‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 98 sur 119 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Cest une doctrine communéinent reçue dans la théologie, que quelque moyen que nous puissions employer^ pour l'expiation de nos crimes, quand nous les avons une fois commis, il n'est point de luimême capable de les effacer, si Dieu ne l'accepte pour cela, et s'il n'y ajoute sa grâce, qui es» la grâce de (a rémission. Hais la même théologie reconnoît aussi que les moyens que Dieu veut bien accepter sont dans les règles ordinaires des moyens proportionnés, et qui de leur nature ont^éja quelque vertu, pour contribuer à un effet si no^ ble et si relevé. Voilà, Chrétiens, les deux principes sur lesquels j'établis la proposition que j'ai avancée quand j'ai dit que la confession étoitHin des remèdes les plus efficaces pour abolir le péché. Car si vous me demandez d'où elle tire cette vertu, je prétends que c'est premièrement de la volonté et du don de Dieu , secondement d'ellemême et de son propre fonds. De la volonté de Dieu, parceque Dieu Ta spécialement choisie et agréée pour cette fin ; de son propre fonds, parcequ'elle a tout ce qu'il faut pour faire entrer un pécheur, avec le secours de la grâce, dans l'esprit d'une parfiiite pénitence. De la volonté de Dieu, parceque Dieu semble lui avoir remis absolument le pardon du péché ; de son propre fonds, parcequ'elle a des qualités merveilleuses pour convertir le pécheur et le ramener dans les voies de la justice. Deux considérations auxquelles je réduis tout ce que j'ai à vous dire dans cette première partie. Donnons à l'une et à l'autre tout l'éclaircissenKut qu'elles demandent.

Oui , Chrétiens , Dieu a voulu que la rémission du péché fût attachée à la confession du péché ; et la loi qu'il en a faite , quoique d'abord elle paroisse une loi de justice , est tellement une loi de miséricorde, qu'elle n'a pu venir que de la miséricorde même. Car quel excès et quel prodige de bonté, que pour être absous d'un crime qui m'exposoit à une damnation éternelle, et qui la méritoit , ce soit assez de m'en accuser moi-même ; que Dieu se contente d'une telle ddclaration, et qu'il me suffiise, comme parle saint Augustin, de confesser ce que je suis pour devenir ce que je ne suis pas ! Ah ! mes Frères, s'écrie là-dessus Zenon de Vérone, voici un jugement bien extraordinaire et bien nouveau. Si le criminel s'excuse , il est condamné , et s'il se reconnoît coupable, il est justifié : NovumjtuUcH genus^ in quo reus , si cxcusaverit crimeriy damnatur : absolvitur^ si fatetur (Zbn. Ver.). Dans la justice des hommes, la procédure est bien dilïé-

rente : ils ne punissent que ce que Ton découvre; mais dans Injustice divine, il n'y a de châtiment et de punition que pour ce que Von cache. Si vous révélez votre péché, eo le révélant vous le faites disparoitre à mes yeux; et si vous vous rendez votre accusateur, je cesse d'être votre juge. Ce sont les belles paroles que Pierre de Blois attribue à Dieu, et qu'il lui met dans la bouche, pour inviter un pécheur à cet exercice si salutaire de la confesion. De là vient, reprenoitle grand évéque de Vérone dont j'ai 4léja cité le témoignage, que notre confession , c'est-À-dire celle que nous faisons selon les tois du cliristianisme et au tribunal de la pénitence, n'est point une confession forcée, ni arrachée par la crainte ou par la violence des tourments; mais une confession libre, volontaire, où nous nous expliquons de nous-mêmes et d'un plein gré, avec repentir, avec amoui; : pourquoi ? parceque nous savons, dil-il , qu'elle ne nous peut être qu'avantageuse, et que si notre Dieu l'exige de nous , ce n'est point pour s'en prévaloir contre nous et à notre perte, mais pour avoir lieu de nous combler deses faveurs les plus abondantes et les plus précieuses» De là vient, ajoute saint Chrysostome, que nous confessons jusqu'à nos péchés les plus secrets. Prenez garde, Ghréiiens , à ce passage : il est important contre nos hérétiques, et je le tire de l'homélie quinzième sur la seconde Épitre aux Corinthiens. Les juges de la terre, dit ce saint docteur, ne prononcent que sur les faits dont il y a conviction , et qui sont devenus publics : mais pour nous, qui suivons d'autres maximes, et qui faisons profession d'une discipline toute sainte, nous soumettons au tribunal de l'Eglise jusqu à nos pensées. Et voici la raison qu'il en apporte : c'est que notre foi nous apprend que cette confession de nos propres pensées et de nos sentiments les plus intérieurs et les plus cachés, bien loin de nous attirer de la part de Dieu un arrêt de condamnation, prévient au contraire tous les arrêts que nous aurions à craindre de sa justice, et nous en préserve.

Mystère, mes chers auditeurs, que David ;||oit si bien compris, lorsqu'après avoir demandé à Dieu dans les termes les plus affectueux qu'il lui fit grâce, qu*il versât sur lui ses miséricordes et ses plus grandes miséricordes, qu'il le purifiât de toutes les taches du péché, Am* plim lava me ab iniquitatemeâ^ et à peccato meo munda me (Pia/., 50), ce roi pénitent ne se servoit point d'autre motif pour l'y engager et pour le toucher en sa faveur, que de lui dire : Vous voyez, Seigneur, que je reconnols mon iniquité : Quoniam iniquîlalem meam ego cognosco {Psal., 4). Quelle conséquence? Elle est très-juste, répond saint Chrysostome; et David, parlant de la sorte, étoit par&iteinent instruit des intentions de Dieu, et de ses vues toutes miséricordieuses. Car c'est cofnme s'il lui eut dit : 11 est vrai. Seigneur, cet aveu que je fais de Toffense que j'ai commise est une réparation très légère; mais puisque vous voulez bien Tagreer et vous en contenter, j'ose vous l'offrir, et j'éspéf e par là me réconcilier avec vous. Vous me pardon-

nere2, mon Dieu, parceque je confesse mon péché : Et à peccato nieo munda me, quoniam iniquitatem meam ego cognosco.

