‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 11 sur 225 · S8 POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES · texte numérisé non relu

S8 POUR LA SECONDE FÊTE DE PAQUES

croire qu'on b poisse conserver sans en faire aucun actç. Les bonnes œoYres en sont l'aliment ; et comme le feu s'éteint dès qu'il n'a plus de matière, et qu'il loi en iant sans cesse fournir, si Ton ne donne à la charité sa nourriture, et qu'on la laisse oisive et dépourvue de saintes pratiques, elle se. ratentit, et perd bientôt toote sa vertu. On entend dire à tant de personnes qu'ils voodroient avoir plus de dévotion qu'ils n'en ont; mais comment en auroient-ils, ne faisant rien de tout ce qui est nécessaire pour l'exciter? Qu'ils s'adonnent , selon que leur état le permet , aux œuvres de la miséricorde chrétienne ; qu'ils soubgent les pauvres, qu'ils consolent les malades, qu'ils visitent les prisonniers, qo'ils soient bienfaisants envers tout le monde, et ils ver* ront si Dieu , touché de leurs aumdnes et de leurs soins officieux à l'égard du prochain , ne répandra pas dans lepr esprit de nouvelles Innaières qui les éclaireront, et dans leur cœur de nouvelles grâces qui les retireront de l'assoupissement où Ils ploient. Hais en vain espérons-nous de telles fiiveurs de la part de Dieu, tandis que nous mènerons une vie paresseuse et inutile, tandis que nous aurons un cœur dur et insensible aux misères d'autrui, tandtsque nous manquerons aux devoirs les plus essentiels de la soctéié humaine.

3. Enfin , on n'approche point assez du sacrement de Jésus-Christ et de sa sainte table, et c'est la dernière cause du rdroidisseraent de la piété et de la charité dans les âmes. Ce divin sacrement est le pain qui doit réparer nos forces et nous soutenir; c'est le remède qui doit guérir nos maladies spirituelles et nous rétablir; c'est la source de tontes les grâces, et par conséquent de la dévotion. Pourquoi les premiers chrétiens étoient^ils si fervents, et d'où leur venoit cette intrépidité, cette joie même et cette allégresse avec laquelle ils couroient au martyre et versoient leur sang pour Dieu ? C'est qu'ils avoient le bonheur de communier tous les jours. Dans bi suite des siècles, ce fréquent usage de la communion a été négligé : par celte néglîQfence si pernicieuse, riniqtiité-peu à peu a prévalu dans le monde; et plus l'iniquité s'est accrue, plus la charité s'est relAchée. Il n'y a rien en cette triste décadence que de très naturel. Si vous refusez au corps les viandes dontil se nourrit , faute de soutien-il n'a plus de vigueur, et tonibe dans une mortelle défaillance ; et dés que vous ôtez à l'ame cette viande céleste que Jésus-Christ hit a prépaiîSe, die doit devenir, pour m'exprimer de la sorte, toute sèche et tout aride. Voilà de quoi nous n'avons que trop de témoignages. On se contente de communier une fois dans l'année; du moins on pense en avoir beaocoap fait, si l'on ajoute à cette communion pascale qudqoes antres commimiona très rares et en très petit nombre. On est bien aise d'avoir des prétextes pour s'éloigner débute! du Seigneur, et l'on porte même Fil* Insion Jusqu'à s'en foire un mérite et une vertu. De là dans l'Église de Dieu cette désolation presque universelle que nous déplorons, et qui est en effot si déplorable.

H)DR L'OCTAVE OU TRÈS SAIMT-SACUSMENT. S»

ProfitOBs de rexeonpk des denx disdples en qai la présence da Fib de Dieu produisit de si heureux cbangemeots. Prbus ce Dieu Sauveur qu'il nous ressuscite avec lui, en ressnsciiaat noure foi, notre espérance, notre charilë; car c'est en cela que consiste présentement noire résurrection selon Fesprit; et c'est cela même qui nous mettra en étut d'obtenir mi jour cette résurrection glorieuse selon le corps, laquelle doit être la consommation de la béatitude éternelle des élus. fàoÊà 8oit-0.

