si cela est, il y a donc bien peu de charité parmi les hommes : peut-être. Chrétiens, y en a-t-il encore moins que nous ne pensons. Si nous en voulions juger par l'opposition de ces deux oracles de saint Paul, dont l'un nous assure que tous
les hommes sont déterminés à chercher leur iatërét. Omnes quœ sua sunt, quœruntj et l'autre, que ia charité fait une profession constante de ne les rechercher point, Charitas non qtiasrit quœ sua runt^ peutêtre conclut ions-nous que cette vertu est donc l'une des plus rares; et je ne doute point qu'une conclusion aussi terrible que celle-là ne nous fit trembler, dans la vue des jugements de Dieu. Car enfin, Seigneur, dirions- nous à Dieu pénétrés du sentiment de cette vérité, si ce dérèglement d'amour-propre et si cet attachement excessif à mes intér éts ne devoit point m'attirer d'autre disgrâce que celle de mettre un obstacle à toute sorte d'amitié honnête, que de me priver des avantages et des douceurs de la société, que de me faire passer pour un esprit bas , que de me rendre même odieux dans le monde ; quoique cesconsidérationsd'ailleurs me touchassent , àpeine auroient*ellesassez de force pour me détacher de moi-même. Mais quand je me représente que si oei|.e passion d'intérêt prend une fois l'ascendant sur moi, je n'ai plus de charité pour mon prochain ; que n'en ayant plus pour mon prochain, je ne puis plus en avoir pour vous , qui êtes mon Dieu ; et que n'en ayaut plus pour vous qui êtes mon Dieu , par une suite funeste, mais nécessaire, je ne dois point espérer que vous en ayez pour moi qui suis votre créature : ah ! Seigneur, qu'y a t4i de si grand en matière d'intérêt à quoi je ne sois prêt de renoncer, et que je ne déteste et je n'abhorre pour éviter ce malheur? C'est ainsi, disje, que nous raisonnerions avec Dieu et avec nous-mêmes,
Or si cela est vrai généralement delà charité (seconde preuve), que devons-nous dire de la charité particulière que le Fils de Dieu nous a recommandée, et qui est comme le capital du christianisme que nous professons? Car comme toute sorte d'amour pour le prochain n'est pas charité, aussi toute sorte de charité n'est pas charité chrétienne; et si nous n'avons la charité chrétienne, eussions-nous d'ailleurs toutes les vertus des anges, nous ne sommes rien devant Dieu : Si charilatem non habuerOy mhil sum ( 1 . Cor, , 13) . Nous aimer en sages selon le monde, nous aimer en frères selon la chair, nous aimer même selon Dieu en hommes fidèles , associés dans un même corps de religion, tout cela ne suffit pas : il faut nous aimer en disciples de Jésus- Christ, parceque sans cela nous n'avons pas cette plénitude de justice au-dessus des pharisiens, que l'Évangile nous dit être nécessaire pour entrer dans le royaume du ciel : et la raison, Chrétiens, est que le Sauveur du monde, notre souverain législateur, nous a fait un œmroandement de charité bien différent de celui que la loi naturelle et divine imposoit à tous les hommes. C'est pour cela qu*il l'a appelé son commandement, Hoc est prasi eptum meum (Joan., 15); c'est pour cela qu'il a dit que c'étoit un commandement nouveau, Mandatumnovum do vobis (Joan., 13); c'est pour cela qu'il l'a établi, pour servir comme de symbole aux sectateurs de sa doctrine et de sa loi , déclarant aux apôtres que c'étoit uniquement par-là qu'ils seroient reconnus dans le
monde pour sesdisciples. In hoc cognoscent omîtes quod dhcipuli mei esti$ (JoAN., 13) ; que ce ne seroit ni par la grâce des miracles, ni par la science des Écritures, ni par l'éclat môme d'une vie austère et mortifiée, parcéque tout cela pourroit convenir à d'autres aussi bien qu'à eux, Hœc enim habere poterunt discipuli etiam non met (Aug.), lui fait dire saint Augustin; mais qu'ils seroient les seuls qui pratiqueroient celte charité parfaite à laquelle il les obligeoit. Et ilpouvoit bien, reprend saint Bernard, leur en parler ainsi, puisqu'il leur ordonnoit de â*aimer les uns les autres comme il les avoit aimés lui-même : Hoc est prœceptum meunty ut diligalis invicem sicut cUlexi vos. Car si jamais charité a été nouvelle, singulière, d'un caractère à se distinguer et à de foire remarquer, il est évident que c'est celle que Jésus-Christ a eue pour nous. Et quel a été ce caractère distinctif ? Ah ! Chrétiens, peuton l'ignorer, et avoir la moindre idée de Jésus-Christ? Ce caractère a été le désintéressement. Ce divin maître nous a aimés jusqu'à sacrifier pour nous tous ses intérêts en qualité d'Homme-Dieu rll nous a aimés jusqu'à se faire pauvre de riche qu'il étoit, voilà l'intérêt de son domaine et de ses biens -, jusqu'à s'anéantir par les excès d'une humilité sans bornes et sans mesure, voilà l'intérêt de sa gloire ; jusqu'à prendre la forme de serviteur, voilà l'intérêt de sa liberté; jusqu'à devenir un homme de douleurs, voilà l'intérêt de sa béatitude; jusqu'à mourir comme un criminel, voilà Tintérêt de sa réputation et de sa vie ; le dirai-je? jusqu'à paroitre devant Dieu comme un anathëme, et i être traité comme un sujet de malédiction , voilà l'intérêt de sa sainteté et de son innocence.