Voilà comment Dieu veut qu'on traite avec lui ; et cela» Chrétiens, fondé sur deux de ses divins attributs : l'un est sa grandeur, et l'autre sa bonté. Sa grandeur, parceque c'est là qu'il fait paroître ce qu'il est et ce qu'il peut, remettant le péché en souverain^ et sans observer avec nous toutes les formalités d'une justice rigoureu&e. Sur quoi je me rappelle un beau mot de saint Âmbroîse dans le panégyrique du grand Théodose. Il dit que ce prince prenoit quelquefois plaisir à juger lui-même les criminels d'état, et qu'après les avoir convaincus et forcés d'avouer leur crime, au moment qu'ils altendoient une sentence de mort et qu'ils redoutolent son juste cqurroux, il changeoit tout-à-coup de visage pour leur faire entendre qu*il leur rendoit la vie, et que de sa pleine volonté il les renvoyoit sans châtiment. Or il en usoit ainsi, poursuit le même Père, parcequ'it ne vouloit pas perdre ces malheureux, et qu'il se faisoit une gloire de vaincre leur malice par sa clémence vraiment royale : Vincere enim vole-' bat, non perdere (Ahb.). Telle est, mes chers auditeurs, la cx)nduiie de Dieu envers nous. Outre qu'il y va de sa grandeur, sa bonté s'y trouve encore intéressée. ParceqO'il nous aime , il ne veut pas nous faire périr, mais il veut seulement avoir sur nous gain de cause.. Or il l'a par notre confession ; car c*est notre confession qui donne à sa justice tout l'avantage qu'elle peut avoir pour nous punir, et à sa miséricorde toute la gloire de nous pardonner.

C'est pourquoi le Prophète royal disoit encore à Dieu : Tibi soU peccavi et inalum corâm te fecî, utjustifiç^is in stnnonibus tuis, et vin^ cas cumjndicaris {PsaL 50) : J'ai péché, mon Dieu, et je le confesse : pourquoi? afin que vous soyez glorifié dans ma personne, et qile, dans le pardon que vous m'accorderez, on connoisse que votre miséricorde est au-dessus de toute la malignité de mon cœur, et qu'elle a triomphé. Aussi est-ce toujours cette miséricorde victorieuse que IfS Saint-Esprit nous représente, quand il nous invite à la confession ; et c'est en ce sens que saint Augustin explique ces paroles du Psaume cent dix-septième : Confitemini Domino quoniam bonus (Ibjd.). Hé ! mon Frère, dit-il en s'adressant à un pécheur, que craignez-vous de confesser votre péché à un I)ieu si bon pour ceux qui le confessent sincèrement et sans déguisement ? Ne vaut-il pas mieux en le déclarant vous rendre votre Dieu propice, que de l'irriter en demeurant dans un silence criminel? Quid limes confiteri Domino j qiii confitenti bonus est? Fac cdnfilendo propUiumy gu^m negando, facis infensum (AuG.).

Mais , dites- vons, ce n'est ix>înt seulenaent en la.prései^ce de Dieu que je dois reconnoîlre mon péché; c'est encore à un homme qu'jl m'est enjoint de le déclarer. J*eii conviens, mon cher auditeur, c'est à un homme , mais à un homme autorisé de Dieu, tenant la place de

Dieo, le ministre des nrisënoordes de Dieu. Et qodle peine un chrétic9i peut-U afoir de confesser son péché à cet bbmme qui lai sert de médiatenr auprès de Dieu ? Tout honteux que je rimagine , ce péché, on qu'il est en effet , quand il le fiiudroit confesser devant tonte la terre et dans l'assemblée de tons les Jusies, sdon Texpression du Prophète t In eandlio Juitarum et congregatUme {Ps. ilO) , votre grâce , 0 mon Dieu , dépendant de U et m'étant promise & ce prix , devroisje hésiter un moment? Devrois-je compter pour quelque chose une condition à laquelle il vons a plu d'attacher pour moi un si grand bien? Ne deirois-je pas être prêt & feire au moins par une obligaiîon rigoureuse, et pour l'assurance de mon salut, ce que feisoient les premiers fidèles par une abondance et une ferveur de christianisme? Craîgnoient-^ls de confesser hautement leurs péchés ? craignoient-ils de les révéler à la fece de toute rÉgKse ? Pourquoi n'aurois-je pas , dans la confession secrète, la même soumission , la même résolution , le même zèle, qu'ils avoient dans la pénitence et la confession publique? Pourquoi ne ferois-je pas pour racheter mon ame, cette ame immortelle , ce que font tous les jours des criminels pour racheter une Vie passagère et périssable? Qu'un criminel ait obtenu du prince des lettres de grâce, refuse-t-il de se présenter aux juges commis pour les examiner et les vérifier ? Il s'y porte de lui-même , il y court. Cest néanmoins, par une déclaration authentique, souscrire à tous les chefs d'accusation formés contre lui; c'est, dans un jugement juridique et soleywel, se reconnottre coupable et digne de mort. Il n'importe, l'avantage de Tabsolulion lui fait oublier ou lui fait soutenir toute confusion. Or la grâce de mon Ifieu que j'ai perdue, et qui m'est offerte dans le saint tribunal, est-ce un avantage moins estimable et qui me doive moins coûter? Ai-je Un degré de foi, si je ne vais pas encore avec plus d'ardeur me montrer aux prêtres, OstentUte vos êocerdotibus ; si je ne m'empresse pas de leur faire voir mon état , de leur découvrir mes misères, d'implorer leur médiation, et de recevoir de leur bouche une prompte et pleine' rémission? Suivons dope, mes Frères, suivons le conseil de l'Apôtre, qui nous avertit d'approcher avec confiance de ce trône de grâce que Dieu a établi dans son Église , et où sont assis ses ministres pour répandre selon son gré ses bénédictions : Adeamxis ergà cum fiducxà ad tharonum gràtiœ^ uivemam cansequamur, et gratiam inveniamus in lempore opportuno {Hebr., 4). C'est en leurs mains qu'il a déposé toute son autorité, et c'est en votre laveur qu'il leur a ordonné de remployer. C'est à eux qu'il a dit : Tout ce que vous délierez sur la terfe , je veux qu'il soit délié dans lé ciel; et tout ce que vous remettrez, je veux qu'il soit remis. Ses promesses là-dessus sont les plus précises et les plus formelles, ses volontés les plus expresses ; et ne sommes-nous pas bien ennemis de nous-mêmes, si nous ne prenons pas soin d'en profiter? Cependant, Chrétiens, ne nous étonnons pas que Dieu, s'il ait