INSTRUCTION pQun l'ogtàvb m tbès sAUtr^AGUBMiirr.

I. Entrons dans l'esprit de i'£g{ise, et comprenons bien ce qn'eBe se proposa dabs la ft^e du Saint-SacremenL Elle vent rendre au oorps de Jé8us<^iirist un cuUe particulier, et c'est aussi la flu que nous devons nous^uêmes avoir en vue dans cette gnmde solennitë. Appliquons-nous sérieusemen;! et salnteadoit aux moyens one noua fournit pour cela notre religion. Car rien ne nous doit être plus vénérable que le corps de Jésus-Christ , <le quelque manière que nom le oonâdérions, soit par rapport à lui-même, puisqu'il est uni an Verbe divin; soit par rapport & nous, puisqu'il est la victime de notre sakit, et qull doit être jusqu'à la fin des siècles la nourriture de nos aroes.

II. Nous UTons une obligation de l'honorer d'autant plus étroite, qu'outre les traitemi^nts indignes qu'il reçut pour nous dans sa passion , 0 en reçoit encore tons les jours deplashamiliants dans l'Eucharistie, par l'abus que'Ies hommes font de ce redoutable mystère. Comprenons donc bien que le desseia de l'Église, dtans cette octale, est de faire à Jésus-Christ une réparation publique de tous ces outrages : et concevons en même tempiqnec'està nous en particulier de nonsaoqoiiterd'nn devoir si important, puiaqu'ayant en le mallienr d'être du nombre de ces âmes infidèles qui ont souvent abusé de radorabie Eucharistie, nous devons nous reconnoltre devant Dieu comme pmwnnelle^ ment coupables de ce que saint Patd appelle la profonation du/conpa du Seigneur.

III. Les hérétiques et les mauvais catholiques, quoique par difiMrentes impiétés, déshonorent ce sacré corps dans le mystère mêmeoà il est continuellement immolé pour eux, et par conséquent où il àevràk ètrel'objfct de leur culte. Mais s'il est de notre zèle de réparer, autant quM nous est possible, les outrageic faits au corps de Jésus^hrist par d'antres que nous, il est encore bien plus juste que nous travaillions à réparer ceux dont nous avons été spécialement les auteurs, et que nous devons éternellement nous reprocher. Car telle est h disposition où il fout que nous soyons : c est-à-dire que nous devons être dmis une disposition de pénitence et de aèle pour rendre au ^orpa de Jésus*

1^ tôt* LX)CTATE fill TRÈS SAWT^SACftÉMElW.

Christ tout Ilionnear qtie nous hii avons refusé jusqù*^^ présent, et qfii Foi étoh dft par tant 3e titres. Pensée solide et touchante;' pensée Tini répond parfaitement aux vues de TÉglise, et qui nous doit être toujours présente, si nous voulons célébrer cette fête en esprit et en

vérité.

I¥« Cependant il ne suffit pas que nous ayons ce zèleiBn général; ibais pour en venir à la pratique et aux réparalidns particulières que Jésus^Christ attend de nous, elles se réduisent à deux cheh : Tun , qui regarde l'Eucharistie comme sacranent; Fautre, qui la regarde oommo sacrifice : le premier, fondé sur le mauvais usage que nous avons fait de la oomrnmikni; to secotd, sut la manière pen chrétienne avec laquelle nous avons tant de fois assisté au sacrifice de la filease» Car c'est à ce sacrifice- et à ce siacrémeat que %t rapportent loua les |»ëciiés dont ntjiis^ nous somhnes rendus coupables i^Veii Te •cmrpa de Jéstts^Iitriat ; (et par Ime tiiisiéHctonte iMinfe "fle Brefu , t^è^ éÊsmct même sacrement et ce méme^crMce que nous frouVofifs'ffe qti(M Joitn^remie plehie ëatisfedién. Tonte autre sati^'ction'qnelioé^ •^uriioBB «laffiner ne «eroit ni égaAe à I^fen9e<itfe -nous atonscom- 40186, ni'eonferme aux indinufions dèi;e Vien Santeur,tlôift ta gton*e «eitinséparable de notre salut. Bt voilà Tcfsccellent sedi^st qiie la religfiôn •BOUS enseigne. Voilà ce que notas éevons détonnais ^afiqùer avec unité la ferveur dent nous somttes capàblès.'Secret tftri cùnsistèt Tiônorer le corps de Jésus-Christ, par où nous Tavons si longrtemps pettt-étre et ^ soavent profané.

