CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ, ET SES EFPETS. S
de notre ame? Que d'erreurs et d'ignorance dans Tesprit? que de passions el de malignité dans le cœur! que de corruption dans la volonté! quel penchant au mal! quelle inconstance dans le bien! quels égarements dans toute la conduite! Ceci est général ; mais si chacun vouloit en particulier se rendre compte de toutes ses pensées, de toutes ses vues, de tous ses sentiments , de toutes ses inclinations vicieuses, de toutes ses paroles^ de tomes ses actions, de tout ce qu'il a commis de péchés et de tout ce qu'il en commet chaque jour, de ses fragilités sans nombre, de ses infidélités, de ses chutes et de ses rechutes continuelles, y a-t-il personne, même parmi les plgs spirituels, qui d*nn premier mouvement ne s'écriât avec le Prophète : Qu*e$t'ce que l'homme-^ Seigneur? et pour ne parler que de moi, que 8uis-je, mon Dieu, que suis-je devant vous? Mais que serois-je encore dans l*opittion du pubUc, qui peut-être est prévenu de quelque estime pour moi, parcequ*il ne me connoît que par des dehors trompeurs, s'il pouvoit me connoftre. Seigneur, comme vous me connoissez, et voir au-dedans de moi ce qu'il y a de plus intime etde plus secret? Or une ame touchée de cette connoissance d'elle-même, et se jugeant avec les lumières de la grâce dans la droiture de la raison etde la religion, n'a garde d'ambitionner de vains honneurs, ûi de chercher des prééminences qu'elle ne croit point lui appartenir. Que d'autres soient élevés au-dessus de sa tête; que dans une cotir, dans une compagnie, OD leur défère les premières dignités ; que d'eux-mêmes et de leur autorité propre, à Fexemplei du pharisien , ils s'emparent de certains rangs et se donnent certaines distinctions : l'humble chrétien setient à l'écart, reste volontairement en arrière, et se platt dans son obscurité. Qui que ce soit qu'on lui préfère et qui passe devant lui, il n'en conçoit ni jalousie ni chagrin. On ne l'entend point se répandre là-dessus en murmures, ni s'épancher en termes amers. Bien loin de cela, il semble, à l'entendre parler, qu'on ne lui fait jamais de tort, et qu'à son égard ce qoi paroit oubli, délaissement, rebut, mépris, est moins une injure qu'une justice qui lui est rendue. Il ne lui faut donc point de consolations humaines, il ne lui' faut point de réparations ni de n* tiafactions.il consent à tout; quelque indifférence qu'on lui témoigne; il est content de tout.
Qiielle mbrale pour le monde, et quelle morale surtout pour les grands du monde! quel étrange paradoxe! car voili ce que toute la philosophie païenne n'a jamais compris, et ce que le monde profane ne peut encore comprendre ; voilà ce qui le scandalise, et ce qu'il ose traiter do bassesse. Mais que ce qui est bas et méprisable selon le monde estshbliroe et relevé selon Dieu! Le miracle de l'humilité évangélîqae, et en quoi consiste son excellence, c'est d'avoir pu former de la sorte des hottimes supérieurs à toutes les vanités du siècle et à ses frivoles idées, des hommes incapables de se laisser éblouir par un faux lustre et par une grandeur imaginaire, des hommes assez éclai*
S30 GARACTËftS D|S L'HUMIMTÊ, ET SES ^F£TS,
rés poor savoir ^ prôer aq juste, et asses solides pour m se pçifA mlimer e( ne vouloir poiiU .être estimés plas quils ne valêm, et que pe vaut tout homme comme eux ; des hommes rempbs de eette grimde maxime de TÀpAtret que ^juiconqu^ u figura (ire qu^^e chose, quoi' qu'il ne sou rien^ se trompe luirmàm {GalaUf 6); des hommes par çonséquem ennemis de toute osteqtaUott^ dé tout £aste » et mettant leur ({loîre et leur bonheur en cette vie à participer ^ux oppiob^res de Jésus-Christ, Tels sont les ^umbles du christianisme , je dis livrais humbles, ils sont rares, mais il y en a eu et il yen a. Plaise au del qu'il y en ait toujours dans TËglise de Dieul Or il y eq aura tant qqie nous ne nous perdrons point nous-mêmes de vue, c'est-à-dire tant que nous ne perdrons point le souvenir de noire pauvreté» de notre iusuffisanoe, et même de notre néant, soit dans l'ordre de la naturCi soit dans l'or*dre de la grâce. Nous ne chercherons plus alors à nous produire piià dominer.
II. Il nosoit lever les yeux au ciel. Une sainte confusion lui Caîsoit baisser les yenx. Tandis que le pharisien promenoit avec audace ses regards dans toute l'assemblée, le publicain n'ayoitpas l'assurance de porter la vue ni vers le ciel, ni vers Tautel, ni vers aucun de cenxquî étoient présents. Touché des remords de sa conscience, tremblant et interdit, il s'imaginoit que tout lui reprochoit ses iniquités et que tout se toumoit contre loi : le ciel, dont il avoit tant de fois allumé la colère, et de qui il ne pen^oit pas pouvoir mériter quelque grâce; Tautel, où résidoit le Dieu d'Israël, vengeur de la veuve et de l'orphelin qu'il avoit opprimés, et de tous les droits qu'il avoit violés; ceux qui étoient présents et qui assistoient à cette prière publique, le^uelf avoicnt été si souvept témoins de ses violences et de ses concussions, et dont plusieurs en avoient ressenti les effets. Il ne pouvoitdonp jeter nulle part les yeux, qu'il n'y trouvât des accusateurs qui le confundoient, ou des juges qui le condamnoient; et il ne lui restoit que de regarder humblement la terre, et de soûtenirv sans entreprendre de se justifier, toute la honte de son éiat.
Quand l'humilité est dans le cœur, elle se montre jusque sur le visafieet paroitdans tout l'extérieur. Ce n*est pas qu'elle affecte dé se montrer et de parottre : ce ne seroit pins hamilité, mais orgueil déguisé sous le masque de l'humilité. Un vrai humble est aussi soigneux de cacher son humilité que toutes ses autres vertus ^ ou plutôt il est humble sans savoir qu'il Test, et il ne le seroit pas du moment qu'il se flatteroitde l'être. Néanmoins, de même qi^e la gloire, selon la parole de saint Jérôme , suit la vertu comme l'ombre suit le corps , de même y a-t-il des signes par où l'humilité se fait voir, tout attentive qu'elle est à se cacher ; et c'est surtout par une jpudeur modeste qui accompagne toutes les œilladis, tous les gestes, tous les mouvenoents, toutes les actions d'une personne. Elle ne s'en aperçoit pas; maison y fiut réflexion sans qu'elle y pense, et on en est édifié. D'où lui vient cette
CARACTÈRE Dp; L'IIUMIUTÉ, ET S^ EFf £T& 3.S1
mo(}f8tie, cette pudeur «i engageante et si aimable? Il y en a deux principes : Tun est Testime dont i'Iitimilité nous prévient à T^'g^rd dii prochain, et l'autre est la défiance que rhumiliiénous donne de nousmémfs. Car de celte estime du prochain, il s'ensuit que si l'on pai le^ si Ton s'entretient, si l'on traite avec qnelqu'un» on ne sort jamais des termes du respect qu'on croit lui devoir; et de cette défiance de soimême nait une espèce de timidité qui nous sert de frein pour mesurer nos discours, pour recueillir nos regards, pour régler toqte notrç contenance et composer toutes nos manières.
Hais oi| l'humilité deyient encore plus respectueuse, et où elle inspire plus de retenue çt plus de recueillement, c*^est dans Texercicede la pénitence, et dans les pratiques religieuses qui appellent l'àme fidèle en la présence du Seigneur, et devant les autels du Dieu vivant. Coniaieiit un pénitent, j'entends un pénitent tel qu'il doit être, c'est>àduire couvertde la même confusion que le publicain, pénétré des mêmes seDtimenis de douleur et des mômes regrets, rougissant de ses ipgra* titudes envers Dieu, ne se dissimulant rien , ni de la multitude ni de la grièvetéde ses offenses, se considérant comme un objet de haine, et se reconnoissant digne d'une damnation éternelle; comment, dis-je, ce pénitent approche-t-il du saint tribunal? comment s'abaisse-t-il auK pieds du ministre de Jésus-Christ? H umiliéetpresque affaissé sous le poids de ses péchés, ose-t-il lever la tête, ose-t-il ouvrir la bouche? et» to|it disposé qu'il est à découvrir les plaies de son ame par une humble confessÎQu, oseroit-il s'énoncer et s'expliquer, si le jdevoirne l'y obligeoit, et s'il n'éioit soutenu des exhortations paternelles et des consolations qu'il reçoit du prêtre à qui la Providence l'a adressé? Pudeur et retenue qui, de tous les témoignages sensibles cTune sincère pénitence » est un d^ plus apparents et des plus certains ; au lieu que rien ne rend la pénitence plus suspecte que ces airs ou d'indifférence et de . dissipati<Mi, ou même de hauteur et de présomption qu'apportent une infinité de mondains à un sacrement dont le caractère essentiel est d'humilier Ibomme, et de le réduire au rang d'un criminel sans excuse et sans défense» mais qui réclame la bonté du souverain Juge et qui demande miséricorde.
De pluSt comment l'ame fidèle enire-t-e1Iedans la maison de Dion, et comment va-t-elle s'acquitter de ses pratiques de religion? Corn* ment assistet-elle à l'adorable sacrifice? comment participe-t-elle aux sacrés mystères? comment pric-t-cUe dans le sanctuaire? Frappée de la majesté suprême du Tout-Puissant, et de la distance infinie qui relève le Créateur au7dessus d*une vile créature, que peut-elle faire autre chose que d'admirer, que d'adorer, que de s'anéantir autant qu*il lui est possible, et de trethbler? Ces anges que vit le Prophète auprès du trône du Seigneur se voilojent la face de leurs ailes, ne pouvant contempler la gloire du Très-Haut, ni soutenir Téclat de sa grandeur* Or la foi lui retrace toute cette gloire ; et h cette {;randeur divinoi
sa CAIIACTÊRE DE L'HUMILITÉ, ET SES EFFETS.
l'humilité lui fait opposer toute sa petitesse. Dans cette comparaisrkii , plus Dieu lui parott grand» plus elle se voit petite et abjecte. Hë! Seigneur, qu'étes-vous et que suis-je? Qu*étes-vous« Dieu de Tuniver^? et i]ue suis-je, moi, ver de terre, moi, cendre et poussière? De là cette frayeur qui la saisit; et dans ce saisissement; dans cette sainte frayeur, laisse-t-elle un moment ses sens se distraire et s'égarer? Le respect le plus profond les retient tous; et tandis qu'elle s'abîme intérieurement, et, pour ainsi parler, qu'elle se concentre tout entière au-dedans d elle-même, on diroit au-dehors qu'ej[le est immobile et sans action.
IIL MaU Use frappoii la poitrine. Ce n'étoit pas en secr^, mais pu* bliqaement. Il ne se contente pas de confesser à Dieu ses offenses; mais pour lui en faire ane réparation plus authentique et pour en lever le scandale, il les confesse devant une nombreuse assemblée. Car quand il se frappe la poitrine à la vne de tout le monde, c'est comme s'il disoii : J'ai péché, et j'en fais hautement l'aveu.Quecet aveu coûte à Forgueil, et que c'est un grand triomphe pour l'humilité!
