DEVOIRS DES FIDÈLES ËNVEKS L'ÉGLISE
datice légitime. Point lù-dessus d*exceptu)Q ni de lieux, b! de rangs, ni de condiiions.
Pouvoir d'une telle prééminence, que nul autre parmi les hooune9 ne régale, ni ne peut atteindre au même degré. De lous les rois» de (bus les princes et de tous les potentats du siècle, aucun n*a le fo^uie droit sur les opérations de mon ame , ni dans la même éteodue : je veux dire qu'aucun ne peut m'ordonner de croire tout ce qi^'îl croit, de penser tout ce qu'il pense,^ de condamner intérieurement tout ce qu*il condamne, d'approuver tout ce qu'il approuve. Au-dehors» ib peuvent exiger de moi, ou un silence respectueux, oo certainea appa* rences d'un acquiescement extérieur. Je dois même, dans le fond du cœur, et par un esprit d'obéissance, me conformer, autant qu'il e^t jpossible, à ce qu'ils jugent et à ce qu'ils ordonnent; mais du reste « daa s la persuasion oii je suis qu'étant hommes comme les autres, ils ne sont pas plus exempts d'erreurs que les autres, s'ils se trompent en effet, je puis ne penser point comme ils pensent. Il n'appartient qu'à l'Église , k celte Eglise souverainement dominante, de nous dire : Croyez ceci, et de nous imposer ^par*là une obligation étroite de I^ croire ; de le croire, dis-je , de cœur, sans qu'il nous soit permis dfe douter,^ raisonner, de fonner d^s difficultés, et de disputer, sur ce qu'elle a une fois jiigé et dénoi : elle a t)àrlé, c'est assez. A cette seule décision, le plus sublime génie^et l'esprit le plus borné doivent é^a* lement se rendre, et il n'est j>às plus libre à Tun qu'à Tauilre d'^trer dans un examen qui leiir est interdit. Quiconque r^fuseroit à l'Egiisa^ cette soumission, elle est autorisée à le traiter de rebelle, à le retrancher de sa communion, et à le frapper de ses anathèmes: triste eut, où rihdocililé de tant d'hér^ûqties les a réduits. Ce sont d^ brebis errantes et perdues, à moins qu'il ne plaise à Dieu de les ramener par sa grâce. Demandons-lui pour eux ce retour si nécessaire ; nuiis surtout demundons-lui pour nous la implicite de la foi, et upe docilité d'esprit qui nous préserve des mêmes égarements.
II. Comme enfants de l'Église, nous devons Taimer, puisqu'elle est notre mère. Le Prophète disqit : Une mère peut-elle oublier l'enfant quUUe a mii au monde (IsAi., 49)? et, renversant la proposition sans la contredire, j'ajoute et je dîis de même : Un enfant peut-il oublier la inère qui l'a conçu dans son sein, et à qui il est redevable de la vie et de la naissance? Une mère qui abandonneroit son enfant et lui refuseroil ses soins, seroit indigne du nom de mère ; et un enfant qui r^ honceroitsa mère, ou la regarderoit avec indifférence, démentiroit tous les sentiments naturels et toute l'humanité. Or que l'Église soit mère, et noire mère; qu'elle ait pour nous toute l'attention, toute la tendresse de mère, c'est, selon l'esprit et non selon la chair, l'aimable qualité et l'illustre prérogative qui ne lui peut être contestée , pour peu que nous considérions toiîte sa conduite envers chacun des fidèles.
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Dès liotré naissance elle nous a régénères en Jésus-Christ par lé baptême. Elle nous a marqués du sceau de Dieu et du caractère de la foi: EHenoiis a recueillis dans ses bras, ei elle s'est chargée de nous donner la nourrituiré spirituelle. T a-t-il moyen qu'elle n'emploie dans tout le cours de nos années pour nous former, pour nous instk*uire et pouf nous éclairer, pour nous diriger dans les voies de Dieu et nous y avancer, ou pour y ^ippeler ceux qui ont eu le malheur d'en sortir ? Que de ihinistrès elle députe pour cela , qiië de secours elle nous fournit , que de prières elle adresse à Dieu, que d'offrandes et de sacrifices elle présente, toujours attentive à nos besoins et toujours sensible à nos véritables intérêts, qui sont les intâ*éts du salut! G^est ainsi qu'elle nous conduit dans les divers âges de notre vie^ et qu'elle ne cesse point de veiller sur nous, ni d agir pour nous.