."§ I. Comment nous Hevons réparer les outrages que nom^avoi^fûksé ht divine Eucharistie^ considérée comme sacrement.

L SonvenoBMious 4!aborA , mais avec une e!!Aféh|e doffléùr, Hb iant de oommonions peut-être sacrilèges , lorsqn'emporfi^s ^sir le torrent du monde noBS vivions dans lé désordre ^ infos pa^sitTAs , ap- .prochantd^s sacrements dans t'élut d'iineoonsciemceâén^léc^tiiiv^ 46 .secrètes attaches au péché. Qniel outrage, ou ,^onmie paite saiitt .O^prien, quelle violence nefsîsions^Hâouis pas au Fite deDfen, en'le T^ceiant ainsi pour notre condaMrnation, (ni qui voufoit i&ire notre vie? Souvenons-nous au moins de tant de communions Iftcfaes , c'eit- ^-.dire de tant de communioiils faîtes avec nég^ngence et sans prépa- •ration : communions tièdes , auxquelles nons n*avons apporté qu'un •esprit dissipé , qu'an coeur froid et indlfKrent ; coihnnniionslnùtnes, 4|tii'n'ont profittit nul ehangetnent en nous , parcequ'eRcs ii'àvojeni 'ilé précëdéis de nnlte épreuve de nous;anêmes-; communions en vertu desquelles nous n'avons été ni plus réguliers, ni plus htmibles, ni

|4us charilables envers le prochain. Pouvonsnous compter sur'd^lél- •les communions yet avons-nous pu nous en'faii^un mérhe auprès 'de

Jéaus-Cbrinf Emfin souvenons-npus de ces éloignements de h commotion twnan^noos sommes entretenus, et qui ont été si injurieux i

«jim LWtAVÈ *« ints SAititisxcaËirENT. si

Msw-ClirM; qtfatid par indévodon » par itiséiislbllité , par un atlacklMDt o^rinlitre aux créatures » nous n'avons pus voulu taire le moindre effort pour surmonter les obstacleii qui noos empécfioieht tfe communier. WétolKe pas mépriser ouvertement le corps Ae notre Sieo , quoique d'àilteurs l'esprit d'erreur» pour ju^ifier notre conduite y Yious suggérât assez de préteiLtes , surtout celui d*un four res*> pect y qui ne éervoit qu*à nous endurcir dayailtage dans nos dérégieiBents?