Nous péchons tons, et nous sommes tous sujets à faire dés fautes. Tel est le malheur de la condition humaine dans cette chair fragile dont nous sommes revêtus, et c'est de quoi les Saints gémissoient, et ce qui leur faisoit demander à sortir de cette vie. Maïs si nous sommes tous pécheurs, c'est du reste un avantage qui n'est pas doni|é i tous de reconnoftre les fautes où noiis tombons, et d'en convenir de bonne foi, soit devant Dieu, dans le fond de la conscience, soit devant les hommes, selon les conjonctures et les occurrences. H y a de ces es* prits altiers, et tellement préoccupés de tout ce qu'ils pensent, de tout ce qu'ils disent, de tout ce qu'ils font, qu'ils se croient en quelque sorte impeccables. Il semble qu'ils soient infaillibles dans toutes leurs paroles et irrépréhensibles dans toutes leurs actions. Du moins ont-ils toujours des prétextes pour sp persuader que la raison est de leur côté, qu'ils jugent bien des chosesr, qu'ils parlent bien, qu'ils agissent bien, et que ce seroit très injustement qu'on voudroit les censurer et les blânier. D'autres sont avec eux-mêmes de meilleure foi, et ne s'aveuglent point assez pour ne pas remarquer dans les rencontres en quoi ils manquent, et ce qu'il y a dans leur procédé de défectueux et de condamnable. Ils se rendent sur cela, à leur propre tribunal, toute la justice qu'ils méritent, et ils ne peuvent ignorer qu'ils se sont mépris en telle affaire, qu'ils se sont engagés tnal-à-propos, qu'ils ont firit une fousse démarche, qu'il leur est échappé une proposition erronée, qu'ils ont embrassé un mauvais parti, en un mot, qu'ils ont tort. Ils le voient; mais de s'en déclarer,, mais de dire avec ingénuité , Je me suis trompé, je suis en faute, je me rétracte ou je me repéns, ce sont des termes que l'orgueil ne connoît point. Phitôt que de les prononcer, Oâi s'obstine à se défendre : bien ou mal , il n'importe. On a mille subtilités toutes prêtes, et mille faux-fuyants; on ne passe condatfination sur rien, et en voulant se disctilper et^e tirer d'«mbarras , on ne fart
CARACTÈRE DE- L'HUMIUrÉ< JîT SES EFFETS, S8S
qae s'embarrasser davantage» èc qu'ajouter à la feote qu'on 9k oomihise de nouvelles fautes» ou à Terreur qu'on a ayaocée de nouvellçs. er-
reurs.
Or un de$ pluii heureux èffeu dé rhùiïiilité, c'est d*éclairer les uns, et de les guérir des préjugés avautageux dont ils sont prévenos .en leur faveur ; et une de ses plus belles victoires, c'e^t de fléchir Tobstination des autres, et de leur, faire sur mon ter ie penchant'natiirel qu'ib ont à soutenir toiU ce qui vient de leur part et al'excuser. Car si Tha* milité est clairvoyante, si elle est ingénieuse, c'est à découvrir dans nousjusqiies aui( fautes lès plus.légèies/èt même à lesgrossiJ^çtàles exagérer, bien loin de les pallier ànos yeux et 4e nous les déguiser. Un homme humble n'a poibt de peine à porter là sentence contre loi* même, et n'a point de jnge plus sévère qu'il l'est de lUi-méoie. Tout c^ qu il fait, il crpit ne le faire que d'une manière imparfaite; et jusque dans séjs œuvres les plus saintes, il trouve toujours- quelque chose 4 reprendre. Qu'est-ce donc toutes fes fois qu'il lui arrive, comme il arrive aux plus justes, de roanqper et de faillir vériublèmeot en qudqué point ?Cherché-t-it i étouffer le remords qu'il en seniT dispute-t4| lu-dessus avec sa coûsciepce, et s*efforce-t-il' de répondre aux repfoiche3 de son cœur par des justifications étudiées? imagine-t-il des cir* constatices qui rendent sa chpte moins grîève*? <At-iiquaç'est surprise lit inadvertance, que c*ést légèreté et une yivacil^ pardonnable, qn^ c'est ufté bagatelle PLliûmiKté lui fait prendre bien <l'aiitres sentiments. Tout ce qui'est ofti'lise de Dieu ou offensie du prochain, toute fiinte, de. quelque nature qu'elle soit, est un crime dai)ssa personne. C^eit çne tache dont il se représenté tente là laideur ; et en la considérant, Il n'est attentif qa*à lie passer pas un sêÛ trait de ^ difformité. An lieu donc de prétendre se disculper en aucune sorte, il est lé pra^ mier et le plus zélé à s'accuser en là présence de Dieu : heureux, dana la douleur que lui causent.Ies fautes dont il s'accuse, d'en tirer, au moins Cet avantage, d'^ayolr/lè quoi^humilier de plus en pins, et de qMqi concevoir' pour lui-ménfe un plus profond mépris !
Au&i tôt-ce par-là que les Saints sont parvenus à un tel degré d'hu* milité^ que; tot^t Saints et grands Saints qu'ils étoieni^ ifs s'estimoient les plus,grands péeheurs du mondç. Témoin saint François d'Assise^ qui disqll qiie' sur. la ierre il 71e cobnoissoit point de plus méchant homme que lui^ Témoin saint Sernafd , qui s'appgloit la chimère dé fW siècle, voulant faire entendre que, dans* ^profeàsion- religieuse qu'il avoit embrassée, il n'éloit rien daoins que religieux. Témoin une infrpité d'autres.. Mais comment avôient-iis d'eux-mêmes de pàreillea idées? N'éioH-ce poî^t là de ces façons de pprler qui ne sont que dans la bouché? Peusoiient^ls comme Ils s*ekprimoient, et le {k)uvoiem^ls? Leul*s sentiments ne démentoi^nt point leurs expressions : ils savoient Quelles glaces Ôsavoient reçues déDleu;ei que'ces ghices particulières
et si at)pnda.âtes'âoietat autant d'obligations de«'attaohei* à loi plus B. 5. 25
554 CARAÇTÈaE.DE L'HUMILITÉ» ET SES EFFETS.
ëtrôiiemênt^et de le servit* avec plus de fidélité et plus de zèle. Ils 89- Toient que plus ils étoient redevables à Dieu» plus ito devènoieDt coupables» ou en négligeant <l'aceomplir une seule de ces volontés, fût-ce dans le sujet le moins important ou en manquant d'acquérir un aeul tlegré de la perfection à laquelle il les appeloit. Us se pefsuadoienf qucrie plus grand pécheur» s*il eût étéprévenn de Dieu comme eux» , en eût beaucoup mieux profité» et qu'il' aurpit mille fois plus glorifié Dieu qu'ils ne le glorifiôient. Ils étoient également convaii^ctis que d'eux:niémes ils'u'étoient que péché» et que si Dieii les eût livrés i la corrupiîbn de leur coeur, il n'y eiit point eu- de pécheurs plus perdus et plifS abaiTdotinés à tous lesyiQOH. De cette £orte»'n'attribuant qu'à Dieu tout le bien qui ëtoit en eux » et s'attribiiant à eux-mêmes tout le mal qu'ils avoient commiS" ou qo^ils. étoient capables decommâtre » ils concl.uoient^qu*il n'y avoit personne à' qui ils eussent droit de se préférer», ni personne au-dessous de qui ils ne dussent même s'à- Daifiser. ^ : . • . ' • •
. L'hùiiiilité ne a'en tient pas encore là, mais elle va plus 'avant. Ce qu>lle.jious feit penser de nous-mêmes» *el|e nous le Isit avouer avec ingénuité» quoique toujours avec discrétion et avec, prudence» Une mauvaise honte ne nous retient point alors ; elle ne nous apipi|^tre pointa soutenir notpe sens, et noire conduite; elle ne nous ^gage point dans dés contestarions qui ne unissent Jamais» et que libtre docilité pourroit terminer dans un moment; eUenenousprécipiie point d'égarements en égarements; par i^ne répugnance insurmontable et 'une infltfxible résistance à céder et à «se rendre. Op se soumet 'sans difficulté, on souscrit à .son arrêt.» -on le ratifie » et ^ par cette spunofission droite, sage^ chréiienno^ on efÊicè l6ut, on le répare» ut Ton se remet dans la bonne voie. . . •
C'est de là même que Thumilité est surtout une- disposition si, nécessaire pour la confession des péchés dans le tribunal de la pénitence. Combien de pécheurs et de pécheresses n'ont pas le courage de révéler leur état à uù confesseur» tt de hiLTairè cônnoître les désordres où la passion les a entraînés? Ib youdiroient se* vaincre là-dessns ;mais il semble qu'ils ne lie puissent» tant ils s^nt dominés par. là crainte qui les $trréte. Us laissent donc couler les années éntiè^es^san^ approcher du sacrement ; ou si , malgré eu\». ils en* approchent par^ertame^ considérations*^ ce n'est que pour le prpfaqer par deë ponfessions imparfaites et.dissmlul^s. Avec pliis d'huipilité^ qu'ils s'épargne* roie^nt de troubles, d'incertitudes ,: de .conibats» de remords» dWiis^ de sacrilèges! L^humilité leur^ouvriroit.le cœur» leur iléiierôit l|i langue, leur feroirsubi^ une confusion saliîiaire'» etieroilainaile prmcipe deleur réconciliation av;ec Dieu et de leur jastificâtiob, Quand elle n*auroit point d'autre avantage, né noMs^suffiroiVil pas pour la chérir singuJièpenlent^.et pour Testiûier comme une des vertus les pfus importantes, non seulement dans toutes les conditions du Pi^tedc
CARACTÈRE DE L'HUiflUTÉ, ET 5ES EFFETS. 353 chrétien, mais'da^le clûttre même et la retraite reliçieuse? Cardans laTetraite i%li||kiise«t jusque dans le clotlre, comme partout ailleurs, il peut arrrrer1|ueK|oefois qu'on ait à déclarer aux ministres de la péniteqoed'ëtranges foible8ses,etqu*onse tronTeôbiigédeforinercontresoîméme des accusations qui doivent coûter inSoiment à liotre orgueil;
IV. tfon DieUf sayez^nioi prcpiee^ à moi qui stii vn pécheur. C'est ce que disoit le publicain, et c'est toute la prière qu'il faisoit. Prière courte, mais pleine dé foi, et animée de cette confiance à laquelle Dieu . ne refuse rien. Il- sait, ce vrai pénitent , qu'il est un -pécheur ; Qais il sait aussi oue Dieu est encore plus miséricordieux. Le souvenir de ses pécbés lé confond, mais ï\ ne le décourage point, parcequ^il ne lui Âte point le souvenir des miséricordes divines. Dans la vue de ces miséricordes infinies : Ah I s'écrie4-il , soyeft'ffun profnee^, à mot qm suit un pécheur! Pour engager Dieu à lui être propice, comme il le demande, il devoit, à cç quil pardt, omettre cette qualité de pécireur; mais , 'au contraire, c'est justement parcequ'il recotinoit, en qualité de pécheur, île mériter aucun pardon de la part de Dieu, qu'il mérite que Dieu lui pardonne, et lui pardonne tout.
