‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 119 sur 225 · CARACTÈRE DE L'A CHARITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE L'A CHARITÉ CHRÉTIENNE

"ims bornes » et qui la rëpaad sur tontes sortes de sujets , grands et petits., riches et pauvres, domestiques, étrangers, amis, ennemis. MbtiCliécessaire , et sans lequel ii u'est pas possible d'accomplir ton t le prj^cepte dç la charité chiîétienne. Car nous aurons beau consulter

. la raison , iaooiais la raison seule qo n6u? déterminera à certains'' de- Toirs que h charité nâuimoins exige indispensablement de nous. Il ji'y a qu'une vuç supérieure Iqui puisse nous y en^ger, et c'est la yue de Dieu. Sous cetaspect tout nous devient , non seuieinent praticable, niais fitcile ; et la charité ne nous prescrit rien alors de si héroïque , 401 nous étonne. A toute autrç considération , nous pouvons opposer des diffiçttités : ouiis H u'y a point dé réplique à celle-ci ; et que poûrrionsrnous alléguer pour notre défèùso, quand on nousdilr: Dieu vous le demande; faites-le pour Dieu?

Delà donc il est aisé de voir rillusipn qui taous $éduit ec la fausseté

d^ nos excuses, giJan4 nous voulons nous prévaloir des défauts du

procbaîn, ou des.offenses que nous penspns.en avoir reçues, pour

autoriser nôtre indifférence à sou égard , et-ieressentiipent que nous

4iai témcûgnoBS j^ar notre conduite et nos manières. On dit : C'est, un

*kiomme inqui^ et bizarre; d'un moment à l'autre on ne le Qonnoit plus , et quoi qu'on fiissç on ne peut le contenter. Le moyen d'essuyer toutes .ses humeurs et d'étJ:e sans cesse exposé à ses caprices ? On dit: C'est un hûnuue violent et.eipporté ; on ne sauroit lui dire i&né parole qu^il n'éclate tout d'un coup, et'qn'il ne vous brusque sans modération et sans ménageineAt. On dit :*G'est un mauvais cœur et un ingrat; on a beau lui faire du bien , .11 n'en a mille reconnoissance , et ne voudrolt pas vous fendre le. plus léger service , après qu'on lui en a tendu d'essentiels. On dit: C'est un malade bienf^poHun ; il ne vou^ entretient que de ses infirmités ; et à force dé sa plaindre, ii devient fatiçant, et ne donne pour, lui que d^ dégoût. Oadit: C'est mon èqnemi ; iLa pris parii contre (ooi eu plus d'une affaire ; Qt je n'en ai jamais eu qç^ des désagréments. Éufiu que nt dit-on pas ? car il n'est point de matière oii l-on soit plus Cloquent , qùebrsqu'il s'agit des antres et de leiirs-in^perfectious. l^es raisons l yraies oii apparepies , ne rasuiquen^ point pour les mépriser et les condamner..Ôu s'ét&blit là-dessus , et l'on demande : Comiuent vivre ^vec des gens de ce caractère , eCcomment aimer ce qui |t'est pas aiinable f

Comment J'aini^r? à cette question la 1 épouse est aisée et pi^oinpte: la voici telle que je l'ai déjà fair entendre , et- elle- est sans réplique.

• Commeut^ dis-J[e ,. râimer ? pour .Dieu: point d'autre raison; et si

. cette raison he. nous suffit pas, upus cessons d^étre chrétiens, et en perdant la tfiàrïté du prochain , nous perdons la charité de Dieu^ Dévélôpponâ ceci , et rendons cett$ ibportante jeçoii plus intelligible. Si je V0.US dtsoi^il^imer le prochain, parceq'ue l'un est homme de mé-

. rite 9 et qu*ll à d'excellentes ^ualitfe ; parceque l'autre est un esprit doux., patient ^ accommodant ; parceque celui-ci est d'une probité re-

390 CARACTÈRE DE LA CHAftiré CHhÉTlËNME.

connae » d* une piété exémplsdre , d^une vertu consominëe; parcecfdé celui-là, prévenu en ^otre Faveur, vous comble def^races etnecher^