11. V Vagit :de (aire à Jésns-Clirist une r^aration authentique de tMloeta, et nous ne le pouvons que par la connnun16n même. Car» safvant trois beVes maximes de saint XSÎfirysosiome , la communion satîUéffe ne f^em être réparée qôe par de saiofeis oommlinions ; la com- VHinlon Mche^ que par des communiook Ibrvent^ ; ëi les omissions TOlontaires de la oomtnnmon , qtie par la irëqùentation du divin aiacremeiity aâcompagnée dé .toutes les dispositions requises. Il %ù\ éUÊC que désonnais notre plus grand désir s6itvi*i^n apprôciiér; taotre plus grand soin , de nous y prépare!*; A notre plus gbdnde douleur, ëe toniber dans un état qui nous oblige % ^ôns en éloigner, tl faut que nous ayons un exercice dé préparation , 'auqmjl nous tious 'atta*tViùosb inviolablement, et que Ttin des moflif^ qui nous y.^^âgent soit de réparer toutes nos profarhaiiotls et toutes nos négligences passives. Cliacun peut se prescrire i soi-irnémè cet exercice , 'éù le soumettant néanmoins à l'examen et au jagenircnt d'un directeur. QÉsuui nous nous le serons ainsi tracé Dous-fnémes «nous y îrôuVérons plus dé goût 9 et BOUS y deviendrons. plus fidèfes. Quoi qli*ïî eà scflt , on lié doit point communéqient apprddiér âe la sainte table , sate'avdir ]prft quelque temps pour retati^er da6s IliftéHèur de son ame , sans avoir fait quetgue réflexion ou qudlcpie lecture sur le sujet de cinite importante action , sans s'y être dis^^^ par qudqu'œuvre clé charité et dé pénitence. L'intérêt de lësus-Christ, dont nous notis sentirons touchés , tious rendra tout ^cile.

TH. Mais de quelque méthofte que nous uâions , nous aevoàs toujours communier avec humilité et avec âmoqr, àVeb t^Iofè éi avec txmfinnce/avec un |>roFond respedt, et im desir ardeàt de nous ûnïr'à lësus-Chriit. Car c'est là , c'est dans le juste tempérament âe ces mouvements du cœur, contraires en appaVenCe , mais en lèffet d'un inerveiUeu^ accord, que doit ébnsisieY* polfrUoiTs la sninieiédeja oottimonion. Ne séparons jamais Tan deVaxitVê. Que ^a crainte de communier indignement soit toûjrmrs cbiûme le contre-poids du desir que nous avoiis de communier ^ et 'qu^ la con^ancè ^t Vamour soient tOBJoars soutenus de l'huniilité^ et du. respect. Voilà en substance toute la perfection de la conam'udlon chrétienne. ')fais,.pour comtnencer là en laire l'épreuve , ne cémînirniûus point dans cettife octave ipibiioiis n^ayons (ait aiiparayant à Jésus-Christ une amende honora- Me ^ loates nw irrévinreDCes , de toutes nos dissipations, de toutes

Si POUR L'OCTAVE DU TRÈS SAUfT-SACREliENT.

nos Uédeare , de toos nos scandales , de tontes les injures q^*il a en à es^yer de nous ; et que» dans ce dessein , nous ne noos soyons prosternés devant son autel.

IV. Allons à lai comme TenEant prodigue alla à son père, contrits et pénitents , la tête baissée , et n osant même lever vers lui les yeux

Cle contempler. Disons-lui , dans lea mêmes sentiments de don- . et de confusion que œ fils ingrat et rebelle , mais enfin suppliant et soumis : Ah ! Seigneur, puis-je encore parotire en Totre présence ? et par quel prodige de votre infinie bonté, soufifrez-jous à vos pieds une ame criminelle, et lui permettez-vous d*approciier de votre sanctuaire? J*ai péché , mon Dieu , f ai tantde fois péché contre le ciel, contre vous, devant vous^! Oui , Seig^ieur, f ai péché contre le ciel, puisque je ne pouvois pécher contre vous sans .pécher contre votre Père, contre votre divin. Esprit, contre tout ce qu'il y. a de bienheureux dans le ciel , qui s'intéressent à votre gloire. J'ai péché contre vous , -et n'est-ce pai directement à vous que je me sui^ attaque, en déshonorant votre corps , en ne lui revdant pas les honunages que je lui devois , en le profanant ? Mais surtout , Seigneur, j'ai péché devant vous , sons vos yeux , à votre autd , à votre table.