' Exemple d'une grande instruction et d'une grande consolation pour tout cequ'jl y a de pécheurs. Ils se sont retii^s de Dieu, et Dieu les rappelle. Ils.se sont tournes contre Dieu, et Dieu leur *tend les bras pour les rapprocher de hii, et pour serapprochercl'enx. Depuis long-temj>silS'Se sont endui'cis contre les saintes impressions de Tesprit de Dieu , et Dieu néanmoins lés attend encore, et est prêt à les recevoh*. Qo'onh'ils donc à foire? c'e^ d'aller en effet à Dieu , et de lui dire avço la. même confiance que le pubKcain, avec le même sentiment de contrition et la même humilité : Sei^eur, wiex-moi propice. Je me snis ^ré, j'ai quitté vos voies ,. le penchant ip'a entraîné et précipité d'abtme en abîme ^ le poids tie mes habitudes m'aecaMé, la multitude et la grièveté de jnes* offenses m'effraie; mais, nàon Dieu, c'est pour cela mtoie que j*ai recours è vous, et que je vous conjure dein'étre propice «4 ^0< ^^^ *^^ ^^ pécheurs Oui, Seigneur, j&le sui&^t je Tai été jusqu'à présent , il n'irst qile trop vrai : mais plus je t'ai été, plus vous ferez éclater les richesses de votre miséricorde en Teterçant sur moi. Tant de péchés t)our lesquels vous pouviez me perdre, et que vous voudrez bien me remettre,, serviront à faire voir combiéQ vous êtes bon et indul^^jent. Vous me sauverez^ et dans ce salut dont je vous serai redetable , vous trouverez vôtre gloire au même temps que j'f trouverai mon plus précieux intérêt. Dans cette espérance, je me tiens à vos pieds, je lève les màinfe vers voVis, je vous réclame, et je ne me lasse point de vous redirç : Seigneur, $oye>mfn propice , à mot qui suU un pécheur; je dis à tnoi qui $uii fin pécheur, mais qui ne veux pitis Têtre, n^ais qui ai horreur de l'être, mais qui gémis amèrement de î'avoh* été, et qui dès^là cesse de Fêtre. Car^tel est le sentiment de çion cœur, et sans cette disposition je ne pour*
554 CARÀGTÈaE.DE L'HUMILITÉ, ET SES EFFETS.
étrôiiement^et'de le servit* avec plus de fidélité et plus de zèle. Ib Sftr voient que plus ils étoient redevables à Dieu, plus ils devènoient coupabltis, ou.en négligeapt d'aiceomplir une seule de œs volontés, f At-ce dans le sujet le moins importâpn), ou en manquant d'acquérir un aïeul degré de la perfection à laquelle il les appeloit* Us se pefsuadoienf qucrfe plus grand pécheur, s'il eût été.prévenu de Dieu comme eux, , en eût beaucoup mieux profité, et qu'il* aurpit mille fois plus glorifié Dieu qu'ils ne le glorifidient. Us étoient également convaii^ctis que d'euxymémes ils'n'étoient que péché, et que si Dieii les eût livrés i la corrujptîbo de leur coeur, il n'y eiit point eu- de pécheurs plus perdus etplifS abairdotinés à tous lesyiQeis. De cette softe/n'attribuant qu'à Dieu tout le bien qui étoit en eux , et s^attribnant à eux-mêmes tout le mat qu'ils avpient commis ou qu'ils, étoient capables de commettre , ils concl.uoient^gu'il n'y a voit personne à* qui ils eussent droit de se préférer,, iii personne au-dessous de qui ils ne dussent même s'a- Daisser. ^ . • ' ' •
. L'hiiihilité ne s'en tient pas encore là, mais elle vai plus'avant. Ce qu'elle Jious feit penser de nous-mêmes, *el|é nous le lait avouer avec ingénuité , qiioique.toujours avec discrétion et avec . prudence* Une Oiaiivaise honte ne nous retient point alors ; elle ne nous opipil^tre point à soutenir uotpe sens, et noire conduite; dlé ne boqs ^gage point dans dès contestations qui ne' unissent -jamais, et que tibtre docilité pourroit terminer dans un mpment; eUenenous.précipiie pmni d'égarements en égarements; par vne répugnancfe insurmontable et 'une inflexible résistance à céder et à «se rendre. Op se soumet 'sans difficulté, on souscrit à. son arrêt.,' -on le ratifie, et^ par cette spoiprfssion droite, sage^ chréiienne^ on effacé t<>ut, on le répare, «t Ton se remet dans la bonne voie. . . •
C'est de là même que l'humilité est surtout une disposition si, néôes* sàire pour la confession des péchés dans le tribunal de la pénitence. Combien de pécheurs et de pécheresses n'ont pas le courage de révéler leur état à un confesseur, tt de hii^lairè cônnoître les désordres où la passion les a entraînés? Ib youdlroientse'vaincr'ë là-dessus ; mais il semble qu'ils ne le puissent, tant ils s^nt dominés par la crainte qui les arrête. Ils laissent donc couler les années èntiè^es^san^ approcher du sacrement ; ou si, malgré eu^,. ils en- approchent par^ertahieç considérations, ce n'est que pour le prpfaqer par deè ponfessions imparfaites et.dissrnlul^es. Avec plils d'humilké^ qu'ils s'épargneroient de troubles, â^certltud6s,:de courts, de remords, dWus, de sacrilèges! L'humilité leur^ouvriroitle cœur; leur iléiierôit l|i langue, leur feroirsubi^ une confasiou satiilaîre', etseroUailisi le prmcipe de.leur réconciliation av;ec Dieu et dé leur ja&tificatioD, Quand elle n'auroit point d'autre avantage, ne noMs^suffii^t-il pas pour la chérir singuiièpeirient>;et pour festiûier comme une d^s vertus Isa pfus importantes, non seulement dans toutes les condnWos du mtade
CARAXrrÈRE DE L'HUiflMTÉ, ET SPS. EFFETS. 3SS chrétien, mais'da^le cloître même et la retraite reliçiense? Cardans la .retraite relkÉwft«t jasqnedan^^ le clotlre, comme partont ailleurs, il pent arrrverlfueljtioefois qu'on ait à déclarer aux ministres de la péni-
teqced*ëtrangesFoibIesse8,etqu*on se troateobligédeformercontre soimême des accusations qui doivent coûter inSoiment à liotre orgueil;
IV. Jlf on Dièuj «ojfcx-mbj propice^ à moi qui suit un pécheur. (Test ce que disoît le publicain, et' c'est toute la prière qu'il faisoit. Prière courte, mais pleine dé foi, et iinlm^e de cette confiance à laquelle Dieu . ne refuse rien. Il sait, ce vrai pénitent , qu'il est un -pécheur ; q^ais il sait aussi oue Dieu est encore plus miséricordieux. Le souvenir de ses pédiés lé confond, mais i) ne le décourage point, parcequ^il ne lai Âte point le souvenir des miséricordes divines. Dans la- vue de ces miséricordes infinies : Ah I s'écrie^-il, soyett^ffun propiee., à mot oui suis un pécheur! Pour engager' Dieu à lui être propice» comme il le demande, il devoit, à cç quil parolt , omettre cette qualité de pécireur ; mais , 'au contraire, c'est justement parcequ'il reconnolt , en qualité do pécheur, île mériteraucun pardon delà partde Dieu, qu'il naérite que Dieu lui pardonne, et lui j^fdonne tout.
Exemple d'uïie grande instruction et d'une grande cpnsol^ition pour tout cequ'jl y a de pécheurs. Ils se sont retii^ de Dieu, et Dieu les rappelle. Ils.se sont tournés contre Dieu , et Dieu leur -tend les bras pour les rapprocher de lui, et pour se rapprocher (l'eux. Depuis long-temj>silsse sont endui'cis contre les saintes impressions de l'esprit de Dieu , et Dieu néanmoins lés attend encore, et est prêt à les recevoir. Qo'onh'ils donc à faire? c'esi d'aller en effet à Dieu , et de lui dire avço la. même confiance qijie le pubKcain, avec le même sentiment de contrition et la même humilité : Sdgneur\, soyez-moi propice. Je me suis ^ré, j'ai quitté vos voies ,. le penchant m'a entraîné et précipité d'abîme en àbtme^ le poids tie mes habitudes m'accable, la multitude et la grièveté de )nes' offenses m'effraie ; mais, naon Dieu , c'est pour cela méine quej*ai recours ù vous, et que je tous conjure dein'étre propice» 4 ^^^ f'^' '^^ ^^ pécheur^ Oui, Seigneur, je le suis, et je Tai été jusqu'à présent , il n'M qile trop vrai : mais plus je l'ai été,. plus vous ferez éclater les richesses de votre miséncorde en Teterçant sur moi. Tant de péchés t)our lesquels vous pouviez me perdre, et que Vous voudrez bien me remettre,, serviront à faire voir combiéQ vous êtes bon et indulf^ent. Vous me sauverez^ et dans ce salut dont je vous serai redevable , vous trouverez votre gloire an même temps que j'f trouverai mon plus précieux intérêt. Dans cette espérance, je me tiens i vos pieds, je lèv^ les mâin^ vers.voVis, je vous réclame, et je ne me lassje point de vous redirç : Seigneur, soyomjd propice , h, moi qui suis un pécheur; je dis à ftioi qui suis ^n pécheur, mais qui ne veux plus Têtre, n^ais qui ai horreur àe l'être, mais qui gémis amèrement de i'avoh* été, et qui dès^là cesse de l'être. Gai' tel est le sentiment. de çion cœur, et sans cette disposition je ne pour*
SiK CARACTÈRE DE L'HUMILITÉ» ET SES EFFETS.
rois rien me prbmeûre de. vous : mais avec ce pAifixontrit , avec ce coeur humide, avec ire cœar déterminé à tout ce qà'il miis^ t>l^ra dé m'ordonner désormais» et à tout ce qui vous est dû pour une juste satisfi^ction» j*ai de quqi voqs toucher, ô mon Dieu! et j'ose compter que vous me serez propice, à tnai qui .suis un pécheur. *
An-restOyCeseroit un orgueil et une illusion» tie croire que celte prière ne convient qu'à des pécheurs scandaleux» qui^ par état et par ' un libertinage habitud et déclaré» se sont abandonnai au vice» et ont ipené une vie Kcencieuse et déréglée. Il n'y a point d'ame si sainte qui ne doive se l'appliquer» et^ce sont même les plus saintes âmes qui en usent plus souvent et plusL aifeaueusement» paiteque ce sont les pins humbles. Quoi 'qu'il en soit» un des plus solides exei^ces du christianisme en toutes sjGO'tes de professioo's, et pour toutes sortes de personnes» est de s'exciter chaque joue à une vive douleur de ses péchés, et de la renouveler par de fréquents actes de repentir. On ne manque poidt de piatièr^ pour cela » ou plutôt on n'en a que trop » c'est-à-dire on n'a que trop de péchés dont la conscience est'chai^ée devant Dieu» et dont on ne peut s'assurer d'avoir obtenu ia rémission. Péphés griefe qui ont donmé la mort à l'ame»- et péchés plus l^rs dans leur iespèce» mais toujours, très dangereux ; péchés d^action» et péch^ ' d'onnssion; péchés d'ignorance» de négligence» de fragilité» et péchés de malice e't d'une pleine volonté ; péché» certains» et péch^ douteiîiL; péchés personnels» et péchés d'autrui ; péchés de la jeunesse » et pë« chés. actuels et présents ; en voilà plus qu'il ne fani pour avdir Keu dé s'écrier» à toutes les heunes de la journée et à toute occasion i Mon Dieu, SQjjex'moi propice^ à mçi qtd suis un pécheur. On le dit partout et en tout temps: le matin* le soir» avant le repos de la nuit» au réveil ; de«CQeurv de bouché» au p^ed de l'autel»- dans le secret de l'oratoire» en public» eu particulier^ entrant,, sortant, marchant» travaillant» agissaot. Pinson afait de progrès dans l'humilité» plùsDnle répète^ paroeqi^'on sexroit plus digne de la colère du ciel» et qu'on sent plus le besoin où l'on est de l'apaiser. On n'a point de sujet plus ordinaire de ses entretiens intérieurs avec Dieu» et» sans chercher toujours deS points de méditation si relevés et si snbtils» on emploie que!que(6is tout le cours d'une oraison à lepasûser en soi-méine ces pariiles ; à lea pénétrer» à les gpûier» à lés prononcer; Mon Dieu;soyez''mot pr&piee^ à mai épiisuis un pécheur.