çhe qu à vous obliger et à vous faire plaisir, vous pOMrril&2 alors mesurer voire charité selon la diversité des tafentd et la difRéreoce des personnes; vous pourriez la borner à un certain ûbmbre, et en exclure ceux qui n'auroient pas les mêmes avantages et serôient siijets à des vices tout opposés. Vous auriez droit de vous en tenir à llr règle que je vous aurois prescrite, et vous pourriez me représenter qde tels et tels ne vous conviennent point, et cfu'ib'n'ont nen d'engageant pour vous ; qu'ils sotit fiers et hautains , qu'ils sont critiques et médi- 8su)ts, qu'ils sont faux et méntenrs; que ce sont de petits génies, sans lumière et sans connoissance ; que ce sont des arftes dures , sans condésc^daocç et sans pitié; qu'ils n'ont ni retenue, ni ppdenr, iti* crainte de Dieu , xA religion ; que plus d'une fois fnéme ils vous ont persûnoellement attaqué et insulté, et ique tout cela justifie assez Ti'ii-' difFérenoe avec laquelle vous les regardez, et le peu de part que vous prenez à ce qui les touche. * . * ' '

Ces considérations, je l'avoue , ne sont pas tôut-à-fait défdisbnn^. bles, à en jpger suivant les vues purement humaines. Aimer ceuit qui nous aimenty ceux qui nbus marquent de l'estime, de la cpnfiance, de la bienveillance; ceux ftvec qui nous sympathisons et qCii nous plài« sent^ ceux qui dans la société ont des Alanière^ phià liantes et plus proprés à nous attacher; ad • contraire, ^hépriser qui iious méprise; fuir qfài nous déplafr, qui nous ennuie, qui nous gène, qui notis choque ; se ressentir d'une injure, et user de retour envers celui qiii nous blesse;. le trai^ comme il nou^ traite, ou le. délaisser comme il notfs délaisse : voilàTe qu'inspire la nature; mais ce il'est point ce que l'Évangile nous apprend. Ce n'est poiiit II' seulement ce qu^etîge de nous la loi de Dieu ; et puisque je parle ici en qualité de ministre de Dieu et de son Évangile, la charité ijué je' prétends vous enseigner ne connoit point toutes ces distinctions et. ne les souffre point, parceqne le motif sur quoi eHe est fondée s'étend à tout sians distincUon,. et ou'U comprend généralement tout ce qu'il y a d'hommes sur 1^ terré, sans acception de personne. ' . ^ -

Car je vous dis précisément d'aiiiier le prochain, "soit qu'il ait toutes les perfections qu'on peut désirer dans^uh homnié accompli , ou qu'il n'en ails aucune; soit qu'il possède. tous les dons d'intelligence, de science, de sagesse, de probité, cî'ëquité', de politesse, d'ho;inéteté, ou qu'il ^à soit absolument dépouf vu; !k>it que sa naissance, sa for-.' tuqè le relève, ou que sa condition et sa misère l'avilisse. En un mot, quel qu'il soit et eu quelque situation que Vous le supposiez, c'est toujours votre pcôchain; et' comme votre prochain, Dieu veut que votis l'aimiez. Il le veut, dis-je, et il vous dit r Si ce n'est pas pour lui-même, que vous l'aimez, aimez-le pour moi. De ne Paimer ^ue pour luif * même, ce seroit une charité toute profane, sujette à mille excet)tiorts

GAnACTÊRB l^E LAdHÂRITÉ CHRËTifilillE. SOI

et à mSH» vimotions ;4iiitii de l'alner posr hiQt« c'est ce qki deil vebàttk* ser le prix .de vqire oherké ei la saiictàfier. Afin de nous Ater loiii pré» li9]Kie, et de*|ioMer à «être charité un mérité supéri^u^ en lui propo-» 8Mt Un eldjet twi «terë el tout divin, Bieii' ae rabstiliie à la phce d« {H^oebÉiQ. linMs déclare^ dans les termes les pins eiprès et les plui tm^bè^ft* qae tout le iHen qne bohi ferons à autrui, fét««e au plus

S lit et au dernier des^ homaieB, il Taoceptera et le isomptera comme t à lui même» dès que nous le fcrotis en son nom* f^'aarions^noits li-dessns'i répondre? et si noos sommjBs insensibles à cette raison aeoTeraiae, il h/a que lious. ne coonoîssiensr ni eeque notuèdetoq» i Bieii, ni ce que npus nous detons à no|ls-mémee.