V. Ajoutons : Dans le repentir qui .me touche et le regret qne me cause Ijf vue de tant d'infidélités , je ne demande point, 6 mon bien , que vous me mettiez, encore au nombre de vos fidèles adorateurs. Je ne sub pas digne que vous me comptiez parmi vos enbiits t m qne dans votre sacré banquet vous me communiquiez les mêmes gnioee et me fassiez part des mêmes foveurs qu'à tant d'améi pures et fpr* ventes.. Je ne le méritai jamais ; jamais il n*y eut rien en moi qui pût ro'élever à ces entretiens si doux , ^si tendres, si indmes , et mêo^ si familiers, dont il vous plaît de les gratifier. Mais, $tignenr, vous avez plus d'une bénédiction. U y a dans votre royaume plusieurs pBi ces, et au même autel vous pailez et vous agissez difCéremment. ^ cette différence n*est pas sensible aux yeux , elle Test au cœiir. Traitez-moi donc, mon Dieu , j*y consens, traitez-moi comme im esdaye, et le dernier de vos esclaves. Mais souvenez-vous aussi qne tout méprisable et tout vil qu'est un esclave, le matire lui -accorde le paip né« cessaire pour le nourrir. Voilà ce que j'attends de vous , et ce que je cherche auprès de vous. De quelque manière que vous vous comportiez du reste envers moi, je in*estimerai toujours heureux, çt je re-

*' garderai comme un avantage inestimable, si vous daignez m'admet*

tre à la pariicipatipn de votre corps et de votre sang. Qu'oserai<je prétendre au-delà ; et si même je ne sa vois combien vous êtes libénU et bienfaisant , oserai-je me flatter d^un tel retour de votre part ,. et concevoir en votre miséricorde ime telle confiance?

yi. Disons, eifcore : Que n*e^-il , Seigneur, que n'est-il présentement en mpn pouvoir de vous rendre toiit Pbenneur que je vous ai ravi ! que ne puis-je autant relever votre culte qne je l'ai ptofiiné et

POUR UOCTAVE DU TRÈS SADiT^ACREMENT. 95

avili ! que ne puisse le répandre par toute la terre , et tous faire ooanollre , vous feire adorer, vous faire aimer dans tout l'univers ! Que dîs-je, Seigneur? c*est beaucoup pour moi si j'apprends bien moimême à vous connoîire , et si, dans la vive connoissance de vos grandeurs et de vos innombrables perfections» je commence à vous adorer comme vous devez Tétre, et 'à vous aimer. Agréez du moins, mon Dieu f agréez sur cela les vœux de mon cœur. Agréez les vœux de tant de fidèles , avec qui .je vais me présenter pour vous recevoir, et i qui je m'unis d'intention. Tout ce qu'ils vous diront , je vous le dis, ou je veuiç vous le dire comme eux. Seigneur, que je puisse aussi eomme eux l'éprouver au fond de mon ame, et le sentir f

M'en doutons point , Dieu écoutera cette prière. Il nous traitera de même que le père du prodigue traita son fik , dès qii'il le vit humilié devant lui et repentant. Il nous embrassera, il nous fera asseoir à son festin , il se réjouira de notre retour avec ses anges et ses élus. Nous aurons part à cette joie ; nous nous trouverons remplis d'une tendre dévotion , souvent même de la plus douce consolation. L'Église en sera édifiée , et voilà d*abord comment nous entrerons dans ses vues» et nous accomplirons le dessein qu'elle s'est proposé.

I 11. Commeki nom devoni réparer les outragée que noui avons fmtê à la divine Eucharistie^ conndérée comme sacrifice»