y. Celui-ci M'en retourna justifié dans sa mtûson, tout au contraire de Cautrei Car quiconque s' élève êera humilié^ et quiconque i'hùmilie sera ilebé. Nous l'avons déjà reitiarqué avec saint Chrysostome, et dans un sens» c'est âne maxime constante» qu'un pécheur humble vaut mieuk» malgré tous les péchés dont il esi'coupable» qu'un Juste orgueiUeux avec toutes les vertus et toutes les bonnes (BÛvres qu'il pratique. Cai* {'huihilité du pécheur lui attire des grâces qui le codvertissent et l'èlèvent à l'état de Juste» et l'orgueil du Juste l'expose»
CARACTÈRE DK L'UUM.IUTÉ, ET SES EFFETS. SâT
par an chAtiment de Dieo, à des chates qui le pervertissent et le rëduisent pfétat de pécheur. Mou^ en voyons laY>reuve daus le pharisien condamné et le publieain justifié. L'un et l'autre vérifient parftitement cet oracle du SaintrEsprit , que Dieu résiste aux superbes et qu*il se communique aux humbles, et leur fait part de ses ptus riches dons (Jacq., 4). Dons çéfestes .par oii il tes éclaire, il leur découvre ses voies'. Il fes* ramène de leurs égarements, il les perfec* tienne ,. il les sanctifie: Nous ne llevofis donc pas nous étonner ,' conclut saint Augustin,, que Dieu ait pardonné au publieain, puisqu'il ne se pardonnoit pas à lui-même, eK qujl s*Bumilioit en se re<ionnoissapt pécheur. Il s'éloigboit de l'autel ; mais plus il sembloit'par humilité s'éloigner de Dieu, plus Dieu par sa miséricorde s'approchoir de lui. Il n'osoit lever les yeux, et voilà pourquoi Dieu- aitachoit sur lui ses re^rds , et récoutoit plus atieniivement et plus ;&vorabJemênt. U se frappôit la poitrine Vcômme. ayant mérité les plus riides coups de la justice de Dieu etsel plus rig<)ureases vengeances ;. et c'est pour cela même que Dieu le rassnroit, le fortifioit, et répandoit dans son ame les plus douces consolation^
Ainsi Dieu en a-t-il usé de tout, temps : car il est maître de sa grace^ et il la donne d'autant plus volontiers aux humilies; qu'ils en refienneot seulement le fruit et lui. en renjdeni toute la gloire; au lieu que l'orgueilleux , voulant en retenir la gloire, en perd tout-le frifit et n'en relire nul avantage. Ainsi Achab, ce roi sacrilège; impie, idolâtre , ce roi barbare et homicide ,* ce roi vendu au péché et l'objet de lateine de Dieu, dès qu'il s'humilia devint un objet de compfaisance aux yeux du Sejgneur : si bien qve^Dieu , voulant en quelque sorte s'en glorifier, disort à son Prophète : Navex^ous pas vu Achab couché par terré f suppliant et soumis? Or parcequil s'est abaissé devant moi, je C épargnerez, et je ne ferai point tomber àur sa personne les maux dont il étoit menacé (5 Reg-, 2â).' Ainsi Nabuchodonosor avoit abusé de sa puissance et s*étoit élevé contre Dieu ; Dieu l'hiimilie, le réduH à la conditioq des bêles , l'oblige dé manger Therbe qui croit dans la cantpagne : mais enfin, sept ans écou.lës dans un état si vil et si misérable, ce prince, profitant de son humiliation, revient à Itfi, rend hommage au pieu du ctely-et Dieu -le rétablit sur le trône^lui donne un règne pliis fiorissant que jamais, et leremplit des sentiments les plus religieux. Ainsi le Sauveur des hommes a-t-il tant de fois opéré des miracles de miséricorde et de grâce eii foveur de ceux qui se sont adressas à 4nl avec^ humilité. C'est par*là que la Chananéenne obtint , non seulement la -guerison de sa Me , mais la guérison de son ame ; c'est par-là que ce seigneur- de rÉvanglle obtint, outre la santé de son serviteur, sa conversion à la foi et celle de toute sa maison; c'est par-là qu^ Madeleine » celte fameuse.pécheresse et cette pénitente aussi célèbre , pbtiot l'entière absolution de tous les déréglementa de sa vie, et qu'elle parvînt à un. degré si éminentde sainteté.
3^ . SOLIDE GRANDEUR, etc.
Heureux donc les Jiumbles de cœur » parceque Dieu les <X)inl)lerd de ses bénédictions» et qu'il les élèvera; mais» par une rëjgfletout opposée, malheur aux âmes hautaines et présomptueuses, parceque t)ieu les confondra, et qu'il les rejettera. Ce que le Fils de Dieu est Venu particulièrement nous enseigner , c'est Thuniilité; et en quoi par-dessus tout il s'est proposé à nous comme tiotre modèle, c*es.t dans la pratique de l'humilité. Il ne nous â>pàs dit : Apprenez de moi à faire des œuvres extraordinaires et toutes miraculeuses, à chasser les dé* mons, à délivrer les possédés, à guérir les malades , à ressusciter lès morts; mais apprenez, nous dit-il, qùèjesuis doux et humble (Bf att. ,11]. Leçon générale : car l'humilité est une vertu propre de tous les états. Propre des grands, afin qu'ils .ne se laissent point infatuer de leur grandeur, et qu'ils n'oublient poh^t Dieu en s'oubliant eux-mêmes; propre des petits, afin qti'ils se contentent dune vie obscure, et qu'ils Cachent se contenir et se sanctifier dans la dépenijançe où le ciel lei a fait naître; propre des pécheufs, afin qu'ils si^bissedt avec moins de peine toutes les rigueurs de la pénitence, et qu'ils se soiimèttent plus aisément à toutes les réparations qu'elle efigç d'eux, tant envers Dieu qu'ils ont déshoAoré, qu'à l'égard du prochain qa'ils ont scandalisé ; propre des Justes, afin 'que leurs travaux ne* leur soient f^as inutiles, et qu'une vajne complaisance ne leur enlève pas lé trésor de. mérites qu'ib amassent. Mais cette vertu si nécessaire partout , où la trouvei-on? On voit encore dans lé christianisme de la reli^,ion , de la dévotion, de.ra^siduité i la prière, de U régularité, de la charité, dii désintéressement noéme et de la mortification ; on y voit des confessions, des cômniuâioAs fréquentes, des. aumdnes, des visites des pauvres': mais où voit-ôn une vraie humilité? Formons-la dans nous avec le secours d'en Baut, et employons-y, tous nos soins. La mesure de nos abaissements en ce inonde sera, la mesure de notre gloire dans Vautre.
SOLIDE ET VÉRITABLE GRANDEUR DE l'hUMILITÉ CHRÉTIENNE.
Vous êtes étrangenient philosophe; et quoique je ne ddUte en aucune manière du fond de votre christianisme, la proposition que yous me fîtes il y a quelque temps au sujet de l'humilité ne m'édifia pas , et me parut, s'il faut vous le dire, bien païenne. Nous parlions de l'ambition, surtout de l'ambition des g<'ns de la oour, qui sacrifient tout à cette passion dont ils sont posisédés, et qui se repaissent toute leur vie d'honneurs et de fausses grandeurs. Je^tâcboîs dé vous-inspir rer des sentiments plus modestes,- et je vous tJTQuvois un peu trop occupé du désir de vous avancer, et de faire une certaine figure dans le monde. Je necondamnoisj>âs absolument là-dessus une émulation raisonnable, ef , vous accordant eir apparence qyelqtïe cho^e, pour ne vous pas rebuter d'abord par une morale urop relevée, je m'appli-
SOiilDE grandeur; OTc. 3ii9
qnoii & vous amener insemibleixiént aux principes de la religien et mx maximes de JésQs^hHsr. Mais tout d'un coup vous prîtes feu, et, dans cette jpetite saillie dont je -n eus pas de peidé à m'apercevoir ,"H Vous échappa de dire d'qn air assez vif^, el même d*un ton assez h^ut, qu'aprèé tout FamBitibn étoit' le caractère des âmes nobles; qu'entre les passions c'étoit sans contrait la plus bçlte , ou du moins la plus excusable dans un' homme de quelque naissance; quelle élevoit le cœur, et que dans la vie ilTalloit' un peu d'orgueil, pour savoir tc^irir son ra'n'g et se séparer do'milgaire : comme si vous eussiez voulu me iaire entendre que l'humilité, quoique sainte du reste et très respectable, ne convenoit guère qu'à des am^^étroîtes , et qu'à d^ esprits fbtbleset peu propres aux grandes entreprises. Car j'ai lieu;de. croire que c efoit là votre pensée. .
Nous sommes là-dessus, vous et inoi, dans dés .opinions bien différentes; et quand j'examine à fbnd ce que c'est que la vertti d'humilité, en quoi elle consiste , ^r quels principes elle est établie, par quelle règles elle se cojiduit, de queHes ^foiblesses elle bous guérit, quelle sqpëriorité elle n'oifs donne au-dessus des idées communes, à quoi elle dispose et truelles victoires elle remporte, enfin ce qu'ellenoûs f4it entreprendre et ce qu'elle nous fait exécuter ; quand» dis-je, j'envisage tout eeta, je coticlus bien autrement que vous, .et je prétends. qu'entre ies^vertus, iln^en est point qui marque plus de isolidité dans l'esprit ni plus de fermeté dans Tame q^ue l'humilité; que, bien loin de rétrécir le ccéur, elle t'élargit ; que, bien loin d'abattre le courage, elle le rehausse; que c'est un préservatif^ cotatr'e mille petitesses, contre mfille indignités et mille lâchetés qui sont sr ôrd^naireç dans i'usage du monde ; que c'est une disposition aux plus grands desseins > et que, par utae constance iâébran.lable, elle sait égâlepent les former et les accomplir. Voilà ce que f appelle une vraie grandeur, et ce qtii doit tons doute suffire poiir vpus détromper de IV>*6ur où vous semblés être. >•
Allons p^ar ordre., S'il vous platt, et, pour jnieux éclaircir. le point dont il est question entre lQOUs,expliquons'd'abord les termes, et donnons-en une notion. jiisjie. Gâr il est vrai qu'il y a une tiqnidité natu-» relie qui nous rend doux, dociles, soumis; qui nous retieij^t dans les rencontres» et nous empêche de nous ingérer dans aucune affaire ; qqi nous ferme la bouche et qui nous lie en quelque sorte les mains, lorsqu'il conviendroit d'agir, de se déclarer , de se défendre. Ce n'est point là humilité, niais pusillanimité, roab excès de crainte et défiance outrée de soi-même^ qui n a pour pripci'pe qiie le tempérament. Souvent même, sous les dehors d'une humilité apparente, il y à dans cette pusillanimité beaucoup d'orgueil qui s'y 'mêle'; et d'un orgueil puéril. Il ^ûdroit parfct* dans Toccasion.; maison se lait sans prononcer une pai'ole : pourquoi? parcequ'on craint dé répondre mal-àpi*op6s, et dé s'exposer à là raillerie. Il faudroit prendre une résolu-
