‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 103 sur 225 · USAGE DES ORAISONS JACULATOIRES · texte numérisé non relu

USAGE DES ORAISONS JACULATOIRES

le Seigneur mon Dieu ! U le rëpétoit sans cesse, et, après ravoir dit mille fois, il se sentoit encore plus excité à le redire. Car en ce pen de mots il troQVoit un fonds inépuisable de douceurs et de délices spirituelles, n en étoit saintement ému et attendri ; il en étoit ravi , et comme transporté hors de lui-même. Ce n'est pas qu'il fftt fort versé dans les méthode^ d'oraison, ni qu'il en connût les règles : le mouvement de son cœur, joint à l'inspiration divine, voilà Tunique et la grande rj^le qu'il suivoit. Avec cela le sujet le plus simple étoit pour lui la plus abondante matière et une source intarissable.

Il est vrai néanmoins qu'il y a des esprits à qui la variété plaît dans les pratiquesmémesde piété, et à qui elle est en effet nécessaire pour les soutenir, etponrles retirerde la langueur où antrenrent ils ne manquent point de tonâber. Il est encore vrai que c'est là l'état le plus commun; mais du reste, si c'est le nôtre, nous avons là-dessus de quoi pleinement nous satisfaire par l'infinie multitude de ces prières dont nous parlons, et qui sont répandues dans tous les livres saints. Est-on assailli de la tentation, et dans un danger prochain de succomber; on peut dire alors comme les apôtres attaqués d'une rude tempête, et battus violemment de Toràge : Sauvez-nous^ Seigneur; sans vous nous allons périr (Hatth.,8). Est-on dans le désordre du péché, et pense- t-on à en sortir^ on peut dire, on avec David pénitent : Tirex mon ame du fond de VaMme^ Ô mon Dieu ! et souvenez'vous que c'est mon umque {Psahn. 21) ; ou avec le même prophète : Seigneur^ vous ne méprise' rex point un cœur contrit et humilié {PsaL SO); ou avec le publicain prosterné à la porte du temple : Soyez-tàoi propice, mon Dieu : je sms un pécheur (Luc, 18); on avec l'enfant prodigue : Mon pèré^ fat péché contre le ciel et conire vous (Luc, 15). Est-on dans l'affliction et dans la peine ; on peut dire, soit en^ reconnoissant la volonté de Dieu qui nous éprouve : Toul vient de vous. Seigneur, et vous êtes le ntoS- . tre; soit en se résignant et en acceptant : Vous le voulez , mon Dieu, et parceque vous le voulez, je le veux; soit en offrant à Dieu seS soufiran- .ces : Vous voyez. Seigneur, ce que je souffre et pour qui je le souffre; soit en cherchant auprès de Dieu du secours et du soulagement : // vous a plu de m' affliger, Seigneur, et il ne tient qu*à vous de me conso^ 1er. Si nous sentons notre foi s'affoiblir et chanceler, disons : Je crois, mon Dieu; mais fortifiez, augmentez ma foi (Hatth., 9). Si nous som- .mes da}s le découragement et que nous manquions de confiance, disons^ illiai'je à craindre. Seigneur? et tant que vous serez avec moi, que peiii tout l'univers conire moi {Psahn. 5); on : Je puis tout en celui et avec celui qui me soutient {PhiL, 4). Si notre amour commence à se refroidir, et qu'il n'ait plus la même vivacité ni la même ardeur, disons : Embrasez mon cœur de votre amour, ô mon Dieu! etsij^ne vous aime point asse)^ faites que je vous aime encore plus» Dans la* vue des bienfaits de Dieu, nous nous écrierons : Qu'est-ce que t homme, Sei^ gneur, et par oiiai'jemèrité tant de grâces {ioB, 7). Dms le souvenir et

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ledeûr de Péterneile béatitude où Dieu nous appelle, nous dirons : Quand viendra le moment et quand iera-ce que Centrerai dans la joie de mon Seigneur et de mon Dieu (Mjltte,^ 25)? Dans* la sainte résolution de nous attacher plus étroitement à Dieu, et de le servir avec plus de zèle que jamais, nous lui ferons la même protestation que le Roiprophète : Je l'ai flKl, Seigneur^ dett maintenant que je vcàs commenf cer (Psabn. 76); et nous ajouterons : Cet heureux renouvellement^ ô monDieu! ce serai* ouvrage de votre droite. Enfin, selon les conjonctuturesy les temps, et selon que nous nous trouverons touchés intérieur rement et diversement afieciionnés, nous userons de ces prières, et de tant d'autres que je ne marque pas, mais qu'il nous est aisé de recueillir conformément à notre dévotion» et d'avoir toujours présentes à la mém<Hre*

Peut-être comptera-t-on pour peu des prières ainsi fiittes, et peutêtre, à raison de leur brièveté, se persuadera-t-on qu'elfes ne doivent pas être d'un grand poids devant Dieu. Hais le Sauveur des hommes nous a formellement avertis que le royaume de Dieu ne consiste point dans l'abondance des paroles. La droiture de l'intention , la force et l'ardeur du sentiment, voilà à quoi Dieu se rend attentif, voilà à quoi il se laisse flédiir; et c'est à ce sens qu-on peut prendre ce qu'a dit le Sage : Qu'une courte prière pénètre les deux. David dans un même péché avoit commis un double crime, et le pardon de l'un et de. Fantre ne devoit être, ce semble,* accordé qu'à de puissantes intercessions, long-temps et souvent réitérées; taiais dès qu'aux reproches que lui £ait le Prophète, il s'est écrié : J'ai péchieontre le Seigneur (Reg., 15); cette seule confession, que le repentir lui met dansia bonche, suffit pour apaiser sur l'heure la colère de Dieu. Bornons-nous à cet exemple, et ne parlons point de bien d'autres, non moins connus ni moins convaincants. On ne traite avec les grands du monde que par de fréquentes entrevues et de longues dâibérations; mais avec Dieu, tout peut se terminer dans un instant.

De tout ceci, concluons combien nous sommes inetcusables, lorsque nous négligeons une manière de prier qui nous doit coûter si peu, et qui nous peut être si salutaire. Car il n'est point ici question de profondes méditations , et il ne s'agit point d'employer des heures enti^^es à Toraison. Quand on le demanderoitde nous, nous n'aurions communément, pour nous eu dispenser, que de vains prétextes et de dusses raisons ; mais ces raisons, après tout, quoique frivoles et mal fondées, ne laisseroient pas d'être spécieuses et d'avoir quelque apparence. Nous pcAirrions^ dire, et c'est eu effet ce qu'on dit tous les jj[>ar8, que nous manquons de temps, que nous sommes chargés de soins qui nous appellent ailleurs, que notre esprit, naturellement volage, nous échappe, et que nous avons peine à Tarrêier; que mille distraetions viennent nous assaQlir enfouie et nous troubler, dès que nous nous knettons à l'oratoire, et que noua voulons rentrer en nous-

MO DSÀGfi bE8 ORAISOnS JACULATOIRES.

mêmes; que d'avoir sans cessé à eombattre poar lès rejeter, c'est une étttdei tm travail, nne espèce de tom^meat; en uii mdt^ cpie Mas M sommes point ftîts à ces sortes d'exercices si r«levéè et si spiritnéb, et qu'ils fie nous conviennent en aucune façon.

Yoiià, dis-]e, de quelles excuses nous pourrions nous prévaloir, quoique avec assez peu de sujet ; mais de tout ce)a que pouvons-noud àllëçuer par rapport à œs dévotes aspirations qui nous devroient être A habituelles? Sont-ce nos occupations qui nous détournent de cette sainte pratique, et qui nous ôtent le temps d'y vaquer? mais il n'y iaot que quelques moments. Craignons-nous que cet exercice ne nous deyienne ennuyeux? mais quel eumii nous peut causer un instant qui eaide si vite, et qui se fait à peine sentir? Dirons>-nou8 que nous som<mes trop distraits? mais pour im simple mouvement du cœur, et pour quelques paroles que la bouciie prononce, il ne faut pas une ^tide eotttention d'esprit, et il'n'est guère à croire qu'on n'y puisse pas don^ ner l'attention sufikanté. Tout est terminé avant qu'aucun autre objet ait pu s'offrir à l'imagination et la porter ailleurs. £nfln, nousretran-' eherous^noussur le peu de CQmînodité par rapport aux occasions, aux heures, aux lieux convenables? mais en toute rencontre, à toute heure, partout^ et en quelque lieu que ce soit, il n'est rien qui nous empêche derappeler le souvenir de Dieii, de nous tourner intérieurement vers lui, et de lui adresser nos ydeux. 11 n'est point besoin de prépamtiou pour cela ; il n'est point nécessaire de se retirer à l'écart, d'être au pied d'un autel» de quitter un travail dont on est aotueUement occopé^ ni d'interromt)re nuë conversatiofa où la bienséance nous a engagés et oà eHe nous retient»

Qu'avons-notts douci encore une fois, à opposer, et qud obstacle réel et véritable peut servir à notre justification? Reconnoissonvle àé bonne foi : la soarce du mal, c'est notre indifiiérence pour Dieu, et pour tout ce qui regarde la perfection et la sanctification de notre ame. Si nous.aimions Dieu, je dis si nous l'aimions bien^ notre cœur^ aidé de la grâce et entraîné par le poids de son amour, se porteroit de lui*méme à Dieu *. il ne faudroit point alors nous inspirer les senti* ments que nous aurions à pren^rei ni les chercher aiUeurs que dans' le fond de notre ame; et comme la bouche parle de l'abondance du coeur, il ne faudroit point nous suggérer des termes pour exprimer ce que nous sentons: ces expressions viendroioat assea^ et^ sans re* cherche, sons étude, elles nattroicfnt» si je l'ose dirje, sur nos lèvres» Hoos ea pourrions jnger par une comparaison, si elle- étoit eomenof Me k utie matière aussi sainte que celle-ci. Qu'im homme soit possédé d'tttt fol amour, et qu'il soit épris d'un objet proAme et mortel^ ftnit-il l'exhorter beaucoup et le solliciier de penser à là per^onnedont il est éprib? que dis-je? peai41 même n'y penser pas et l'oublier? Tout ab^ seute qu'éMe est, il ne la perd en quelque mamère jamais de vue, et elle kà est toujours présente» Uéfas! à quoi tient-M que bues aeaoyeua

ORAiSON DOMINICALE. Sli

mal nous-mêmes dans une présence oôntinnelle de Dieii , mA dans noe présence tonte sainte et tonte sanctifiante?

