‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 116 sur 225 · PEN8É£S DIVERSES · texte numérisé non relu

PEN8É£S DIVERSES

donné le powwr de marcher sur les serpenu et d'abatire Umteê les far^ ces de tennemi^ sam que rien soU capable de vous nuire : cependant il ne faut point vous rqouir de ce* que les esprits se soumettent à vous^ ôi de ce que cela vous fait craindre et révérer sur la terre ; maii réjouisuz-vous de ce que vos noms sont écrits dans le ciel (Luc, 10).

PBRSÉES DIVERSES SUR l'hOIIILITÉ ET t'OMCElL.

Nous aimons tant rhamilité dans les autres : cfnand trayaillerons- DQUs i la former dans nous-mêmes ? Partout où nous TaperceTons hors de nous , elle nous plaît , elle nous charme. Elle nous plaît dans un grand, qui ne sentie point de sa grandeur. Elle nous platt dans un inforieui', qui reconnott sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plait dans un égal; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux , si c'est néanmoins un homme humble que cet égal , et que la Providence vienne à Télever, nous lai rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation. Or puisque l'humilité nous paroft si aimable dans autrui, pourquoi donc» lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous unt d'opposition f quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres ? eUe les porte i s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que feroit la même* humilité dans nous? elle nous porteroit à nous abaisser au-dessous des autres , et voilà ce que nous n'aimons pas.

On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé, agi mal-à-propos. C'e&t une faute ; et si d'abord on la reconnoîsisoit , si l'on en convenoit de bonne foi et qu'on en témoignât de la peine, la chose en demeureroit là. Mais parcequon veut se justifier et se disculper, parcequ'on né veut pas subir une légère confosion , combien s'en attire-t-on d'autres? Vous contestez , et les gens s'élèvent contre vous ;' ils vous traitent d'esprit opiniâtre; et, piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de tous rabaisser, de vous humilier. Avec ce peu d'humilité, qu'on s'épargneroit d'humiliations !

II s'est élevé bien des savants dans le monde, et il s'en forme tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis Thyssope jusqu'ai) cèdre, et depuis la terre jusqu'au ciel, est-ii rien de si secret, soit dans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré? Hélas! on n'ignore rien , ce semble, et l'on possède toutes les sciences, hors la science de soi-même. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disoit et l'on dit encore : Mi' decin,guérisscz'V0U4 vous-même ( Luc, 4) ; ainsi je puis dire: Savants,

sua L'HUMILITÉ ET L ORGUEIL. 379

81 earieui de omnoltre tout ce qui est hors de tous, hë! quind ap« prendrez-Toos à vous coonoitre vous^témes?

Il est Trai, tous ne parles de vous que dans les termes les plus modestes et les plus bmnbles. Vous rejetez tous les éloges qa*oa vous donne; vous rabaiissez toutes les bonnes qualités qu'on vopis attribue; vous paroisses confus de tous les booneuri qu'on vous rend; enfin , votts ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant. Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer /ou par une parole, ou par un geste, Ou par une œillade, vous voilà tout-à«ooup déconcerté : votre cœur se soulève, le feu vous monte au visage, vous vous mettez en dé* fense, et vous répondez avec. aigreur. Que d*humilité et d'orgueil tout ensemble ! Mais tout opposés que semblent être l'un et l'autre, il ii*est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement, et à témoigner du mépris pour soi-même, il n y a qu'une humiliation apparente , et qu'il y a même une sorte de gloire ; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que ThumiUation est véritable, et parlà même qu'elle devient insupportable.