360 SOUOË GRANDEOR»' ETC.
tioA et h âoiiteoir; mais 6a »e tient oisif et Ton demeare : pourquoi? parcequ'on àpenr dé ne paà réussir, et d'avçir à essayer la^confusion dHin mauvais saccès. Ilfaudroit résister et niainteDir ses prétentions dès qu'elles sont raisonnables; mais on oèdë , et Ton ne £ait pas h mpindre démarche : pourquoi? par rappréhénsion de succomber, et de doDoer ainsi plus d^avaniage à un'cOncnrrent. De sorte qu'on est humble ou qu'on le pairotl, non par vertu, mais par une imperfection de la nature , et quelquefois par une fausse gloire. ' Traitez cette espèce d'humilité comme il .vous plaira ,'}*y iDOnsens , puisque ce n'i»t point celle dont je prends ici la défense. So&s je nom d'huîQilité, j'en tends nm^ humilité purement évangélique et toute chrétienne , ielle que Iq Fiis de Dieu nous Ta enseignée , et telle que les Sain^, après ce divin maître , l'ont pratiquée. Je veux iire une huniilité qui , par lés lumières de la raisoà ettle la religion', nous découvre notre néant )st lé fond de lîoire. misère ; qui nous remplit par* là d'ansalnt mépris de nous-mêmes , et nous, fait vivement comprendre que de nons-m^es nous tfe spmmés Irten ni ne pouvons rien , par conséquenf que nous né devons rjén nous attribuer I nous-mêmes, hors le péché , mais que nous déyona* tout rapporter à Dieu comme an souverain auteur, et lui rendre gloire de tout ; qui,'selon le même sentiment «t dans la méme^yue., • nous fait regarder avec indifférence toutes les distinctions et tous les honneurs du siècle, pa^cequ'au travers de leur lustre |e plus briliapt , nous en découvrons l'illusion A la vanité, et que d'ailleurs nous savons qtfils sont opposés à l'état de Je* su^-Chri^t dans'tout lé cours de sa vie mortelle ; qui , sans nous me* surer avec le prochain , 'nou$ porte à Thonorer, à 'tenir volontiers audessous de lui le dernier rang et à rester dans. l'àubÙ , . tandis que d'autres sont dans une haute«stime etjdans la spleudetir ; enfo qui , ne comptant jamais sifr elle-inéme, compte uniquemept .sur Dieu, maîâ avec une confiance d'autant plus ferme et plusass'tirée qu elle a des témoignages pliisceruiins qu'il prend plaisir à seconder les foibles , et qu'il aime à ex^ercer sa miséricorde et sa toute-puissance en faveur des petits. Telle est ^ dis-je ^ rbumilité dont-je parle, et que je conçois comme une des vert usja plus propre à former de grandes âmes et à les perfectionner. .Peut-être serez-vous oblif^é d'en juger ainsi vous* même , s^ vous voulez peser mûrement la chose et entrer dans quelques réflexions^
I, €ar prenez garde »* je vous. prie, et remarquez d'-abord avec moi de quoi l'humilité nous délivre , ce qu'elle corrige dans .no^s , ou de quoi elle nous*^pVéserve. Personne n'ignore , et vous ne déverpas l'ignorer, quelles sont les petitesses , pour ne pas dire les bassesses , ou Fambiiiob et Tocgueil nous réduisent. Je nesais ce que vous en pensez : mais moi, je ne me figure point d'homme pins petit, ni' d^ame. plus vile, qu'un4mbiiieux qui .se Riissé dominier par la fiàssion de ^'agrandir, et-qui veut , par cjueb|iie voie que ce soit , la satisfaire; ou qu'un
SOLIDKr GRANDEUR , etc. 361
orguetlteux qai s'infisitue de ses prétendaes boimçs qualités , el se laisse posséder d'une envie démesurée d^étre applaudi et vadté dans le monde. Afin de vous en convaincre par vous-même» suivez-le en esprit, et comme pas à pas» cet ambitieux, dans la route qu'ils'est tracée, et qn*il se représente comme le chemin de la fortune. Est*il une démarche si humilist'nte où il' ne s'abaisse, dés qu'il croit qu'elle peut le conduire à son terme?' et, dans l'espérance de monter, à quoi ne descend-il point? Est-il' une complaisance si servile où il ne s'assujettisse, pour s'inrunuer auprès.de celui-ci, et poilr se Concilier les bonnes grâces de celui-là? Est- il hauteurs, dédains, rebuts qu'il' n'essuie , îosqu'à ce qu'il soit parvenu à engager l'un dans ses intérêts, et à se ménager la protection de i'autrê?Oue d'assiduités, que dé'souplesses, qae de flatteries, et, si j'ose ainsi m'exprimer, que d'infamies! il n'a honte de rien ^ pourvu qu'il puisse atteindre où il vise et réussir dans ses intrigues : et quelles inirigues? souvent les plus criminelles et les plus lâches, où sont violées toutes les lois de la bonne foi et (fe l'houT neur, où sont employés l'artifice, la calomnie,Ja fraude, la trahison. Il en auroit horreur s'il n*ëtoit pas livré à la passion qui l'aveugle; et s'il en ju>;eoit de sens rassis. On en est èaisi d'éiohhement et indigné , quand, mUgré les -soins extrêmes qu'il apporte à tenir caqhés tant de mystères d'iniquité, 'on vient à.connoitre toui^ ces mêpées, et à percer le voile qui les couvroit. Dites-moi comment pus trouvez là celte* noblesse de sentiments d'où-n^tt^ à vous en croîfe , Tambiiion?
Et d'ailleurs faites quelque attention à toute la conduite de l'orgueilleux. Ce n'est pas pour la première fcis que j'en parle; et , |iutapt d6 fois qu'il y a lieu d'eb parler^ f en ressens toujoursun nouveau mépris. Tâchez à découvrir les différentes pensées qu'il roule dans son esprit, ou pldtôt toutes ses imaginations également frivoles et folles j examinez quel est le fond, ou de ses joies secrètes et dé ses. vains triomphes, ou de ses* peines les plus vives et de ses déplaisirs le^ plus piquants. Est-il oocdpé d'autres choses* que de lui-même, de son mér ritrj^e ses talents? Est-il un avantage Bi léger dont il ne se prcvalje , et qui dans son idée ne luf donne sbr les autres une prééminence où il n'est pas aisé de parvenir? l^st-il rien dé. bien fait, '.si ce n'e^t pas lui qui. l'a fait? et est-il rien de bien paisé, S'if n'est pas selon son sens? Contez ces témoignages favorables qu'il se rend perpétuellement et hautement à soî-iliéme, ces fades et c|nnuyeuses vânteries dont il fatigue quiconque veut ^ten l'écouter, cet amour de la louange, même la plus grossière^ ce goût avec leqiiel il la reçoit, et ce gré'qu'Àleu sait, en SoHç quil suffit de le fouar pour obtenir tout de lui : au Qontraire , cette vivacité et cette délicatesse sur un qnot qui peut l'ofFenser, ces agiiaûons où il entire, ces mébn(ï>lîes où' il iomboy ces jalousies, ces amertumes de cœur, ce fiel dont il se ronge, ces soupçons et ces ombrages .qu'il prend d'un signe, d'une œillade, d'une parole jetée au hasard etsans dessein. En vérité, qu'est-cé^qlae Celât et pour omettre
362 SOLIDE GRANDEUR, etc.
cent antres articles^ je vous demande si vops comprenez rien de plus mince et de plus étroit qu'une ame' de celte trempe et un esprit àispo^ëdè la sorte?
Or voilà de quoi Thuinilité chrétienne est le correctif le plus efficace et le plus certain. De toutes ces fbiblesses, il n'y .en a pas une dont elle ne soit exempte, et qM'on puisse lui knputer. Qu'est-ce 9u*uq chrétien vraiment humble? c'est un, homme sage et réglé dans toutes ses vues, ou n'en ayant ppint d'autres que les vues de Dieu et de son adorable providence ; iin homme droit daâs toutes ses voies, et incapable de prendre aucunes mesures hors des lois de la fidélité la i^lus inviolable ët.de la plus e^cte probité; un homfne désintéressé et reli'< gieux dans' ses abaissement^ volontaires, ennemi de la flatterie et de. toute sujétion mercenaire et forcée^ un homme équitable dans* ses jugements, sans prévention, sans envie ,,reooRnoissapt 'le mérite pàr-< tout où il est f et se faisant un devoir de Iç révérer et de l'exalter, même à son propre préjiidice; i^i homme indépendant de tons les respects humains et dés vaines opinion^ du monde, parcequ'il ne cher* che point à plaire au-monde^ et qiii.'il le compte pour rien. De là, toujours ^1 dans Thumiliation comme dans L'élévation, dansje blâme et dans la louange, daos la bonne et la mauvaise réputation*^ soutenant ^l'une et l'antife avec une trapquillitéjnaltérable ; ne se laissant , ni éblouir par l'éclat dHjne vie agissante et comblée d'élogeâ, ni contrister par tobscurhé d'une vie abjecte et.hiconnue. De là encore, et par la même conséquence, ^n homme patient daos les injures, les par* donnant de cœur, plutôt prêt à faire des avances et à prévenir qu'à exiger de justes satisfactions : du reste, plein de retenue, de modesfie dans ses entretiens, dans tOMtes ses manières; ne disant rien de spj , si ce'n'est'pour se déprimer et [joirr s'avilir.; honnête, affable, paisi« ble, ne contestant avec personne, ne voulant jamais.l'emporter sor persenné : et tout cela par des molif^ supérieiirs et divins, malgré les révoltes de hi nature et son extrême sensibilité» Observez bien tous ces traits, et j*ose'me promettre que vous conclurez avec pnoi qu'on Jiomme de ce caractère doit être incontestablement réputé pour un grand homme. Mais reprenons.
Un homme sage et réglé dans toutes ses vues :- c*est-à;dire un homme qui s'en tient précisément à oe qu'il est selon l'ordre dû ciel, et n'aspire point au-delà ; qui né s'abandonne point à une ardeur in^ sensée dé croître , mais se renferofe dans les bornes qu'il a plu à Dieu de lui marquer; qui dit comme David i^ri^neur, mon cœur ne test point életfé; je ne me $uit point évanqui dan» mes pensées m dans mes désirs^ et je n'ai peint porté mes regafds''au^dessus de moi (JPsabn. i30). Ce n'est pas qu'il sort tout-à-fait à couvert des atteintes d'iine secrète ambition. L'orgaeil, qui nous est «i naturel, veut lohjoiirs fair.éde nouveaux progrès, et d'un degré passer à i^m autre; il y a diéme des temps, des conjonctures bu la tentation est difficile à vaincre. Mais
SOLIDE GRANDEUR, etc. 363
rhiimble chrétien sait la réprimer, sait la sqrmonter, et par uneaainie violence se rendre maître d'une passion dont rempiré néanmoins est si étendu. 11 est ce que Dieu. l'a fait naître, ce que Dieu veut qu'il soit : cela suffit, et que lui faut-il davantage ? Si dans le cours' des an* nées la Providence rappelle à quelque chose.de plus, il la laisse agir, et attend ea paix queUe. se déclare. Jusque là nul en^pressement « nulle inquiétude : point d'autre soin que de vivre selon Dieu dans son état, et de fournir saintement sa çarrièVe. Dans une telle modération qull y a déjà dé force, et pour s^y inaintenir qu'il y à de combats à |i« vrer et de victoires à remporter sur soî-ménie !