I. Après avoir considéré la divine Eucharistie comme sacrement , nous la devons considérer comme sacrifice. Sacrifice véritable , puisque c'est dans cet adorable mystère, et par cet adorable mystère, que la vraie chair et le vrai sang de Jésus-Christ sont présentés à Dieu, en qualité de victimes : et c'est en ce même sens que siiint Augustin appelle l'Eucharistie la victime sainte et le sacrifice du médiateur. Sacrifice d'nne valeur inestimable et d'un prix infini , puisque c'est un Dieu qui y est offert , et le même Dieu qui s'offrit sur la croix. Sacrifice de la loi nouvelle , dont tous les sacrifices de l'ancienne loi ne furent que les ombres et que les figurés. Sacrifice unique dans cette loi de grâce où nous sommes. Tous les autres sacrifices sont abolis , et celui-ci en est la consommation. Car comme le Fils de Dieu disoit à son Père, par la bouche de David: Vous n'avez plus voulu, 6 mon Père, do sang des animaux. Il vous falloit une hostie plus pure et plus noble : c'est moi-même. Ainsi moi-même je suis venu , et moiniême je me suis sacrifié. Sacrifice non sanglant , puisque le sang de Jésus-Christ n'y est plus.répandu comme dans sa passion ; mais sacrifice néanmoins qui renferme toutes les grâces et tous les mérites de cette passion sanglante , puisqu'il s'y fait la même oblation. Sacrifice universel et perpétuel : universel, pour tous les lieux du mondesperpétuel , pour tous les temps jusques à la fin des siècles. Sacrifice de louange , qui honore Dieu de la manière la plus parfaite dont il puisse être honoré ; d'impétration , qui attire sur nous les bénédic- B. 5. 5

34 PbtiR L'OCTÀVÈ t)U TkÎÈS SÀiNT-SÀCREBlfeNi':

tiôDS de Dieu et ses dons les plus précieux ; de propiiiatioa , qui nous rend Dieu fovorable , et qui apaise sa colère : d'expiation , qui nous acquitte auprès de Dieu , et communique pour cela sa vertu aux vivants et aux morts. Voilà ce que nous appelons dans TÉglise catholique le sacrifice de la messe. • .

n. Or, par rapport à ce sacrifice, combien est-on coupable, soit e^ 'Â'y assistant ^as, soit en y assisunt mal? En n'y assistant pas : tant de chrétiens et de catholiques font professiônM'en reconnoitre la vér rite, la sainteté, la dignité, et cependant n'y assistent presque jamais! Plusieurs n'y assistent pas, même aux jours ordonnés par TÉglise, ou s'en dispensent pour la plus légère incommodité. Hais du moins èst-ilrien de plus commun dans le monde que de voir des persounçs se foire une habitude de n'entendre jamais la messe aux jours non commandés? comme s'ils n'avoient ces jours-là nul devoir de relifiion à remplir; comme s'ils étoient moins catholiques, ou qu'ils dussent moins honorer Dieu ; comme si Jésus-Christ avoit.moins de quoi les attirer par amour, par piété, par intérêt, à un sacrifice où ce Dieu Sauveur s'immole pour nous, où il agit si efficacemeqt pour nous auprès de son Père , et où il ver§e si libéralement sur^ nous ses grâces. UL Telle est néanmoins la conduite d'une infinité de mondainsé La moindre affaire, et souvent, sans nulle affoire; une molle oisiveté les arrête. Telle est surtout la conduite d'une infinité de femmes. Une délicatesse outrée, un mauvais temps, quelques pas qu'il leur en coûteroit, quelques moments qu'il y auroit à retrancher de leur sommeil, le soin de s'ajuster et de se parer, en voilà plus qu'il ne faut pour les retenir. L'Église a beau faire donner le signal pour appeler les fidèles : les' temples sont déserts , et le plus puguste sacrifice est abandonné. Si c'étoît le signal d'une partie de plaisir, d'une partie de jeu, pa s'y rendroit bientôt. Si c'étoit le signal d'une heufe marquée pour parolire devant un roi de la terre, ou pour solliciter un juge, on y se- TOit attentif, et Tqn ne manqueroit pas de diligence. Mais dès qu'il n'est question que d'un exercice chrétien, et en particulier de la messe, on n y pense pas, et tout sert d'excuse pour s'en exempter. En vérité, n'est-ce pas là un mépris formel de la plus grande action du christianisme, et n est-ce pas ainsi qu'en jugeroit un idolâtre, s'il en étoit lé-