Elle foitpliis; et c'est shrtout à la mort, à ce passage si dangereux, qu'elle redoublé sa vigilance, et qu'elle déploie dans toute son étendue son affection maternelle. Elle ouvre en notre faveur tous ses trésors ; elle donne aux prêtres qui nous assistent tous ses pouvoirs; éne ne se réserve rien, et elle l^ur confère toute sa juridiction pour pardonner et pour absoudre. Il n'y a qu'à l'entendre parler HimurHn' En (^uels termes s'exprime*t-elle, dans cette recommandatiç^u'elle fait à Dieu de l'ame d'un mourant ! Est-il rien de plus vif, êst-il rien déplus tendre et de plus touchant? Encore n'en demeure t-elle pas là; ses enfiants lui sont toujours chers jusqu'à la mort et après la mort. IlÀ disparoissent à ses yeux , mais leur mémoire ne s'efface point de son soii venir. Elle veut que leurs corps reposent dans une terre sainlè, et que leurs ossements soient conservés avec la décence convenable. Cependant elle s'intéresse encore plus pour leurs anàes : et par'cequ'ellé a un juste sujet de craindre que ces âmes , quoique fidèles, redevables à Dieu, ne soient détenues dans un feu qui lès purifie „|Dl« où elles doivent souffrir jusqu'à ce qu'elles aient satisfait à la justiof^ do Seigneur, elle les aide, autant qu'il est en elle, de ses suffrages, ne cessant point de prier, de Solliciter, d'agir , tant qu'elle est incertaine de leur éuit, et qu'il lui reste là-dessus quelque doute.
Or, à un tel amour, par quel amour devons- nous répondre? Supposons un fils bien né, et qui ne ^éut ignorer le zèle, les soins infinis d'une mère à laquelle il doit tout : que sent-il pour elle, ou plutôt que lie sent-il pas , et que ne lui ins{)ire pas un co^r reconnoissaoi? Est -il témoignage d'un attachement inviolable qu'il ne lui donne? est- , il honneur qu'il ne lui défère? est-il devoir qu'il refuse de lui reiidre ? Si nous aimons l'Église, voilà notre modèle ; et pouvons-nous ne l'aimer pas, dans la vue de tous les biens que nous en avons reçus et que nous en recevoiis tous les jours? ^our peu que nous y pensions et que nous les comprenions, nous nous tiendrons éternellement et inséparablement unis à cette mère des croyants. Dans le même esprit que
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David , et encore à plus jaste titre» nous lui dirons ce que ce saint roi disoit à Jérusalem , qui n'en étoit que la figure : Plutôt que de vou$ oublier jamah^ que j'oublie ma main droite et que je m'oublie mot* même. Plutôt que de perdre un gouvenir qui me doit être si doux, et dont je dois faire le principal sujet de majoie^ que ma langue se dessèche^ et quelle demeure coiUe à mon palais (Psabn. 136). Point sur cela de respect, point de considération humaine : pourquoi? paro6* qne rien dans notre estime n'entrera en comparaison avec l'ï^se, et qne, par nn intime dévouement, nous n*anroo8 avec die qu'un même intérêt.
SL Comme membres de TÉglise, nous devons la soutenir et ïapi,«i jOr. L*Église est un corps, je dis un corps mystique et moraL Ce corps a un chef, qui est Jésus-Christ» et il a des membres, qui sont les fidèles. Ainsi Tapêtre saint Paul nous Teoseigne-t-il en divers endroits, mais surtout dans son Ëpttre aux Éphésiens, où il parle de la sorte au sujet de Jésus-Christ : Dieu Im a mis toutes choses sotu tes pieds^ et il ta établi chef sur toute l'Église^ laquelle est son corps et le représente tout entier^ lui qui a dans tous ensemble toute sa perfectim» (Ephes.^ 1). Comme si le grand Apôtre disoit : Mes Frères, nous ne raisons t^s qu'un même corps avee Jésus-Christ et en Jésus-Christ. L'assei^e de tous les fidèles unis k Jésus-Christ par la foi, voilà le corps df4*Ég1ise: mais ces mêmes fidèles pris séparément et CoAsidérés chacun en particulier, voilà les membres de r£glise. Plus ces membres croissent et se fortifient , plus le corps prend d*accroissement et acquiert de force ; et c'est ainsi que le chef reçoit lui-même plus de perfection en qualité de chef, à mesure que le corps, par l'union des membres, se fortifie et se perfectionne.