.Je «lis ce que nous devons à Dieu : car, pour appliquer ici ce que saint Paul écrivait à son. disciple Piiilémon, en loi renvoyant Onëslnie et lui recommaadaot^dë recevoir ayec douceur et«avec bonté cet esclave fugitif, ii me seiîible que Dieip^ 4ans le fend de Tame , nc^is adresse les inémes paroles au sujel^ de chacun de nos firères : Uiez^iu etufèrilui ecmme fie'itmt mot-mMe. Peut-être vous a^î-Ufaii tort,' et penr-éfrè voM e^-ilTedevabUtn quelque thôie; maUjepritndi tkuêsUr mol, et ^vcm vouk%^'e'esî mot 9111 vous le doU ; je vous satisfettA; pmtr ne pas éire que voujs vous dev€% V0us^même tout à moi (Philem.^

J'ajoute ce que nous nous denims à noQs^némes. Et en effet , nous sommes donbtement intéressés à maiatenSr;oette loi de chaVîté établie de Dieu : car,* en premier lieu, la même loi qui nousordonned'sîmer le prochain, ssns^rd à tQutea:le9 caisonii qui, selon le seniiment naturel^ pourraient nous indispesereontrelui et nous retirer de lui,* ordonne pareillement ail pn)châin d'avoir pour nous la même indulgence,, et 'de nous rendre les mêmes devoira de la charité évan^qne. Et eecoad lieu, ce^e vue de Dieu que bons devons noue proposer dans rameur du prochain, c'est ce qui copDsacre, pour tf nsi parler, notre charité, et ce qui 7 attache le mérite le plus excellent. Nous y pouvoiis faireà Die^ Ûen des sacrifices, par la pénitence et les austérités, 'pàr la patience dana les» adversités, par le renoncement au.monde et -à* toutes ses vanités ; mats de tous les sacrifices, j'ose dire qu'il n'en .est .point de pins méritoirë*devant Dieu qikele sacrifice de notre cœur et de ses affections par la charité. Supporter \è prochain pour Dieu, pardonner an prochain pour -Dieu, modérer pour Dieu nos ressèetlihenis, adbuçlr nos aig^reurs-, réprimer nos colères, surmonter nos répugnances, que c'est une vertu peu connue des personnes même qui feht une plus haute profession de piété! ou , pou», mieux dire, sans cette vertu y a-t-41 Une piéié solide et de quelque prix auprès de Dieu?

m. Je dois aimer mon prochain Comme Dieu : c^est-à-dire que je deis l'aimer de h même manière , par proportion, que Dieu iSiime. Graijd et divin modèle que Jésus-Christ lui-même nous a préposé dans son Èvftdgite, lorsqu'ilÂtl*uiàant sesiliseiptèi suV ta charité du pro-

392 CARACTÈRE DjËu LA CHARITÉ (SHRÉTIEKtlE.

Ghah, et eDfAvtkiiUer surle ptrdmi'dseft ÎDJiHlBset raiuobr desMiM^ rais, iloondnt :.Sq^ tionc ptarfaSu cwnme votre. Père eékneeêt pmt^ fait (Matth^ S)^- Car, sek» l^texte sacré, celte perfsciioti en qi^ài jMeii veat «urtoiit qae mis rioiiiîoDS, avtaat qu'il e^foîmbki à nol^ foiUesse aidée do seûears de k grâce, c'est la perfectioii de la dMrifë, et c'est aussî-QcniforBiéflieaii cette même règ^, et dans le métoe aeas, que le SauireUr du monde disoii aux apôlres : Je v<m$ fais wn comimmrfemsiti nouveau, qui éùjie pout etUr aimer comme je 4faut ai aimei (JoàN., 13). Cômmàédemeifi nouveau, Aoo polit que la charilé tt'ait pas été HOC' ve^i» de tdus les teuips, maïs pecoeqir'eifp est sisfpiliène» ment et j^ns -exdeilèfluiièkit |a^ yertu dû <dHri8tiani8qfie. Or .cemoMît Bîeu, (somment Jésus^hrist, Fils de Dieu et vrai 'Dèeu, nous a-^ aî- Bi^? d'un* amour sincère,- d'un amour efficace, et, pour m^ex|friaier dé h série, d'xm amour' salutaire et sanctifiant. D'un ânouir.siiH^, par uné'blenveiltanQe et use aSeciion véritaUe du'oôaur ; d'un ataionr efficace, et- mis en œuvre pat mille Jbien<aîts; enfin,-d'un amour que j'appelle salutaire et sanctifiant, parceque dany les vues de Dieu il ne t4nd qu'à nqtre sanctification et à notre ^iit, et que c'en est là le deroif^et le principal objet: trois qualités de la vraie charité. Plût au ciel qu'elles fussent aussi cômanuDes qu'eUessont conforma à reépril de la religion, et à cette loi d'^moar qu'un Dieu-'Homme est venu établir parmi les hommes f #'