Tout cela lui étoit libre ^ et il pouvoit sans tout cela satisfaire pleinement à son amour pour nous; mais il a voulu que ce qui lui étoit libre nous devînt nécessaire, et de ce qui u fait le mérite de sa charité il a fait Tobligation de la nôtre. Car de prétendre ensuite aimer nos frères sans qu'il nous en coûte rien, sans renoncer à rien , sans nous captiver en rien ; de croire avoir pour eux la charité chrétienne, et d'être aussi entiers dans nos prétentions, aussi jaloux de nos droits, aussi délicats sur notre honneur, aussi amateurs de nos personnes, que l'esprit du siècle, par un faux prétexte de charité et de justice envers nous-mêmes 9 noiis l'inspire : erreur. Ah! mes chers' auditeurs, il ne falloit point pour cela que Jésus-Christ vint nous servir de modèle; nous n'avions sans lui que trop d'exemples de cette charité ; sa grâce même nous y étoit inutile, puisque nous en trouvions suffisamment le principe en nous. Une falloit point que ce Dieu fait homme nous fit pour cela un commandement nouveau , puisque de tout temps les hommes s'étoient aimés de la sorte, et que cette charité étoit aussi ancienne que le monde. C'étoit en vain qu'il nous en recommandoit l'exercice, comme la seule chose qui devoit discerner ses disciples , puisque les païens et les infidèles ont toujours été en possession du même avantage, et que nous ne répondrons jamais au reproche qu'il
nous en a iait par ces paroles de rÉvangile : Nonne et Ethmct hoc fa* ciunt (Hatth., 5) ? Cependant, mes Frères, dît saint Chrysostome, Yoilà notre honte, et la matière de notre scandale. Autrefois on distinguoit les chrétiens par la charité, parceque la charité des chrétiens étoit victorieuse de tous les intérêts de la terre ; et maintenant on pourroit bien nous distinguer par le désordre de la cupidité, puisque toute notre charité n'est qu^'amour-propre et intérêt. Disons mieux : autrefois les ennemis mêmes de Jésus-Christ, surpris du généreux détachement qu'ils remarquoient dans les fidèles, leur rendoient avec admiration ce témoignage en forme d'éloge , Videte quomoM se dt/tgant (Tertull.), Voyez comment ils s'entr'aiment; mais aujourd'hui, par un renvei^ement bien étrange, surpris de la manière dont les fidèles s'acquittent mutuellement des devoirs de la charifé, ils pourroient dans les mêmes termes, mais par la plus sanglante et la plus juste de toutes les ironies, leur rendre un témoignage tout contraire, Videte quomodo se diligant. Voyez comment ils s'aiment les uns les autres , et comment, sous ce beau nom de charité, ils entretiennent le plus subtil et le plus pur amour d'eux-mêmes. Voyez comment cette cha« rite jdont ils se piquent, et qu'ils vantent comme la reine de toutes les vertus, est l'esclave de toutes leurs passions. Voyez comment elle est ménagée par une avarice artificieuse, comment elle est conduite par les ressorts, d'une ambition profane, comment elle est corrompue par les sentiments d'uneaffection impure, Videte qiiomodd se diligant. Car les choses en sont venues jusqu'à ce point. Ce que les païens, parlant de bonne foi, appellent engagement de passion, liaison d'intérêt, attachement à la fortune ; nous, par an abus de termes qui ne peut être quemonstrueux, nous l'appelons charité et devoir de religion. Qu'un idolâtre aimât ainsi un idolâtre, pour peu qu'il se consultât soi-même il reconnoltroit qu'il ne l'aime pas d'un amour raisonnable et vertueux ; et nous, par une morale plus raffinée, nous nous en faisons un amourchrétien. Cet infidèle, à en juger par ses propres vues, ne pourroit accorder une telle charité avec la corruption de sa loi, et nous trouvons moyen de l'accorder avec la perfection de la nôtre ; de sorte (et c'est le prodige) que coquine seroit pas charité pour lui l'est pour nous. Quand donc je vois un homme du monde, et, si vous voulez même, un homme séparé du monde (car en ceci nulle différence de conditions , et Dieu veuille que les plus spirituels ne soient pas les plus exposés et les plus sujets au désordre que je condamne ! ) , quand je vois un chrétien n'avoir pour les antres que cette charité intéressée, c'està-dire n'aimer d'une charité officieuse et obligeante que ceux dont il se tient obligé, que ceux qui lui plaisent, que ceux qui lui sont utiles ou nécessaires; et pour toUt le reste n'avoir qu'une charité indifférente, stérile, sans mouvement et sans action ; qu'une charité à ne rien céder et à ne rien relâcher; qu'une charité sensible à l'injure, impatiente à supporter les défauts ; qu'une charité bizarre, défiante, focile à aigrir ;
et lorsqu'elle est une fois éaïue, fière, dédaignease , ne revenant jamais d'eUe-méme, voulant toujours éire prévenue, oubliant le bien et conservant un souvenir éternel du mal ; se fiiisant de cela même un point de conduite, de science du monde, de force d'esprit ; et pour oombled'erreurseflatiantencored'ôlrenon seulement ce qui s'appelle charité, mais ce que saint Paul entend par cette charité éminente qui est en Jésus-Christ et que nous devons tous avoir : quand je trouve , dis-je, un chrétien ainsi disposé, ah ! mon Frère, puis-je lui dire avec saint Augustin, que votre état est déplorable, et que les voies où vous marchez , et où vous vous égarez , sont éloignées de celles de Jésus- Chi ist ! Si ce Dieu Sauveur n*avoit point eu pour nous d'autre charité que celle-là, où en seriez-vous réduit? S'il n'avoit aimé que des sujets aimables et qui l'eussent glorifié, que seriez-vous devenu? A quoi lui pouviez-vous servir, qu*aviez-vou8 qui fût digne de lui , que voyoitil dans votre personne qui fût capable de l'attirer ? S'il eût attendu que vouseussiez fait lesavances pour rentrerdanssa grâce, quelleressource y avoit-il ppur votre salut? N'a-t-il pas fallu qu'il s'abaissât, et que^ par une condescendance toute divine de son amour, il vous recherchât le premier? Est-il juste que vous teniez plus à votre intérêt que lui au sien ? M'est-il pas indigne que vous traitiez vos frères avec plus de dureté qu'il ne vous a traité vous-même? que vous exigiez des autres plus de déférence qu'il n'en a exigé de vous? que vous vous rebutiez de mille choses dans votre prochain , dont il ne s'est pas rebuté ? que vous ne puissiez souffrir ce qu'il a souffert, que vous ne puissiez aimer ce qu'il a aimé, comme si votre charité devoit avoir des délicatesses que la sienne n'a pas eues, et que la vôtre eût droit de se restreindre et de s'épargner, après que la sienne s'est prodiguée? Il est néanmoins delà foi , Chrétiens, que la charité de cet Homme-Dieu doit être la règle de la nôtre, et il est de la foi que c'ea sur son amour envers les hommes que votre amour envers le prochain sera mesuré au tribunal de Dieu. On ne se contentera pas que vous ayez eu une charité commune ; ouivous demandera celle de Jésu^^-Christ et qui est en Jésus-Christ, Charitatem quœ est in Christo Jesu ; et afin que vous ne puissiez pas vous défendre , on vous produira les termes mêmes de la loi : Hoc est prœceptum meum^ ut diiigaiis invicem sicul dUejci vos\ voilà mon précepte, vous aimer mutuellement du même amour que je vous ai aimés. Ce n'est point un conseil dont j'aie laissé l'accomplissement à votre liberté, ce n'est point une œuvre de surérogation que je vous aie proposée; c'est un commandement que je vous ai fait, et dont il faut maintenant que vous me rendiez compte : Hoc est prœceptum. Qu'aurons-nous là-dessus à répondre ?