Quoi qu'M en soit, ce caractère, non seulement d'enfants de l'Église, mais de membres de l'Église, est un des plus beaux titres dont nous .puissions nous glorifier devant Dieu et selon Dieu. Comme membres (A l'Église, nous appartenons spécialement à Jésus-Christ, puisj^u'en «értu du baptême que nous avons reçu, et par où nous fûmes agréés au corps de l'Église , nous avons cqptracté avec Jésus-Christ une alliance plus étroite et plus prochaine. Comme membres de rÉglise, nous ne sommes point des étrangers ni des gens de dehors , mais nous sommes les domestiques de la foi; nouyommes de la cité des Saints et de la maison de Dieu , les pierres vivantes du nouvel édifice bâti sur le fondement des apôtres et des prophètes, ou Jésus^Christ lui-même est la première pierre fie t angle [Ephes,^ 2). Comme membres de TÉglise, nous pui't'cipons à tontes les grâces qui découlent de son divin chef, et qu'il loi communique sans mesure. Car elle est dépositaire de ces sources sacrées du Sauveur, où nous puisons avec abondance les eaux do salut; elle est la dispensatrice de son sang précieux et de ses mérites infinis; et n*est*ce pas sur nous qu'elle les répand par une eff)ision continuelle? Or de là nous voyons combien il est de notre inié*
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rét que cette Église subsiste , et combien il nous importe de travailler tOQs et de concourir à son affermissement.
Je sais qu'indépendamment de nous, cette ËgHse subsistera en effet JQsques à la fia des siècles, et que, selon la promesse du Fils de Dieu, Jes portes de Tenfer ne prévaodront jamais contre elle ; mais ce corps, qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de détruire, peut , après tout « selon la mauvaise disposition des membres qui le composent, avoir ses pertes et ses altérations, soit par la désertion de quelques uns de ses enfants, soit par i'affoiblissement de la charité du plus grand nombre ; et Toilà sur quoi tout notre zèle doit s'allumer. Tel fut le zèle des apôtres, quand, au péril même de leur vie et au prix de leur sang, ils s'employèrent sans relâche à former TÉgiise naissante, et à Félendre dans toutes les parties du monde. Tel est encore de nos jours et parmi nous le zèle de tant d'hommes apostoliques, qoi se consument d'études et de veilles pour la défense de l'Église ; qui dans les chaires, dans les tribunaux de la pénitence, dans les entretiens publics et particnliers, consacrent leurs talenu et leurs soins à Tédilication de l'Église; qui passent les mers, et vont prêcher rÉvaogile aux barbares et aux idolâtres, pour l'avancement du royaume de Dieu sur la terre et le progrès de l'Église. Tel enfin doit être par proportion le zèle de chaque fidèle, qui, selon le mot de Tertullien, devient soldat dès qu'il s'agit de l'Église, et est indispensablement obligé de combattre pour sa cause, autant qu'il est en son pouvoir.