Un honune droit dans toutes ses voies. C'est une suite immangiiable de la disposipon où il est de ne jsiarcher que dans l'es voies de Dieu, et de ne s'en* écarter jamais. Ne voulant rien être que selon le gré de Dieu, et de Ini'-méme ne prétendant à rien autre chose , il n'a ponr son ayandem'ent propre, ni projets à eondiiire, ni .moyens à tniaginer, ni ressorts à laire jouer : d'où il s'ensuit qu'il n'a besoin ni de partis, ni d'industrie, ni de surprise. U suit toujours uneméaM ligne, et va tçu jours son chemin, sans détours et sans déguisements. D'ailleurs,. instruit des maximes de l'Évangile, qur est la vérité même, il n'a garde ^ en quelc^ue rencontre, que ce soit, d'avoir recours au mensonge, que l'Evangilç condamne;* et, libre de tout deslr de se pousser qui ponrroit le séduire et le corrompre , jl est bien éloigné de mettre en œuvre de criminelles pratiques, dont il voit toute l'imposa ture et toute la honte.
Un homme religieux et désintéressé dans ses abaissements v<riontaires. .Car il y a une humilité prétendue qui n'a de l^humilité que les apparences, U y a de feints abaissements qui ne consistent qu'en de fausses démonstrations et des dehors trompeurs. Souvent le mondain s'humilie, il s'abaisse : mais pourquoi? Je Tai dit et je le répète : c'est par une firiagile espérance , c'est par une flatterie basse , c'est pat un vil et sordide esclavage.* La religion inspire an chrétien^humblé, jus- 'que dans, ses soumissions les plus profondes , bien plus de générosité et plus de dignité. U rend honneur au^prochain ,'il apour le prochain toute la déférence, tous les ménagements. et tous les ^fds possibles; il ne rehiseroit pas, s'il le falloit, de ramiper sur la poussièi e et sous les pieds du pix>chain: mais en cela qu'est-ce qu'il envisage? est-ce l'homme? Non certes , puisqu'il n'attend ni ne veut rien de l'homme : mab dans l'homme il n'en visage que Dieu. C*està Djieu qa'il obéit en obéissaqtà l'homme; c'est à i5içu qu'il offre son encens, en rendant hommage à l'homme; c'est devant Dieu qu'il, se prosterne en s*inclinant devant l'homme : Dieu est le seul objet de son culte , comme il en j[loit être Tunique récompense.
j]n homme équitable dans ses jugements : et voici , j'ose le dire , un des plus nobles efforts de l'humilité; Pareequénoutf sommes ordinairement préoccupés , sbit en notre faveur par notre amour-propre ,
5U4 SOLIDE GRANDEUR, etc.
soit contre le prochain par une npiligoe envie, on Be peut guère compter sur Téquité des jugements que nous portons^ ou .de tious-* mêmes, oH des autres. Mais, par une règle toute contraire,- parcer que rhûmble chrétien e^it d^agé de ces préventions qui nous aveuglent, il est beaucoup plus en état de juger sainement; et coinme il ne sait point dissimuler ni trahir la vérité qu'il cônnott, il parle selon qu'il pense, et communément îi pens^ bien. Si donc il s'agit de luimême, il ne cherche point '4 se faire valoir au":delà de son prix^ et s'il est quèslioii du prochain, il lui foitlune justice entière, et, bien loin de vouloir le rabaisser ni obscurcir ses avantages , il ^t le prc^ mier à les publier. ' * .
IJous-en avons dans l'Évangile un exemple des plps célèbres; et quiconque examinera biei) la conduite de Jean-Ba^îste à l'égard de Jésus-Christ y trouvera une boude foi, et dans cette bonne foi un caractère de grandeur qu*on ne peut assez admirer. Jean prêcboit aux peii)[>le8f la péditènoe; toutes les rives du Jourdain reCentissoient du bruit de son nom ; on s 'assembloit en foule auphès dé lui , et il^s'éloit fait une nombreuse école , qui le suivoit et recévoit ses ens<>igtienlents comme des oracles : jamais crédit ne fut à un plus h^ut point. Hais, après toiit , Jean-Baptiste n'étoit que lé précurseur du Messie, et il n'avoit été envoyé qu'en cetie qualité. Au3si est-ce à cette qualité seule que se borne toute l'idée qu'il a de lui-même, et qu'il en donne k ces députés qui, de la part de la Synagogue , viennent l'interroger pour savoir qui il est. Êtes-vous le Christ f lui demandèrent-ils; (tes' vous Éiief êiei'vous prophète (JoAfc., 1)? Que Toecasion étoit délicate pour un homme qui eût été moins humble! Mais à ces demandes il' répond , simplement et sans hésiter, qu'il n'est ni le Christ , m Élîe, ni prophète. Qui êter-vous doncf répliquent ces envoyés*: Je suis ^ leur dit-il , la voix de celui qui crié dans le désert z Préparez le chemin au Seiyneux (Ibid.); voilà tout ce que je puis vous. apprendre de moi.
Ce n^est ppint encore assez ; mai$ la mente équité qui le fait juger sj modestement de lui-même lui fait rendre à Jé^us«Christ, en celte rencontre et en toutes res*autres. Je plus juste et le plus glorieux témoignage* 11 annonce aux députés de Jérusalem la venue de oe Messie : // est au milieu de vous; niait vous ne le -cannoissex point, Cest lui qui doit venw après moi , qui est avant moi, et dont je ne suis pas digne de délier les souliers {ioAfi.^ S). H s*écrie en le voyant, et rappelle le Ss^ûveur des hommes : Vàiii C Agneau de Dieu , voUii celui qui efface les péchés du monde. Il fait plus : quand ses disciples, s'aperceyaot que Técole de leur maître commençoit à déchoir, et que celle de Jésus-Christ s'éiablissoit de jour en jour et s'acorédiioit , témoignent làdessus quelque jalousie, il leur déclare que désormais ils. doivent s'attacher à oe nouveau maitre, il les lui envoie.: car c'est à lùidecroUre^ conclut-Il, et à moi dé diminuer (Joan., 3). Qu'on mé dise s'il est rien
SOLIDE GRANDEUR, etc. 365
4e plus grand qit*iin tel proche, elsi ce n'est pas ainsi que pensent les plus solides écrits et les cœlirs les îniçux placés ?
, De toiit cela il est aisé dfi compfendrç comment un chrétien humble est indépendant de tous les respects bumaibs , f>t des irainçs opi« nions du monde, dès-là qu*il ne se soucie ni.de réstioae du monde, ni de sa faveur, et qu'il peut dire comme TApôtre : Pour mot, il m'im^ porte peu que vous ihe jugiez ^,vou», ou quelque autre homme que ce soit\ je n'ai qu*un juge /i proprement parler, et ce juge c'est Dieu (1. Cor. 4); comment il garde toujours la même égalité d'ame et la même jiaix au milieu de toutes les vicissitudes où il est expgsé,.^ni8* que ni Tune ni l'autre •fortune ne fait impression sur lui ; oommèm il endure les plus mauvais traitements avec' une pactence à f épreuve de tput, parcequ'il n'y a point d'outrages dont il ne se croie digne, et que d'ailleurs il acquiert par-là* plus de ressemblance avec lé -sacré modèle qu'il feit gloire d'imitep^^ec qui luiest proposé dans la personne adorable de son Sauveur ^.comment on' ne Teniend jamais faire parade de ses bonnes œuvres; vanter ses prétendus eioloits, éuiler en de, longs Técits les affaires ou il a eu part, et de quelle mApièreîl s\ Y est comporté, censuvèf celui-H^i, raillei; de celui-là, entrer oentiniieK leoiebt en dispute, et s'ériger eu hemute, habile et important ; cem- . ment au contraire on le voit à toute occasion se *tenir, autaàt qji^'il peut, à l'écart , user de réserve, donner à chacun une attention favorable, approuver, excuser, toiirner. les choses iBn bien, et devenir ainsi du meilleur commerce et de la société la plus aimable. Vqiià , dis-je, ce qu'où ne doit point avoir de peine à comprendre , et voilà par où b même humilité qiti nous abaisse sert à nous relever. Comme donc l'Ecclésiastique a dit. Plus v'ouijter grand , plus vous dei^eZ vous humUid^ (EccU,^ ^)» je ne* fois nùjle dirficulté..de renverser iâ propô^ sition, et, sans ahéi*er en aucune sprte cette* dnine parole, j'ajoute : Plus voû^ vou9 kumliere% , plus vous serez grand,
II. Mais n'en demeurons pas là ; car il s'agit présentell^ent de jmvoir Si4*humilité n'est point un obstacle aux grades actiotis, et k cer* taioes entreprises où jl faut de la magoanimité et une résolution que rien n'ebrànle. La4raisofldedputerèst;qùerhuniiKt^*à pour fonde* mepc.la<connpi^nce de notreJoiblèsse, et^uqe conviction aqtuelle et habiiiielle..d^'notre insuffisance '; d'où viennent les bas sentiments et ' la défiance que Ion. conçoit: de soi-méine. Un homme vecitiiblement hlùiible-est persuadé qu'il n'est rien, c|u'il n^ p^ut rtea, et que de son fonds il n'est bon à i ien : or^ dans^'cettè persuasion , il n^est pas naturel qu'il forme des projets* au^essus de'lui, ni qu'il veuille s'engager en des ministèires et des fonctions qui demandent des talents, rares et singuliers. Celar ne pârott pas natiirél : mais 11 ^'en lest pas moins vrai, ieloli le m6t.de..saint Léon,* que rien nesi difficile aux humbles i qa*ïi n'y a poiiir(Ie.â(i^té'd'e^efn Sont l'exêciition les étonne ;*au'ih sont capables de tout oser^ et d'affronter tous les pé-
36G SOLIDE GRANDEUR, etc.
rils avec Tassnrance fat plus ferme et PiDtrépidhë lu plus héroïque; que plus ils ae croient fbibles , plus en même temps Ù Vestip^eot forts» et que plus ils se défient d'eux-mémeâ , pTus iis seoteiit redoubler leur zèle, et portent loin leurs vues. Sontte là des paradoxes? sontce de^ vérités? Je prétends qu'il n'est rien de plus réel que ces merveilleux effets de rbumitité chrétienne , je prétends que c*est à anoi ^e nous dispose» e| ce qu'elle produit en nous. Je vais vqus développer 6e mystère, et voici comment nonsdievQns l'entendre.