Mais après tout est-il du précepte de la charité de renoncer positivement à toute sorte .d'intérêts? Oui, Chrétiens, et ma troisième preuve est qu'il n'y a point d'intérêt propre ', de quelque nature qu'il puisse être, hors celui du salut, dont le renoncement actuel en mille
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occasion ne soit un pi*écepte rigoureux de la charité que nous devons à notre prochain. Parlons exactement » et montrons que les dëciéfions de la théologie n'ont rien qui puisse affoiblir la morale chrétienne, ^induction en sera aisée , et vous apprendrez ce que c'est que d'aimer le prochain : le voici.
Renoncer à sa propre vie, c'est ce qui parditroit d'abord'plus incroyable ; et cependant il y a une étroite obligation de le foire pour h charité. C'est en cela, dit saint Jean, que nous avons reconnu l'amour de-notre Dieu, en ce qu'il a donné sa vie pour nous ; et c'est pour œla que nous devons aussi être prêts de donner notre vie pour nos frères. Telle est la résolution du Saint-Esprit même, oii il n'y a ni équivoque ni obscurité. Il ne dit pas que nous le pouvons , il dit que nous le devons, Et nos debemtts (1. Joan., 5).^ Et certes en mille renconties Tobligation y est formelle. Ainsi saint Cyprien remoutroit-il aux habitanis de Garthage que cette contagion et cette peste dont leur ville a voit été affligée n'étoit qu'une épreuve générale que Dieu a^vait voulu faire de leur charité ; qu'il avoit voulu leur apprendre ce que les sains dévoient aux malades , œ que les enfonts dévoient à leurs pères, ce que les pères dévoient à leurs enfants, les maîtres à leurs domestiques; qu'il les avoit mis pour cela dans la nécessité de s'exposer les uns pour les autres, et de sacrifier leur propre vie pour se rendre les uns aux autres l'assistance nécessaire : Quale iliùd estj ditectissimi^ quod pestisttla grassatur ? explt^atjiustitiam ringulorum (Cyvv§kn.). Or ce que saint Cyprien disoit alors, c'est ce que je puis appliquer à cent autres sujets ; c'est ce qui rend dans le mênoe exemple un prélat coupable lorsqu'il abandonne son troupeau; c'est ce qui feft le crime d'un magistrat qui , paiv-4iné atta^che excessive à son repos et à sa santé , ne s'acquitte pas de ce qu'il doit au public : car si je suis obligé de donner nria vie pour mes frères , pourquoi ne le serai-je pas de perdre pour eux mon repos, et de ruiner, quand fl le faut, ma santé? Et nos debemvs pro fratribus atiimas ponere.
énoncer à l'honneur et à sa réputation : je dis à cet honneur du siècle, qui, tout chimérique et tout vam qu'il est, ne laisse pas de nous être plus précieux que la vie. Autrefois cet honneur du monde inspiroit aux hommes des fureurs qui les portoient jusqu'aux dernières extrémités, jusqu'à se provoquer et à s'égorger les uns les autres; et la loi de Dieu commandoit alors de eonsentir plutôt à sa voir déshonorer, que d'en venir à de pareils attentats : maintenant que les lois huinaines ont réprimé cette licence, ce même honneur dont la passion ne s'est pas éteinte, n'osant résister à l'autorité ces hommes , résiste encore à celle de Dieu, et au lieu de ces sanglants combats qui lai sont interdits, inspire des haines, des colères, des vengeances^, qui peut-être devant Dieu ne sont pas moins criminelles ; et si l'on ne renonce à cethonneuf, il est impossible de se défendre de tous ces désordres expressément condamnés par la loi de la charité.