SUft LA CONFESSION. 6S7

m'est permis de parier ainsi , une telle déférence pour la confesrion du péché. Ce n*est pas sans Ipodement , puisque )a confessfoi di^ péché a d'elle-même tout ce qui peut {gagner le ôœiir de 4>ic£ , ermettre l'homme 4ans l'ordre d'une pénitence parfaite. Autre prMUpe, d'où je{)rétends que lui vient cette vertu si Salutaire pour nous et si puissante. Car que fek la confession du péché? jbKjK chose^ : elle humilie le pécheur dans la vue de^on péché ; elle fi)i jlEspire la doulimi^ etie repentir de son pélhé ; elle lui tientjien d'une satisfaction présente et actuelle de son péché. Or par-là elffdétruitabsolMient^ lui le p^ ché. Prenez gprde, s'ilTpus platt : en humiliant te |îécleAf* el^élni arrache jusqu'à la racin^dq péch4» qui.est l'orgueil; ^ inspirait aii pécheur le repentir et la contrition , ^e efrace, t& tSidt^u p^Sié , cfAl est ce que les théologiens appellent la coulpe^ W eiHuf tenafTttieu4<B satisfaction, elle^ejapie même ou 'du moins comi^ençe à'^elkpi^cl^ qu'attire après soi le péché, qui est la peine. Be sorte^u'il n'y a^fleh dans le péché qui netsède à son action et à son pouvoir. Tout ceci est remarquable, et laérite une réflexion particulière. '

Je dis que la confessîoif' du péolié humilie Je pé^^ : voilà son premier effet; et en. cela r non seulement elle met le p^l|èur daos Tordrede la périkence , mais elle faàt en lui.Ia* principale et la plus essentielle fonction de 1^ pénitence^. Caf, dans la^penMI' des Pères ^ qu>st^e que la pénitence? TërtuIKénciioustln donne ttfle excellente idée» savoir, que la pénitence ès{V>mmf^im art ou une science donc Dieu se sert pour humilier r^mme , et par où l'homme a lui-même appril* de Olpn ^ s'humilier : JBi^ct)»%a h^iililtltndi hùmims (Ter- TUL.ll Ôr f^outes les leçonf renfermées dKs Tétèndue (Je cette divine sciiU|^«*il n'y en a pas une*qu^4^oit^cofipàrab)e l^celle de confesser sonpephé^: pourquoi? pjupqequ'il est certain que rien n'humilie tant l'MÔirfte que la confessien idu ptché. Je ne dis pas cette confession va(j;ii^et indélmninée par où nojis protestons en général que ndul sommes péchen*s, sans spécifier en quoi ni sur qtfoi nous. le sommes : je ne dis pas cette confession mentale et toujt intérieure qui se Tait à Dieu- du fond de l'ame , et qui ne consiste qa*àjreconn6ttre devant lui ce qu^l ^'^ .^^^^ ®^ ^ V^^ ^^^^ ne {Souvons lui déguiser ; car, bien loin qu'il faiUe pour^cela de grands sentiments et de grands efforts d'humiliié, on s'en fait même honneur, et c'est une marque de piété: mais je dis cette conf^i&a*institnée par Jésiis-Chriât; et dQntnous avoMB l'usage dans l'église ; c'est-à-dire celte confession où nous df scepdoDS au détaildes choses; où nous ne nous oontentons pas'de dire, J% pécbé , mais où nous rendons centime nous-mêmes dès témoignages partiquliers de tè) et tel péché ; où nous disons , Voilà ce que j'ai pense et ce que. i'^i^fait ; Voilà la passion qui m'a emporté ; voilà le motir, rînlérôt qni m'41 fait agir ; voilà l'opprobre de ma vie, et c'est en ceci et en 8ela que j'ai trahi la cause de mpn IKeu : infin cette confession où nons'foisoAs 'dans le tribunal dé la pénitence ce que Dieu B. 2. ' 42

i^era dansb jugement dernier, lorsqu*iI oiiyrira toutes les consciences des fioKunes» ^ qa*avec un rayon de sa lamière il ira fouiller et pé- ^éif;er daii tou^ les replis de aotre ame. Car c* est justement le modèle que noire confession se (ropose à imiter, comme c'est aussi dans cette vue distincte dé no]is->mémes que notre esprit trouve son humilioïKnoi ' Disciplina hmoiilificandi hominis. Jç dis .celte confession que pous ne faisons pas seulement k Dieu, mais à u|^homme que nous iltgardonsç^^mn:^; renvoyé de ^ieu ; à un homme qui de lui-même ^e^ous^iéiuWsaiibûiire, mais à qui nous exposons toutes nos foiblessesi| touies nos-làchetés, toutes nos hypocf i.sies /tout ce qu'il y a de gftté ^ de cçrpompii danâ not|e cœur; nous soumettant à écouter t»ut ce que le^zèit loi âictera ^ & subir toutes les peines qu'il nous im- |tosei'a,'àobseçver toutes les règles de vie qu'il nous prescrira. Car ifi'esi-ce que'toôt cela »* sinon un exercice hérûîqAe de celte disciplina humàiaifte dont parle TerluIIien : Disciplina humilificandi hominis? ^

Et «'çst icL nus chers auditeurs, que vous pouvez retnarguer avec moi lu différée qui s'est reneonirée et qui se rencontre encore tous les jours cAre l'esprit de Terreur et Tesprit de la ^aie religion. Car Tesprlt d*eri%iy, qui, est celui de rhércsie , #tant un esprit d'orgueil, n n'a pu soul&'ir de con&ssioi^et /le pénitence qui l'humiliât. Qii'at-il donc fait? il a secoué lef^ug dodtette confession ^cramentelie qui oblige à déclarer le pécb|$^ et qiïi assujettît le pécheur aux ministres de.rÉglise» et n';i ^gffiToi aucune ombre de confession*, qui n'a rien de difficile iii d'humiliant poil^^uivEt qt^lMiumilité en efTI^l^e s'appeler simplemeht pi|pheur, pmsqae les plus grands Saiifts Qnt?q&iiimêmes tenii ce langage? Quelle' liu milité de se confesser àl>féu,i voua» Seigneur, dit saint Augustiii, qufît^ pouvez rien ^nék«rde tout ce que je suis^ et aux yeux, de qui vouloir me dérober cejwroit une folie extrême I puisque si j'osoiâ l'entreprendre, jAnériteroîs qae vous* vous tiqssiez éternellement cacbé pour moi, sans que je pusse janiais me Câc^ér à vous 1 Nam et si confiteri tibi noluerini^ temihi abs' copdam,'nqn me tibi*{AvG,)l Mais, par un esprit tout eontr^iire, rÊglise de Jésus-Christ s'est maintenue dims la pratique de cette confession, dont son divin Époux loi a fait comme un sacrement d'humilité; et plus cette coufession lui a pa|[«. hMmiliante pour les pécheurs ,' plus elle s'y est attachée , parcequ'elfe lui a semblé d'autant plus propre à la fin pour laquelle elle ordonne que nous en usions : riiuniiliié et la pénitence se suivant toujours, et la vraie péaltente ne pouvant êtreailleqrsque là oii.se trouve Thuipilité la plus parfaite.