Cette présence de Dieu est un des^xerdces que tons les msdtres de h Tie cht^tienne et dëfote nous ont te pios reeomaiandé. Ils nous en ont trace diverses méthodes, tontes bonnes, tbutes utfles ; mais dé tontes les méthodes, je ne fiiis point difficulté d*aTanciBr qu'il n'en est attcune, ni plus solide, ni pins à la portée de tout le monde, que de s'aocontumer; ainsi que je viens de Texpliqoér et que jt Tentends, à parier à Dieu de temps en temps dans le cours de chaque journée. La plupart des antres méthodes consistent en des ei¥orts d'imagioatioik qu'il est difficile de soutenir, et dont les effets peuvent être nuisibles, au lieu que celle-ci se fsirésente comnie d'elle-même, et ne demande aucune violence.

£lle a encore cet avantage, que, sans noUs détourner des aflEUrM dont nons'sommes chargés, ni des fonctions auxquelles nous sommes indispensablement d[>ligés *de nous employer selon notre profession; elle non$*metcn état de pratiquer presque ^la lettre cette importante leçon du Sauveur du monde, qu'il faut Umjours prier et ne point cesser. Car n'est-ce pas une prière continuelle? depuis le réveil du matid jusqu'au sommeil de la nuit , d'heure fen heure, ou même plus souvent, on pensé à Dieu , on dit quelque chose à Dieu , on se tient étroitement et habituellement uni à Dieu. Ce n'est pas sans retour de la part de Dieu , hi inéme sans le retour quelquefois le plus sensible. Dieu ne manque guère de répondre, et de fiiire entendre secrètement sa voii. On récoute, ^t on se sent tout animé, tout excité, tout pénétré. Il y â même ée& momants où Ton se connolt à peine soi*>mémé ; et c'est bien là que se Térifie ce que nous tisons dans l'excellent livre de l'Imilntiott de Jésus Christ : Le Seigneur se plaît à visiter souvent un hûimme tnté^ rieur; il s^enite^ent ifdndstnènf W&te M; il le comble de consolation et de pdx, et il en vient néme à tenefamHatiti qtâf>a au-delà de îùut ce que nous en pouvons comprendre. Heureuse une ame qui , sans Bien comprendre ce mystère de la graice, se troctve toujours en dikpost* tion de l'éprouver! *

GOUHENT ELLE NOUS CONDAMNE; DE LA MANIÈRE QUE NOUS LA e£- CITONS^ ET DANS QUEL ESPRIT NOUS LA DEVONS RÉCITER.

Qu'est-ce que Toraison dominicale? c'est le précis de toutes lés de« mandes que nous devons foire à Dieu. Nous les lui disons en effet chaque jour; nous récitons chaque jour cette sainte prière» Ce sont, dans les vues de Jésus-Christ, des demandes salutaires pour^ous; mais dans là pratiqué et selon les dispositions de noire cœur, ce sont autant de côndamuatîons que noiis: proiionçons contre nobs, ei vot<4 cbmméitt :

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Nous demandons à Dieu que son nom soit sanctifié^ qu'il soit oonuu, béni , adoré par toute la terre ; et œ nom adorable du Seigneur, nous le profanons» nous le blasphémons. Ce souverain maître» ce créateur de toutes choses, que nous reconnoissons digne des hommages de tout Tunivers, nous le déshonorons par les désordres de notre viç, nous l'insultons jusques au pied de ses autels par nos scandales et nos irrévérences. Bien loin de n6us employer à étendre sa gloire dans toutes les contrées du monde, nous ne prenons pas seulement soin de le Caire servir et glorifier dans l'étroite enceinte d'une maison soumise i notre conduite; no^s ne l'y glorifions ni ne l'y servons par nousmêmes : première condamnation..

Nous demandons à Dieu que ton règne arrive : c'est-à-dire que, dès cette vie, il règne dans nous par sa grâce, et qu'en l'autre nous régnions avec lui par la possession de son royaume céleste. Mais ce règne de Dieu dans nous par la grâce, nous le détruisons par le péché. Sou§ l'empire- de qui vivonsHious et voulons-nous vivre? Sous l'empire du monde corrompu , sous celui de nos habitudes vicieuses, de nos passions déréglées. Voilà les maitres qui nous gouvernent et dont nous aimons la domination, tAite honteuse et tout injuste qu'elle esu Tdiement qn'au lieu de soumettre notre cœur à Dieu , nous en bannissons Dieu, pour y établir en sa place ses plus déclarés ennemis. De là, nous ne pensons guèrç à ce royaume du ciel oii Dieu nous appdle» et où il nous promet de nous faire régner éternellement avec lui et avec ses Saints. Gomme, de vils animaux, nous avons toujours les yeux tournés vers la terre ; nous ne sommes occupés que de la vie présente, et c'est à cette vie terrestre et sensuelle que nous rapportons iputes nos vues, tous nos désirs^ tous nos intérêts : seconde con« damnation.

Nous demandons à Dieu que sa volonté se fasse, sur ta terre^comme dans le àel; que toute sa loi soit observée, tous ses préo^ptes fidèlement gardés; que nous ayons là-dessus la même exactitude, la même diligence, la même pureté d'intention , la même ferveur et la même constance qu'ont ces esprits bienheureux dont il a feit sie& anges et ses ministres : que, de quelque manière qu'il lui plaise disposer de nous en ce monde» il nous trouve toujours dociles, patients, résignés, et dans une parfiiite conformité de cœur aux desseins de sa providence. C'est pour tous les hommes en général, mais spédalement pour chacun de nous en particulier, que nous lui faisons cette prière. Or, de bonne foi» coniment pouvons-nous la faire, quand nous trans^gressôns ses commandements avec tant de liberté et tant de facilité, quand nous résistons avec tant d'obstination à tous les mouvements intérieurs, à toutes.Ies inspirations qu'il nous donne, et où il nous déclare ce qu'il veut de nous; quand nous n'accomplissons au moins qu'en partie et qu'aveecUi réserves et des négligences extrêmes ce qu'il nous pre- ^rit , et ce que nous savons lui être agréable; quand, à la moindre

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ce qui noas arrive, au moindre événement qui noos chagrine et qui nous mortifie, nous nous troublons, nous nous révoltons, i^ous éclatons en plaintes et en murmures? Allons après cela lui faire des protestations d'obéissance et d'un sincère attachement à son bon plaisir ; toute notre conduite, tous nos sentiments démentent nos paroles : troisième condamnation.

^ Nous demandons à Dieu qu*îl nous donne notre pain de chaque jour, et qu'il nous le donne dam le jour et pour le jour prisent : rien davantage. Par où nous lui témoignons que nous nous contentons du nécessaire; que nous ne voulons que îe.pain, et que notre pain ; que nous ne prétendons point avoir le pain d'autrui , mais celui seulement qu'il nous a promis, et qui nous appartient comme un don de sa bonté paternelle; que nous ne le voulons même qu'autant qu'il peut suffire dans le cours de la journée à notre subsistance et à nos besoins. Cette demande, prise dans son vrai sens, est sans contredit une des plus raisonnables et des plus modérées. Mais en effet, nous bornons-nous à ce nécessaire? Avons-nous jamais assez pour remplir l'insatiable convoitise qui nous dévore? Fussions-nous dans l'état le plus opulent , nous vouions toujours acquérir, toujours amasser, toujours accumuler biens sur biens. Non contents que Dieu nous fournisse Taliment et le pain, nous portons bien au-delà nos prétentions. Il faut que nous ayons de quoi soutenir d'excessives dépenises en logements, en ameublements, en équipages, en jeux , en parties de plaisir. 11 faut que nous ay<xi8 de quoi satisfaire tous nos sens, de quoi leur procurer toutes leurs commodités et toutes leurs aises, de quoi mener une vie molle et délicieuse. Il faut que nous soyons dans le faste, Téclat, la splendeur, n le faut , diâ«je, selon nos désirs désordonnés ; et si les revenus dont on jouit ne sont pas assez amples pour cela, à quelles injustices a-t-on recours? quelles voies prend-on, tantôt de violence ouverte, tantôt d'adresse et d'industrie, pour enlever aux autres le pain qu'ils ont reçu de Dieu, et pour se l'approprier? épargne-t-on le pauvre, l'orphelin, la veuve? Et jusqu'où n'étend-on point ses vues dans l'avenir? Il semble que nous nous croyions immorteki et que nous devions au moins passer de plusieurs siècles cet aujourd'hui que le Fils de Dieu nous a toutefois marqué comme l'unique objet de nos soins, et où il veut que nous les renfermions : quatrième condamnation.