Renonoer à son bien et à ses droits : devoir encore pitit dairemeot exprima dans rÉvangiie , et en des termes plus décisifs. Car quepoiivoit nous dire sur cda de plus fort le Fils de Dieu , que ce qoe nous lisons au chapitre siiième de saint Luc , quand il nous ord^mne de ne pas redemander notre bien à celui qui nous l'enlève par violence : Éi autem qui aufert qum tuasunt^ ne répétas (Luc, 6}? Mais ne m'est-il pas permis de le redemander en justice; et» sans entr^>rendre de m'en foire raison moi-même , ne puis-je pas user des voies ordinaires pour soutenir et poursuivre mon droit? Écoutez-moi , Chrétiens» sur un des points de conscience les plus importants que Ton vous ait peutêtre jamais expliqués dans cette chaire. I^e m'est*il pas permis de poursuivre mon droit en justice? oui» mes chers auditeurs» qoand cette justice peut s'accorder avec la cliaiité. Car du moment que la charité se tcouve blessée par cette justice» ce que vous appelez justice devient pour vous la plus grande de toutes les injustices» puisquen vous procurant une ombre de bien, elle vous fait perdre le vrai et le solide bien. Or en mille conjoaaures cette prétendue jasu'ce et la charité sont incompatibles. Comprenez ma pensée; car je parlé dans la riguepr cpLacte de l'école. Incompatibles» et du côté de votre frère, et de vptre part. Incompatibles du côlé de votre frère , quand vous savez que 8a9S déguisement ni mauvaise foi il n'a pas de quoi vous satisfaire » et que la justice que vous |ioursuivez contre lui n'aura point d'autre effet q^e de le ruiner» que de l'opprimer» que de le oonsmer ed frais inutiles » que de le jeter dans le désespoir. Car cette justice devient cruauté» et le renoncement à ce droit est pour vous un précepte de miséiicord«i. Incompatibles de votre part» quand par Texpéri( nce que vous avez de vous-même » c'est-à-dire ie votre esprit et de vos dispositions naturelles, vous jie pouvez raisonnablement voas promettre de poursuivre cette injustice sans queranimosité et la passion non seulement s'y mêlent » mais se rendent maîtresses de votre cœur : car alors il faut renoncer à ce bien ; pourquoi ? parceque la charité, que vous perdrez, vous doit être plus précieuse » et voq^est beaucoup plus nécessaire. Et voilà » Chrétiens » le sens de cette doctrine de Jésusr Christ si surprenante, que la prudence des hommes du siècle a voulu condamner, et qui est néanmoms juste et pleine de raison, quand il vous dit» au chapitre cinquième de saint Matthieu, que si quelqu'un injustement vou^ prend votre robe, vous lui devez
laisser encore emporter votiemanteau: Dimz/ie detpa//iww (Matth., 5)« Car il ne s'ensuit pas de laque l'usage des procédures de Injustice soit absolument défendu de Dieu, et qu'il ne soit jamais libre d'y avoir recours. Parler ainsi, et condamner généralement sans distinction le procès en soi, c'est être ignorant et téméraire; comme de Tautoriser généralement et sans distinction, ce seroit, surtout dans un ministre do la parole de Dieu , êire prcvarîcateur. Mais il s'ensuit de là que le procès est Tune de ces choses in^Jifftirentes dont l'usage devient infi-
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DÎment dan^foreux ; ou plutôt de ces choses qui , quoique indifférentes de leur nature , sont presque toujours mauvaises dans leurs dr* constances. En effet » quiconque, après s'être éprouvé, a reconnu devant Dieu qu'il ne peut pas plaider sans se mettra dans Toccasion prochaine de pécher, c'est-à-dire de tromper» de haïr, de médire; dèsv là, sans passer outre, doit compter te procès pour un crime, et se persuader que, quelque droit qu'il ait devant les hommes, il conunet selon Dieu une injustice, du moment qu'il entreprend ce procès; et que c'est à lui que s'adressent ces paroles de saint Paul : Eh ! mon Frère, pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt qu'on vous fasse tort et quon vous fraude? Quare non magis injuriam accipitU? Quare non magis fraudem patimini (!• Cor., 6)? Or le monde est rempli de ces genS'Ià , je veux dire de ces chrétiens ardents et avides , qui sont inca* pables , dans la suite d'un procès , de garder la modération de la jus* tîce, beaucoup moins la douceur de la charité; voilà pourquoi je dis que la plupart des procès , quoique légitimes dans le fond , sont criminels dans la pratique , parceque ce sont , pour la plupart des hom* mes , des occasions de violer la charité. Cette morale n'e$t point outrée, puisqu'elle a Jésus-Christ et son apôire pour auteurs et pour garants. Vous me direz qu'elle peut troubler les consciences; et moi je vous réponds qu'étant bien prise et bien suivie , au lieu de les trou-^ bler, elle les calmera et les édifiera : pourquoi ? parcequ'elle rendra les hommes plus circonspects dans une chose aussi délicate que cellelà; parcequ'eile les mettra en état de s'y bien conduire; parcequ'avant de s'y engager, elle leur fera faire de sérieuses réflexions et de généreux efforts de charité. Si nous étions tels que saiut Paul a voulu nous former, nous n'attendrions pas là-dessus un commandement précis , et nous sacrifierions sans peine nos prétentions à la charité ; mais parceque nous sommes durs et intéressés, nous nous tenons dans les bornes de la loi, et c'est encore beaucoup si elle peut npus arrêter» Mais enfin cela m'est dû dans la rigueur. Je le veux , mon cher Frère ; et que concluez-vous de là ? Est-ce une maxime , je ne dis pas chrétienne, mais honnête, que d^exiger dans la rigueur tout pe qui vous est dû? En rigueur même de justice , n'^st^elle pas souvent une injustice? Si l'on y procédoit toujours ainsi , quelle charité y auroitil parmi les hommes, quelle union, quelle société? Il faut doncrai'sonner tout au contraire, et dire : Gela m'est du dans la rigueur; mais je veux libéralement le remettre : pourquoi? parceque je puis là-dessus me tromper, et que chacun croit toujours lavpir dioii, lors même qu'il ne l'a pas; parceque quand je l'aurois, je me meitroisen danger de le poursuivre avec trop de chaleur, et d'une bonne cause d'en faire une mauvaise; parceque si je suis sûr de moi , je ne le suis pas de mon prochain, lequel, ou n'est pas persuadé de mon droit, ou , piqué de ce que je le traite dans la rigueur du droit , en aura du ressentiment, et ne me le pardonnera peut*être jamais, V^ilà ce qiie
644 SUR LACHAàlTÊ DO PROCMAIN:
* dôb médire à moi-même; et sans ce détachement de rintérët pro* pre,' quels dëtordires' ruinent tous les jours dans le inonde h diarité? C'est la quatrième et dernière preuve.
