‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 110 sur 225 · CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ, ET SES EFFETS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ, ET SES EFFETS

Dieu s'adi^ssè ftpëciàlément, quand il nous eihorie à nous préservct* des&lteintps de Forgueil : Gardex-vous de feàre vos bonne$ actions dC' vaht les hommes^ afin d'en être vus (Uatth., 6) , et afin qu'ils con* çoivem pour tous de resiime. Il leur est plus aisé de se défendre du pii^e de rinténSc et de tontes les convoitises qui corrompent les sens: mais le pièce de la vaine ^oire est si délicat, si Imperceptible, et d'ailleurs si engageant et si tonehant, qu'il est d'une extrême difficulté de Féviier. Difficulté qui crott selon que les exercices et les fonctions oti l'on s'occupe ont plus d'apparence et plus d'éclat an-dehors. Il est si doux de recevoir sans cesse des éloges et d'être honoré , respecté de tout le monde ; si doux de ^entendre nommer un modèle de piété , de charité, de zèle, le refuge des pauvres, la consolation des affligés, la ressource de Tinnocence, l'appui de la justice, le mobile et l'ame de toutes les œuvres saintes, l'exemple de la conr, Tëdification d'une ville , l'apdtre d'un pays , le maître de l'éloquence et le premier entre les ministres évangàiques, Tbonneurdu clergé, le défenseur de la religion , le sootien même et le chef d*une secte; tons ces noms, dis-je, sont si flatenrs, que les plus spiritoetss'y laissent prendre, et qu'ils y trouvent un goût dont peut-être il^^e veulent pas s'apercevoir , mais <|ui ne se tait que trop sentir. Que ce goflt , ou plutôt que cette lansse gloire qui le fait naître et qui les pique, vint i leur manquer , c'est alors qn'ils seroient étrangement déconcertés : marque évidente qu'ils y étbient beaucoup plus sensibles qu'ils he pensotent. Cependant on s'imfigine amasser de grands trésors de mérites. On compte ses vertus , comme le pharisien : mais ce sont des vertus de pharisien ; Dieu ne les reconnolt point , et il ne les récompense point. Ces riches ptéîenduMy ÏU se sont endormis i tonte leur vie se passé en des songes agréables et en de spécieuses iUttsioHs; mais au moment de la mort , oh iheonwicncerontàs'étfeHkr^ quelle sera leur turptise de n'abolir rien dahs fet mains (Psalm. 78), et de voir toutes leurs espérances s'évanouir! Le remède à un mal si pernicieux , c'est une Sincère et profonde humilité , et c'est aussi ce que l'Évangile nous propose dans la pénitence du pnbllcain.

CARACTÈRS DB l'hUMIUT^, £T SES BFFgTS SALUTAmBS

DANS LE PUBLICAINi

I. Le publieqin se tenant éloigné. Voici une image bien dif* f<à*eDte de l'autre. C'est un publicain et du pécheur, mais un poMioain , mais un pécheur humble : et saint Chrysostome ne craint point de dire que l'état même du péché âveC rhumilité vaut mieux que l'état de justice avec l'orgueil i parœque l'orgueil détruit dans peu toute la pieté du Juste, au lieu que rhilmllité r^tface le péché et sanctifie le pécheur par une pàrfolte conversion. Quoiqu'il en sdit, le publlcaitt oommehce d'abdnj à s'humilier pa^ Hi place qu'il choisit ; c'est la phts âoignée de l'autel , c'est là dernière, parcequ'ii

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se regarde oomme le dernier de tous. Il se oonnott lai-méme, el cette coDDoîssance qu'il a de lui-même est le fondement de son bumilirë. Il sait de quelle manière il s'est comporte pendant de longues années ; il sait de combien d'injustices , de fraudes, de vexations « dé crimes il s'est rendu coupable : il le sait » et c'est ce qui lui fait sentir tonte son indignité. Or ce sentiment de son indignité, c'est en même temps ce qui le porte à se ravaler autant qu'il peut» et à se mettre au plus bas rang. Le pharisien s'éioit placé jusqu'auprès de l'autel, le peuple s'étoit avancé dans le temple; mais lui, il ne se juge pas digne d'y eotrer, ni de prier avec eux. Il demeure à la porte, les genoux en terre, la tète penchée , le corps prosterné. Ce n'est pas assez : mais , selon la remarque de saint Ghrysostome , dans ceue disposition si humiliante, non seulement il se méprise lui-môm^, mais consent qu'on le méprise. Le pharisien vient de Tinsulier , et il ne répond rien à l'insulte qu'il a reçue. Il pouvoit néanmoins user de récrimination, et de sa partit eût eu bien des reproches à faire à ce faux dévot qui Toutrageoit si mal-à-propos, elqui le condamnoit avec tant de témérité. Hais il ne se récrie point contre lui , il ne se glaint point » il se tait; et dans le silence y il est prêt d'accepter l^raiteinents les plus injurieux. Sont-ce même des injures? Il ne les prend point de U sorte; au contraire , il est persuadé que toutes les humiliations lui sont dues, et il ne lui fout, pour l'en convaincre, qu'un retour sur soi-même, et que la vue des péchés dont il est chargé.

Mous ne nous connoissons pas nous-mêmes , et de là vient que nous avons tant de peine à nous humilier ; et parceque nous n'aimons pas à nous, humilier, de là même encore il arrive que non seulement nous ne nous connoissons pas , mais que nous ne voulons pas nous connotire. Il ne faudroit qu'un regard sur nous-mêmes pour découvrir le fond de notre misère, et c'est dans ce fond de misère, dans ce fumier, selon l'expression de saint Jérôme, que nous trouverions la perle précieuse, qui est l'humilité. Voilà pourquoi saint Augustin faisoitsi souvent à Dieu cette prière : Seigneur , qne je vont connouse , parceque plus je vous contuniraiy plus je vous aimerai; mais tout ensemble ^ ô mon Dieu ! que je méconnaisse n^oi-même , parceque plus je me conumfrai, plus je me mépriserai, 11 souhaitoit ardemment d'acquérir une vertu qu'il savoit être la base de toutes les vertus ; et d'ailleurs, entre les moyens de l'acquérir , il n'en comprenoit point de plus solide et de plus puissant que de s'ôter à soi-même le voilede dessus les yeux, de se représenter de bonne foi tout ce qu'on est, et de creuser profondément dans l'abtme de ses foiblesses.

Et en effet, dès que nous nous mettons à creuser cet abtme, quelle idée concevons-nous de nous-mêmes, et quels sujets d'humiliation se présentent à nous? le détail en seroit infini. Sans rien dire des iafinnités du corps, et de tout ce qui a rapport à cette chùr terrestre et matérielle, sortie de la poussière et destinée à y retourner, qud est l'éiat

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