Car autant qu'un chrétien humble se défie de lui-même , autant il se ôpiifie en Dieu; moins il s'appuie sûr Iiii^mémey plus il s*appuie sur bien. Or il sait que rien n'est impossible' à Dieu. Il sait qne Dieu paend plaisir à iaîre éclater sa gloire dans nbtre. infirmité ^ ei que ■c'est aux plus pétifi, dè's<{ti'ils ont recotirs à lui, qu'il communique sa grâce avec plus d'abondance. Mutai de Ces pensée » et comme revêtu du pouvoir tout p'uissantdé Dieu même*, est-il rien désormais de si laborieux et de si pénible, rien de si sublime et de si grand, dont il craigne de se charger, et dont il -désespère de venir à bout? Que Dieu TsippeUe, il n'hésitera pas plus que le prophète ÏAié à lui répondre : Me totci. Seigneur^ envoyez-moi (Isaî., 6). Que Dieu ^n çffet renvoie*, il ira partout : il se présentera devabt les puissances du siècle, il entrera dans les cours^des'princes et des rois, il leur annoncer;. I^ ordres du Dieu vivant , et ne sera touché ni de l'éilat de levât pourpre, ni de leurs menaces , ni de lents proiraesses ; il plantera, selon les expressions figurées de l'Écriipre, et il arrachera , il bâtirst e\ il. détruira, il amassera et il dissipera.
Quelle espèce, de |>rodige , et quel admirable accord dé deux cho- «Bs aussi incompatibles , ce semble , que lê sont tant de défiance d*«ne part, %t de l'autre tant de confiance et de force! Car, au q|ilieu*de tout ceU , le nféme bc^me qui agix si délibérément et si courageusement ne perd rien de son humilité ; c'èst-à-dire qu'il conserve ^^tijoûrs le souvenir de sa^Toiblesse , qu'il se regardé toujours comme un ser.viteur inutile , comme un enfiint ; qii'il dit toujours à Dieu , dans le même sentiment qu'e'Jérémie : Ah{ Seigneur^ mon incapacité est telle weje ne jmis pas tnème prononcer vne parole' (Jé'rêil, 8). .Non , il ne je peut de liii-mém^ e% psir lui-même ; niais taAdis qu'il en fait la confession la plus*affectueuse et la pluB sincère, il n'oublie point d'ailteiirs ce que lui apprend le Docteur des nations, qu'i/ peut toutencelui qui lefçriijiê (Philip.^ 4), De sorte qu'il ne! balance pas un momefnt ù se meitre en œuvre^et à comipeçcer, quel qne soft l'ouvragé où là vocaUoaVle Dieu le destlbe. Qu'il y vofe mille traverses à. essuyer, et /nille oppositions à- vaijicre; quelè sgccès lui paroisse , non seulement douteux, mais hors de vraisemblance, il* espère' contre l'espérance même* Ce nVst point par une témérité. présomptueuse,. puisque son espérance est fondée sur çfi grandj)rintipe de saint P^^ V^^ ^'^ fait ûkwx 4^ eetfui parùtP pkin dijtlie selon /e moncfe, poUr.cotifon-
SOLIDE GtJRA;<D£t}|t, et(:, 367
dre let sage»; tfuil choint ce qui esi foible devant (e monde , po}tr bon'» fondre les forts , et qu^l se sert enfin de ce qu^il g a déplus bas et. de ptàs méprisflble, même des choses qui né sont point , pour détnàre celles qtisoni{i. Cor.yi).
Aîiisi , quand ce jenpe berger qlii d*uQ coup renversa Goliath vit approcher de lui ce Philistiù 4'une énorme .^tature : Tit tiens i moi, lui dil-it, avec Vépée^ la lance et le boucKer; mais moijé vienne toi au nom du Seigneur f cfy tout désarmé que je sUis^jeme tiens certain delà victoire (1. Beg., 47»).' Car voici, ajoute-l-iU.ce quç je le déclare : le S^neur te livrera entre mes'mains :je tê donnerai la mort t.et tecçur perai la tête , afin que toute Wterre sache qu'il y. a un Dieit en Israël^ et que ce nést ni par Cépée ^ ni par la lance qu'il saupe. Ainsi le méoie David se tt'onvant investi- d'ennemis qui l'assailioiênt de toutes partf, s'ëcrioit avec tine tôinte hardiesse : Le Seigneur jest notre ressource : nous combattronàf et ii réduira en pou4rè*tous Ceux qui nous perses cuteût.
Tel est par proportion le langage des âmes humbles, d'autant plus assurëes de la protection divine, qu'elles se^ répondent moins d'eUes^inémes; et du reste d'amant plus tranquilles sur ta réussite de leufi^s entreprises , qu*étant humbles, elles craignent moins de subir la lIODte des ftcheuit événements que Dieu quelquefois, pour les éprouver, peut p^i^mettre. Un homme du monde , suivant sonf orgueil, comme nous Vavôns déjà remarqué, tae se basarderoit pas jsi aisément. Il ne voudroit pa^ exposer son honneur, et, pour se déterminer, il lui fau^ droit de sérieux examens et de longues délibérations. Mais dès qu'on al' humilité dans le cœur, on n'est plus si jaloux d'un vain nom, ni si sensible aul reproches qu'on s'attirera., 'Supposé qu'on vienne à échouéfp. On s'abandonne à là. conduite de l'esprit de Dieu , et. du reste on se soumet & tout ce qui en peii.t.arriver pour notre humiliation devant les hommes. *• * . .
Ce ne sont point là de simples spéculations; on en à vu la pratique. Fut- jV jamais une entreprisepareille à.'ceJlé' tléîs apôtres, lorsquils se partagèrent dans toutes les (!ontréès de la terre pour, travailler à la Conversion dti monde entier? Les plus fameux tonquér^nts dont l'histoire profane a vanté lés traits mémorables ont porté leur^ armes et étendu leurs cohquétes'.-sur quelques nationé; mais ces Saints 'Con^tiéranis ^ on ,,poQr* mieux dire, ces saints et zélés propagateurs de la loi chrétienne, se proposèrent de soTHmétre géoëralement tous les peuples ^ Teinpire dé Jésus^Ctirist. Dans ce vaste projet,, ils n'exiceptèrent ni â'gQ, ni^èxe, ni Irangs, ni qualités /ni états. A ed juger selon la pruv dencedù siècle, c'éloit un dessein chimériquo^ et l'on sait néanmoins avec quelle ardeur ik s'y employèrent^ avec quelle constance Us le sou< * tinrent, avec que] bdnheiirijs l'accomplirent.
Or qlû'étoît-ce qu|B ces apôtres? de pauvre^ pécheuins , petits selon le nîonde, et humpTés selon l:Êvaiig^le.-)^enr humilité ne borna point
368 SOLIDE GRANDEUR,, etc.
leurs vues, elle ne'leur resserra point le.ooeiir, die ne les aflbîUU ni ne les arrêta point. Avec cette^tiui&îlîtë , ils ont passé les mers, iû ont parcoaffu les provinces et les royaumes , ils ont répondu aux juges el aux magistrats , ils ont résisté aux grands , ils ont^ confondu les- sa-' vbnts, ils ont instruit les infidèles et les barbares, ils ont triomphé de fidolâtrie et du-paganisme; et, dans la suite des temps, combien ontils eu d'imitateu^ et de successeurs, l|umbles comme eux , et appliqués sans relâche â perpétuer les fruits de leur zèle? combien en om* ils encore de nos Jours '<()ui, par nue saute alliance» réunissent dans leurs pcfk^imes, et la niémè humilité et )a même élévation de senàmenis? . .
Pour en revenir aux épAtres ,. et pour dire en particulier quelque chose de saint Paul , on ne peut lire ses Éplires , et ne pas voir que ce fut un des esprits les plus sublimes, et que dos plus gnmdes âmes. Quel Teu, quelle vivacité, et, tout .ensemble , quelle solidité! Pense-t-on plus noblement? s'exprime-t-on plus éloqqeminent? Que n'a*t-il pas fait? que n*a-t-il pas souffert? supérieur à tou<, aux dangers, au^ embûches , aux persécutions , aux trahisons , aux calomniep, aux4>pprobres,, aux fers, àla-faim,à b soif, au glaive, à la mort; car, di^til, noussomnjLei au-detsuide tout cela (Âorn^, S ). Saint Ghrysostome en étoit ravi d'admica^tion, et n^voit point de terme» pour faice entendre ce qu'il en concevoit. Cependant, ce vaisseau d'électicm^ ce grand ap6* tre, quel mépris fSiisoit-il de luit-méme, et comment en parloit-it?41 se traitoit de pécheur, de blasphémateur j de persécuteur de VÉglise^ d*hon)me indigne de l'apostolat, d'avorton ; tant Thumilité lui représentoit vivement ses misères, ei tant elle le rabaissoit dans son estime.
Que ne pourrions-nous pas ajouter de ces sociétés et de ces ordres religieux, qui ^nt pour l'un fi Tautré sexe des écoles de perfeciion, et'ddnt la samteté est rédificaiion du monde chrétien? Que n'en a-tfil pas dû coûter pour former l:es grands cjprps, pour en rassembler ions les membres,pottr les a^rtir.et les régler?. Que d'étùdeset dé soins! que dp méditations ; de réflexions, de cpnseils ! mais aussi quels progrès surprenants} Gèi sociétés se sont multipliées, ces ordres religieux se sont répandus dans tous fes lieux éclairés de la foi et soumis,*àJ*É« glise de J^sus-Chnst. GommQ autant de républiques, Hs oift leur forme de gouvernement , leurs lois , leurs statuts ; leurir offices , leurs foliotions, Jeurs observances ,. qu'il a fallu ordonner avei! une pénéU'dtion et une ssgesse qui descendît aux moindres détaik-, ifùx prévit toutes choses, et ne laissât rien échapper. Yoilà par tm' ils se sont mai{itenus depuis des siècles , et ils se niaintiënqent. Or , après. Aieu et le grâce d^ Dieu, Je demande ù'qui nous sumfn^s redevables de ces saints établissements. Est-ce à d'habiles politi^ue^ et à leufs intrigues? eat-ce 5 des {>hilosopbes fiers de leur science et pleiii^ 'd'eux-mêmes ?.Uk« dessus je ncpuis- mieux répondre que par les patelles du Fils de Dieu à son Père : Seigneur^ Phe'iont pntsiim/, je vouthénii et vaut rende
DANGER DUKE GRANDE RÉPUTATION. m
§rm:êttP avoir caché eei choêCM aux $age$feUm latkair^ ê$auxta9mu; mau de te^ avoir ràféiées aux peiiu {Luc, iO); d'y avoir enipk^ d'humbles însiîtateiirs » un humble François d'Afisiae, un humble Frauçoîs de Pau le, et d^autres. Parceqa ils étoieut hnmbies» its n'en mt été que plus propres à entrer dans les. grandes Tues d^ kProvideBDe sur eux, et que mieux préparés à les seconder.
Je finis, car peut-être n'en ai-je déjà que trop dit-: mais, quoi (p'ik en soit, apprenex à réforiper vps idées tQuehant une. des Tortas les plusesscuiieUesdu christianismet qui estrhumilité. Aatantqu'eUenoa» porte à nous mépriser nous-mêmes,. autant devons4MMis l'estimer. Puissiez-vous en bien connoitre le mérite, et plaise au ciel qu'M milieu de tous vos honneurs, v/>us tmTaiUiez.désormaisà raoquërirl
IIXOSIOIC Et AArfCBR n'UME CBAim RtPOTAnOIf.