Otez le prdpi« intérêt, on plutôt la passion du propre intérêt , je TOUS répondrai de la cbarité des hommes. Il n'y aura plus de discordes'pafmi eux; plus de querdles entre les particuliers , plus de divisions dans les femilles» plus de factions dans les états ; plus de schismes dans l'Église , parceque tous ces désordres viennent originairement de rintérét. Vous le savez» et vous le voyez sans cesse dans h vie. Pourquoi se hait-on les uns les autres? pour Fintérét. Pourquoi se déchire^t-on les uns les autres? pour l'intérêt. Pourquoi travaillet-on à se détruire les uns les autres , et se détruit-on en effet? pour l'intérêt. Quel a été dans le christianisme le principe de tant d'faéré* sies et de tant de sectes? quel en a été le soutien? l'intérêt. Si donc j'ai du zèle pour la conservation de la charité, je dois, autant qu'il m'est possible , combattre dans moi l'esprit d'intérêt. Dans Je ciel , dit saint Chrysostome, il n'y a point de guerres , point de jalousies, point de passions qui troublent la paix. Mais d'où vient cette union si étroite et si constante entre les Saints? Est-ce psrcequ'ils voient Dieu, parcequ'ils l'aiment, parcequ'ils sont en état de grâce, parcequ'ils jouîssènt de la lumière de gloire? Tout cela sans doute contribue à l'entretien de là charité : mais en voici une raison plus immédiate ; c'est que parmi ces bienheureux on n'entend point ces termes de mien et de tien ; c'est qu'on ne dit point : Cela est à moi , ce?a ne vous appar* tient pas , vous n'avez pas droit sur cela : Ubi non est meum ac tuum, frigidum tUùd verbum (Chrysost.). Il n'y a qu'un" même intérêt pour tous , qui est de posséder Dieu ; et comme Dieu seul suffit' à tous sans se partager, ils demeurent tous réunis dans son sein sans se cKviser. Nous , Ghrëtiéns , noiis sommes bien éloignés de la perfection de cet état: %e inien et le tien sont les termes les plus communs sur la terre, et nous ne pouvons guère nous en passer; mais c'est cela même qui nous condamne , si nous n'ùisons de toute la vigilance nécessaire pour ne pointrompre le lien de la charité; car si nous étions exempts de tous les intérêts propres , comme les Saints dans le ciel , et que Dieu nous commandât;la charité, il ne-seroît pas difficile de la garder; oa si Dieu , nous voyant sujets sur la terre à ces intérêts , ne nous faisoît pas de la charité un précepte rigoureux , nous ii'aurions rien à appréhender. Mdis ayant dès intérêts particuliers comme nous en avons , et nous trouvant d'ailleurs indtspensablement obligés d'accomplir tous les devoirs de la charité. Voilà, mes 'Frères, reprend saint Chrysostome, ce qui doit nous tenir dans une crainte et iine attention continuelle, de peur que la passion de l'intérêt né s'allume dans notre cœur, et que la charité ne s'y refroidisse* Ce n'est pas néanmoins encore tout; car la même charité, qui nous doit faire ainsi renoncer à notre intérêt propre, doit nous faire en même temps respec-
SUR LA CHARITE DU PROCHAIN. &fô
ter et méoager rintérét du prochain » comme je vais voas l'apprendre dans la seconde partie.
DBUXIÈMB PARTIS. ''
M'est-ce point un, paradoxe ,dans nçtre. religion , de dire que nous soyons obligés àVespecter l'intérêt d'autroi^. en même temps que Dieu npns ordonne de sacri^er notre intérêt propre; et qiie la charité nous fasse'une loi a'avoir des iégards pour tout ce qui*toucheJe prochain» après nous avoir fait une autre loi de renoncer d'esprit et de cœur à ce. qui. nous touche nous-mêmes? Non, Chrétiens, ce n'est point une véritédouteuse, ni qui puisse être contestée : c'est un principe de morale généralement reconnu, et il ne faut pas même avoir recours au christianisme pour en être persuadé. Le monde lui-même en convient; et quoique cette obligation soit une de celles qu'il viole plus impunément et plus hautement dans la pratique, il ne laisse pas, en spéculation et en idée, de s'en faire un devoir et une vertu. En effet, remarque saint Chrysostome , tout homme à qui l'intérêt d'autrui est confié, par le seul motif de l'honneur se croit engagé à le ménager plus fidèlement que le sien; et! le reproche qu'on lui feroit d'avoir trahi cet. intérêt lui seroit plus injurieux que s'il étoit accusé d'avoir négligé ses intérêts personnels.^ Or si le monde, dans le dérèglement et la corruption où l'amour-proprè Ta réduit, a encore des sentiments si drôrtJ5',,quels doivent .être, lés nôtres dans la profession que nous faisons (d'être cbrétièns?'et'à quoi ne devons-nous pas être préparés PQ,i|r remplir en cette. matière, comme en toute autre, là mesure de perfection que rÉyapgile exige de nous?
Il étoit juste, dit. saint Ambroise (et cette réflexion est solide) , il étoit juste que Dieu, établît cet ordre parmi les hommes , c'est-à-dire qu'il nous ordonnât d'avoir du zèle pour les intérêts de notre prochain , pendant qu^il nous obligé à un détachement sincère de tout intérêt propre : pourquoi? parcequ'il savoit, ajoute ce saint docteur, que, quelque détachés que nous fussions de nos propres inti^rêts, il ne iiôus resteroit toujours que trop d'attention et trop d'ardeur à les maintenir ; et qu*au contraire , quelque zèle que nous eussions pour les intérêts d'autrui, à peine en aurions-nous jamais autant que la loi exacte d'une entière justice le demanderoit. De là viei^tV poursuit le même Père, que parmi les préceptes de la charité exprimés dans le Décalogue, Dieu ne fit aucune mention de l'amour de nous-mêmes, quoique absolument un amour de nous-mêmes honnête et réglé soit un précepte non seulement indispensable , mais de droit naturel et de droit divin. Dieu dit à son peuple » par Je législateur Moïse, Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, voilà le premier commandement; auquel il joignit le second : Et ton prochain , que tu regarderas comme ton frère. Mais il en demeura là, et il n'ajoutapoint : Tu t'aimeras. a'ui^i toi-même de cet amour juste et légitime que la nature t'ins(}ire. Ci^r il
auroitëtë inutile, reprend saint Ambroise , que Dieu par une loi particulière eût pourvu à l'observation de ce devoir. Il ëtoit sûr que rhomme ne s'oublieroit pas ; et dans cette vue , bien loin de nous exciter à avoir de^Famour pour nous-mômes, il pensoit dès-lors à nous faire dans la loi de grâce ce grand commandement , de nous baïr et de nous renoncer nous-mêmes.
