‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 105 sur 225 · CARACTÈRE DE L'ORGUEIJU ET SES EFFETS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE L'ORGUEIJU ET SES EFFETS

tentkm qu'il donoe ne fait pas moins toir avec qaelle hameMr d'esprit et quel dédain il reçoit ce qne chacun dit. Ses réponses les pins ordinaires» ce sont quelques coups de la tète» quelques œillades» quelques souris moqueurs , quelques mots entrecoupés , quelques expressions enveloppées et mystérieuses » comme s'il étoit seul au fait des choses, comme s'il avoit seul la clef des afEsires, comme s'il en savoit seul pénétrer le secret et démêler les ressorts, commesi tout ce qu'il entend n'éioitdenul poids et ne mériioit nulle réflexion, commes'ilne daignoit pas y prêter l'oreille, et qu'il le regardât en pitié. Car dans la société humaine on ne rencontre que trop de ces présomptueux qui n'ont pas même soin de se déguiser, et se laissent emporter aux sentiments de leur orgueil. Orgueil grossier dont rougitpoureox toute personne sage et pourvue de raison : mais eux , ils ne rougissent de rien, lant ils sont infatués d'eux-mêmes et prévenus à leur avantage. Ainsi, sans qu'ils le remarquent, et par la plus dangereuse séduction, l'orgueil qui les possède, tout visible qu'il est, échappe à leurs yeux et se dérobeàleur oonooissance, taudis qu'il se manifeste aux yeux du public et qu'il choque tous les esprits. A les en croire, totites l«s prérogatives qu'ils s'attribuent, tout ce qu'ils disent , tout ce qu'ils font, n'est point orgueil, mais ingéni'itéetfraDcbbe, mais justice et vérité : du moins le pcQsent-ils de la sorte, et sont-ils bien persuadés quon le doit penser demême. Erreur déplorable, maisquicauseplus d'mdigoation qu'elle ne donne de compassion : et voilà comment, à force de s'estimer euxmêmes et de vouloir être honorés et estimés, ils perdent toute l'estime qu'ils pourroient dailkurs avoir dans le monde

Ce n'est pas, au reste, qu'il n'y ait un orgueil plus circonspect et plus délicat. On affecte une certaine modestie extérieure : on est honnête, prévenant, affable; on a de la douceur, de la politesse, de la retenue, une conduite, selon les apparences, tout unie; on ne s'enfle point, on ne s'élève point, on n'entreprend point de dominer ni de se distinguer. Mais , outre que tout cela n'est assez souvent qu'une modestie fastueuse, qui, pour user de cette figure, comme un voile transparent, laisse entrevoir l'orgueil mêmeqn'elle couvre, il y amille occasions oùil trompe toute notre vigilance, et sort malgré nous des ténèbres où Ton làchoit de le teoirenseveli.En effet, quelque précaution qu'on prenne et quelque atiention qu'on ait sur soi*même , il n'est p^ moralement possible, dans le commerce de la vie, que mille sujets imprévus ne piquent notre cœur et ne blessent notre orgueil. Or du moment que 'orgueil se sent blessé , il se trouble , et , dans le trouble ou il est, il éclate et ne garde plus de mesures. La raison en est bien naturelle : c estque l'orgueil est l'endroit lé plus vif du cœur , je dis d'un cœur vain : pour peu qu'on y touche, la douleur nous fait jeter de hauts cris. On voit un homme se déconcerter, s'aigrir, s'animer/ Il répond sèchement, il parle durement, il s'exprime en des termes fiers et méprisants; quelqueÂMlacolèrel'irritejusquesà remportement, On nelereconnolt

»} CARACTÈRE OE UORGUBIL, ET SES EPPETS.

Cqs: ctdflM la sarpris* où Ton se trouve, on demiiide si (B*^9t là est >imM qa*on eroyoit si modéré , si paiient, ri bomble.

Ce qui doit encore phu étonner, ^eni lorsqn^on vient à découvrir estte sensibilité et cet orgueil dnns des âmes pieuses et dévotes, dnns des ânes religieuses et oonsscrées à Dieu, dans des minislres de TÉglîae et des pasteurs dn peuple fidèle. Le prophète vit en esprit Pabonjnatton de désolation dans le lieu saint ; et n'est-ce pas ce qui s*aeoenipiit réellement à nos yçux et dequoi nous sommes témoins, quand nous voyons l'orgneildans les pitis ssorés ministères, Torguell dans le sac et sous le dlice, l'orgueil dans le sanctuaire de Jésns-Ohrisr, sons les livrées de Jésns-Christ, à la table, à l'autel de Jésus-Christ? Cest là qu'on le porte, et, au lieu de l'étouffer aux pieds d'un Dieu humilié et anéanti, c'est delà qu'on le rapporte aussii entier et aussi vivant qn'il étoit. Scandale qui confirme le monde dans ses préjugés contre la dévotion , et qui l'autorise à dire , quoique avec une malignité outrée, qu'il suffit d'être dévot pour en être plus jaloux de son rang, plus intraitable sur ses privilèges et sur ses droits, plus sensible à la moindre offense, plus scrupuleux sur le poiot d'honneur, en tm mot, plus orgueilleux.

IL li fmtoit en tui-mime cette prière. Pourquoi en lui-même , et qu'est-ce que cela signifie? Peut-être ce pharisien ne daignoit-il pas se conformer à l'usage, ni s'assujettir comme les autres à prononcer les prières ordinaires. Peut-être aussi cette parole nous (ait-elle emendre que, dans toute sa prière, il n'étoit occupé que de lui-même, et non point de Dieu ; qu'il n'envisageoiiqoe lui-même et que sesprétciodues perfections, dont il venoit s'applaudir et $e glorifier.

De quelque manière qu'on l'explique , une réflexion là-dessus se présente, et une vérité dont on auroit peine à convenir, si rexpérienoe n'en étoit pas une preuve convaincante : c'est que l'orgueil se mêle jusque dans l'exerclee de l'oraisoD, et voici comment. Car dans l'oraison il y a différentes voies : lés unes plus communes, et les autres plus relevées et plus particulières ; les unes aisées, connues, à la portée de tout le monde, mais les autres plus secrètes et propres d'un petit nombre d'ames que Dieu favorise de certaines communications, et à qui il lait contempler de plus près sa souveraine majesté. Selon ces voies différentes. Dieu dispense differemment les doos de son esprit, de cet e^prit de sainteté qui, n'étant quuti et étant toujours le même, se diverMfie néanmoins en tant de manières dans ses divines opérations, et, suivant le langa{>e de l'Apdtre, fait prendre à sa grâce toutes sortes de formes pour s'accommoder à tons les sujets ou il lui platt de la répandre. Cependant l'ordre naturel n'est pas que Dieu, dès le premier essai, élève une ame à ces sublimes degrés d'oraison et de contemplation où les Saints sont parvenus. H a ses règles que sa sagesse lui presorii, et qu'elle nous prescrit à noas-mêmes, afin qiie nous les observione. C'esU-^Ure qnîl vent que nom ceîmmenGionipir les pittiqiies

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