Prenez soin de voue éiatSrdam une botme répuuuim^^ et 4€ voua y maintenir {EccU., 4^). C'est l'avis que nous donne le sW-Esprit; et cette maxime , telle que noua devons Temendra , est fondée, sur de très solides raisons. Car, suivant le sens de l'Éerittire, qu'est^ce.qu'nne bonne réputation , et «n quoi cousiste^t^eUe? à éire exempt de repro* ches , chacun dans notre état ; je dis de certains reproches qui flétris» sent un nom et qui éloignent de la perscane; à être réputé, dansTo» pinion commune, homme de probité et de bonnes mœurs, homme équitable, droit, fidèle; homme seUsé et judicieux, capable dans su condition de remplir les devoirs de 9011 emploi , de sa charge , de son ministère; en deu^ mots , honnête homme selon le monde , et homme chrétien selon Dieu. Or il nous est d'we extrême conséquence d'avoir sur tout cela une réputation saine et sans tache: pourquoi? parce* qu*en mille rencontres il y va de ,1a gloire' de Dieu et de l'honneur de b religion que nous professons , paroequ'il y va de notre propre in* târêt.et de l'avantage personnel que nous y trouvons, pacœqu'il n'y va pas moias de l'utilité du prochain , dont nous sommes chargés , es auprès de qui nous nous employons.
£n eifet, rieh ne sert plus à tflorifi^ Dieu et à relever l'hcmnenr de son imite , que l'estime qu'on fait de ceux qui le servent» et l'édifica* tion qu'on tire de leurs exemples. C'est pour cela que le prince des apôtres , saint JPierre, recommandoit tant ailx fidèles de ganler parmi les Gentils une conduite régulière, afin, dj^t«il, que, malgré leurs préjugés contre notre sainte loi, venant à exaininer votre vie , et Ji'y voyant rien que. d'édifiant, ils rendent gloife à Dieu, et que voua (érwllh^ la bouche à c^ux qui voudroieot parler mal de vous. De plus. k n'eovisager qu^ nous-mêmes, il est évident qu'inné bonne réputation nous est très*avaotageuse , et même nécessaire, pour notre établisse^ ment et notre avancement, soit dânai'Églisé, soit tlans le monde : car on fie s'accomnipcle jnufle part d'un homme noté et décrié. Aussi, B. 5. "^ 24
Sm DAMER lyeME GRANDE RÉPUTATION.
f|oaiid les apAlres proposèrent aox disdples de dioisir entre en des diacres , et de leur commettre le soin de distribner les aumônes, b prenlièf e condition qn'ib leur marquèrent fat qi^tls prendroient pour cette ftMictîott dei hommes ttttne veriu reconnue (Aei.f 6). Enfin, con* siéértniifa cbbse par rapport au prochain, il est aisëde Toir que, sans une réputation à couvert de la censure, il n'est guère possible que nous fissions aucun fnirt auprès de lur, puisque nous ne le pouvons Aire qn'autant que le prochain a de créance en nous , et qu*il n'en peut avoir quand 3 n'est pas bien prévenu en notre laveur. Gomment un père , par exienple , inspirenht«41 à ses entots l'horreur dn vice, s'ils sont témoins de son Bbertinage et de ses désordres? comment un prédîosrtettr préehera*t4l l'humilitë , en persuMIera^t-il fai pratique à ses auditeurs, a'ils le connoissent pour un homme vain et enflé d'orgueil? comment un directeur, un pasteur de l'Égliae ramènerat-il les âmes égarées , et les fera-t-il rentrer dans les voies de la foi, si l'on sait qu'il est égaré luHonéme, on s'il est au moins d'une doctrine suspecte? R enesl de même d'une infinie d'autres sujets.
Il est denc tUm seutement permis , mais à propos, surtout en certaines situations et en certaines places, de conserver sa réputation et de la défendrel Et c'est ee qui iakoit dire à saint Augustin : Je me dois à mm-mimeet pour mon propre tien le miriie de marne ; mm je dois aupubdcj et à son progrès dam k chemin du sofair, CinUgrité demaré» pMUûm. Morale dont il avoil le modèle dans saint Baul. On ponrroil être surpris d^abord que ee Docteur des nations racontât lui-même tes grâces eKtraordinaires qu'il avoit reçues , ses révélations , son ravissement jusques au troisième ciel; que iui*méme il fit le récit de ses courses évangéliques , de ses combats « de ses travaux immenses , et qu'il ne feignît pas même d'ajouter qu'il avoit phis travaillé que le reste des apêtres. Ce n'éloil point là blesser IhurniHié, comme ille montre assea ailleurs : mais il savoit combien il lui étoit important pour la conversiou des iafidèles, et pour le soutien de ceux qui avoient d^a embrassé rÉvanfple, de s'accréditer jdaiis leurs esprits, afin qu'ils devinssent par-là plus dociles à l'écouter et à pl*ofiler de ses instructions. Voilà pourquoi il croyoit devoir ménager sa réputation; de sorte qu'étant condamné au fouet, il se tint obligé, pour éviter ta honte de ce châtiment, de dédarer qu'il étoit dlbyen romain , et que, se voyant cité à Jérusalem pour répondre devant le proconsul Festus, H refusa d'y^comparottre^ et en appela à César.
Maia outre cette bonne réputation , dont il ne s'agît point id prédiément , il y en a une autre que nous appdons , selon lé terme ordinaire , due grande/éputatiott. Là bonne réputation est sans coiÂedit m iiétt précieux dans l'estime de tout lé monde, et néanmoins elle ne sufRl pas aux âmes ambitieuses et orgudlleuses : car il lui manque quelque chose qui contente leur orgueil et qui flatte leur vâm'té. J*ex* plk|uema pensée. Une bmme réputation, quoique honorable « n'a
DAKG&R VmE GRANDE RÉPUTATION. 371
rien dttBS le fond qui bous distingae beaucoup. Cest un état commou à oBe multitude de eap raisouBables parjlhi lesqueb nous vivons , et dont le nombre daB»B||ooiéié humaine n'est pas petit. Ils sont régu« liera, ils se condaysent bien » ils s'acquittent bien, chacun dans sa proiiesrion, de leuW&xereices, et remplissent fidèlement leurs obligations. On les approuve , et Ton a pour eux toute la considération qui leur est due; mais cette considération après tout ne leur donne pas oe lustre, cet éclat, cette vogue qui fait la grande réputation. On ne dit point d'eux , comme on le dit de quelques autres : C'est un grand homme , un grand magistrat , un grand politique , un grand théologren , un grand écrivais , un grand orateur , un grand prédicateur : noms festHeux et brillanlesqnaiités qui â)loui8sent, et dont on est souverainement jaloux. Ainsi b grande réputation est au-dessus de la bonne réputation. Or, en matière de réputation et d'honneur, dès qu'on n'est pas au plus haut point , on compte communément assez peu tout le reste. Mais moi, je prétends que dans ces grandes réputations il y a souvent bien de l'illusion. Je prétends, lors même qu'elles sont le plus justement acquises , oomme quelques unes peuvent Tétre , qu'il y a du moins bien du danger, et qu'il est infiniment à craindre que, par les sentiments quelles inspirent, elles ne deviennent plus pernicieuses qu'elles ne sont glorieuses et avantageuses. Je n'avance rien sans preuves ; et , de toutes les preuves , la plus sensible c'est la connois- ' sanceque nous avons du monde, et ce que Pnsage de la vie nous apprend.
1. lUusion : car si nous observons bien sur quoi sont établies ces réputations qui font tant de bruit, nous trouverons que la plupart n'ont pour fondement que I^tccasion et le hasard, que la conjoncture favorable des temps, que l^défaut de compétiteurs et de gens de mérite, que le caprice et le mauvais goût du public, que quelques dehors spécieux, accompagnés de beaucoup de confiance et de présomption, que des secoure étrangers et cachés, que la distinction de la naissance et du raagy que l'inclination , la faveur, et particulièrement l'intrigue. Gardons-nous de blesser personne : ce n'est pas mon dessein ; à Dieu ne plaise ! Je parle en général, et quiconque voudroit foire là-dessus des applications odieuses ne doit les iniputer qu'à lui-même, et ne peut m'en rendre responsable.
Mais cette dédaration faite de ma part , et sans entrer dans aucun détail , je reprends ma proposition , et, de bonne foi, je demande combien on a vu de ces prétendus grands hommes qui dévoient toute leur réputation à un succès où je ne sais quelle heureuse aventure avoit eu plus de part que le génie et l'habileté. Tel dans les armes est devenu célèbre par une victoire qu'il a remportée, ou plutôt qu'on a remportée pour lui et en son -nom. Elle lui est attribuée, parcequ'il avoit le commandement, et il en a l'honneur, sans en avoir, à bien dire, i i soutenu le travail , ni couru le péril «
372 DANGER p (JISE GRANDE RÉPUTATION.
Il eu est de même dans le maniement des affidres, de mAme dans la magtstraiure et la dispensa tion de la justice; de même dans les lettres et les sciences, soit divines, soit humaines; ^ même (le croiroit-^n» si réxpérience ne nous en convainquoit pas? ) dan^e ministère ëvan« fjélique, dans la direction des consciences, dansla^^tique de la perfection et de la sainteté chrétienne. L'un est regardé comme un esprit supérieur, comme un homme intelligent, sage dans ses entreprises, solide dans ses vues, juste dans ses mesures. Il réussît; et parcequ*il est ordinaire déjuger par les événements, de là vient la haute estime qu'on en fait. On ne cesse point de Tadmirer et de Tezalter. Mais, ces lumières si pures, mais ces vues si droites, ces mesures si justes, est*oe de son fonds qu'il les tire, ou ne sont-<e pas peutrétre des amis qu'il consulte, des subalternes auxquels il se. confie, qui. secrètement, et quelquefois sans qu'il l'aperçoive lui-même» le guident dans tontes ses démarches, et l'dclairent dans toutes ses délit)érations et toutes ses résolutipns? L'autre se fait écouter comme un maître, tant il parolt avoir acquis de connoissances, et être versé en tout genre d'érudition. On le met entre les savants au premier rang; et il est v.'ai qu'il n'y a point de matière sur quoi il ne s'explique d'nne maniéré à imposer. Je dis à imposer : car tout cet appareil de doctrine n'est souvent autre chose qu'jine belle superficie, sous laquelle il y a beaucoup de vide et fort peu de substance. A force de tout savoir, ou de vouloir tout savoir, il arrive assez qu'on ne sait rien. On se fait néanmoins valoir par une facilité de s'énoncer et une abondance de paroles qui né tarit point , par un ton décisif et assuré, qui semble ne pas permettre le moindre doute et prévenir toutes les difficultés, par un étalage de termes, de noms, de raisonnements, de fiiits qui ne peuvent guère être contredits, parceque & plupart de ceux qui les entendent n'y comprennent rien, et que, n'étant pas en état d'en yoir le foiUe, ils deviennent adorateurs de ce qu'ils ignorent.
Que dlrai-je de ces orateurs dont la vaine et spécieuse éloquence attire à leurs discours les villes entières? On les suit avec empressement ; le concours croit de jour en jour ; ce sont les oracles de tout un pays. Heureux d'avoir eu à se produire dansxles temps de décadence et de disette ! je veux dire, dans des temps où le goût dépravé du siècle ne discernoit ni l'excellent ni le médiocre, mais les confondoit ensemble, et nëgligeoii le solide et le vrai pour s'attacher à de fsiusses lueurs; dans des temps où le talent se bomoit au son de la toûl dont l'oreille ctoit flattée, et à certain extérieur qui frappoit les yeux; surtout dans des temps où de secrets intérêts engageoient un poissant parti à soutenir Torateur, et à le mettre dans un crédit dont l'éclat re- Jaillit sur le parti même, et servit à l'illustrer et à l'Autoriser.
Ce n'est pas pour une fois que se sont ainsi formées les plus grandes réputations, non seulement eu matière d'éloquence, mais l'oserai- je (fire? en maiièredenurur:», en ms)tièrçdç direction et (je conduite des