Charité *8incèfe et du cœur. A|uger par les dehors, jamais sièclene fut plus charitable quef le nAtre^ puisque jamais siècle n'eut plus Intérieur et toutes les apparences, de la cbaritéi Ou est ciyîi^^honuéte, poli ; on a des airs affables, gracieux, insinuants ; on*âtfecte une cqm^ plaisancjB infinie dans la Société ; on sait et l'en se pique iie saveir se oonforaier au goût, ayx inclinations , à toutes llss voîoutétf des. personnes ayec qui Ton est en. relation» Voilà en quoi consiste la sdenee du monde. Ce ne sont qu^ promisses obligeantes; qtt'expres8Îon8^affectueàses, que protestations de service, «rt d^un dévouement sans réserve. Mais dans le fond, qu'est<*c6 que tout oétof siqpn un laiiga|[e? Langage'^iuî dit tout, et qui ne dit rien ; quv embrasse tout^^ét qjui np va à' rien ; où le cœur pial^t s'épancher dans les phis. beaux seMr mepts, et ne sent rien ; laiigage dont le monde n'est, poiqt la dnpe. Car, avec le moindre rajton de lumière, on perce tout. dHin ceop au travers de ces apparencéi^, jet Ton entend tout ce qu'elles signifient. On réduit les paroles à leur vrai sens, les empres^emenu étudiés, les témoignages les'phis spécieux, à leur jjiste valeur. Ce sont, selon l'opinion commune^ des compliments; ce sont des bienséances, des usages, des façons d'agir : rien davantage. De sorte que quiôonqne f^ roit fond sur cela, et vôudroii tirer de Jà quelque conséquence en sa faveur, seroit regardé' comme un homme sans expérience, et dé^ pourvu de topte raison.

En effet , si nou^ pouvions pénétrer dans le secret des ames-et en

GAIlAGTÊRfi DË-LA CHARITÉ CHltÉTlEMNE. S83

ééetmmr les dispôMiioDS iiitërieares»de quoi aeripns-nous témoins, et 80«s ce voile de charité qne verrions-nous? Tindifférence la plus purliite à l'égard de œm^-là mêmes pour qui il semble qu'on brûle de aàle. Encore esl-ce peu que cette indifférence ; et si du moins on s'en tMoit là, ce seroit nn éist plus tolérable» et le mal seroît moins grand; mais je dis plus, et sons cet extérieur charitable et officieux, que verrions«Mis? les sovièvemenif de cœur» les mépris , les jalousies » les desseins de nuire, de traverser, d'abaisser, de perdre; les mesures prises à cette fin, les moyens imagina, médités, préparés de loin et concédés; les intrigues rormées en seoret, conduites avec art, avancées peu à peu et sans bmit, soutenues jusqu'au bout* aux dépens de toute équité, et aa préjudice de toiu autre intérêt que je sien propre. Je n'exagère point, et, au lieu d'outrer la chose, peut-être en dis-jè tiop peu. Or est-ce là charité, au n'est-ce pas artifice, dissimulaiion, mauvaise foi? n'est-ce pas imposture et tromperie? De là* vient qu'il s'y a presque plus de confiance entre les hommes, et que par sagesse olL est obligé de se tenir toujoi^rs en garde les uns-contre les autres : G^ à qni.se fier, dit-on? On le dit, et on a bien >ujet de le dire. Die^ voukût que la chiirité nous unit tous. Il vouloit que, par ime confiance réoiproqne, la charité ouvrit les cœurs, et que dans ces ouvertures de cœur les bomikies pussent avoir entre eux de sûres et d'utiles communications. C'étoit la douceur delà sodéié- humaine ; c^enétoitl'avantage le pldn solide : mats il fiUloit pour cela une charité sans fard et sans dé^pdsement , une chanté intime et vériiaÛe. Or-oii la trotfv[er? et. tant qu'elia sera aussi rare qu'elle Test^ il n'est pas surpre- Bfnt que chacun de part et d'autre, se tiénne.si resserré, et qu'entre les esprits il y ait si pâu d'accord et de bonne intelligence, . * Charité eflîcaçie et pratique. Parceque Dieu nous a aimés et qu^il nous aimesincèremeitf , if nous a aimés et il nous aime efJAcacement.. L'un suit deJ'anlre,^en est l'effet îounanqçahle» Car aimi;r sincèrement^ «'est votHaîr sineërement du bien à celui qnjon aiùse; et (iès qu'on lui/veut du bien sincèrementi on le fait durement qu'on le peut et selon qu'on le peàLr Anstt' quels biens n'avons-noùs pas reçus de notre Dieu ? quels biens â'en recevons-nous pas tous les jours, et que nous réserve-t-il •fleore dansTavenir ? Marque essentiàle par où le Fils de.Dieu don- ■oità juger de l'amour da son Père pour nous. Voulez- vous savoir, dîsoitril à un docteur de la loi. Comment Dieu a aimé le monde ? U l'a Mtnijuiqu'à livrer êonFUs unique pour le tifonde (Joan., p). Marque aettsible. et convaincante^ quoi Tapôtre saint .Paul recoonoissoit Tamporde Jàius-Christ mtaie pour idi en pprticùfier :Il ma aime (GaL, 2), s'iécriôit ce maître des Gentils, saisi d'étonnement et comme ravi hors de lui-même; il m'a aimé, ce Dieu Sauveur; et la preuve deson amour la plus incontestable et la phis touchante est desêire Uvrépour md^ Il est vr» que la charité ne nous engage pas toujours à ces sortes de sacrifices; il est vrai qu'elle qe nous obl^e pas toujours à exposer noire