ioilù , mes chers auditeurs, la granda maxime du christiaDisme; ef par cette maxime vous devez voir quel est i'ë^ar^ent de ceux qui

dispensez^ parcequ'elle porte. avec sol une certaine honte j et c'est justement pour cda qu'il faudroit l'aimer ; car cette honte qu'elle voss cause vous humilie devant Dieu , et ce qui vous faumiMe devant bieu , c'est ce que vous devez chercher dans la pénitence. Ce qtA vous a perdu, mon Frère; dit saint Chrysostome , eoqdi a été la source de votre malheur» c*çst de«n'avpir pas eu assez de honte* Tous vous êtes foit uniront de' prostituée, comme parie TÉeriture , pout* commettre le péché. Il feut donc que ce soit la honie qui commence maînténant vôtre conversion ; et que , pour retourner à Dieu, vous repreniesf cette honte du péché que vous avie£ perdue. Or vous ne la retrouverez jamais mieux que dans la cottfesision du pëchS' même. Quand j'entends les prédicateurs de TÉvangile faire des discours entiers pour adoucir aux pécheurs ou médiè podr leur ôter absolument la honte qu'ils peuvent avoir de s'accuser, je Ta voue, cbréilenne compagnie , quoique j'approuve leur 2!è(e$ j'Ai peine à ne les pas contredire. Car pourquoi» dis-je, dter.au^^ péeheufs ce qu'il faudroît plutôt leur donner s'ils ne Ta voient p^d? Uil ^es grands abus delà confession est de voir s*y présenter certaines ame^ sans nulle honte de leurs crimes, et de leurs crimes néanmoins leë pîub honteux. Comme elles les ont hardiment commis , elles les déclarent avec la même assurance ; et vous diriez, à les entendre , qu'elles ont droit de n'en pas rougir* parcequ'elles sont d'Une qualité et d'un état dans le monde où l'on ne doit point attendf e autre chose d'elles. Les ministres de la pénitence savent combien cet at^utest aujourd'hui commun. Or cet abus , qui va directement à exclure la honte du péché, bien loin de faciliter fa pénitence, est une id^énitence mttnifesté, on du moins en est un signe visible. C'e^ donc aux prédicateura et iinx confesseurs^à y remédier; comment cela? en inspirant euX'-mémes cette sainte honte à ceux qui ne l'ont pas , et en apprenant ^ceux qui paroissent l'avoir, à en bien user ; en'leùr-faisant concevoir à^oûs que c'est l'une des graceà les plus précieuses qu^ils aient à ménager datts ce sacrement. )e sais que cette honte peut quelquefois aller trop* loitf; mais je consens qu'on la -modère ftlors, et non pas qttibn la Tléiruise. Je s^lFs qu'elle peut fermer Jabouche-à un' pécheur , et loi Çlife celer son péché ; mm pour le garantir d'une extrémité , il ne fiiut pds le

Taire lombeV dans une autre : cirsi ç'es^uû excès de cachersôn criiiie par confusion ,.ç'ên eît un autre encore plus dangereux peut-être 9e

* le déclarer sans humilité.* , ; .

' J'ai dit de plus cfue 1î) confession a cefe de propre, qu'elle excité etf nous la douleur et fa contrition du péché. La raison en test très naturelle.'Cir la contrition, disent. les théologiens, se f(9rmè daris hôs nmes par une appréhension vive et une vue.âcluèlle de la grîèveté du pcché et de sa malice. Or il est ccrtafn que nous neico'nrmrenons

jamais plus vivement cette malice du péché que quàtid hûus'en faisons la déclaration aii tribunal de la pénitence. C'est alors qûe^Fe'péobése

f0i SUR LA CONFESSION,

montre à bom dans tçute sa diffonifté; c'est alors que notre esprit «rLtfrapBé, que notre cœur eu est ému, et que nous pouvons dire wJTle PrSièle roya\ : Non; est pax ouibus mHs à facte peceatarm ïï^ (Kaim. 37). Hors de là nous n'y P«»n8 quà demi; et «Sue œ péché soit un poids qui nous accaWe, les idées que nous rSons 80^ si légères . qu'eUes ne non* en lawsent presque anom intiment. Mais quand nous approchons du mnustre qui nous dox •neer et aux pieds duqpelno^s venons nous accuser, vous le savez, înTchers auditeurs, et l'expérience vous Taura fait ~««^«re. œs idées si foibles auparavant se réveilletat tout-à-cottp, se forti6ent , devienuMit sensibles . remuent le fond de nos passions, nous attendrissent Dour Dieu, nous donnent line sainte horreur de-«o«s-aiemes, nous Urent quelquefois les larmes des yeux. Or ces lariMs,,sdon saint AuKustin. ces sentimenu tendre», ces mouvements dhpfyeiir contre 1^ péché, sont les dispositions les plus efBcaceç.el ,1^ .glaces prochaines de la contrition. .: ;c:;;; J

