CARAGTÊRK DE L'ORGUEIL, ET SES EFFETS
les pluB nsitëes ; que BOiu noi^ y exercions assidAinent et conuam* ment; qne nous soyons contents d'en demeurer là , si Tesprit céleste, dont nous devons attendre Timpression , ne nous conduit pas plqs avant ; que de nous-méoies noos ne nous ingérions point dans des mystères qui sont si fort au-de&sus de nous ; que nous nous estimions indignes de ces grâces singulières et deoes états qui ne conviennent qn'anx âmes choisies et aux fidèles serviteurs de Dieu;enfio, qne nous comptions toujours pour beaucoup de pouvoir les suivre de loin, et de marcher par les routes les plus aplanies. Voilà ce que pense une piété humble ; Toilà ce que lui inspire un bas sentiment de soi-même.
Mais il s'en faut bien qne ce ne soit assez pour l'orgueil d'une ame qui se croit appelée è quelque chose de plus grand ; car on en trouve ainsi disposées. Leur présomption les emporte d'abord , comme d'un plein vol, dans le sein de la Divinité; et du moment qu'odes se sentent attirées à l'oraison, elles ne craignent point de dire ce que dit l'ange superbe dès rinsiani de sa création : Je monterai , fapproekerai du Très^Haui (Isai., 14); j'irai directement à lui, et je le verrai dans sa gloire^Qu'un directeur éclairé, et instruit des ruses de l'ennemi, qui se transforme en esprit de liiiniière, s'oppose à une illusion si dangereuse, et dont il prévoit les conséquences; qu'il entreprenne d'arrêter cette ardeur précipitée, et de rabaisser ces vues trop abstraites et trop mystiques; qu*il Teuille les assujettir à une certaine méthode, leur ira^^^er certains sujets, leur fjire considérer certains points essentiels, et les maximes fondamentales de la perrection chrétienne : tout cela, à leur goût, u*est bon qu'aux âmes vulgaires, que Dieu laisse aller terre è terre, et marcher pas à pas. Si le directeur insiste , on lui h\t son procès. On le traite d*liomme peu versé dans la vie intérieure ; on se détache de lui, et on l'abandonne. Quelle langue parle-t*on? De s'exprimer simplement et clairement, ce seroit descendre et se dégrader. On ne parle plus la langue des hommes , mais celle des anges. Belles expressions où l'on se ptrd, et qu'on a recueillies en de saints auteurs, qui comprenoient ce qu'ils disoieot, parcequ'ils le disoient de coeur, et non par une puérile affectation. Un des éloges les plus solides que le Prophète royal donne au Juste, est qu'il ne s'élève point au-dessus de ^ui-méme. Allons à Dieu, et allons-y par la prière; mais notre prière ne peut être agréable qu'autant qu e!le sera sanctifiée par notre humilité. Or l'hamiliié nous empêchera de nous émanciper si vite ; et plus elle nous tiendra renfermés dans nous-mêmes et dans la vue de nos misères, plus elle engagera Dieu à s'unir à nous, et à nous unir i lui par la eonnoissance et la vue de ses grandeurs. Tandis que Moïse prioit sur la montagne, il étoit défendu à tout le peuple d'en approcher; et quiconque eût osé même toucher le pied de cette montagne sainte eût été frappé de mort. Laissons les parfitita goûter les dou« oeura d'un commerce intime avec Dieu, et s'abtmer dans la contemplatipii de sas infinis attributs; mais nous , m^OQSHMua m ran|[ dt|
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peuple, et demeurons-y jusqu'à ce que Dieu dous appelle. Aulremeiit noire.téfnérité trop empressée nous exboseroità de tristes retours, et il seroit à craindre que la parole de TEcriture ne se vérifiât en nous : Le Seigneur a (Ussipé les projets que les orgueilleux formoient dans leur . cœur, et il a confondu toutes leurs pensées (Luc, 10). PlAtauciel qu'on en eût moins vu d'exemples ; et plaise an ciel que les exemfries qu'on en a vus dans les siècles passés servent de leçons aux siècles avenir, et les préservent des mêmes parements !
111. Mon Dieu, je vous rends grâces. Rendre à Dieu de continuelles actions de grâces, c'est entre les devoirs de Tbomme nn des plus justes et des plus indispensables. Aussi ce qu'il y a de répréhenslble dans le pharisien, ce n'est pas de remercier Dieu, mais de ne le pas remercier par un véritable esprit de religion, ni avec les sentiments dont ce pieux execcice doit être accompagné. Car la reconuoissance que nous témoignons à Dieu doit être une reconuoissance toute religieuse ; or une reconnoissance vraiment religieuse , en quoi eonsiste-t-elle? 1. A donner à Dieu toute la gloire des grâces qu'on en a reçues, et à ne s'en point glorifier 8oi*méme; 2. à ne point abuser de ces grâces pour se préférer au prochain, et pour le mépriser ; 3. à se confondre même du mauvais usage qu'on a fuit de ces grâces, et qu'on en fait tous les jours, q^u lieu qu'en d'autres mains elles profiteroient au centuple; 4: à trembler en vue de ces grâces et du compte rigoureux que Dieu nous en demandera, comme le matire de l'Évangile demanda compte à ses serviteurs des talents qu'il leur avoit confiés; 5. à ne se pas contenter de ces grâces, et à ne pas croire qu'on n'a plus besoin de rien, mais à reconnoîire, malgré ces grâces, noire extrême indigence, et à implorer sans cesse la divine miséricorde pour en obtenir de nouvelles. Telles sont les dispositions d'une ame reconnoissanie envers Dieu; tel est l'esprit qui l'anime et qui la conduit.