m GÂftÀCtËRÉ DE LA GËÀItlTÉ GURÊTIËNAE.

vie ni à la perdre pour le prochain. 11 y a des r€tiooiici*es éh wmê lé devons ; tniis ces rencontras , après tout , ces occasions ne sont paft fréquentes, et je Teift bien ne point les compter parmi les devoirs con»mnns de la charité. Je me borne à ces dévcÀrs Ardinaires, dont fes sd* yis se présentent presque à tonte henre, et dont je ne his point le détail, parceqù'il seroit infini. Uiieame que la charité anime n'a pas be* âoin qu'on les Ini fasse connpttre, elle les aperçoit d'eUe^méme; et pour les découvrir^ elle devient aussi clairvoyante et aussi ingénieuse qne sa charité est prompte et ardente. Elle sak prévenir, servir, faire plai^ sir selon toute retendue dé soii pouvoir. Elle sait assaisonner les services qu'elle rend par des manières encore plus 'gracieuses que -les gt^aces mêmes qu'elle (ait. Elle sait compatir aui maus dti prochain, le soulager, lui pi'éter secours, et l'aider à propos. Elle sait,pàr l'es* prit de chgritc qui l'inspire et qoi la conduit , parler, se taire, agir« s'arrêter, se gêner, se mortifier, relAchei' de ses intérêts, et renoncer i de justes prétention. Klle sait, dis-je, tout «6la,*paf*cèq(i'elle s'aflholionne à tout cela, |)9rcequ'ene s'étudie à tout cela, parcequ'intérieu^ remént portée à tout cela, elle y pense incessamment ^ et ne laisse rien échapper à son attention et à sa vigilance, l^ais, par une règle toute contraire, que la charité vienne à se reFroidir ou même à' s'éteindre dans nos cœurs , tout cela disparott à nos yeux et s'èflhoe de notre souvenir. On n'est bon que pour soi-même, et Ton ne se croit- chargé que de soi-même. Qu'aije afBiiré, ditron, de celui-ci et de celui-là? que puis-jé faire pour eux ? On ne le voit 'pas, parcequ'ôn ne le vent pas vojr; parCeqûe , dans une indolence et une insensibilité que rien n^émeut, on ne veut pas, pour qui que ce soit; te donner la moindre peine, ni se causer le moindre embarras. On est amateur.de son repos : quiconque pe|ti le troubler passe pour imi>ortun, et fatigue par sa présence. - . * •