Et voilà l'innocent et le divin secret qu'avoit tnonve te saint m Éiéchias pour renouveler dans son cœur l'esprit de pàutem». Que faisoilril? il parcouroit toutes les années de sa vie, et il confessoU a Dieu toutes'ses iuBdéUtés : BecogUabo tibi anno» meos in amanlu^e mimœ nteœ (Ism.. .38); Quoique la confession ne fût pas encore engee en sacrement comme elle l'est dans la loi de «race, elle ne laissoit pas d'ODérw en lui et de le toucher. Cette revue exacte de tout le passe éloit suivie dé l'amertume de son ame, et cette amertume étoit la xeritable douleur qu'il cherchoit: Reeogitabo tibt in amaritudme. N'estce nas ce qui arrive encore tous les jours à tant de pécheurs? Leurs OBurâ qiii 'sembloient éu-é endurcis, commencent à s'amollir des aue leur langue commence à parler. Jusque là on eût dit que as oûèur* éioieht fermés," et impénétrablesà tous les traits de la grâce; mais -à ifene se sibnt-ils ouverts.par une déclaration fidèle et ^tière, ou'aprèss'être présentés à la pénitence comme une terre sèche a «■ide ils s'en retournent tout jpénétrés de la rosée du ciel : pourquoi ?'pareequa|8 ont ressenti Tefficace et la vertu de la confession. Tel est 1 effet 4e cette placole si énerfi^que, et dont les Pères de l'Eglise nous font ^nt d'éloges , Peccavii J'Ji péché : de celte parole qm fut la confession' et le .principe de la juhificaiion d'un des plifi par- .^iits et des plus illustres ^énitenu. Voyez,. mes Frères, dit saint Ambroise, combien trijis syllabes sont puissantes : Quantum, très tyl- 'labœ vtUrn (Amb.)! G^lte parole Seule changea le cœur de Bien, p^rceqiie d'un Dieu c6nfi«oucé eUe en fit un Dieu propice ; çt le cœui de David i p^fceque d'un adultère et d'un homicide elle en, fit ui saint Or si elle a fait un saint de David, que peut-elle Ml-e et qu( doit^Ue foire dé nom? Car cette courte parole, •Pefc«»i,*est mainie ianl bien plus efficace encore qu'elle n'étoit alors. Etant devenue un des parties les pltis essentielles d'un sacrement auquel 4ésus-Çhrist

SUR lA CONFESSION. 661

attaché tous ses mérites^ elle a une vertu toute divine qu'elle n'avoit pas. D*oii il s'ensuit qu'elle doit dope avoir dans la bouche d'un chrétien toute une autre force que dans celle de David., Je ne parle pas, au reste 9 selon le langage et l'eKprg^sion des libertins,' dont Je ne ferai point ici difficulté de me servir; je ne. parle pas' de cePeccam présomptueux qu'ils se promettent dans l'avenir, etsurqurfiils'foffdent l'espérance d'une conversion imaginaire qu'ils' n'accompliront Jamais; je ne parle pas de ce Peccam superficiel , qui n'est que sur lé'bord des lèvres, et qui ne part'point du cœur; je ne parle pas dë'cé''Pecûavi contraint et forcé , que la nécessité arrache à un moribond :'càr^ tout cela est réprouvé de Dieu. Mais je parle de ce Peccavi sinbère et douloureux qui est le sym*bole de la confession des Justes ; et pour celuilà, je soutiens qu'il a un' don pai^ticulier d'exciter en nous la contrition, et par conséquent d'effacer le péché.. . j .»

Je vais encore plus avant, et je' prétends enfin qu'il ne ti^t qu'à nous que la confession ne commence déjà à expier la' peine 'du péiphé, et qu'elle ne nous' serve dé satisfaction pour le péché. Car puiisqiiie la confession du péché nous est pénible, puisque nous y ressentons' une répugnance qui coûteà surmonter, puisque noiis la regardons comme un des exercices du christianisme 'les' plus ^laborieux ^' pourquoi ne nous en ferions-nous pas un. mérite abprès'^de Dieu? et pourquoi ne pourroit-6n pas dire de nous ce qiie saint Grégoire a dit de ce serviteur de iJÈvangile, qui, se confessant insolvable aux pieds' de son maître, obtint tine remise entière de'^toûte sa dette? in confesnone debiti invenit delnti soluUônem (Gkbg'J).' • ' ' ' * ' " •" ' •

que

a ordonnées

Il semble d'abord que ce. soit une exagération , mais c'est une vérité fondée sur.les plus solides, prinçipes.jde la théologie. Comprenez-la; car il est certain quç jamais' kJiisKèe 'de Dieu nepérdriende ses droits, et que, de quelque feçop^qufet/Je^soittVou dans l'autre vie ou en celleci , -elle tire la satisFactibn^^iaf vêi/geâiâcë qui lui est due pour lè péché. Or il est de lâfo! que lèjf^étië'm'érite dans Tautre vie des peines éternelles , et il est encore dé là foi^e ces peines éternelles soât aie* quittées en celle-ci paï* la confession. Il faut donc que la confession ait quelque chose en soi qui égale i dans l'estime de Dieu^ cette éternité de peines i et que toutes pÈ!s^0Jàes: de l'eufei* soient ; pour ainsi dire , abr^ées daqs la dôuleur'^TBtirieure d'une ame qui confesse son péché : 0mnium4>œnarum 'cémpendium. Après cela,: si jdous n'avons pas perdu tout 1^ zèle que ilotis'^vpns avoir {)our TiinpOTtante affaire de notre salut, pouvons-'ifoùs ue pas«aimer une pratique où nous trouvons de tels avantagés? • *

Concluons doilcavei^lè Prophète;, ou plutôt avec saint Augustin interprétant les paroles du Prophète, et* lia appliquant a^^miédie sujet

m SUR LA CONFESSION.

que moi : dmfeuio et pulchriiudoin ct>nspectu qui {Ps. 96). Prenes garda» dit saint Augustin : ces deux choses ne se séparent point devant Dieu, la confession du péché et la beauté de lame : Confessio ei pulchritwio. Et c'est dans ces paroles , mon Frère » poursuit le même saint docteur» que vous apprenez tout à la fois et à qui vous pouvez plaii^» et par où vous lui pouvez plaire. A qui vous pouvez plaire, c*est à votre Dieu ; par où vous lui pouvez plaire , c'est par la confession de votre péché : Audis cm placeas^ et quomodà placeas (Auc). Par conséquent, si vous aimez votre ame, si vous voulez la rendre pure et agréable aux yeux de Dieu» faites- vous de la confession un exercice fi^quent et ordinaire : Ama confessionem, si affectas d^corem( Idem.). Ah 1 Chrétiens» si vous aviez autant de passion pour plaire à Dieu que vous eu avez pour plaire à de foibles créatures; et vous, femmes du monde, si vous faisiez autant d*éiat de cette grâce intérieure , qui doit ôtre le plus bel orneitient de vos âmes » que vous en faites de pette grâce extérieure du corps» dont vous êtes si idolâtres» et qui devient le scandale du prochain » avec quelle assiduité et gueile ferveur vou8.verroit-on fréquenter le tribunal de la pénitencef Faudroitil employer tant de sollicitations pour vous y attirer? Dès que vous vous sentez coupables devant Dieu» pourriez-vous demeurer un jour daus cette disposition criminelle? Surtout y pourriez-vous demeurer» comme il n'arrive que trop» les années entières? N'iriezvoas pas chercher le remède pour vous guérir de cette lèpre qui vous défigure? N'iriez-vous pas à la' sainte piscine» vous laver- et vous purifier? Quoi qu*il en ^it, nous avons vu comment» par rapport au passé» la confessjpp ^çfface le péché commis; et nous alloiis voir comment» par (rapport ^ l'avenir » elle nous préserve des rechutes djims^e pécb^. C'ê^ la secoçdç partie^ .

