A L*ÉGARD DES GENS DU MONDE
Dtns le déniier eatretien que notts eûmes il y â quelque temps , je me liÉ8»rdai à vous psrier de la méditaiiOD ; mate véus eu perftttê surpris^ et vous me répondîtes d*un ton asses décisif que cela ne oon» tenoît guère à no homme du monde , surtout è un faomtae aussi occupé que, voua l'èM i et qu'il (alloit renvoyer (cea sortes d'e)LereiolBs ausoUuirea, aux religteux, à an petit nombre de personnes dé^ votes qui passent leurs jours dans la retraite. VoHà votre pensée ; mais permettes-moi de vous déclarer ici plus eipressément la mienne, et d'insister tout de nouveau sur la proposition que je vous él hite;
A vous en croire , une courte méditation chaque jour n'est point une pratique qui vous soit propre dans voire état ; mais pour vous détromper de cette erreur, je vais vous faire quelques questions qui vous sembleront fort étranges » et qui ne seront pas néinmoios bora dé propos. Car quand vous me dites; Me convient-il de m'adonner i la méditation? je vous dis , moi , et je vous demande : Vous edirifentil de vous sauver ? vous convient-il de conserver votre ame nette de tout péché capable de la perdre éternellement et' de la damner? voua convient-il » aii milten de tant de piégea , de tant d'écueils où votre condition vous expose par rapport à la conscience , de les découvrir tous et de les bien oonnottre , fiour y prendre garde et pour les évfter? vous convtent-îl de savoir où vous en êtes avec Dien , ee que vous devez à Dieu , comment vous vous en acquittez devaat Dieu ; si » dans tonte la conduite de votre vie » vous agissez selon les priticipes de rËvangile et de la loi de Dien ? voua convient-il d'apprendre la reKgton que vous professez , d'en pénétrer les grandes vérités , et de vous eé remplir ; de n'oublier jamais les hantes espérances qu'elle vous donne, et les terribles menaces qu elle vous fdit ; de vous prémunir ainsi eofr> tre mille occasions, mille tentations, d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus subtiles, et que peut-être vous ne les remarquez pas? Tonc cela , dis-je , et le reste, vous conVient-4 dans le monde ? Sans doate qu'étant chrétien comme vous prétendez l'être , vous n'hésiterez pas à reconnottre qu'il n'est rien de plus important pour vous, ni rien par conséquent de plus convenable , que tout ce que je viens de vous marquer : or tout ce que je viens de vous marquer dépend de la médita* tion ; et, par une suite incontestable, rien donc, en quelque état qnt vous soyez, ne vous convient mieux que la méditation.
Sans une sérieuse médtuition sur le salut , comment travaiilerez-voiia solidement et eificaoement à une affiaire où les illnsioos^sont si fréquentes et les égarements si communs ? Gomment vous maintioidres* vous dans rinnocence chrétienne , si vous n'avez la crainte dn péohé dans le cœur? et comment vous Imprimerez^vons dans rame caii«
MUÈRE llfiHTALE, ftfc. SI»
criitle du péAé , si tous ne ¥0» appliquet tottv«iil à WàMéreT iéft (Aiis&iitt ttotift qui tons €ù doivent ibftpirer de rhOfHear t Comneiit, anailii de uot de ptMîooe égatemeiit ImpëtDaaftes et enificieQMs ^ les rëprimerez^vôi» et aperce?res-fOtt8 leurs dégttisemeDts et iekirs mt^ prises , si, pir d'oiUe^ repars sor vous-même , voM ne voés ëtmllefe à démêler tons vos sentiments , et à reetiRer toutes vos iitentionst Le moyen que, dans rembarras et la divet*sitë d'oceupstions qui vdus répandent an-dehors , vobs ayez toujours présente la vue de voë devoirs , et que dans vos délibëraiions , dans vos résolutions , vous ne vous ëoartiez jamais des vdes de la justice et de la eharité, à tomes que vous ne preniea sans cesse la balance du sanctoaire pour peiet chaque chose devant Dieu , et pour eiamihèi* ce qu'il y a de bon et efe qu'il y a de défectueux? Le moyen qu'an milieu de tant de précipices dont vous êtes environné de toutes parts ^ n'ouvrant jamais les yett ptf>ur mesurer vos démarches, et vous hissant aller au hasard, vous ne'fiissieK pas de tristes et de funestes chutes ? qne, ne repassant jamab dans votre esprit la loi du Seigneur, vous en soyez assez instruit pour la pratiquer fidèlement et pleinement? que, ne vous retraçant jamais le souvenir d^ grandes vérités de la foi , des jugements de Dieu , dfe nés châtiments et de ses miséricordes; de votre fin èernière , d'nills souveraine béatitude , d'un enfer , vous puissiez , Sans être appuyé et comme armé de ces considérations , résister aux attaques de vos ennemis invisibles, et repousser leurs traite eihpoinoiihés? Qn*ett sera* t-il donc de vous ? ce qu'il en est d'une innltittfde infinie de mondains qui manquent de réflexion , vivent dans des ignorances criminelles , commettent des fautes très grièves , négligent lés plus tessentitflles obligations, portent le nom de chrftien , et n'ont presque nulle teititnre , nulle idée du christianisme ; se ibnt des règles et une morale à leur mode , les suivent sans scrupule, et courent i la perdiiion avec aussi peu d'inquiétude que s'ils étoient dans le chemin le pins sûr et le plus droit.