Charité sanctifiante et toute salutaire : jé m'explique. Je ne dis pas seulement salutaire et sanctifiante à l'égard de celui qui la prati«fiie, et qui en (^ le mérite devant Dieu ; mais je dis sanctifiante et salutaire pour celui mêipe envers qui elle s'exerce > et<|ui en est le sujet. Car de même qqè la charité de Dlea envers les-faommes a pour fin prindp^le leur sanctification et leur salut, et que toutes les vues de sa providence sur nous se rapportent là , de même estH de noire charité de procurer , autant qu'il nous est possible , le salut du prochain , et de nous intéresser dans ta plus grande afiaire qui le regarde. Non pas ^ue tous soient appelés à prêcher rÉvah^lé comme les apôtres» ni que tous aient été destinés à conduire les âmes comme les ministres et lés pasteurs de l'Église. C'est une vocation particulière. e( spécilalemeat propre de certains états .-mais, outre cette vocation spéciale , il y a une vocation commune et générale à laquelle nous avons toiis part, et qui se trouve exprimée dans cet oracle du .Saint-Esprit : SKeu tes a tous thargés Uï uns deê autres {EccU., 17). Et certes st c'est pour nous

DEUX SORTES D'AllltlÉS. 395

tin deroir de cbaritë d'assister lè prochain dans ses besoins temporels» n'en est-ce pas an encore phis important de l'assister dana ses besoins spiriiads, quand nous le pouvons et de la manière que nous le pouvons? Or il 7 a mille conjonctures où nous le pouvons ; où , dis-je , nous pouvons donner an prochain d'utiles conseils par rapport au salut; où» par de^ sages remontrances, nous pouvons détourner lè procbaih dés voies corrompues du monde et l'attirer dans les voies du salut» où nous pouvons en de pieux entretiens instruire le prochain » réclaîrer , l'édifier, le porter à de saintes résolutions topchant le salut, et l'y confirmer. II n'est point pour cela nécessaire que nous soyons revêtus de certaines dignités» ni que nous ayons l'autorité en main. UégiX i égal» on pèu| de la sorte se cotifimuniquer Tun à l'autre ses pensées et ses sentiments; on peut être» pour ainsi dire» TapêtreTun de l'autre. Zèle d'autant plus digne de la charité chrétienne » que le salut est nubien plus excellent, et que c'est lé souverain bien. Par-là combien dé mauvais' exemples la charfté feroit«elle cesser ? combien dè*scàBdi3dès retrancheroit-elle? combien écarteroit-elle de diingers et d'obstacles du salut ? Elle sanctiSeroit le ofonde » comme elle le sanctifia dans ces heureux temps de l'Église» où les £dèies vivoient enserobleavec ta même ùt^ion que s'ils n'eussent eu qu'un cœur et qu'une apie. C'est ain$i que nous espérons vivre éternellement dans le ciel » et c'est ainsi que dès maintenant la charité doit nou^ disposer à cette vie bienheureuse et immorteHe où nous aspirons.

DEtJX SORTES d'amitiés : LES UNES SOLIDES OU PKÉTENDIJEâ SOLIDES; LES AUTRES SENSIBLES ET PRÉTENDUES INI^OCENTES.

Rien de plus ioùaf)Ie ni de plus conforme» non seulement à la raison» naaià i là religion même de l'homme» Que l'amitié bien entendue, et prise selon les vraies idées que nous en devons contevoir. C^est, dit Je Saint-Esprit» un trésor dont le prix est inestimable ; c'est une protection contre rinjuaticè , c'est un remède contre les accidents et les revers de la fortuné » c'est ûnespurce de lumière» et de conseils » c'est Tassaisonnement des biens» (ie'st l'adoùcisseinèbt des maux. Que d'avantages! et qui-Croii^oit que d'un si bon fonds il dût naître tant datanàùvaiâ fruits? Hais» par une malheureuse destinée» les meilleures choses so&t sujettes à dégénérer et à ^e corrompre,' comme nous le voyons dans l'amitié. Car » à ne parler même que des amitiés les plus hoDXiêtes en apparence et selon l'opinion du monde» il y en a de deux sortes : savoir, des aiirîtiés solides et des amitiés sensibles. Amitiés solides bu prétendues solides, qui he consistent point en certains sentiments leudrea et affectueux » mais dans un attachement réel ù la personne d'un ami » et dans un dévouement parfait à son service. Amitiés sensibles »' qUi font une impression pluà vive sur le cœur » qui le touchent » qui 1 affectionnent; mais du reste» à ce qu'il parolt» sans allé-

Page 1