DEUXIÈME ^iirnË*

. Quoique, dans la doctrÎQe d^s Pè|*es » la justification d'un pécheur soit le plus grand de tous les ouvrages de JDieu » et que cet ouvrage coûte plus, à Dieu que la résurrection des points et la création de tout un qoionde^ On peut dire néanmoins ,• e|; il e§t vrai ,- que cci seroit pea pour un pécheur d*étre justifié par la grâce de la pénitence» s'il n avoit pas de quoi se maintenir dans çeUQ grâce, et s'il manquoit des moyens nécessaires pour se garantir dèf rechutes dans le péché. Car, comme dit saint Jérûine» être g^^i'i. pour retomber' dans une plus grièye maladie, et ressusciter. pofr.mourir d'une mort encore plus fimeste» c'est plutôt une punition et un malheur^ qu'une grâce et un <kienÉit. De là je juge» et i^o^s devez juger^avec moi» quelle est l'exoelieiice de la conl^ion , et quels avantages nous eu relirons, puisqu'en même temps 'qu'elle nous réconcllief^ avec Dieu, elle nous face, antant' qu'il est possible et que notre#)iblessé le-pèrniet, dans ce bÎKnbeoreuK état de réconciliation » nous tenadt lieu du. plus puis-

sant préservatif que la religion nous fournisse contre le péché. En voici la fWuve. Je ebnsidèi^e la confession, ou , pour mieux dire, le sacrement de pénitence, selon trois rapports qu'il a et qui lui sont essentiels. Le premier à Dieu, ou pluiôt à Jésus-Christ, qui en est Fauteur; le second au prêtre, qui en est le ministre; et le tixHsième à nous-mêmes, qui en sommés les sujets. Or dajfis ces trois rapports je trouve ma seconde proposition si bien établie, qn*il m'est évident qu'un chrétien oublie tout le soin de son ame «quand il néglige l'usagé de ce sacrement. '. - .

Car qu'est-ce que la confession selon le premier rapport qu'elle â avec Jésus-Christ? C'est une de ces sources divines dont parle le pro-^ phète, que le Sauveur en mourant fit couler de son sacré côié, et où les fidèles peuvent puiser à toute heure les eaux de sa. grâce, c est^è** dire certains secours particuliers que chacune de ces sources leui^ communique abondanlment, lorsqu'ils se mettent en disposition de les recevoir. Ainsi doit s'entendre la prédiction d'Isaîe, même dans le sens littéral : Haurietis aquas in gaudlo de fonlibus Salvatoris (Tsai.; i2). Mais qudie différence y a-t-il entre ces grâces de la confession sacramentelle et celles des autres sacrements? La voici : c'est cyie les gratis de la confessbn sacramentelle sont spécialement deà grâces de défense, des grâces de soutien, des grâces que Dieu ndus donne potir comjjattre le péché, pour tenir ferme dans la tratation, pour ne plus sùccom.ber sous le poids*de la fragilitié humaine, en un mot pour persévérer dans les résolutions que la pénitence nous a inspirées. Telle est la fin principale de ce. sacrement. Or vous savez que les. grâces d'un sacrement ont une subordination et upe liaison nécessaire avec sa fin. Quiconque vient au saint tribunal, et y appoj*te les disposi« tions convenables, a-t-il droit à ces sortes de grâces ? Oui , Cltr étiens, et ce droit est fondé sur le pacte que le Fils de Dieu en a feit avec son Père. C'est ce que toute la théologie nous enseigne. Telle* ment qu'un pécheur, après avoir confessé son péché, peut san^pré^ somption exiger de Dieu non seulement des grâces communes et gé* néralés pour ne le plus commettre, mais des grâces de réserve çt de choix, qui sont les grâces propres dtt.sacr'ement;etDieu né pourxoit sans injustice les lui refuser. Je dis sans injustice envers son Fils qui les a méritées, et non envers ri^ommeTjùi les reçoit. Hors de la confesdon, Dieu donne-t-il ces sortes de grâces, et Jésu^Clirist ilbus les a-t-il promises ailleurs que dans ce sacrement? Non, mes Frères : i( veut que nous les allions puiser duns la source pi|})lique : Hauriétk de fontibus Salvatom, Et en cela il ne nous iait,nul tort; car cVsl i nous d'accqpter ces grâces de la manière qu^il luip!alt de les d1spen«ser, et c'est à nous de les chercher et de les prendre où ilies a ibi*ses. Or il a renfermé celles-ci, qui nous fortifient contre les«rechii>tes , dai^ le sacrement de pénitence. C'est donc à ce âtcre^SKînt et à kl confession que nptis devons avoir recoitrs. potir les obtenir;