En vériii. Ton ne vous comprend pas , vous antres gens du monde; et, quoique éclairés d'ailleurs, -vous êtes, au regard du suint, bkaa aveugles dans vos l'aisonaen^énts. Vous tombez en des contradictions monstrueuses ; vous êtes les premiers è dire que le salut est ane affaire capitale, et vous ne vouiez pas vous donner le loisir d'y penser; vous dites que c'est une affaire difficile et incertaine , et vous ne voulez faire nulle attention aux moyens d*y réussir et de l'assurer ; vous dites que c'est troe afiaire indispensable et d'une nécessité absolue, et vous vous croyez dispensés des exercices qu'on y juge les plus ph)pres , et qui peiTvent le plus y contribuer : ainsi de tons les autres points que je pourrois parcourir , où vous supposez dans la spéculation les mêmes principes que nous, et vous tirez néanmoins , dans la pratique, des condusions toutes contraires.
Vous iîsites plus ; et pour ne point sortir du sujet dont il s*agtt entm
S04 t>filÈRE MENTALE, jbtc.
nous, vous vous prévales, contre l'usage de la méditation, deoda même qui doit être pour vous une raisoù pins pressante et plus particulière de vous y rendre assidu ; car vous alléguez le bruit , le tumulte, les soins, les engagements, les agitations du monde : tout voire temps, dites- vous, s'y consume, et à peine pouvez-vous vous recoonoitre. Or voilà justement pourquoi vous avez pins besoin d'nne solide méditation, afin que ce tumulte et ce bruit du monde ne voua jette point dans un oubli entier de Dieu, et de ce qui lui est dû; aSn que ces soins du monde, comme des épines, n'étouffent point dans vous le bon grain de la paro'e de Dieu, et qu'ils ne vous détournent point du soin de votre ameet de sa perfecUon;afinqnecesengagementsdu monde ne deviennent point pour vous des engagements d'iniquité, et que ce ne soient point des pierres de scandale où votre vertu se démente; afin que ces agitations du monde ne vous troublent point, et, si j'ose m'exprimer de la sorte, ne vous étourdissent point jusqu'à vous endurcir le CGçur, et à vous^ter tout sentiment, de piété : car c'est ce qui arrive communément.
JL.e dirai-je, et quelle peine aurois-je à le dire , puisque ce n'est point un paradoxe, mais une vérité certaine et indubitable? Un solitaire, un reii|{ieux, une personne de piéiéet séparée du monde, quoique vivant dans le monde, pourroient plu$ aisément se passer de la méditation; et la preuve en est très naturelle : parceque dans le silence du désert, dans l'obscurité du cloître, dans le repos d*une vie pieuse et retirée, il y a.beaucoup moins d'objets qui les puissent distraire, et qu'après tout, au défaut de la méditation, ils ont bien d'autres observances qui les attachent à Dieu , qui leur en renouvellent à toute heure la pensée, qui, en cent manières différentes, leur remettent devant les yeux les maximes éternelles , et qui par*là leur servent de préservatifs coi^tre la dissipation de l'esprit, et tous les relâchements où elle seroit capable de les porter. Hais dans le train de vie où vous êtes , et dans la situation où ii vous met , si vous rejetez la sainte méthode que je vous prescris, et si vous refusez de vous y assujettir, (jue vous restera-t-il pour y suppléer?