Nous demandons à Dieu qu'il nous remette nos offenses, et qu'il nous pardonne comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Terrible condition, comme nous pardonnons! car nous ne pardonnons rien, ni ne voulons rien pardonner; ou si, peut-être api^ bien des difficultés et de longues négociations, nous consentons à quelque accommodement, du moins aue4lons-nous qu'on fasse toutes les avances. £t comment encore pardonnons-nous alors? nous ne pardonnons que de bouche et qu'en apparence, sans pardonner de cœtir. Nous ne pardonnons qu^à demi , votilant bien nous relâcher jusqu'à certain

point, mais sans aller plus loin . De sorte q ue, maigre nos retours affectés et imparfaits, il nous reste toujours dans le fond un venin secret et une indisposition habituelle qUi ne se produit que trop dans les rencontreS; et ne se fait que trop sentir. D'où s'ensuivent les plus aFfreuses conséquences, savoir, iqu'en demandant à Dieu qu'il nous remette nos offenses, comme nous remettons celles qui nous ont été faites, nous lui demandons qu'il ne nous en remette aucune, puisque de toutes celles que nous pouvons recevoir, il n'y en a pas une que nous voulions remettre. Nous lui demandons que s'il se trouve en quelque manière disposé k se réconcilier avec nous, il noua laisse faire Vers lui toutes les démarches, sans nous prévenir et sans nous rechercher par sa {;race : ce qui nous rcndroit cette réconciliation absolument impossible. Nous lui demandons que s'il daigne se rapprocher dé i^ons, ce soit seulement Une réunion apparente, et que son cœur à notre é(;ard demeure toujours dans le même éloignement et le même ressentiment. Nous lui demandons que ai, par l'entremise de ses ministre^, il veut bien nous donner l'absolution de hoé péchés, ce ne soit qu'une demi-absolution, une absolution limitée, laquelle ne l'empêche point d*agir coàtre nous à toute occasion , et de travailler secrètement I notre ruine. Quelles prières et quelles demandes ! Qui n*en doit pas être effrayé, pour peu qu'on y pense? Mais elles sont toutes néanhloins comprimes dans cette règle :'Parc(onne2-nous comme nota par' ^donnons; et c'est la cinquième condamnation.

Nous demandons à Dieu qu'il ne nous expose point à la tenta6on^ Surtout à certaines tentations que nous savons être plus dangereuses pour iious, et pu notre foibleSsè est plus en péril de su^mber. Car quoique Dieu permette quelquefois que la tentation nous attaque malgré nous, et quoiqiie nous devions alors en soutenir l'effort avec patience et avec courage, il veut du reste que nous la fuyions autant qu'il dépend de nous, et il trouve bon que nous lui adressions nos vœux pour en être délivrés. Mais voici l'énorme Contradiction où nous tombons : et qui nous rend inexcusables, c'est que nous nous expo^ns aux tentations les plus violentes. On a cent fois éprouvé 1e danger prochain de telle on telle occasion, et cependant on y demeure toujours; on ne peut ignorer combien cette liaison , combien ces conversations, ces entrevues, font d'impression sur le cœur, et à qtiels désordres elles sont capables de conduire, et cependant oh n'y veut pas renoncer : on sait que le monde est plein de pièges et d'écueils; on a l'exemple de milte autres qu'on y a vus et qu'on y voit san$ cesse échdtier malheureusement; on a l'exemple de Ses propres chutes, dont peut-être on ne s'est encore jamais bien relevé, et cependant on veut être du monde et d'un certain mondé , c'est-à-dire d'un monde particulier qui plaît davantage, et dont on se sent pitis touché; d'un monde qui excite plus, nos passions, qui flatte pluâ isHi indinatiobs ; d'uA iriondîs où Tinnocence des plus grands Saitlts eût fait ukt

triste naufrage, et oft là ve^tu des airges seroit à peine en sûreté. On Veut vivre dans ce monde, parmi oe monde, avec ce monde ; on vent avoir part à jses divertissements, à ses assemblées, à ses entretiens, sans égard à tous les risques qu'il y a accourir, et sans profiter de la oonnoissàtioe t\n*ên a de son extrême fragilité. Il en est de Biéaie d'une infinité d'autres engagements, ob l'on se jette en aveugle, quoique d'une volonté pleine et délibérée : engagements de professions et d'états, engagements d'emplois et de commissions, engagements d'affaires et d'intérêts. N'avons-nous pas bonne grâce alors de dire k Dieu : Seigneur, détournez de nons les tentations où nous pourrions nous perdre, et ne nous y abandonnez pas! Et Dieu n'a-t-il pas droit de nous rq)ondre : Pourquoi donc y restez-vous habituellement? pourquoi donc ne prenez-vous auctine des mesures que je vous inspire pour vous en défendre? Avec cela ne comptez ni sur moi ni sûr vous-même : sixième condamnation.

Nous demandons enfin à Dieu qu^il nous délivré du mat. Le plus grand mal qu'il y ait à craindre sur la terre, c'est sans douie le bêché; ec de tous les maux, le plus ^^ratfd que nous avons à éviter dans Vautré vie, c'est h damnation éternelle, où le péché conduit comme h causé à son effet. C'est donc particulièrement de l'un et de l'autre que nous demandons d'être préservés. Mais vôulons-nons, si j'ose parler de la sorte, nous jouer de Dieu ; prétendons nous l'outrager en le priant , et lui faire insulte? Seignenr, lui disons-nous, que votre grâce nous garde du péché! mais c^ péché, nous Faimons ; mais ce péché, nous l'entretenons dans nous et nous Ty nourrissons; mais ce péché, noifé en faisons le principe de toutes nos actions, le ressort de tontes nos entreprises , l'ame de tous nos plaisirs, Id douceur et ragrément de tonte notre vie; Je dis plus : nons en faisdbs ttoire idoie H notre divinité; nous le favorisons ^e pé(;hé,. nous tious fsmiliaitSons avec Itii , ncNiS prenons sa défense ; et si l'on veut nons en donher de l'horreUr, c'estcontre ceux mêmes qui travaillent à nous en détacher, que nous toimoiis toute notre haihei Ainsi nous lafssOnS-nous entraîner dans cet abtflle de malheurs qui eti est le terme, et où nons ressentirons élemelle«ient les coups de la vengeance divine. C'est W , c'est dans œtté fatale éternité, qu'il n'y aura plus à demander que Dieu nous délivré de ce lieu de tourments où l'arrêt de sa Justice nous aura prédpités.il falloit le deitiander plus tôt, et le bien demander. Nous l'aurona demandé pendant la vie, il est vrai : mais nous .l'aurons demandé comme wé le demandant pas. Car t'est ne le pas demander, que d'y apporter^ en le demandant , des obstacles invincibhs; et Dieu poort^ tonjoa^s notas reprochai* que nous ne Saurons pas voulu , on bien voulu : septième et dernière condamnation.

Ob d^Âc en sommês^nous , et ^|ue ne siéra pas capable de corrompra là «nRoe de notre tœ^r ; quand elle peat de la sorte pervertie là priera miâièi «t la#iS exeeltetttadè wam {«s (Mtère^? Je fié di^ {m»,-

316 ORAISOK DOMINICALE.

à Dieu ne plaise! la peryertir en eUe-mème; c'est nne prière toute divine, et qui garde partout son caractère de divinité : mais je dis la pervertir par rapport à nous, et au fruit que nous en devons retirer. Le dessein du Fils de Dieu, en nous la traçant, a été que ce fût pour tous les fidèles une source de grâces et de t>énédictîons : mais, par Fabus qu'en font la plupart des chrétiens en la récitant, elle ne peut qu'irriter le ciel, et qu'attirer sur nous ses anathèmes et ses malédictions. Faut-il pour cela nous l'interdire absolument , et ne la prononcer jamais? autre malheur non moins funeste ni moins terrible. Ce seroit nous excommunier nous-mêmes; ce seroit nous retrancher du nombre des enfants de Dieu , en ne l'honorant plus comme notre père; ce seroit, en quelque manière , nous séparer du corps de l'Église, en ne priant plus avec elle ni comme elle. Nous ne pouvons donc trop user d'une prière qui nous a été si expressément recommandée par Jésus-Ghrist. Si nous sommes justes, cette prière, dite avec une foi vive et une humble confiance, servira à notre avancement et à notre perfection. Si nous sommes pécheurs, cette prière, accompagnée d'un sentimentde pénitei^ce, servira à fléchir le cœur de Dieu» et à nous remettre en grâce auprès de lui par une sincère conversion. Si même nous ne nous sentons point encore touchés d'un repentir assez vif, cette prière, jointe à un J^rai désir d'être plus fortement attirés, servira à nous obtenir une grâce de contrition. Mais adressons-nous , pour en profiter, au divin Sauveur qui nous l'a enseignée, et4iemsatdons-lui que, commcil en est l'auteur, et qu'il nous l'a mise dans la bouche^ Q en soit,. en nous animant de son esprit, le sanctificateur et le médiateur.

Il sera l'un et l'autre, quand nous prierons selon les intentions que cet adorable maître s'est proposées en nous apprenant lui-même à prier. Étudions-les, méditons-les, pénétrops-les ; et, pour y bien entrer, appliquons-npus chacun en particulier chaque demande , et disons à Djeu:

I. Notre Père qui êtes dam Ui deux, que votre nom soit tanetifié» Dieu de majesté, Roi des rois et Seigneur des seigneurs, grand Dieu, ce ne sont point tous ces titres et tant d'antres que j'emploie pour vous intéresser en ma faveur et pour trouver accès auprès de vous. Vous êtes mon père , cela me suffit. Ooi, vous l'êtes , Seigneur; et tout œ que j'ai reçu de vous me le donne bien à connottre. Vous étea le père de tous les hommes : mais j'ose dire que vous êtes encore plus particulièrement le mien quecelui d'une infinité d'antres hommes,. pni»* qu'il y a une multitude innombrabte d'hommes et des peuples ^entiers que vous n'avez jamais prévenus des mêmes grtioes que moi, Ai favorisés des mêmes dons.