. De là quelles conséquences? Ah I mes chers aliditeurs, A, est aisé de les tirer, et encore plus important de les méditer. 11 s'enfuît de la qu'un chrétien qui quitte Tusage de la confessîoq, renonce aox^races du saiiit les plus essentielles , qui sont les grâces de précaution contre le péché ; et que quand ensuite il se laisse emporter au torrent du •ièclei au dews de la chair, aux désordres d*une vie libertine et dé* réglée, il est doublement jcpupable devaptDieu; pourquoi ? parceque Dieu lui peut fiiire ce double reproche : Tu as commis tout cela; et, par un surcroit de crime et d'infidéliié^ ta n'as pas voulu te servir du moyen que je te présentois pour te préserver de tout cela, qui ëtoit de purifier souvent ton amé par ta fréquente confession. 11^ s'ensuit de là que dans Tordre que Jésus-Christ a établi pour le partage des grâces qu'il distribue à son Église en qualité de chef et de souverain pontife, plus l'homme chrétien s'éloigne de la confession , plus il devient foible pour vaincre le péché ; et qu'au contraire pins il en approche, plus il devient fort, parcequ'il reçoit plus ou numis décès secours que Jésus-Christ y a attachés; et que le moyen le plus îofiuUîbJe pour sa soutenir au mifien du monde et contre se^attaques, est d'aller de temps en temps à cette source salutaire d'oii se fait encore aujourd'hui sur nous une effusion si abondante dd%ang du SauTeur et de ses mâriies infinis : HmrielU aquas in gaudio de finuibus SalvaUh m. Voilà ce qui s'ensuit : mais que fait l'ennemi de noire salut ? Toujours attentif à notre perte , et voyant que cette source de la^confession est si. féconde en grâces pour nous, il fâche (permettez-moi d'user de ces expressions figurées) , il tâche de l'empoisonner ou de la dessécher : de l'emp^onner, par le mauvais usage qu* il nouk en fait jaire ; ou de la*dessécher, en nous persuadant de n'en Caire nul nsag^ erde l'abandonner. Il se comporte à notre égard comme Holofeme se comporta dams le siège de Béthulie ; car, de même que ce lier conquérant, pouç réduire^les habitants de'Béthulîeà l'esLirémité, coupa iQiisles canaux par où l'eau y étoit conduite , ainsi l'esprit séducteur, qui nous assiège de toutes parts, s'efforce de rompre ce sacré canal de la confession, par où le sang du Fils de Dieu découle sur nous; c'estràHlîre qu'il nous donne du dégoût pour le sac^^ment de pénilence, qu'il nbus exagère la difficulté de le fréquenter, qii' il fait baiire sans OÊfse d^ yccasions qui nous en détournent, qu'il se transforme en âqge de lumière, pour nous faireentendre qu'il esta cr^ûndre qu*on ne profane çé sac^uiept, qu'il vaut mieux s'en retirer que de s*expoeer aux suites malheureuses d'une confession, sacrilège , qu'il y f^ut ime^fengue préparation, et que sans cela on y trouve la mort, au lieu dij reprendre une nouvelle . vie et de nouvelles forces/ Ah ! Ghrélîeiis, combien y en a-t-il qui se- laissent surprendre à cet artifice M qui tombât dans ce pi^e? Pour nous Senhr làAlessus en iprde, ayons t<NBjOurs devant l'es yeicx les âwCntages delà confession , ^ coi|sidéronS'la , non seulement par rapport à Jésus -Christ, rautrâr du

sacrement de péiiiieDce> mais par rapport au prêtre , qui en est le ministre. . <

Il D'est rien, j'ose le dire(et plût à Pieu que je pusse bien aujourd'hui vous foire comprendre cette maxime!), il n'est rien de si efficace ni de si engageant pour nousmaintenirdans le devoir d'une vie réglée, que Tassujettistement volontaire de nos consciences et de nous-mêmes à un homme revêtu du pouvoir de Dieu, et établi de Dieu pour nous gouverner. En eKet, Chrétiens, que ne peut point un directeur prudent et zélé pour la sanctification des âmes, quaiid une fois elles sont résolues de se confier en lui et d'écouter ses remontrances? Si ce sont des âmes mondaines, quels commerces ne leur fait-il pas rompre, à quoi ne les oblige-t-il pas de. renoncer, et de quels engagements ne les déuiche-t-il pas , par la seule raison de la sainte déférence qu'elles lui ont vouée? Si ce sont des âmes passionnées, combien de haines leur arrache-t-il du cœur? combien leur fait-il oublier d'injures? à combien de réconciliations les porte-t-il, auxquelles on n'avoit pu les déterminer, et que tout autre que lui auroit tentées inutilement? N'est-ce pas son zèle, ou plutôt n'est-ce pas par la confiance que l'on a en son zèle; que les âmes intéressées réparent l'injustice, abandonnent leurs trafics usuraifes, et consentent à des restitutions dont elles s'étoient défendues depuis de longues années avec uneobstination presque invincible? Qui fait cela. Chrétiens? cett!^ grâce de direction que Dieu a' donnée à ses ministres pour la conduite des fidèles ; car le même caractère qui les constitue nos juges dans le tribunal de la pénitence pour prononcer sur le passé, les constitue nos pasteurs, nos guides, nos médecins pour l'avenir. Je dis nos médecins^ pour nous tracer le régime d'une sainte vie ; nos guides, ^onr noutf montrer le chemin où nous devons marcher ; nos pasteurs, pour nous éclairer dans nos doutes, pour nous redresser dans* nos égarements, pour nous ranimer dans nos défoillances , pour nous donner une pâture toiite céleste qui nous soutienne. Comme en vertu de leur ministère ils sont tout cela , ils ont grâce pour tout cela; et cette grâce, qui n'est que gratuite pour eux-méAfies, mais sanctifiante pour nous, est justement celle qui agit en nous quand nous nous soumettons à eux avec toute la docilité convenable. Tel est Fordre-de Dieu, mes chers auditeurs. C'est ainsi qu'il a gouverné les plus grands hommes et les plus éminents en sainteté. Il ponvoit les sanctifier immédiatement par lui-même, mais il né l'a pas voulu ; il les a assujettis à d*autres hommes, et souvent même à d'autres hommes moins élevés ei jnoins pa^laits{ il s'est servi des foiblês lumières de ceux-ci pour perfectionner lés hautes lumière^ deceux«4à : voilà commuent en a triujours usé sa providence. Or il .n'est pas croyable que celle loi ayiint été foite pour tous les Saints, Dieu en doive foire une nouvelle pour nous. ' ^

Sûr qaoi je ne puis assez dcpîorer Taveuglemehldes gens du si^le, qui, par une erreur bien pernicieuse, ou pour mieux dire par une

m SUR I.A CONFESSION.