Peut-être est-ce le terme de méditation qui vous choque : car la foiblesse du mondain va quelquefois jusque là. On est prévenu contre tout ce qui a quelque apparence de vie dévote ; et c^est assez d'entendre nommer certaines pratiques, pour en concevoir du dégoût, et pour traiter ceux qui nous les proposent , d'esprits simples et de gens qui ne savent pas le monde. Eh bien ! si le nom ne vous plait pas, laissez-le, j'y consens; mais retenez la chose : il importe peu du reste comment vous rappellerez. Et ne me dites pas que vous ne savez point méditer, et que vous n'en avez nul usage : car je dis mm, au contraire, qull n'est rien dont nous ayons plus d'usage que de la méditation , et que sans étude nons savons méditer sur tuut. Mous savons méditer sur une affaire temporelle, sur mo intérêt de fortune;
PRIÈRE HENTA).E, btc. 30S
méditer sor un procès on à poursuivre^ on à soutenir* ou à dëdder ; méditer sur une entreprise , sur un emploi , sur un parti , sur un établissement, sur un mariage; méditer sur une intrigue politique , sur une négociation , sur un traité , sur un commerce ; méditer sur un ouvrage d'esprit, sur un point de doctrine, sur une qiiesti(^n, une opinion de^ Técôle ; et s'il feut l'ajouter, méditer même sut uti crime que nous projetons : c'est-à-dire que sur tout cela et sur tout le reste, dont le détail seroit infini , nous savons réfléchir, rsusonner, chercher des moyens , prendre des précautions, démêler le bien et le mal, le ▼rai et le feux , ce qui convient et ce qui ne convient pas, ce qui peut proJBter et ce qui peut nuire. G'est-ft-dire que nous savons sur tout cela délibérer, examiner, peser les raisons, prévoir les obstacles » feire des arrangements, former des résolutions ; c'est4-dire que nous savons penser à tout cela , en tous lieux, en tous temps, le matin, le soir, le jour, la nuit, et y penser sans ennui, sans distraction, avec l'attention la plus infatigable et la plus constante. OHnment n'y aura-t-il que les choses de Dieu et que lé salut à quoi nous ne puissions appliquer notre esprit, ni arrêter nos pensées? Gomment sêtà* ce Tunique sujet sur quoi la méditation nous devienne ou nous semble impraticable? En deux mots, vatiex, suivant l'importante leçon du Sauveur des hommes , et priez. Veillez et observez attentivement tous vos pas : pourquoi? parcequeTous marchez dans un pays enBemi^ et qu'à tout moment vous pouvez être surpris. Priez, et implorez humblement la grâce d'en haut rpoiirquoi? parceque vous êtes foible, et que sans l'assistance .divine* vous, ne pouvez vous défendre. Veillez, et votre vigilance rendra votre prière plus efficace auprès de Dieu ; priez , et votre prière secondera votre vigibnoe par les secours qu'elle vous attirer» de la part de Dieu. Or, pour l'un et pour l'antre, le même Sauveur vous donna encore cet avis , qui est de vous retirer à l'écart et de rentrer en vous-même , examinant devant Dieu toute votre conduite, vous demandant compte de toutes vos^ actions, supputant et vos progrès et vos pertes , prenant des mesures pour réparer le passé et pour réformer l'avenir, vous excitant, voii^ymcourageant, vous adressant au ciel et l'intéressant eo votre faveur. U n'est point question d'y employer beaucoup de temps, mais d'être exact et régulier à y donner tous les fours quelque temps. Vous saurez bien le ménager, ce temps , elle trouver, dès que vous le voudrez ; et vous le voudrez dès que vous comprendrez bien le prix do votre aole, et combien U vous importe de la sauver.
Mais c'est ce que vous n*avee point encore compris comme il faut ; et de ce que vous. ne le comprenez pas, voilà pourquoi vous y pensez si peu. Vous pensez à tout autre chose , vous vous occupez de tout autre chose : hé I ne penserez-vous jamais à vous-même? jamais ne tous octuperez-vous de vous-même? Car ce que j'appelle vous-même, ce ne sont point ces iHeos , ces plaisirs , ces honneurs mondains qui B. 5. 90
^ USAGE P^ PiMU9QIl« JAGIJLATOIRES.
passent 9*1 vite , et ^ qui toi^s étea néainmoins si attentif, Cq ne qçq^ point toutes cçs af foires ou domestiques, ou étrapg^rçsy gui ne rer gs^rdent qipe des iiitërdts temporels, et dont vous avea; san^ cesses )d l4te reinpUe. Tout cela p'est point vous-niéipe, puisque tout cela peu$ étrf s^fiajré de vous, et qu'indépendamment de tout cela voîii^ pouffa ^t^tar, et âtre ou éternellement heureux ou éternellement niai* heureux • Itfaîa voua-mAme, vouji àis-je, c'fst cette funç imiporteUe ifti fait la pli^ noble partii^ de votre être , et que Dieu vous y confiée; cette am< dpnl la perte seroit pour vous le souverain vHilheor» quap4 vom pourri^ pcaiéd^r to^t Ifi reste, et dont le salut au oontr^cf 4(Â. être votre souveraine béatitude, quand il ne vous resteroit tien ^'aiUeurs, et que tpy| vpus çeroit enlevé. VoiU , encore nue fois, ei à proprement parler, ce que voys êtes ; et voilà par conséquent ce qui deaMude toutes vos réfle^ns* Or ces réflexions ne se font q^e par la naéditation , et de là vous jugez avec quelle raison on vous reeemnaude une pratique si salutaire.
V^fX PES ORAISONS JACnUTOIRESy OU DES FRÉQUENTES ASPIRATION3