Quoi qu'il en soit, Chrétien^, rien de plus constant que la proposition que j'ai avancée, qu^il n'y a point d'intérêt d'autrui, quelque léger qu'on le suppose , qui ne doive être respecté; et en voici les raisons. Premièrement , parceque tout intérêt d'autrui est essentiellement l'objet de la charité qui est en moi ; or en cette qualité il me doit être non seulement cher, mais , si j'ose ainsi dire , vénérable. Secondement, parceque cet intérêt d'autrui, qui me parott petit en luimême , par rapport à la charité, est presque toujours important dans ses conséquences ; or c'est par ces conséquences que je dois Tenvisager, pour bien juger des obligations qu'il m'impose selon Dieu. Troisièmement, parcequ'il n'y a point d'intérêt d'autrui doot le mépris ou le peu de soin , par la seule foiblesse des hommes , ne puisse être pernicieux à la charité ; or dès-là je suis inexcusable si je viens à le mépriser, et si dans le commerce de la vie je n'y apporte pas toute la circonspection que demande la prudence chrétienne. Trois raisons qui , pour être dignement traitées, demanderoient autant de discours, mais que je ne fais que vous proposer en peu de paroles , pour ne pas abuser de votre patience.
Oui, mes chers auditeurs, ce que nous appelons intérêt d'autroi est l'objet essentiel de la charité qui doit être en nous , et par conséquent la chose du monde pour laquelle , selon la loi de Dieu , nous devons avoir plus de ménagement et plus de zèle. Si c'étoit dans les vues de l'amitié qu'on regardât cet intérêt, avec quelle exactitude, disons mieux , avec quelle religiosité ne s'y comporteroit-on pas? de quelle fidélité ne se piqueroit-on pas poiur témoigner combien l'intérêt d'un ami nous est précieux? jusqu'à quel point de raffinement ne f)orteroit-on pas ce respect et ce zèle? Or voilà , dit saint Augustin, e désordre que nous avons à nous reprocher. Nous nous faisons de l'amitié une espèce de religion ; et de la charité , qui est la plus sainte des vertus, un sujet de profanation. L'amitié nous rend circonspects, modérés, prévenants , généreux, fidèles ; et la charité n'opère en nous rien de semblable. Cependant la foi nous apprend que si la charité n'est en nous plus forte et plus efficace que l'amitié, nous sommes hon seulement des hommes vains, mais réprouvés de Dieu. Que fautil conclure de là? Mais revewonsi Ce n'est donc point, à proprement parler, l'intérêt seul de l'homme que je respecte quand je crains, par exemple, de blesser l'honneur, d'attenter sur les droits , de contredire et de choquer les sentiments d'autrui; mais j'ai un objet plus noble idcvàht les yeux. Ces sentiments, ce droit, cet honneur d'autrui ,
66 représentent à moi revétas da caractère de la charité chrétienne, et cela me suffit pour n'y donner jamais la moindre atteinte. Ce ca« ractère de charité» répandu sur toutes les choses où le prochain a quelque intérêt, me paroît comme une sauvegarde que Dieu y a mise; et cette sauvegarde , si j'agis par l'esprit de la foi » est bien plus sûre et plus propre à me contenir que tout autre moiif humain. Or c'est en cela que consiste l'exercice de la charité : oar la charité , encore une fois, n'est point une vertu oisive ni abstraite ; elle a^in sujet qui l'occupe et auquel elle s'attache , et ce sujet est l'intérêt d autrui dont nous parlons. Notre amour-propre forme des desseins contraires à cet intérêt : la charité s'y oppose. Cet intérêt est combattu par noire ambition ou par notre jalousie : la charité le défend. Nous blessons cet intérêt par notre imprudence : la charité y remédie. Nous détruisons cet intérêt par notre injustice : la charité le répare et le rétablit. Voilà quelle doit être en nous son action : car aimer le prochain et n'avoir pour lui ni déférence, ni condescendance, ni retenue, ni précaution, ni soin de Tépargner, ni crainte de lui nuire et de lui déplaire , c'est une charité que saint Paul n'a point connue , et qui passera toujours pour chimérique quand on voudra la comparer avec celle dont ce grand apôtre nous a fait Texcellente peinture. II n'importe : c'est aicore cette charité chimérique et feusse que l'erreur et Taveuglement du siècle voudroit soutenir. Comme on se figure une charité qui n'exclut point Tintérêt propre, et avec laquelle on prétend pouvoir accorder toute la corruption de l'intérêt propre , aussi en suppose-t-on une avec laquelle le mépris de Yintévêt d'antrui n'a rien qui ne soit compatible. J'entends une charité qui sait parfaitement se mettre au-dessus de l'intérêt du prochain , et qui , bien loin de s'en rendre esclave, croit être en droit de s'en faire, comme il lui platt, un divertissement et un jeu. On a même trouvé le secret d'aimer ses frères dans le christianisme , et de leur donner tous les chagrins qu'bn leur donneroit s'ils étoient nos ennemis les plus déclarés : et cela se fait d'autant plus dangereusement que l'on proteste alors plus hautement ne les point hà!r. Car on les raille, on les«hoque, on les mortifie, on censure leurs actions, on traverse leurs desseins, on rabaisse leurs succès ; et cependant on assure et on se flatte qu'on les aime, comme si tout cela étoit indifférent à la charité, et qu'elle n'y dAt prendre aucune part. Or je vous demande s'il y a une plus gros» sière et plus déplorable illusion. - • *
Mais ces intérêts d'autrui , me direz-vous , sont souTent trop pea de chose pour imposer à la charité une obligation si sévère. St moi (seconde raison) je soutiens qu'en matière de charité , mais encore plus de charité chrétienne, il n'y a rien de léger, et que par rapport à cette vertu , ^i nous raisonnons bien , tout doit être censé important. Pourquoi cela? non seulement pour obvier au désordre de h prévention de notre esprit , qiii fait <)ue lorsqu'il s'agit de Tintërét des au-
4ë8 SUR LA CHARITÉ DU PROCHAIN.