IV. D'antres. sont plus assidus au sacrifice de la messe : ils y assialent ;'mais ils n'en sont guère moms criminels, parcequ'ils y assistent nwl.Rappelons dans notre mémoire combien de fois noos y avons aaFsisté sans application , sans réflexion, sans dévotion , avec une imagination distraite, tout occupes des pensées du monde , et n'y donnant aucune roarquede religion. Combien de fois une femme volage et sans retenue at^llc fait de ce sacrifice le sujet de ses scandales; y tenant des. postures indécentes , y parlant et s'y entretenant avec la méyie liberté que dans une assemblée toute mondaine , y satisfaisant sa va-

POJafi roSCTÀTE iW TkËS SAlNT^CAËMËNt. ilS

bité et son monrJpropte pisir un pompeux étubge de Ma lute '^t 'Ûé i(é$ parures, y servdtit peut-être et y voulant iservir d'objet à fa f)as8i(M d'autrui? Cest Torsâge du monde, je dis du monde Mpie et IS^érAt, dont on suit les pernicieuses maximes : mais en même temps, c'e^t M sacrifice du vrai Dién , le sacrifice du corps de Jésus-Christ que fVyil profane. Quoi donc ! le corps de Jésus-Christ est sacrifié pour nous sor l'autel, et tious lui iùsultons en quél^tfè sorte par nos impiétés 1 Nous devons honorer ce corps vénérable partout on fl est présen'fe^ mais encore plus dans les sacrés mystères ot il achève de consommée l'œuvre de notre rédemption.

y. A tous ces désordres, qnel remède et quelle rëparatién ? Comiflè I^ contraires se guérissent et se reparent par leurs contraires , aprèl avoir conçu un repentir sincère du passé, et l'avoir témoigné à Biéo; void les promesses que nous devons hii faire pour Tavenir, .et lès réé<^ luttons où nous devons nous confirmer pendant cette octave. Elles Hé réduisent à quatre.

1. D'assister tous les jours au sacrifice de là messe , de s'imposer cette loi, de la garder inviolablement, et de s'y assujettir en satitfacthA de nos négligences. Mais, dit-on, je n'^ pas le temps : si vous le voé^ les bien, le temps ne vous manquera pas. Des personnes plus occup^k que voQsIe savent trouver . Jugez -vous vous-même debonnefbi, et vuyet si voos ne pourriez pas remetrre à une autre heure certaines affaires; si vous ne pourriez pas prendre un peu sur votre repos, qtii n'est que trop long et que trop paresseux . Dte quevous entrerez là-dessus dank une sérieuse discussion, et que vous vous dominerez te soin d*arranper Tordre de votre journée , vous verrez qu'il, est très rare que voué n'ayez pas absolument le loisir d'entendre une messe. Mais ma santé ne me le permet pas : je conviens qu'il y a telle infirmité qui peut être une excuse légitiine; mais il est vrai aussi que bien des infirmités» dont on se prévaut, ne sont que de vains prétextes, parceque ce ne sont que de pures délicatesses. Avec cette prétendue infirmité, combien faites-vous d'antres choses plus difficiles? Mais c'est une gàie'et une peine : je le veux, et c'est justement par-là que vous vous en ierëc une pénitence, et que ce sera pour vous devant Dieu urie ^pèce db réparation. Étrange mollesse, que celle de la plupart des femmes du siècle ! elles ont auprès d'elles dans un quartier plusieurs égfluses oh elles peuvent en im moment se transporter ; et eUefs ne daignent pas pour cela sortir de leur maison.

S. D'assister au sacrifice de la messe , non seulement avec kssidt^tté» mais avec révérence, avec attention , avec dévotion. Avec référence, pour réparer tant d'immodesties commises durant Cet adorable sacri« fiœ. Avec attention, pour réparer tant de dissipations volontaires et de pensées inutiles, peut-être criniinelles, oii Ton s'est arrété'pendadt ce même sacrifice. Avec dévotion, pour réparer tant de achetés, iatit de froideur et d'indifEérence qu'on a apporté à ce sacrifice. Révérence,

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