mortePe iodifférence à l'égard de leur.salut^ au lieu de prendre cette règle de direction qui leur est si nécessaire, osent la traiter de simplicité et dp foiblesse d'esprit. Demandez-lefcr, selon le lang^age de saint Pierre, quel est le pasteur de leur ame (je ne dis pas le pasteur en titre, car ils ne peuvent se dispenser d'en avoir un établi par Jésus-Christ pour le gouvernement de chaque église., mais le pasteur particulier qui les dirige et qui les conduit dans les voies de Dieu) , ils tourneront ce discours en raillerie, et Jls en feront un jeu; d'où il arrive que dans les choses du ciel et de la conscience, qui sont si importantes et si^ délicates, dont ils ont tant de fausses idées, et sur lesquelles ces prétendus esprits forts auroient souvent besoin d'être instruits comme dies enfants , toute Jour conduite se termine à n'ea ;ivoir que d'eux-mêmes , ou à n'en point ayoir du tout : ils ne craignent rien tapt que celte direction qui l(ur paroti importune, parcequ'elle les meneroit plus loin qu'ils ne souhaitent. Us veulent, disentils, des confesseurs, et non des directeurs; comme si l'un pou voit être séparé de l'autre, et que le confesseur, pour s'acquitter de son devoir et pour assurer Touvraçc de la grâce, ne fût pas obligé d'entrer dans le même détail que le directeur. Tout cela veut dire qu'ils veulent des confesseurs qui ne les connoisseni pas, qui ne les ex^\nent pas, qui ne les gênent pas ; des confesseurs dont ils ne reçoivent nuls avis, dont ils n'entendent nulles remontrances, k qui ils ne rendent nul compte ; parcequ'ils savent bien que slls se mettoient enn% les mains de quelque ministre zélé, ils n'auroient pas la force de lof résister en mille rencontres et sur mille sujets , où ses décisions ne s'accorderoiçnt pas avec leurs inclinations vicieuses et leurs passions; parcequ'ils ne sont pas bien résolus de changer de vie, ou de persévérer dans celle qu'ils ont embrassée ; parcequ'ils sentant bien et qu'ils ne peuvent ignorer quel seroit l'effet d'une direction f^aie et sage, soit pour lés confirnier dans ce qu'ils ont entrepris, soit pour faire de nouveaux progrès dans le service de Dieu.

-Enfin, à considérer la confession par rapport à nous-mêmes, Texpérience nous l'apprend, et nous n'en pouvons disconvenir, que c'est un frein merveilleux pour arrêter notre cœur, et pour réprimer ses desirs criminels. Cette seule pensée, II faudra déclarer ce péché, a je ne sais quoi de plus convaincant et de plus fort que les p!us solfdes raisonoements et que les plus pathétiques exhortations, surfout si h confeSv^ion est fréquente, et que par-là elle ne soit jamais éloignée ; car la pensée d'ùae confession pVochaine fait alors la même impression sur nous queja pensée ^îe la mort et 3u jugement de Dieu. Ouï, mon cher auditeur, sadire à soi-même. Je dois demain, je dois dans quelques jourii comparoitre au tribunal de la pénitence, e\ m'accuser sur tel ou tel article, c'est une réflexion presque aussi erficjce et aussi touchante que de ee dire : Je dois peut-être demain , peut-être dans quelques jo^urs, camp(iroîlre devant le tribunal de Dieuely^lre jugé. (JombieD

3Ua Là CONFESSION. 667

cette vue a-t-elle retiré d'ames du précipice où le penchaQt les entrâtnoir, et combien y eh a- t-il «encore dont elle soutient tous les jour-s i^ fra{][ilité naturelle et Tinfirmilé contre les plus violentes tentations !

Mais, par une règle toute contraire, quand une fois nous avbns secoué le joug dé la confession que Jésus-Gbrist nous a imposé, ilo*y a plus rien qui nous retienne; et, livrés à nous-méiheSy^en quels abîmes n'allons-DOus pas nous jeter? Comme la vue de la mort ne nous effraie point lorsque nous la croyons bien éloignée, la vue d'une confession remise jus()u'à la tin d'une année ne nous inquiète guère. Oq dit , Il ne m'en coûtera pas plus d'en dire beaucoup que d'en dire peu» Ce péché passera bien encore avec les autres. Plus eu moins dans la même espèce*, c'est à peu près la même chose. On le dit , et cependant on accumule dettes sur dettes , on ajoute offenses à offenses , on grossit ce trésor de colère qui retombera sur nous au dernier jour, pour nous accabler. De là vient que les hérésies qui se sont attaquées à la confession ont été suivies d'une si grande corruption de mœurs ; ce qui ne parut que trop dès la naissance du luthéranisme. Partout oii l'usage de la coofessian s'abolissoit, le libertinage et la licence s*introduisoient. Cette décadence frappoit tellement les yeux et devenoit tous les jours si sensible » que les hérétique^ eux-mêmes en étoient surpris. Jusque là (vous le savez, ^Qui oseroît m'en démentir ?),« jusque lu que des villes entières, quoique attachées au parti de l'erreur et*infeetées de son venin , s'adressèrent au prince qui les gouvernoiti pour rétablir r ancienne discipline de la confession ;.reconnoissant qu'il n'y avoit plus chez elles ni bonne foi, ni probité , ni innocence, depuis que les peuples étoient déchargés de ce joug qui les retenoit/De là vient que l'hérésie de Calvin fit d'abord dfi si grande progrès et trouva tant de sectateurs , parcequ en lès affranchissant de la confession , elle leur donnoit une libre carrière pour se plonger impupémeot dans tous les excès, et pour vivre au gré de leurs moilirs corrompues. De là vient qu'à mesure que l'ioiquiié croit dans le monde, la pratique de la confession diminue, et que Ton commence à la quitter dès que Ton commence à se dérégler. .

Vous me direz qu'il se glisse bien des abus d&ns la confession. Je le veux ; et de quoi dans le christianisme ne*peut-(m pas abuser et n'abuse*-t-on pas en effet ? mais tous les abiis qu!on peut faire d'un exercice chrétien ne .lui ôtent rieftde son excellence etile ses avantages, puisque^ce n'est pas de Fexercice même que viennent les abus, mais de nous qui les profanons. Ainsi, malgré les fautes qui secommeltent dans li confession , ou qui peuvent s*y commettre, trois vérités sont toujours incontestables, La première^* que d'elle-même et de son fonds, c'est poilr le pécheur un moyen,de£on^rsion, et de persévérance daD$ sa conversion : la seconde, que c'est encore pour le Juste un moyen de perfection et de sanctification : et la troisième , que la conséquence qui suit naturellement de là; é*est de retet^ir^l'usagedc

668 SUR L'ÉLOIGNEHËMT, etc.

la confession » et cependant d'en corriger les abus. Grâces immortelles vous soient rendues , Seigneur, Dieu de toute consolation et Père des miséricordes! Vous pouviez après notre péché nous abandonner, et par un prompt châtiment punir notre ingratitude et Msparer ainsi YOtrc gloire ; votre justice le demandoit : mais votre bonté s'y est opposée ^ et vous a inspiré des sentiments plus favorables. Elle nous a ouvert une voie sûre , une voie courte et facile pour retourner à vous. C'est par-là que vous nous rappelez, par-là que vous venez vousmême nous chercher. Heureux siinous écoulons votre voix, si nous la suivons, si nous rentrons, comme la brebis égarée, dans votre troupeau, pour*entrer un jour dans votre royaume, pii nous conduise , etc.

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