Cependant, mon Dieu , ce titre de père, qui m'^t ai otar et qui m'annonce vos miséricordes , ne me fût point oublier voO^ pouvoir suprême et votre souveraine grandeur; et s'il ^usile loMe ma eon-

fiance» il m m'inspire pas umm» de respect et de yënération. Car tous Aes dans les deaXt ô Père tout puissant ! et dans le plas haut des deu. C'est là que vous avez établi le trône de votre gloire , là que vous faites brilleB toute votre sj^endeur, là que vous exercez votre empire au milieu de vos anges et de vos âus ; et quoique la lumière oii vous habitez soit inaccessible , c'est là même néanmoins que vous nous ord<»inez d'élever nos esprits» de porter nos cœurs, d'adresser nos veaux. Recevez les miens» Seigneur » je vous les adresse. Ils sont sincères» et ils sont tels que vous le voulez. Par où puisje mieux commencer que. par vous-même; et de toutes les demandes que j'ai à vous faire, quelle est la plus naturdle et la plus ju^te» si ce n*est que votre nom soit sanctifié?

Ce nom adorable» c'est votre essence divine, puisque vous vous appelez celui qui est; ce sont vos infinies perfections , c'est tout ce que vous êtes» Or que tout ce que vous êtes » A mon Dieu » soit honoré oomme iMe doit être, je vaix dire du culte le ]^us pur, le plus religieux» le plus saint. Que tout l'unifers vous connoîsse; vous glorifie» vous adore. Que tout ce qui est capable d'aimer s'attache inviolablement à vous» et ne s'attache qu'à vous. Td est le désir le plus affectueux de mon cœur» et le plus vif. Mats en vous le témoignant, touché d'une pieuse émulation que vous ne condamnerez point , Seigneur, j'ose ajouter que je voudrois» s'il itôit possible, moi seul vous aimer et vous glorifier autant que vous glorifient toutes vos créatures, et que vous aiment tous les esprits bienheureux et tontes les âmes justes.

Que dis-je» mon Dieu? ce ne sont là que des souhaits, toujours bons , puisque vous en êtes le principe, l'objet et la fin ; mais, au lieu de m'en tenir à des souhaits vagues et indéterminés , ce que je dois surtout vous demander et ce que je vous demande très instamment, c'est qu'autant qu'il dépend de moi, selon ma disposition et mes farces présentes, je vous glorifie dans mon état ; c'est que sur cela je ne me borne point à des paroles» mais que je passe à la pratique et aux effets; c'est que par l'innocence de mon cœur, que par la ferveur de ma piété» que par la sainleté de mes' œuvres , que par l'édification de mes mœurs, je vous présente chaque joiir un sacrifice de louanges» et je vous fende jusqu'à la mort un hommage perpétuel.

II. Que votre règne arrive. Ah! Seigneur, qu'il arrive dans moi, ce règne si favorable et si désirable pour 'moi! Et comment n'y est-il point encore arrivé? comment , dis-je , ô mon Dieu , n'avez-vous pas plus tôt régné sur toutes les puissances de mon ame , sur tous mes sens, spit intérieurs, soit extérieurs, sur tout moi-même? Car qu'y a-t-il en moi qui ne soit à vous, et qui, par la plus juste conséquence et l'obligation la plus essentielle, ne vous doive être soumis ?

U est vrai, vous régnez dans moi et sur moi nécessairement , et par la- souveraineté inséparable de votre être. Vous êtes mon Dieu ; et

puisque Yon^ ^teii mon Dieu» vous étegnoo Sei^BeiiF : etforaeqa'iM dépend poiot de moi que vo^s «oyes mon Dieu oa que vous ne le soyez pas,* il ne dépend point non plm de moi que youb soyez ou ne soyez pas mon SeigQe^r. Mm ccvmme je ne ooniribne en rien à ce ^ègoe dç nécessité, d^.qu'ilest indépendant de ma Yolonlé, ilneaed aussi qu'4 releyer votre gtpire. et ne opmribue en rien à ma perfeciîen et à mon mérite. Ce n'e^t donc point là le règne que je Yous>demaBde. Je ne vous priç point qu*il s*éublisse , puisqu'il est déjà tout établi. Sb^is, Seigfieur f il y a mu règpe de grace^^uqnel je puis coopérer, et que vous ave; fait d|jp(sndre àfi mon çpqsenlement et de mon choix. Je veux dire qu'il y a un, règnq tout spirituel où votre grâce prévient une amOy et où Famé prévenue de cette grâce intérieure obéit yoIodtairement et librement à tou tçs vos inspirations, se conforme en tontes choses et ^ns réserve k vqtre bon plaisir, exécnle avec une pleipe fidélité tous vos prdres, et n'a point d'autre règle de conduite qne vos divins comman^ments et votre loi. Je veux dire qu'il y a un règne d'^our où (e cœur se donne lui-même à vous , et se met , pour nintt jpsirler, dans vo^ mains, afin que vous la poasédies tout entier, afin que Yowi le gouverniez selon votre gré , afin que vous kii imprimiez tel sentiment qu il vous plaît , afin que vous le dégagiez de tonte aHe&> tîon terrestre, de toute attache bumaue, de tout objet qui n'est point vpus ou qui ne le porte pas vers vous ; afin que vous le changieK en vous, et qu'il ne soit qu un avec v^jMiSr Or voilà Theureux et saint règne après lequel je soupire. Qu*il vienne , et qu'il détruise en moi le règne du péché , je règne du monde , le règne de l'amour-propre et de la cupidité , la règne de tops les désirs senaaels et de foutes les passions.

Je n ai que trop long-tçmps vécu sous l'empire de ces injnetes maîtres , et sous leur tyrannique domination. Je n'ai qne trop longtemps gémi sous leur joug également honteux et pesant. En quel esclavage m*ont-il8 réduit, et en quel abîme devoieutnls vu jour me pré» cipiter 1 Béni soit le moment où vous daignez m'édairer. Seigneur, et où je commence à ouvrir les yeux pour me reconnottre I En sant votre règne au dedans de moi et en me conduisant, vous me mettrez dans la voie de ce royaume céleste, où vous m'avez préparé un trône de gloire et une couronne d'inunortalité. C'est le' que vous régnez sur tous les chœurs des anges et sur tous vos élns, que vous avez rassemblés dans votre sein pour être leur éternelle et souveraine béatitude ; c'est là que vous m*attendez, c*est dans ce sqonr biettiienreux : et quand y entrerai-je?

Hélas ! mon Dieu, nudgré la vue que b foi me donna de cette samte patrie où je dois sans cesse aspiiier, je sens néanmoins toujours le poids de la misère humaine qui me retient, qui m'appesantit, qui m'attache à ce monde visible et à mon exil, qui me fait craindre la mort et aimer la vie présente. Mais, Semeur , ce sont les sentiments d'une natmie

ORAISON fiOMDUGALE. »8

foiUe et i)veiigle , que je désaVooe. Qa'eUe y répugne aa qu'elle y cansente, tous mes vœux s'élèvent vers le ciel. Que yotre règne aiv mei Que mon ame/ dégagée des liens de cette chair corruptible quf l'arrête, puisse eHe-méme arriver bientôt à la terre da vivants. Car ce n'est ici que la région des morts; et je serois bien ennemi de moi* même $h PQur une vie pérbsable 'et sujette à tant de calamités ^ j^ voulûîs prolonger mon bannissement, et retarder la jouissance de mon unique et suprême bonheur.

111. Qtf e votre vokmié te fasse sur la terre comme dans le cieL Ainsi aoit-il , ô mon Ilieu I et est«il rien , Seigneur» de pins conforme à la droite raison et à la justiee ?< est-it rien de ibeilleur pour moi que Vsno conplissement de vos adorables volontés? Être des êtres et Créateur du monde , c'est par votre volonté que tout subsiste , et par votre vo* ionté que tout doit agir. Y eontrevenîr en quelque siyet que oe puisse être , c'est un attentat contre l'autorité la plus légitime et contre les droits les plus inviolables.

Or voilà les désordres dont je dois néanmoin^i m'aocnser devaqt vous et me confondre. Vous m'ayez donné votre loi, et tant de fois je l'ai violée t Vous m'ayez assujetti aux ordonnances de votre Église^ et lant de fois je les ai transgressées! Vous m'avez pressé intérieure* ment par jes saimes.inspiration^ de votre esprit, et tant de fois j'y ai résisté I Vous m'avez exhorté par la voix de vos ministres, vous m'avez sollicité par leurs avertissements et leurs instructions , e( tant de fois j'ai refusé de les entendre! .Si pour fléchir mon cœur r^ belle, et pour me foire rentrer dans le devoir d'une obéissance filiale, vous m'avez châtié par des adversités et des souffrances, bien loin de me rendre, je n'ai cherché qu'à repousser vos coups ; et si vous me le» avez fait sentir malgré moi , ils n'ont point eu d'autre effet que d'exciter mes impatiences et mes plaintes.

Votli , mon Dieu; comment j'ai passé toute ma vie'dans une indoci>*

. J'en rougis , je m'en humilie en votse

et une rébellion continuelle, présence, je vous en témoigne mes regrets : mais ce n'est pas assez, n faut, Seigneur^ qu'une sonmission entière et sans réserve répare toutes mes résistances et toutes mes révoltes. Parlez, mon cœur est ouvert pour vous' écouter; ordonnez, me voici prêt-, par votre grâce, atout entreprendre et à tout exécuter. Voua platt-il de m'akiaisser ou de m'élever, de m'affltger ou de me consoler, dexraverser mes desseins ou de les favoriser ? de (quelque manière que vous 090 traitiez, vous êtes le maître, et je n'ai plus d'autre sentiment à prendre que celui de JésQS^Christ même, lorsqu'il vous disoit : Mon Phre, que votre troionté s*aeeomplîsse^ et non lanàenne.

Et en «ffet, il est bien de mon mtérêt, A mon Dieu, que ce ne soit pas ma' propre Volonté qui me gouverne, maïs la vôtre. Votre volonté est droite, et k droiture même; elle est sage, et la sagesse même ; elle est sainte^ét la sainteté mêtne; elle est biesfoiaante, et là bonté mémç ,

Mais qu'est-ce que ma Yoloiité propre f une volonté trengle» et conduite par des guides aussi aveugles qu'elle , qui sont les sens et les passions ; une volonté libertine et indocile , qui ne peut s'accoutumer au joug, ni souffrir la gène et la dépendance; une volonté capricieuse et sujette à mille cbangements , selon le goût et les humeurs qui la gouvernent; une volonté criminelle et dépravée, quelepécbé a corrompue, et qui d'elle-même tend encore sans cesse vers le péché.' Ah ! Seigneur , ne me livrez pas à ses égarements, ni à la fiiusse liberté dont elle est si jalouse. Ne me livrez pas à moi-même; mais, par quelque voie que ce soit, daignez réduire cette volonté dure, et redoublez, s'il est nécessaire, vos plus rudes coups pour la dompter.

