‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 112 sur 225 · DANGER D'UNE GRANDE RÉPUTATION · texte numérisé non relu

DANGER D'UNE GRANDE RÉPUTATION

âmes» en matière de pieté et de religion. On transforme en anges dé lumière des hommes très peu éclaires dans les choses de Dieu. On les propose comme les d^sitaires de h plus pure morale deTÉvangiléy comme les seuls guides instruits des voies du salut et capables de les enseigner. On répand leurs ouvrages comme autant de chefs-d'œuvre» et comme le précis de toute h vie spirituelle. Mille esprits aisés à séduire se laissent préoccuper de ces idées. De Tun elles se commoniquent à l'autre. C'est bientôt une opinion presque universelle et une réputation hors de toute atteinte.

Du moins si des g'ens qui se voient préconiser de la sorte renlrolent en eux-mêmes, s'ils se rendoient quelque justice, et qu'ils reconnussent de bonne foi combien ils sont au-dessous de ce qu'on pense d'^ux, et combien leur réputation passe leur mérite! C'est ce que Thumiliié demanderoit, et ce que la seule équité naturelle ne manqueroit pas de leur inspirer, s'ils la consuUoient. Ils seroient peu touchés alors des applaudissements qu'ils reçoivent. S'ih ne se tenoient pas toujours obligés de les arrêter au-debors en se déclarant , ils les désavoueroient dans le Food de l'ame; ils les tourneroient même à leur confusion , bien loin de s'en faire une gloire, parcequ'ils senliroient combien peu ils leur sont dus, et quelle en est l'illusion. Ils iroient encore plus avant, et, par la comparaison qu'ils feroient d'eux-mêmes avec d'autres qui valent mieux qu'eux, et qui démeurent dans l'oubli, ils comprendroient que ce ne sont pas toujours les vrais mérites qui éclatent* Ils les honoreroient jusque dans leur obscurité; ils les respecteroient, et se garderoient bien de leur témoigner le moindre mépris, ni de s'arroger une supériorité dont ils se déporteroient volontiers en leur Àveui*. Telles sont, dis-je, les dispositions oii ils devroient être ; mais, par l'aveuglement et l'enchaDtement de notre orgueil « tout le contraire arrive, et voilà , outre Tilhision , quel est encore le danger d'une grande réputation.

li. Danger : car un homme s'enivre de son succès. 11 n'examine point comment ni, par oit il est parvenu : peu lui importe de le savoir, et même il se plaît à en perdre le souvenir. Il jouit de sa réputation, bien ou mal acquise; il en perçoit et en goft telles fruits : c'est assez. Que dis-je? il va même aisément jusqu'à se persuader qu'il y a en effet dans sa personne quelque chose qui le relève, et qui lui donne rang à part. Il l'entend dire si communément, et ce langage lui est si agréable, qu'il n'a pas de peine à le croire. De là donc les retours sur soi-même, les complaisances secrètes oii il aime à s'entretenir ; de là les hauteurs d*esprii , les airs impérieux , les paroles sèches et dédaigneuses ; de là il s'attend bien qu'on le ménagera, .qu'oh aura pour lui des égards, que dans une société, dans une cûmpaguie, on lui accordera des privilèges, parcequ'il fait honneur au corps, et qu'il en est un des preinffrs ornements ; de là il ne peut souffrir que, dans les mêmes fonistions et te même emploi , qnrque ce soit ose s'égaler à lui. Il trouveroît même

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