Car, suivant la ligure dont se servoit saint Paul sur un autre sujet, et qui ne convient pas moins à celui-ci, de même que dans le corps hnmam chacun des membres contribue à la bonne constitution du corps, de sorte que tous s'aident au besoin les uns les aoiDes, ainsi dans le corps de l'Église devons-nous tous, par une sainte unanimité, être tellement liés ensemble, que jamais nous ne permettions qu'on y donne la moindre atteinte, et que nous nous opposions comme un mur impénétrable à tous les coups que l'erreur, l'incrédulité, l'impiété pourroient entreprendre de lui porter. Devoir propre de certaine états et de certaines fonctions dans le gouvernement dh l'Église; mais d'ailleurs, sans nulle différence de fonctions ni d'états, devoir commun et universel. Si ce n'est pas par le ministère de la parole que nous soutenons l'Église, et si nous n'avons pour cela ni le don ni la vocation nécessaire, soutenons-la par la pureté de nos mœars, et rendons témoignage h la vérité de sa foi par la sainteté de nos œuvres. Si ce n'est pas par la pénétration de nos lumières ni par l'étendue de nos connoissances, soutenons-la par la docilité de notre soumission, et pa^ une fermeté inébranlable à ne nous départir jamais ni de ses ju^ments, nipe ses commandements. Si ce n'est pas contre les tyrans , soQteMns-la contre les artifices de Thérésie^ contre les insultes du libertinage; et de quelque part que ce puisse être, ne souffrons point qu'elle soit attaquée impunément en notre présence. Nous4|M lievons
i^I VRAIE OBÉISSANCE A L'ÉGLISE.
tout cela ; et quand nous nous sommes engagés à elle, pous lui avons promis tout cela. A Dieu ne plaise que nous démentions un engagenicnt si saint et si solennel! ce seroit nous dcmenlir nous-mêmes. Gar<|or|s-nous d'abandonner par une lâche désertion cette É{îlise militan'teoi; nous vivons présentement, afin qu'éternellement nous régnions avec celte Église triomphante que forment dans ]e ciel les élus de^bieu et les héritiers de sa gloire.
MARQUE ESSENTIELLE ET CONDITION NÉCESSAïaE D*UNE VRAIE
OBÉISSANCE A l'ÉGLISE.
il en est de l'obéissance d'un fidèle à l'égard des décisions de TÉglise, à peu près comme de l'obéissance d'un religieux à l'égard des ordres qu'il reçoit de son supérieur. Qu'un religieux obéisse quand on ne lui ordonne rien que de conforme à ses inclinations, c'est une obéissance très équivoque , parcequc la nature peut y avoir autant dé part que l'esprit de Dieu: mais qu'ilse montre également prompt à ODéir lorsqu'on lui donne des ordres tout opposés à ses désirs, et qui le gênent , qui le mortifient, c'est là ce qu'on peut sûrement appeler une obéissance religieuse, puisqu'il n'y a qu'une vraie religion qui en puisse être le principe. D'où vient que ce {;rand maître de la vie monastique et régulière, saint Bernard, donnoità ses religieux cet important avis : Mes frères, ne vous abusez pas, et gardez-vous d'une illusion bien dangereuse et bien commune dans le cloître. Souvent bo n'a dé rbbétssance que le dehors et que le nom, sans en avoir la vertu ni le mérite. Quiconque, ou par adVesse, oupar importunité, ou en aiieique nlanière que ce soit, fait en sorte que ce qu'il souhaite et ce qui est de sa volonté propre, son supérieur le lui enjoigne, se trompe alors, et,8e flatte en vain d'être obéii^saDt ; car, à propreifaent parler, fee n'est point lui qui obéit au supérieur, mais le supérieur qui lui obéit.'
Or nous devons raisonner de même au regard de l'obéissance que nous rendons à l'Église. Qu'un fidèle, ou un homme réputé tel, se soumette aux décisions de TÉglise, et qu'il les accepte, quand elles sont selon ses vues et selon son sens particulier , quoiq.ue sa soumission puisse être bonne et méritoire, elle n'est pas néanmoins à l'épreuve de tout soupçon; car ce peut être quelquefois autant une simple adhérence à son propre sentiment, qu'une véritable soumission au tribunal d'où ces définitions sont émanées. Mais que je voie cet Jiomme aussi soumis d'esprit et de cœur quand l'Église décide contre lui, quand elle prononce des jugements qui le amdamnent, qui ITtumilient, c'est alors que je canonise sa foi, et que je lui«pplique, avec toute la proportion convenable , ce que le Fils de W^lft idit au Prince^des apôtres : Yoru êtes heureux dans votre obéissance, puisque ce n ^t point la chair ni le sang qui vous t'a inspirée, mai9 (juelle ne