Car il faut que toute volonté humaine vous soit assujettie ; et, sans parler des autres hommes que *vous n'avez point commis à mes soins, il fout que je n'aie plus d'autre volonté que la v6tre ; il faut que vous soyez obéi dans nfoi et par moi , comme vous l'êtes dans le del et par vos aDges bienheureux : voil^ le modèle que vous me proposez , et que je dois me proposer moi-même. Cest-à*dire , mon Dieu, que je dois avoir la même dépendance, pour ne rien foire que par vos ordres et selon votre bon plaisir ; la même fidélité, pour n^omettre rien de tout ce qui m'est prescrit, et de tout ce que je sais voua plaire ; la même pureté d'intention, pour ne chercher que. vous en toutes choses, et pour les rapporter toutes à votre gloire ; la même assiduité etla même persévérance, pour ne me point rebuter des difficultés, et ne me lasser jamais de votre service ; la même ferveur et le même zèle, pour agir toujours avec un amour, prompt, vif et fervent. Vous servir autrement. Seigneur, ce ne seroit plus vous servir en Dieu.

IV. Donnez4ious aujourd'hui notre pain de chaque jour. Oserai-je le dire? dès que' vous êtes notre père. Seigneur, et que vous êtes notre maître , cette double qaalité vous engage, et comme père à nourrir vos enfonts, et Cbmme maître à entretenir vos selriteurs. Ainsi votre prophète nous l'a^t-il promis de votre part et en votre nom. Parmi les merveilles de votre divine providence et de votre miséricorde infinie, il compte le soin que vous prenez de fournir à la subsistance de ceux qui vous craignent. Mais il n'en dit point encore assea, d mon Dieu ! et vous portez bien plus loin vos soins paternels. Non seulement vous nourrissez vos enfants qui vous aiment et vosserviteurs qui vous craignent, mais vos ennemis mêmes qui vous renoncent et qui vous blasphèment, ipais les plus vik animaux dont vous n'êtes point connu et jusqu'aux moindres insectes, mais tout ce qui a vie, ou dans les airs, ou dans les abîmes delà mer, ou dans toute l'étendue de la terre*

Je viens donc à vous comme à la.source de tous les biens. Ce n'est point une avidité insatiable <\u\ m'amène à vos pieds ; mais j'y viens, comme un pauvre, vous demander le pain -qui m'est -nécesflSiîre. Je viens, dis-je,. Seigneur, vous ^exposer mon état, même temporel » puisque vous ne vous contentez pas de jponrvoir aux nécessités de

ORAISON DOMIKICALË. fiU

rame, et que votre vigilance vous rend encore attemif aux besoins da corps. Si vous n*y aviez pensé coniinuelienient depuift le moment de ma naissance ^ J|urois-je pu subsister jn^^qu^à ce jour? et si vous cessiez présentement d'y penser» en quelle indigence tombcrois-je bientôt, et à quelles extrémilës me trouverois-je rédnit? Se^nbéni de tout ce que j*ai déjà reçu de votre main seoourable » et dans la suite ne la fermez pas jusqu'à me refiiser l'aliment dont je ne puis me passer, et le pain qui me doit soutenir.

Car quand je viens vous représenter mon état. Seigneur, et mes besoins temporels, je ne prétends obtenir de vous autre chose que le paio; je veux dire que ce qui me suffit, non seulement pour moi, mais pour tous ceux qu'il vous a plu me confier, et à qui je suis redevable d'un. entretien honnête et conforme à leur condition. C'est là que je borne mes désirs, sans les étendre à un superflu qui me seroit inutile, qui me deviendroit pernicieux et nuisible par l'abus que j'en ferois , qui allumeroit mes passions, qui serviroit de matière à mon orgueil pour s*enfler , et à ma sensualité pour satisfaire ses appétits les plus déréglés. Peut-être vous l'ai-je demandé jusqu'à présent, oe superflu; peut-être ai-je travaillé à l'acquérir, et Tai-je acquis eu effet : mais si c'est contre voire gré que je le possède, je ne vous prie point de me le conserver, et je vous prierois plutôt de me l'enlever. Quoiqu'il en soit, et quoi que vous jugiez à propos d'ordonner làdessus, unejuste médiocrité pour moi et pour tous ceux dont vous m'avez chargé, voilà, mon Dieu, de quoi je dois être content, et pourquoi j'implore votre assistance. C'est la prière que vous fit autrefois le plus sage des rois d'Israël , et ce fut une prière selon votre cœur. >•

Ainsi je vous dis comme lui, et dans le même sentiment que lui : Ne me donnez ni la grande pauvreté^ ni la grande richesse ; mais ac» cordex-mm seulement ce quil me faut pour vivre (P/vv., 20), avec la décence et avec lu modestie convenable à mon état. Encore, mon Dieu , ce que j'ose vous demander, ce n'est point absolument que je le demande, mais autant qu^ vous verrez qu'il me peut être utile et salutaire ; ce n'est point avec inquiétude sur Tavenir, ni par une trop longue prévoyance, mais c'est seulement pour aujourd'hui, et avec une confiance entière pour le jour suivant. Demain, je vous présenterai mes vœux tout de nouveau ; et il est bien juste que chaque jour je reconnoisse devant vous mon indigence, que chaque jour je rende hommage à votre pouvoir souverain, et que chaque jour je sois obligé de recourir à vous i>our ce jour-là iQéme. De cette sorte, 6 Dieu infiniment libéral et magnifique dans vos dons , je puis me reposer sur vous pour toute la suite de mes jours, et compter sur les trésors de votre providence, qui sont inépuisables. Ce ne doit point être une confiance oisive et présomptueuse. Yoqs voulez qiie je fosse tout ce qui dépend de moi; et quand je l'aurai fait , et que je me confierai en B. 5. ' 21

9» OllAIfiOIf DOMINIGALB.

TOUS, VOUS ne me manquerez point, comme toqs ne m-iivee enecnre Jamais manqnë.

V. Pardonnez-nous nos offenses , comme nous pardonnons à ceux qui nous ont off* nsis. Hé quoi ! Seigneur^ malgré toatf s ces qualités de (f^eur, de père, de maître, de conservateur, que je reconnoîs en TOUS et que j'y ai toujours reconnues, ai-jedonc pu \ous oflîçnserf at-je pu m'élever contre vous? ai-je pu me séparer de vous et vous renoncer? Ah ! Dieu de miséricorde, il n'est que trop vrai, et je m*eB suis d^ja confondu à vos pieds. Mais agréez encore l'humble confession que J'en fais, et que je ne cesserai point de renouveler jusqu'au dernier moment de ma vie, dans l'absolue et affreuse incertitude oà je suis si vous m'avez pardonné.

Je sais que je suis pécheur^ non seulement parceque je puis pécher, mais parcequ*en effet j'ai péché et que je pèche tous les jours. Je sais que la muliîiude de mes péchés est sans nombre ; et si voire Prophète se croyoiti-hargé de plus d'iniquités qu il ne portoit de cheveux sur sa tel e,à cofiibien plus forte raison puis-je dire de moi, ce qu'il disoiide luimême en s'aocusant et se condamnant? Je sois quetout péché est une dette dont le pécheur doit vous rendre un compte exact, et dont vous exigez , selon h loi de votre justice, une digne satisfaction : d'où il s'ensuit qu'ayant toujours jusqu'à présent accumulé péchés sur pé^dién, je n'ai bit, dans tout le cours de mes années, qu'accumuler dettes sur dettes. Quel poids! quelles obligations! quelle matière de jugement, et quels sujets de condamnation ! Juge redoutable, il me semble que j'entends tous vos foudres gronder autour de moi ; et que lerai-je pour les conjurer? 11 me semble que, dans l'ardeur de votre courroux^ je vous vois prendre le glai\e, lever le bras; vous.disposer à me frapper; et comment pourrai-je parer aux coups dont je suis menacé? Toute mon ame en est saisie de frayeur, tons mes sens en sont troublés. Confus, interdît, tremblant, que vous dirai-je? Ah ! je me trompe, 6 mon Diéul j'ai votre parole même à vous représenter* Parole authentique , solennelle, infuillib(e ; car vous avez dit : Par^ donnez , et on vous pardonnera ; remettez aux autres leurs dettes , et ce que vous devez vous sera remis (Luc, ^). C'est l'oracle le plus exprès; et comme il est sorti de votre buuche , et que vous ne pouvez vous démentir, c'est la promesse la plus favorable pour moi et la plus immanquable.

Dp grand cœur, 6 mon Dieu, j'accepte la condition. Elle pa'^t trop avantageuse pour la refuser. Si j'ai été offensé en quelque chose , de quelque part que ce soit et quoi que ce suit , je le pardonne entièrement; je le pardonne, non poiot seulement de bouche, ni on apparence, mais sincèrement, mais affectueusement , mais cordialement; je le pardonne pour vous, et par une pleine obéissance à votre divin çommaudemenl. telle est » & ce qu'il me parott , ma disposition inté*> rieure , ou du moins je venx , avec votre aide ^ par voire aide » qu'elle

OiUtSON DQMOflGALB. m

uk lelle. Ce n'est pet qoe, maître moi , U se poMie rener ^naum dns mon coeur qMiqae impremioD capable de raigrir ; mai$ voua savez que je la dësavoae , ei pour Tbeure prëseote , et pour 101119 If auite de ma vie; vous aaTea t\me je veui ia OMobaUre eu loute i*eneoDtre » voua savez qoe je veuiL eu réprimer loua les seoiimeiiiê , ^i en effiicer peu k peu jusqu'aux moindres vcaligaa. Avec cela , Sii-

rieur. Dieu de charité, Dien d'amour , v<Mii me permeltea de vwir vous, et de vous dire : Pardouoet-moî paroaque je pardonne, i|t eomme je pardonne. Je fais ce que vous m'avies ordouné , et j'o^e mje répondre /avec nue humble eoafianoe , que voua ferez oe qne voiia m'avez promia.