très, en étant aussi peu touchés que nous le sommes, nous n*«i portons presque jamais un jugement équitable» et qu'autant que l'amourpropre est ingénieux à grossir dans notre idée les moindres ofiimses qui nous regardent » autant a-t-il de-subtilité et d'artifice pour diminuer dans notre estime les offenses les. plus griëves qui s'adressent au prochain ( vérité que l'expérience nous rend sensible» et qui se rapporte à ce que le Sage appeloit abomination devant Dieu» quand il disoit que nous avons deux poids et deux mesures : l'une» pour nos propres injures» qui consiste à exagérer» à amplifier» à relever tout ; et l'autre» pour celles d'autrui» qui consiste à traiter de bagatelle et à compter tout pour rien» Pondus et pondut abominatio est apudDeum (Prov.^ 90j : non seulement» dis*je » par cette raison qui est générale, mais par une autre plus essentielle » et dont on ne peut disconvenir ; paroequ'en effet dit saint Cbrysostome » ce qui est petit en soi est presque toujours, par rapport à la charité» important dans ses conséquences » . et qu'il ne doit plus être mesuré selon les bornes étroites de l'injustice particulière qu'il renferme» mais selon l'étendue des maux, presque infinis qu'il peut produire.
Ainsi'» par exemple» moucher auditeur» cette raillerie que vous avez. faite» qui a paru. fine et spirituelle» mais aux dépens de votre procbaio» et qui peut-être a été applaudie de ceux qui n*y prenoient nul jnlérét » du moment qu'elle reviendra à la personne dont vous avez parlé» quels mouvements de dépit et d'indignation n'excitera-t- ^e pas.dans son cœur? Cette obstination » souvent bizarre et capricieuse, que vpus.iivez à'contredire l'humeur de votre frère ; cette parole bcusque et liautaine qui vous est. échappée traifant avec lui ; ce défont dé complaisance dans une occasion où vous en deviez avoir ; ce refus. peu honnête et désobligeant d'un service qu'il attendoit de vous, .ne^ontrce pas là les principes de l'aversion qu'il vous témoigné en toutes rencontres ? Si vous aviez respecté la charité» si vous aviez été » à l'égard de cet homme » aussi réservé et aussi prudent jque vous voulez qu'on soit pour vous » la paix» qui est le fruit de la charité» seroit encore parfaite entre vous et lui. On n'auroit.pas vu ces. dissensions , ces emportements, ces vengeances qui ont .éclaté. Cet incendie n est venu que d'une étincelle, je l'avoue ; mais c'est pour cela roêméque vous deviez l'éteindre dès sa naissance, et que vous êtes coupable de Tembr^^ment que cette étincelle a causé dans son progrès. En effet» nous voyons tous les jours. que. les plus grands troublés, que les inimitiés les plus violentes» que les plus scandaleux divorces , n'ont point eu d'autre origine que quelques petits intérêts du prochain y blessés d'abord par indiscrétion ; mais qui» dans la suite , ont porté à tous les excès de la passion et de l'animosité. Or qui peut douter que la charité ne soit responsable de ces suites? Et pourquoi ne le seroit-elle pas» Chrétiens» où plutôt pourquoi n'en seripus-nous pas responsables pour elle? Puisque ces suites sont aussi funestes que
ndus rëproQVons» pourquoi ne serions-nous pas obliges à les prévoir, et, en les prévoyant» à les éviter? Ne connoissons-nous pas assez le inonde pour être instruits de tout cela» et montrons* nous, dans le reste de notre conduite» que nous l'ig^norions? Quand il est question de cultiver les Bonnes grâces et la faveur d'un grand» négligeons-nous les plus petites choses? Persuadés que notre fortune dépend de lui, ne craignons-nous point de Tattrister» de le rebuter» de le. contrarier? ne nous faisons-nous pas une loi de lui plaire en tout» et de noiis conformer à toutes ses inclinations? Or est-ce trop exiger de nous quand on veut que nous fassions, pour l'intérêt delà charité, ce que nous croyons nous-mêmes devoir faire pour un intérêt temporel? .
On se tient bien justifié lorsqu'on dit» Je n'ai point attaqué Thonneur et la réputation de ceux qui se plaignent de moi» je n*ai point touché des articles essentiels : mais on ne prend pas garde que c'est là une des plus vaines excuses dont la malignité du monde se couvre. Car ce qui détruit la charité parmi les hommes, ce n'est pas seulement ni même toujours ce que les hommes appellent choses essen-' tielles » en fait de réputation et d'honneur ; et tel ne s'offensera pas moins d'être raillé sur son ignorance et la grossièreté de son esprit, que d'être accusé de manquer de cœur et de probité. Dites d'une femme mondaine qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie. Ce qui détruit parmi les hommes la charité, c'est, par rapporta chacun d'eux, ce qui les aigrit» ce qui les envenime, ce qui lés remplit d'amertume; et quand je me donne la licence de les entreprendre sur l'un de ces points, quel qu'il soit , je me charge devant Dieu de tout ce qui en peut arriver.
