S74 DANGER D'UNE GRANDE RÉPUTATION
fort étrange que quelqu'un entreprit d'en approcher^ voulanl qu'il ne soit parlé que de lui » et concevant pour autrui la même jalousie qu'il excite dans les autres à son égard. Enfants des4»mmes, que vous êtes vains, en recherchant comme vous faîtes la vanité ; et qu'il y a d'erreur et de mensonge dans ce que vous poursuivez avec ptus d'ardeur !
Ceci , au reste» ne regarde pas seulement ces grandes réputations que j'ai dit être mal fondées, mais celles mêmes qui sont le plus solidemèntetleplusjustementétablies.Gar il y ena :il y ade ceshommessinguliers et rares, qui emportent avec raison tous les suffrages, et àqui b plus maligne envie est forcée de rendre une espèce d'hommage par son silence et par son estime ; elle plie devant eux » et elle se tait. On en iait mention de tous côtés ; partout on les reçoit avec agrément : grands et petits, tout le monde leur témoigne du respect et de la vénération. Or par-là ils sont exposés à la même tentation que les autres; et quoique quelques uns peut-être, parle bon caractère de leur esprit, se préservent de ce danger, il n'y en a que trop qui y succombent.
Et à dire vrai, il en est d'une grande réputation comme d'une grande fortune : il est également difficile de bien soutenir l'une ^ l'autre, et de ne s'y point oublier. Quand on se voit dans un certain' degré d'élévation et de distinction , il semble qu'on ait été tout-à-coup métamorphosé dans un nouvel homme. Ce so^t des pensées, des affections, des sentiments tout différents ; c'est une conduite tout opposée à celle qu'on avoit tenue jusque là. On étoLt d'un commepce aisé, commode, honnête ; on se familiarisoit avec des amis ; mais les temps sont changés, et il s'est fait le même changement dans le cœur : on est devenu homme trop important i^ pour entretenir désormais de pareilles liaisons ; on a pris son vol bien plus haut, et l'on ne s'associe plus qu'avec les grands : comme si , à l'exemple de ces pharisiens qui se séparoient du peuple, on disoit au reste du monde : Tenez-vous loin de moi. On le dit, non pas de vive voix, ni d'une façon si grossière, mais on le donne assez à entendre par un visage froid et composé, par une réserve affectée, par une conversation sérieuse, par mille témoignages qui se font togt d'un coiip apercevoir. Pitoyable foiblesse, ou se laissent aller les meilleurs esprits ! Il n'est point de poison plus s^til que l'orgueil. Il a corrompu jusque dans le ciel les plus sublimes intelligences : ne nous étonnons pas que sur la terre il puisse pervertir les âmes d'ailleurs les mieux constituées et les plus fermes.
Encore si ce n'étoit là qu'une de ees foiblesses humaines qui n'ont nul rapport au salut , et qui n'y causent aucun dommage : mais en estil une plus pernicieuse, puisqu'elle est capable de nous enlever devant Dieu tout le fruit d'une vie passée dans Içs plus longs et les plus rud^ travaux? car il a'en coAte pas peu pour se fjire une grande réputaibu , et pour la conserver; Que la nature nous ait doués des plus belles qualités, cela ne suffit pas. Ces-qualités naturelles sout des ta-
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lenHi mais H les fiittt cu^iver ; c'est une honiie terre, mais il y fauf, photer, il y faut semer, il y faut faire germer et croître le grain* Saof ceue culture tout dépérit, et rieu ne profite. . ,
Aussi sommes-nous témoins des soins infinis^ de Tapplicaiion con-, tinuelle» des éludes, des rechercbes, des fatigues d!un homme qui veut» par la Toie du mérite , se signaler dans sa profession et rendris son nom célèbre. Toute son attention va là ; il ne pense qu'à cette xér putation y il n'est en peine que de cette réputation ; il ne Jnes^re ses avantages et ses progrès que par cette réputation. Si cette réputaiion augmente et se répand, il se tient heureux : si quelque événement l'arrête, et qu'elle ne soit pas aussi prompteà s'avancer qu'il le désire^ il en est désolé ; et paroequ'il n'est rien de plus facile à blesser, est-ril précautions qu'il ne prenne pour la ménager? est-il efforts qu'il ne redouble pour la rétablir , du moment qu'elle commence à déchoir et à tomber ? Si bien que l'uniqpie objet de ses vœux , c'est c^tte^r^* lation; q^e Tunique fin de ses actions, c'est cette réputation; que son idole et comme sa divinité , c'est cette réputation.
Je n'exagère point. Je ne dis que ce que nous observons dans tous ks états, et tons les jours. Or de là que s'ensuit-il? un grand déjKirdrè et un grand malheur : c'est-à-dire que nous rapportons tout à notre gloire et non à la gloire de Dieu , voilà le déjsordre ; et que qe faissfut rien en vue de Dieu et de sa gloire, tout ce que nous fusons n'est rien devant Dieu , voilà le malheur. Malheur et désordre d'autant plus déplorables, que les plus saints ministères né sont pas exempta del'nn mi de l'autre; et n'est-ce pas ce que je puis justement. appeler Tabomination de désolation dans le lieu saint?
Car pour nous instruire nous-mêmes, nous, ministres et prédicateurs de rÉvangile, et pour apprendre à nous gar^tir de la plus mortelljQ contagion que nous ayons à craindre , est-il rien dans nos fonctions apostoliques de plus fréquent que de se lajsser surprendre à Tattraii; d'une grande réputation? En pntebant la .parole de Dieu, on la profane, paroequ'on l'emploie, non point à foire oonnoitre et honorer Dieu, mais à se faire honorer et connoitre soi*mème. Peu^étl e avoitron eu d'abord des vues plus épurées ;*peut-étre cm recevant sa missipn et se mettant en devoir de l'exercer, avoit-on dit comme l'Apôire : Nqtu ne nous prêchons point nous-^mêmçs^ mais noiu prêchons Jé^'Chrisi notre Seigneur (2. Cor.^ 4). On avoit été devé dans ces. sentim^ts, on les avoit apportés au saint ministère , et Timportance .étoit d*y persévérer ; mais bientôt l'ennemi est venu jeter l'ivraie dans le jobamp du père de famille. Ce n'est, point à la faveur des ténèbres, mais au gûmd jojir d'une réputation naissante et briHante. Une foule- d'auditeurs qu'on traîne après.soi; leur assiduité», leur attention, leurs acclama* tions; toutes les chaires ouvertes au nouveau prédicateuc» tous les honneurs qu'on bii rend; les personnes 3u plus haut rj^ngqui l'appelr lent aupr^ d'eux, et l'accueil favorable qu'ils lui font dès' qu'il se