Vf. Ei ne noHM expo$e% poini à ia lenieitefi. Qu'eat-oa , mon PifHi , que la vie de l'homme? c'esl une g^uerre perpéinelle. O'étrf doaiç exempt de toute tentation , de n'avoir jamais ni efAirts à fûre', ni victoires à remporier ; de vivre dans uil calme inaltérable ^ dw ^ paix parfeite sur cette mer orageuse da monde où nous pnssona , c'eit à quoi je 9e puis m'attendre , et ce que je ne dois pas naAme voidi é^ mander , puisque ce seroît un miracle , et qu'à \m pécheur cpmmç mpi il n'appartient pas de voos demander dea miracles ei de les obtenir. H est même de votre providence et de noire bien que noua aypi|8 I6tts nos tentations, afin que nous ayons de quoi voos prouver notre fidélité, et que vous ayez de quoi nous récompense^. Aussi vos Sainfs ont-ils été d'autant plus éprouvés qu'ils étoient plus saints « ef. som-ils encore devenus dans la suite d'autant plus minis qu'ils étoient plus éprouvés. Il n*7 a pas jusqu'à l'Homme-Dieu, votre Fils adorsUe et le &înt des saints , qui , dans les jours de sa vie mortelle , a voulu , pour notre exemple, être assailli de la tentation , et nous apprendre à ia surmonter. Après cela, qui refuseroit le combat refuseroit la ooifronne ; et qui né voudrèit avoir nnUe part au travail ne yondroit avoir, ni n'auroit en effet , nulle part à la gloire.

Hais , mon Dieu , si la tentation me doit être salutaire , c'est par votre grâce ; car que suis-je de moi-même qu'un foiUe roseau ou qu'un vase fragile , toujours en danger de se briser ? A chaque paf je toroberois , à chaque occasion je rendrois les armes , et je céderois aux attaques de l'ennemi , à moins que le secours de votre bras tout puissant ne me prévienne partout, ne m'accompagne partout , ne n^esfiiye et ne me soutienne partout. Or c'èit ce secours, c'est celte graoe qi|r^ je vous demande , quand je vons supplie de ne m'exposer point à la tentation yè'est-à-dire de ne m'y point abandonner à rooi-Aiéme, de ne m'y laisser point succomber; de ne permettre point que je m*ei|||gage en certains périls oti voiu prévoyez que ma vertu me manqueroit et que je me perdrois ; de redoubler à œrtains temps »' en oertaiiifs occurrences plus dangereuses et plus fatales, votre attention sur moi cour veiller à mon salut « et votre divine protection pour me défendre et me garder. Dieu de mou ame et son Sauveur , sammea^voQs du

5S4 ORAISON J)OMINICALE.

prix qu*eNe vous a coûté , et ne souffrez pas qne le démon, .que le monde , qae la chair vous enlèvent ce que vous avez racheté de votre •sang.

Hais que feis-je? cette ame si précieuse , je la recommande à vos soins ; et de ma part je la néglige , je n'en prends nul soin » je la ha* sarde tous les jours , sans réflezÎQn, sans précaution, comme si je n'en tetooîs aucun compte , ou qu'au milieu de taot d'écueils et de tant de pièges , il n'y eût rien à craindre pour elle. Ah ! putssiez-vous , Seigneur, me faire la grâce tout entière ! puissiez-vous, en veillant vousmême à ma conservation , exciter encore ma vigilance pour y travailler avec vous! Car vous voulez que j'y travaille, et si je ne seconde pas vos soins paternels , ils resteront sans effet. Vous voulez que j'use de cette armure céleste dont nous parie votre Apdtre, lorsqu'il nous dit., et qu'il nous le dit en votre nom : Reviiex^vaui des arma de Keu^ afin de poutrùir rétiiterfUms le temps fâcheux. Tenez-voui toujoun eaitai, ayant lavérité pour criniure autour de voi remi, et la justice pour cm" ra»$e. Prenez en toute rencontre te bouclier de la fin, le casque du saiut et le glaive de l'esprit , qui est la parole de Dieu {Ephes^^ 6). Tout cela , mon Dieu , m'enseigne à mettre en œuvre , pour me préserver, tous les moyens que me fournit fai sainte religion que je professe. Tout cela m'apprend à me prémunir de la prière , de votre divine parole , de vos sacrements , de tons les exercices que votre Église me prescrit , et que la piété chrétienne me suggère. Autrement je ne puis voir le monde, ni m'engager dans le monde., sans m'exposer témérairement à la teoiation. Or m'y exposer par une aveugle témérité , ce seroit me rendre indigne de voire assistance , ce seroit courir à ma perte , et je ne l'ai déjà que trop connu par de funestes épreuves. Heureux au moins si , de mes malheurs et de mes égarements passés, je tire cet avantage , de savoir mieux désormais me tenir en garde et me précautionner !

YII. Jlfutf dilivrez-nous du mal. Vous ne me défendez pas , Seigneur, de vous demander la délivrance des maux tempords , de l'infirmité , de la pauvreté , de la douleur , de tous les révers et de tons les accidents qui peuvent survenir et troubler le repos de ma vie. Je vous dois même de continuelles actions de grâces , et je ne pub assez vous témoigner ma reconnoissance de tons ceux dont il vous a plu jusques à présent me délivrer, sans que je Taie su, et de ceux dont vous me délivrez encore tous les jours , sans que je le voie ni que j'en sois insll^it. Car telle est l'efficace et la douceur de votre provîdenee, d mon Dieu ! par des voies secrètes, et qui nous sont inconnues, vous nous sauvez de mille dangers que nous n'apercevons pas , et dont il n'y a que vous qui puissitz nous garantir. Soyex-en loué, béni» glorifié.

Mais , Seigneur , outre ces maux qui ne regardait que le corps et que la vie présente f il m'est bien plus important d'être délivré de &s

OUAISON DOMINICALE . i& <

maot ipiritaels , de ces maux ëterDeb , de ces maux exlrémes et essentiels , qui vont à la ruine tolalje de Thomme , et qui lui causent un dommage infini et irréparable. Tous les autres maux , en comf>araison de ceux-ci , ne doivent plus être même comptés pour des quaux ; et comme il n'y a proprement qa'un seul bien , qui est le souverain bien» . il n*y a proprement qu'un seul mal, qui est le souverain mal. Or œ souverain mal , c'est le péché , et , en conséquence du péché , la damnation. Si donc , pour me mettre à couvert de l'un et de Tantre , il est nécessaire que j*éproave quelque autre mal que ce soit , ah I mon Dieu 9 je ne demande plus que vovs m'épargniez en ce monde. Frappez y s'il le font» et autant qu'il le fiant ; renversez, brûlez , tourmen-. tez ; je m'of fine moi-même , et je me présente i votre justice. Quelque douloureux et quelque sensibles que puissent être ses coups » je les recevrai comme des coups de grâce , pourvu qu'ils servent î détruire en moi le péché , à d'éracîner le péché , à punir le péché , à couper court au péché , à prévenir les rechutes dans le péché , à me faire enfin éviter par-là cette affreuse réprobation qui doit être dans lëternité tout entière le châtiment du péché.

Pour cela , Seigneur , daignez me délivrer du malin esprit % je veux dire de l'esprit d'intérêt et d'avarice, de Tesprit d'ambition et d'orgueil , de l'esprit d'impureté et d'intempérance , de l'esprit de colère, de vengeance , d'animorité ; de l'esprit d'erreur , de tromperie , de mensonge ; de toutes les habitudes du vice , de toutes les convoitises des sens , de toutes les passions de mon cœur, et de toutes leurs illur sions : car voilà tout ce que je comprends sous ce terme de malin esprit , capable , en me portant incessamment au. péché , de m'entrai^ ner dans le précipice, et de me perdre sans ressource avec lui.

Dieu du ciel et de la terre, seul puissant et grand, seul juste et saint, seul bon et miséricordieux, vous écoulerez les vœux que je viens de vous adresser. Si de moi-même je les avois conçus et formés, et si je ne vous les adressons qu'en mon nom , ah I Seigneur, je me défierois de mon aveuglement , qui pourrait me tromper ; je me dé* fierois de ma bassesse et de mon néant , qui me rendroient indigne d'être exaucé. Mais c'est votre Fils unique, la sagesse incrëée, qui de point en point m'a tracé lui-même tout ce que je devois demander. Cest lui-même qui prie dans moi , qui prie avec moi et pour moi. Cansiderez votre Ckritt; jetez les yeux*, non point sur une vile créature telle que je suis , non point sur nu pécheur plus vil encore et plus méprisable, mais sur le divin Sauveur dont j'interpose auprès de vous la médiation, et dont j'emploie pour vous fléchir les mérites infinis. De toutes les demandes que je vous ai laites , il n'y en a pas une qui n'ait été selon son esprit et selon le vAire. Je les ai faites avec confiance, et c'est avec le même sentiment que je les renouvelle, et que j'en attends de votre grâce l'heureux accomplissement.

* J mat9, hoc eit amèil^n^.

SSé PENSÉES DIVERSES SUR LA PRIÈRE.