Humilions*nous, mais sincèrement , mais profondément , et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents , mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieuxquetous les miracles que Dieu pourroit opérer par nous : comment cela ? parce* que notr^ humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'édat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s*e8t perdu par les sentiments d'une vraie et solide humilitéw

Ainsi vous ne pouvez vous appliquer à l'oraison? humiliez* vous de la sécheresse de votre cœur, et des perpétodies évagations de votre esprit. Votre foiblesse ne peut soutenir lé trav^ail f humiliez- vous de l'inaction où vous êtes, et du repos où vous vivez. Votre santé ne vous permet pas de pratiquer des austérités et des pénitences? Iiumiliez-vous des ménagements dont vous usez, et des soulagements dont vous ne sauriez vous passer. De cette sorte, l'humilité sera devant Dieu le supplément des œuvres qui vous manquent : supplé* ment sans comparaison plus méritoire que ces œuvres mêmes. Car, au-dessus de toutes les œuvres , ce qu'il y a dans le christianisme de plus difficile, ce n'est pas de faire oraison, ce n'est pas de travailler ni de se mortifier, mais de s'humilier.

Vous vous plaignes de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons na* turds ^oi brillent dans les autres, et qui les distinguent ; mais surtout VOUS" ajoutez que ce qui vous afflige , c'est de ne pouvoir pas , faute

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de talent » glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le ibnd de voire cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige , ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres , mais de ne pouvoir pas , en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-môme. Qn^ notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre ! jusque dans la gloire de Diea, il nous ftit désirer et chercher notre propre gloire.

Quand on voit dans le ministère évangélique un homme doué de certaines qualités, d'un génie élevé, d'un esprit vif, d'une imagination noble, d'une éloquence forte et naturelle, on conclut que c'est un sujet bien propre à procurer la gloire de Dieu, sans examiner d'ailleurs s'il a le fonds d'humilité nécessaire qui doit servir de base à toutes les œuvres saintes et les soutenir. Mais Dieu en juge tout autrement que nous. Car si cet homme manque d'humilité, si cest un homme vain et pr&omptueux, on peut dire de lui ce que Samuel dit de chacun des six enfants d*lsaie, frère de David, et ses aînés : Ce n'est point làcelui que le Seigneur a choisi (1. Reg.^ld), Sur qui donc tomberera son choix? sur un homme modeste et humble : voilà l'homme de sa droite, voilà le digne sujet qu'il emploiera aux plus merveilleux ouvrages de sa grâce, et de qui il tirera plus de gloire. Hais c'est un mérite médiocre, ou, pour ainsi parler, ce n'est rieù selon les idées du monde. Je réponds qu'indépendamment de tout autre mérite, il a devant Dieu le mérite ie plus essentiel , qui est celui de l'humilité : et de plus j'ajoute que, n'étant rien ou presque rien dans l'estime commune, c'est cela même qui relève davantage la gloire de Dieu , à qui seul il appartient de faire de rien les plus grandes choses.

On peut m'objecter ce que l'expérience après tout nous fait connottre, par exemple, de deux prédicateurs. Car, sans^tre le plus humble , nous voyons toutefois que l'un, avec les avantages qu'il a reçus de la nature, réussit beaucoup mieux dans l'opinion du public, etl'emporte infiniment sur Fanire. On goûte le premier, du ie suit ; au lieu que l'antre, dépourvu des mêmes dispositions et des mêmes dons, travaille dans l'obscurité, et qu'il n'est fait dé lui aucune mention. Je sais tout cela , mais je sais aussi que nous donnons ordinairement dans une erreur grossière sur ce qui regarde la gloire de Dieu. Nous croyons la trouver où elle n'est pas, et nous ne la cherchons pas oii elle est. Être admiré, vanté, écoulé des grands, produit aux yeux des plus nombreuses et des plus augustes assemblées, voilà oiinous faisons consister la gloire de Dieu ; mais souvent elle n'est point là. Où donc est-eile? dans la conversion des pécheurs, dans Tinstruciioa des ignorants, dans l'avancement et l'édràcation des âmes; et un bon missionnaire, homme sans nom, sans réputation, mais humble, zélé, plein de confiance ^n Dieu, vivant parmi les sauvages, parcourant des viHages

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