Enfin, mes Frères, conclut saint Bernard , et c'est la dernière rai- ' son, nous devons bien nous convaincre que la charité étant la chose, du monde la plus délicate , elle veut , pour ainsi parler, être choyée , et qu'une partie du respect qui lui est dû consiste dans les égards que sa foiblesse même demande de nous. Car, il ne faut pas , dit ce Père, que nous considérions celte vertu dans la pure abstraction de son être, ni telle qu'elle seroit dans des créatures d'une autre espèce que celles qu'il a plu à Dieu de produire , ni même telle qu'il seroit à désirer qu'elle fAt absolument dans le prochain ; mais telle en effet qu'elle y est, et qu'elle y sera toujours. Or il est certain que la charité» quoique forte et robuste en elle-même, n'est point communément de cette trempe dans ceux avec qui nous vivons. Au contraire, nous devons faire état qu'elle est foible dans leurs personnes ,'qu'elle est susceptible de toutes les. impressions, aisée à choquer, et que les moindres injures sont, pour'elle autant de plaies dangereuses et difficiles à guérir ; d'où s'ensuit pour nous un devoir de conscience de nous étudier nous-mêmes » et d'agir toujours avec beaucoup de retenue et de douceur. Mais cette délicatesse de la charité ne vient que
de rimperrection des hommes. Eh bien! mon Frère, rëpond saint Bernard* quelle conséquence pensez-vous pouvoir tirer de là ? Les hommes sont nds imparfaits ; donc il vous sera permis d'en user avec eux comme s*ils ne i'étoient pas? Ils ont pour eux-mêmes et pour ce qui les concerne une extrême sensibilité; donc vous pourrez impunément les irriter et les aigrir? La charité, dans leur coeîir, est bien fragile; donc vous n'aurez nul égard à sa fragilité? Eh quoi ! poursuit ce saint docteur, est-ce ainsi que raisonnoit saint Paul? sont-ce là les règles de christianisme qu'il donnoit aux fidèles , lorsqu'il leur recommandoit de respecter jusqu'à la foiblesse de leurs frères, de se garder avec soin de les scandaliser dans les choses même innocentes et d'ailleurs permises, de craindre surtout que, par leur conduite peu discrète, une amefoible, pour laquelle Jésus-Christ est mort, ne vint à périr? Et peribit injirmtu in tua scïentià frater, pro quo Christus mortuus ettli. Cor,, S). Non, non, direz-vous , mon cher auditeur, si vous en jugez selon les maximes de notre religr/on , ce n'est point à moi de guérir la foiblesse des hommes , m' de corriger la délicatesse de leurs esprits et de leurs humeurs. C'est à moi de m'y accommoder, et comme chrétien, de les supporter; et puisque les hommes sont sensibles aune parole et à une raillerie jusqu'à rompre la charité , cette raillerie , cette parole doit être pour moi quelque chose de grand. De tout temps les hommes ont été foibles et délicats. Voilà ce que je dois présupposer comme le fondement de tous mes devoirs en matière de charité. Car si , pour avoir de la charité, j'attendois que les hommes n'eussent plus d'imperfections ni de foiblesses; comme il est certain qu'ils en auront toujours, je renoncerois pour toujours à cette vertu. Dieu me commande de les aimer foibles comme ils sont , et imparfaits comme ils sont ; or cela ne se peut si je ne respecte en eux jusqu'aux moindres de leurs intérêts, et si je ne suis circonspect jusque dans lés sujets les plus légers, dont ils ont coutume , quoique sans raison , de s'oftenser. J*aurai bieo plus tôt fait de condescendre là-dessus à leur foiblesse, que de prétendre qu'ils réforment leurs idées; et il me sera bien plus avantageux d'être à leur égard humble et patient , que de m'opiniâtrer à vouloir les rendre raisonnables.
Voilà, Chrétiens, les sentiments avec lesquels je vous laisse; et je finis par la belle et salutaire leçon que iaisoit saint Pierre aux premiers fidèles '.Déponentes igitur omnem maUtiam et omnem dolum^ et simulationes, etinvidla» et omnes detractïones , sicut mode geniti infantes, rationa" bile, sine dolo lac concupiscite (1. t^£TR., 2). Défaites- vous donc, mes Frères, défaites-vous de cette maligniié, de cette animosité, et de ces haines qui infectent votre cœur. K'usez plus de ces ruses et de ces artifices dont vous vous êtes servis pour vous surprendre les uns les autres. Quittez ces fausses apparences et n'ayez plus ces dissimulations qui , sous un visage froid et serein , cachent les plus vi£s res-
sentiments et les passions les plus animées. Étouffez ces envies secrètes et ces jalousies qui » du succès de vos frères , vous font un supplice. Ne vous laissez plus aller à ces médisances qui éteifpient dans vos âmes la grâce et la charité, et qui souvent changent la so^ ciété la plus sainte dans un enfer. Si quelque affobe vous a divisés» rapprochez-vous au plus tôt, et unissez-vous plus que jamais. Otez toutes ces formalités qui arrêtent tant de réconciliations : mais , selon l'avis de saint Paul , prévenez-vous de part et d'autre : Honore invicem pi-œ^ Venientes (Rom,^ 12). Soyez en cela comme des enfants, et souvenezvous que la simplicité d'un enfant vaut mieux en mille conjonctures pour un chrétien, que toute la sagesse du monde. Souvenez-vous qu'il est impossible d'être à Jésus-Christ, si l'on n'a l'esprit de Jésus- Christ ; et que l'esprit de Jésus-Christ est un esprit de charité. Venez, divin Esprit, venez dans nos cœurs, pour y rétablir cette précieuse vertu. Si vous la faites revivre parmi nous, et si vous faites cesser tout ce qui l'altère , c'est bien alors que , par une espèce de création , vous aurez renouvelé la face de la terre : Et creabuntur, et renovabis faciem terras (Offic. Ecoles.). Opérez ce miracle, Seignopr, opérez-le pour toute l'Eglise votre épouse, mais en particulier pour cet auditoire qui m'écoute , afin que tous ceux qui le composent , unis dès maintenant par une sincère charité, le soient éternellement par une même félicité, que je leur souhaite, etc.