Il en est de là prière comme de là'piëté. Elle est plus dans le ooBur que dans resiSrit, et elle consiste plus dans le sentiment que dans le misohdément. On a donné bien des règles de l'oraison , on en a tracé M^n des méthodes ; les livres en sont remplis » et on en a composé des volumes entiers. C'est i ce snjet que les maîtres de la vie spiri* tfaellè se sont stirtôut attachés , et là-dessos ils ont déployé tonte leur dbctf ifae^ Rien de plus solide que leurs enseignements , rien de plus f âge ni de plus saint. Étudions-les , respectons-les , suivoos-les ; mais du reste, sans rien rabattre de l'estime que nous leur devons , je ne frins point de dire que la grande méthode d'oraison ^ ta màhode la plus efficace et la plus prompte , c'est d'aimer Dieu : non pas que j'en* tende ici un a moût* de Dieu f tel que l'ont conçu de nos jonrs de £aux mystiques ^ justement condamnés et frappés dès foodrâ de l'Église. Leur^ principes font horreur , et les conséquences en sont affreuses ; ihais j'entends un amour vériuible , un amour dirétien » c'est-à-dire un amour ennemi de tout vice, un amour agissant et fervent dans la phitiquede tontes les vertus, un amour toujours aspirant à ta possession de Dieu , et se nourrissant des espéranaes étemelles^

Avec cet amour On est tout4-coup homme d'oraison. Car faire orai* son, cVst s'occuper de Dieu, c'est converser avec Dieu, c'est s'unir I Dieu dans le ftmd de l'âme : or tout cela suit de l'amour de Dieu. Aimons Dien : dès que nous l'aimerons » nous irons à la prière avec joie , nous y resterons sans dégoût et même avec oonsotation ; quelque temps que nous y ayons emjrfoyé, nous en sortirons avec peine» comme ce célèbre anadiorète saint Antoine , qui le matin se ptaignoit que ta éttléil eti se levant vint troubler l'entretien qn'd avoit eu avec Dien pendant le conta de la nuit. Hais encore que dironsHioos à Dieu? Eh ! que disons-nons i nn ami ? nous fiiut'-il beaucoup d'étude et de grands ëfibrts d'imagination pour soutenir une conversation avec lui , et pour lui témoigner nos sentiments? Nous dirons à Dieu tout ce que le conir îioos dictera : le cœur, dès qu'il est touché, ne tarit point; réflexions» affections, résolutions ne lui manquent point. Kien ne le distrait de son objet, rien ne l'en détourne : d'un premier vol, et conduit par la grâce, il s'y porte, il s'y é!ève, il y demeure étroitement attaché. Me cherchons point d'autre guide dans les voies de l'oraison, ne cherchons point d'autre mattre que le cœur ; nous apprendrons tout à son éoole^ Vllest plein de l'amour de Dien.

Quand nous prions, ce sont des grâces que noiis demandons, et non.des dettes que nous e3Lig^:ons. Qu'avons-nous donc k nous plaindre, lorsqu'il ne plaît pas à Dieu de nous écouter? n'esl-il pas maliré de ses grâces ?

Étrange témérité de l'honmie , quand nous irèuvons mauvais que

PBlf$ÉBS DlVBBSfiS SUR LA PftUtlIB; at7

Bitii &'ai^ pus ntttfië dm prièresi M que iidut nous ta hiêùùê une OMiiière de «càiidalel II est vrai : Jësus-Christ aou^ fait enteadre que toat oeqae bous demâaderoas eb sonâooi^ son Père nousraecordera i naiioetteproaiesse, teaie générale et tout absolue qu'elle parolt» est oéannxMBs pondiiionnelle ; c*est«à*dire qu'elle suppose que nous damaaderoBS ce qu'il convient de demaader» et que nous le demau» deroDs comme il coBvieM de le demander, le dis ce qu il convient de denander^ soit par rapport i la gloire de Dieu « «oit par rapport auiK vues de fa providence ds Dieu , soit par rapport à nous-mêmes et à notre propre sslut. J'ajoaie comme il convient ^e Je demander : tellemeat que notre prière soit seoompagnée de ttgites les disposiiiona inierieures et eitérieares de Tetprit et da cœur» d'oii dépend ;soo ef« ficaoe et sa verta. Qu'une de ces deaa eoodiiions vienne à manquer» la parole du Fibde Dieu n*est plus engagée pour nous; elle ne nous regarde plus.

De là il Doas esc aisé de voir combien nos murmures sont téméraires, tuâtes les fois que nous nous élevons contre Dieu» pariequ^il semble n'avoir pas agréé nos demandes, et qu'il n'y a pas répondu sakm quenoos le eouliutons. Car^ afin que nos plaintes aur cela aient quelque apparence de raison, et que aous puissions les .croire en quelque sorte bien fondées , il hut que nous soyons persuadés de dt^ux dioses : 4. Que nous avons demandé ce qu'il convenoit de demander^ et par consé(|uent que dans notre prière et daus la demande que nous avons faites nous avons parfoitement cpaau cç qui était coa^enabie à l'homieur de Dieu, convenable aux dessuîas de sa sagesse , eonvenable à notre, souverain intérêt et à notre pré lei»tinatîon éternelle; que noa3 ne nous sommes point trompés là-dessus, mais que BOtta en avons au pénétrer tout le mystère ft découvrir tout le secret. S. Que Bolis avons demsndé cooune il convenoit de demander, en sorte qcwnoos y avons apporté toute la préparation absoluouent requise; c'ast-àntire que bous avons piié avec dea sentiments aasez humbles, avec une réfieiioa asaea attentive, avec une foi assez ferme, avec une ardeur assez affectueuse • avec un respect assez religieux, avec une persévérance assez constante pour rendre notre prière digne de Dieu et propre à le fléchit* } voilà, dis^je , de quoi noua devons être coavaJAcus, si nous prétendons être en droit de nmrmurer et d'en appeler à la parole de Jésus-Ghrist* Or compter sur tout cela , n'e^it-çe pas une présomption iosoiioiable? n'est-ce pas un orgueil seul capable

d'arrêter les grâces de Dku?

Prions, et prions sans cesse, ainsi que l'ordonne l'Àpôtre; mais vi notre prière demeure sans effet, gardons-nous de nous tn prendre à Dieu » et de nous élever pour cela conure Dieu. Disona qu'il a des vueè supérieures aux nêires , et qu'il sait ce qu'il nous faut beaucoup mieux que noua ne le pouvons savoif f disona qu'apparemment nous

nous sommes trompes, en n^rdant comme un avaBti^'fci grsoe qoe noos lui demandions; et que s'il noiislarêfiise,c*estqu*ileapen8etootautrement que nous, et que,, suivant les sages dispositioDa de sa pro« vidence, il ne voit f>as que ce soit un bien pour nous; disoos que c'est à nous de demander, mais à Dieu de rectifier nos deauindes en y répondant, non pas toujours selon nos désirs , qui communément sont très aveugles , mais de la manière et dans le temps qu'il juge pins convenable; disons encore que si notre prière n'a pas été absolument défectueuse quant au fond , il est bien à craindre qu'elle ne l'ait été quant aux condition^ en un mot, dismis et confessons de bonne foi que, quoi quenous faisions, nious sommes toujours indignes des faveurs divines. Mous ne ]$ôavons mieux mériter racoompUisement de nos vœux , qu'en reomnoiisant Ijue nous ne méritons rien.

Gomme dans la vie humaine , et dans le commerce que nous avmis entre nous , il y a des gens ieconds mi paroles , et qui nous font les plus longs discours sans rien dire, il y en a de même , par une espèce de comparaison , dans la vie chrétienne et dans le commerce que noua^ avons avec Dieu par la prière» Ib récitent de longs offices, ils y pussent des heures entières, mais sans recueilleaient et sans dévotion. Qu'esirce que cela? c'est parler beaucoup à Dieu, et ne le point prier.

U y a une prière de Kesprit, du co&ur, de la parole i de l'esprit par la réflexion, du cœur fiar l'affisction , et de la parole par la prononciation. Mais outre ces trois sortes de prières, je fMiis encore ajouter qu'il y a une prière des œuvres par la praiique.et l'action ; et voici comment je l'entends. Saint Augustin disoit : Cebn-iàêmilnin tivrCf qui êait bien prier; et je dis, en renversant la proposition : Celui-là soit bien prier, qui sait bien vivre. Là pensée de ce saint docteur est que dans U prière et par la prière nous nous instruisons de tous les devoirs d'une vie chrétienne, nous nous y afiedionnonSy et nous obtenons les grâces nécessaires pour les accomplir : et je veux dire, par un retour très véritable , qoe d'accomplir fidèlement tous ses devoirs, que de s'occuper, de travailler, d'agir dans son état selon h vocation et le gré de Dieu, c'est prier : pourquoi? parceque c'est toute la fois, et honorer Dieu, et l'engager, <efi Thonormitile b sorte, à nous fovoriser de ses dons, qui sont les fruits de la prière. Observation iroportanie, et bien consolante pour une infinité de personnes qui Ée plaignent de leur condition, parceqii'eHe ne leur permet pas, disent-ils, de vaquer à la prière, et qu'elle ne feur en laisse pas le loisir. Outre qu'on peut prier partout, et que partout on en a le temps , puisque partout on est maître d'élever son ame à Dieu et de lui adresser les sentiments de son cœur, je prétends que ces asémes occupations . qu'on regarde comme des obstacles au saint exerdee de

la prière » sont tout au oontraire des prières elles-mêmes» et des prières Ira efficaces auprès de Dieu» quand ou les prend dans un esprit chré* tien, et. qu'on s'y adonne avec une intention pure et droite. Car le rogomme de IKni, et tout ce qui a quelque rapport avec ce royaume de Qien, coimste^ non dan» le» paroies^ mou dans les effets. Dieu vous a ^krgé d*un emploi, et vous en remplissez avecassiduité les fonctions : en cela vous priez. La Providence vous a confié la conduite d*un ménage, et vous y donnez vos soiné : en cela vous priez. Ainsi du reste. Qutmd vous ensevelissiez les morts , dit l'ange à Tobte, que vous les eaclùex dans votre maison» et que la nuit vous les portiez en terre , je jnrésentois au trône de Dieu ces œuvres de charité {Tob,^ 12) « et elles sotlieitoient en votre laveur la divine miséricorde. Point d'intercession plus puissante auprès de ce souverain maître, que la soumission à ses ordres et Taccomplissement de ses adorables volontés.