Mais ce n étoit pas là, à beaucoup près, l'esprit du pharisien. Il re» mercie Dieu, pourquoi? non pas pour donner à Dieu la gloire de toutes les perfections dont il se flattoit d'avoir été doué, mais pour se l'attribuer à soi-même, ponr se retracer le souvenir de tant de bonnes qualités, pour se les remettre devant les yeux , et pour s* y complaire. De cette estime de lui«méme, ainsi que la suite le fait vou*, naît le mé» . pris d'autrui. A son gré, il n'y a personne qui l'égale, ni qui puisse entrer avec lui en quelque comparaison. Bien loin de se reproclier aucun abus des dons excellents que. lui a départis la main libérale du Seigneur, il s'applaudit au contraire d'en avoir toujours usé le plus saintement, par tout le bien qu'il a pratiqué et qu'il pratique. Bien loin de craindre le jogement de Dieu, et d'êire en peiné sur le compte qu'exigera de lui ce souverain juge, il semble qu'il veuille le préveuir, et que ce soit ce qui l'amène à l'autel. Il semble qu'il vienne lui-mèsse se présenter pour répondre du bon emploi qu'il prétend avoir fiait des rares talents dont il se croit pourvu par la grâce du ciel, et du profit
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qull en a retiré. Enfin j permiadé que rien ne lui manque , et que ce qu*il a lui suffit pieineinenti il ne souhaite ni n'attend rien de plus; et c'est jpour cela même qu'jl pedemande rien. Chose admirable ! remarque saint Augustin ni e&t venu dans le temple pour prier; maïs examinez toutes ses paroles , et tous trouverez qu'elles ne tendent qu'à se louer. Seigneur, dit*il, je vota rends grâces : mais il n'a g^rde d'ajouter : Mon Dieu , accordcz'moi encore telle grâce. Il en à autant qu'il est nécessaire ; et il ne lui en faut pas davantage pour faire de lui un homme accompli.
La malignité de notre orgueil ne va pas jusqu'à refuser à Dieu la ijuàlité de premier principe, et à ne vouloir pas i'iionorer comme fauteur de tous les biens : il y auroit du blasphème et de Fimpiétë. Nous nous faisons une religion et une obligation capitale de souscrire à cet oracle de l'Apôtre : Qu'at/ex-i/oti^ que vous n'ayes point reçu? Mais Torgueil de notre coeur ne s'accommode guère de ce qui suit : Or, n vous Cavez reçu , ttoii vient que vous vous en glorifiez comme si vous ne f aviez pas reçu (1. Cor., 4) ? H est vrai que sur cela nous gardons certaines apparences, que dans Toecasion nous publions asses hautement combien nous sommes redevables à Dieu ; que nous voulons qu'il en soit loué, qu'il en soit béni ; que nous le bénissons nous-mêmes et nous le remercions : maii que r6r{jueil a de retraités cachées pour se sauver ! qu'il sait bien ménager ses intérêts^ lors môme qu'il parolt les abandonner et y renoncer!
Nous remercions Dieu ; mais dai^ le sentiment de notre rêconnoissance, il y a toujours un retour vers nous-mêmes. Nous avons beau protester devant Dieu que la gloire de tout lui appartient : nous le disons des lèvres ; mais dans le fond nous en revenons toiijours à nousmêmes , et nous recueillons avec soin tous les rayons de cette gloire, qui peuvent rejaillir sur nous et nourrir notre'complaisance.
Nous remercions Dieu , et nous voulons même que d'autres nous aident encore à le remercier. Gloire soit à Dieiï! dit-on modestement : joignez-vous à moi pour lui rendre grâces de la bonne issue qu'il a donnée à mes desseins , et des bénédictions qu'il a répandues sur mes travaui. Rien de plus chrétien , à ne s'en tenir guaux expressions et qu'aux dehors; mais que prétend-on par-là? On veut informer les gens de ce qu'ils pourroient peut-être ignorer» et qu'on est bien aise qu'ils n'ignorent pas. C'est un tour in^jénieux et honnête pou^leur foire savoir le succès qu'on a eu dans une affaire dont on étoit chargé, dans une entreprise qu'on avoit formée, dans les fonctions d'un ministère ott l'on, a été employé.
Nous remercions Dieu ; maïs aussi nous entendons bien qu'on respectera dans nous les dons de Dieu, qu'on aura pont; nous des égards particuliers , qu'on ne nous coofondra point avec là multitude , mais qn'on nous distinguera; qu'on nous déférera tous les honneurs dus à noû*e mérite et ù sa sup^ériorité,' que s'il y a un choix ;i taire pour