ICrade de la prière! rien ne résiste à son pouvoir, et mille fois elle a changé l'ordre de la nature , et l'a , pour ainsi dire , forcée à lui obéir : que dis-je? elle a mille fois désarmé le ciel même, et en a conjuré les foudres. Que d'événements merveilleux! que de prodiges!* Moïse prie, et Dieu retire son bras prêt à frapper. Josué prie, et le soleil s'arrête dans sa course. Daniel prie , et les lions perdent toute leur férocité à ses pieds. Judith prie , et une formidable armée est mise en déroute. Dès qu'ÉKe a prié , le fou céleste descend , les pluies les plus abondantes arrosent la terre , les' malades sont guéris l les morts ressuscitent : car telle a été dans Fancienne loi la vertu de la prière; etcé seroit une matière infinie qiie le'détail de tout ce qu'elle a fait dans la nouvelle. Après cela , défions-nous de la promesse du Fils de Dieu, lorsqu'il nous dit : Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom; il vous Caceordefa (Joan., i2). Que je me figure le plus puissant monarque du monde, et que je le suppose prévenu pour rnoi de la meilleure volonté , je ne puis néanmoins me répotadre d'obtenir de lui tout ce que je lui demanderai , parceque son empire , quelque étendu qu'il soit, est limité, et que je lui demanderai peut* être au-delà de ce qu'il peut. Mais tout ce que je demanderai à Dieu, Dieu peut me le donner : pourquoi? parcequ'il est Dieu, et qu'étant Dieu , tout lui est possible. Si donc, dans les prières que nous avons à lui faire , nous manquons de confiance, c'est que nous ne connoissonspaslemattrequenous prions. Nous eu ju.'jeons par notre foiblesse, au lieu d'en juger par l'indépendance absolue et la souveraineté de ce premier Être. Ne bornons point nos espérances , quand' nous savons qu'elles sont fondées sur la parole d'un Dieu dont la fidélité ne se peut dànentir, et dont la puissance est sans bornes.

890 Ofi L'iUIflULITÉ ET DE L'OROUEiL.

DE L'HUMILITÉ ET DE L'OKGtEÏL.

PAftABOLB OU 1»HARISIBN IT DU P6BUGAUI, OU CAlUQTÈa^t DB l'<MI« OUBIL BT OB L*HUI1IUTÉ , BT LBS BPTBTâ DB LUM BT DB l'AUTCM.

Jésus propasacettepcûabok au iujet de certaines gens quuetonfiolmt en eux-mêmes comme s'ils eussent étédes Saints, et qui n/B regardoieniles autres qu'avec mépris (Luc, 18j. L'Évangpilenous fait d'abord comioltre lé dessein du Fils de Dieu, et quels sont ceux quil avoit en vue, lors» qu'il proposa cette parabole au peuple qui l'écoutoit^ Quoiqu'en f,^ néral elle puisse s'appliquer à toute ame vaine et orgueilleuse^ elle convient pariiculièrement» et selon Tiotention de Jé^us- Christ, à nue espèce de faux dévois £ontre qui cet Homme-Dieu a toujours té/noigné plus de zèle, et qu'il.n a point cessé d'attaquer pendant tout le cours de sa mission et dans ses divines instructions. Gens remplis d'eux» mêmes et de leur prétendu mérite, qui seuls croyoient être, avec leurs disciples, les élus du Seigneur ; qui pariaient, qui décidoieot, qui agissoient comme s'ils eussent été les seuls dêpc'siiaires de la lui et ses interprètes, les maiipes de la doctrine, les modèles vivants de la sainteté; qui se dUoient suscités de l)ieM pour la reformation des moeurs, pour le rétablissement de la discipline, pour.la défense de la (dus pure morale ; qui, sous un masque de piété et de sévérité, cachoient leurs intri{[ues, It nrs cabales, leurs médisances atroces et leurs calomnies , leurs envies, leurs haines» leurs vengeances, surtout une hauteur d'esprit que rien ne pouvoit fléchir, et un orgueil insupportable ; qûi^ par cetle vaine apparence d'une vie régulière et austère, éblouissoient les yeux d'une troupe de femmes^ dont ils parcouroient les nial&ons , et dont lis recevoient de puissants secours pour soutenir leur secte et pour accréditer leur parti ; qui n'esiimoient personne , n'épargnoient personne, ne faisaient grâce à personne, damnant (oui le monde , et traitant avec un dédain extrême quiconque ne se déclaroît pas en leur faveur et n entroit pas dans leurs seniiments. Car il y itvoit des hommes de ce caractère dès la naissance de l'Église, i^tdès le temps même que Jésus-Christ parut sur la terre ; il y en a eu dans toute la suite des siècles, et il n'y en a que trop encore dans le nôtre. Dé sorte que cette parabole n'est pas seulement une ligure, mais qu'on peut la prendre pour une histoire commencée dan^ le Judaïsme, coDiinuée dans le christianisme, et, par une malheureuse succession, perpétuée d'âge enâgejnsques à ces derniers jours. Quoi qu'il en soit, entrons dans les vues du Fils de Dieu, et profitons des enseignements qu*il veut ici nous donner.

Deux hommes alièrent au temple pour jfrier: Cun était pharisienp /attire pubiicMi. C'est au même temple qu ils allèrent tous deux, c'est à la même heure et dans le même temps, c est dans le même dessein , qui ëtoit de fiaire à Dieu leur prière : mais du reste , ce ne fut pas , à

D8 L'HUMILITÉ BT DE L'OROUSlL SH

bMNOMippi^, dftfts It médie diépotilîoiide Paine, toi le mène aiUtTineBt ioiérieor. De là viesl qae la prière de i*an eut lia suoeès et fiitorable» toHeu que l'aulre ne hil point écoutétetqne vl prière devint on erime pCNir lui» etunKujetdeeondamnaiton. Car, avec la grâce, ce qai donne le prix à la prière, c'est la disposition intérienre de Taine : c'est de là qu'elle tire toute sa vertu et tout son mérite. Ces deux hommes n'étant done pas également disposés par rapport à l'esprit et au cesnr, ils nedevoientpas être également reçus de Dieu, qui ne s'arrête point au dehors, et n'a égard ni aux rangs, ni aux qualités, ni aux conditions, ni aux avatitagesde la naissance ou de la fortune, ni aax lîeax, ni aux cAnjonctures, ni à quelque drcoastanoeextérieurequècesoit { roaisquî pèse le cœur, et qui ne juge de tout le reste que par le oœur. Voiià pooÉ^aoi le Saint-Esprit nous avertit que notre premier soin avam i'oraiâoii» notre soin le plus nécessaire ^^phis essentiel, eàt de ftéptmer norê ame{ Eee&.^ 18). Tonteautre opération, sans celle de rame^ nepeut qo'4lre de nulle efficaoe auprès de Dieu ; et s'ilQe se rend pas akm propice à nos vœux^ c'est à nous que noua devons l'imputer, et dans nous que noua devons chercher le principe du itoal» ptrisqa'en effet il est au-dedans de nous-mêmes.

Mais ceci posé, il est question de savoir qui des deux (je dis dii pha« riiien d du pabiicain ), qui, dis-je^ étoit dans la disposition oonvenable pour prier, et qai n'y étoit pas. A s'en tenir aax apparences^ il sem** Ue qu'il n'y ait point là^dessos à hésiter, ni de cemparaiaon à hm. Un phâk*isien d'une part i et de l'autre un publicain i quel parallèle ! Un pb:arisien, un homme de bonnes œuvres* un hoouaa exemplaire et d'une merveilleuse édification dans tonte sa conduite ^ un hommb exact juaques aux plus pedtes observances, et implacable ennemi des moîÉdres relâchements; u» homme révéré, vanté) canonisé du peapl^ en an mot, un saint» selon 4a commune opinion. Au contraire , an pu« bitcain, an pécheur, et un pécheur par eût, puisqae son seul emploi de publicain le fiiisoit ragarder comme tel ;. un homme noté et décrié pour ses injustices, ses firandes, ses violences, ses conenssions ; déplus, un homme sujet à bien d'antres désordres que ceux de sa profession, et ayant vécu jusque là dans le libertinage et le scànilale. Encore une fois, suivant les vues ordinaires» penton balancer an moment entre deux hommes dont ladifferencë est si sensible? et qui est-ce qui tout d'un coup ne prononce pas à l'avantage du premier, et ne conclut pas que raatre doit être réprouvé de Dieu? Mais les jugements du Sei* gneor sont bien au-dessus des nôtres, et révénement n'est guère couforme à nos idées. Ce pharisien est condamné , et ee publicain jastifié : pourquoi ? c'est que ce pharisien, que ce Juste est un orgueilleux dans sa prétendue justice ; et qne ce pabUcam , que ce péchear pénile&t est humble daaa sa pénitence. De sort^ qu'en deux portraits raccoards et opposés l'on à l'antre, hi ptsrabole nous représenta admtrabiameat, et les perbieieux effets de l'orgueil daiis le pharisiea , et

ZSIi CARACTÈRE DE L'ORGUEIL» ET SES EFFETS.

les sadatiîret effets de rfaumSité dans le pubiicatn. iDstraisons-imu, et appreaoDS de li tout ensemble œ que noos devons éviter oomme' l'écoeîl le plus dangereux» e| oe que nous devons nous eflbroer d'acquérir et de pratiquer en toute rencontre oomme une des plus excellentes et des jAfM solides vertus.

GAnACTÈBE DE L-OBiGOBIL , £T SES PERWCIBUX BrïTBTS DAMS I.E

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