BONHEUR D£ L'ÉTAT RELIGIEUX
Vb&$ on tee dira que ci» pensées peuvent dëcoorager une ame et la r<ibatér;'et moi Je rëppndà que^c'est de là même au contraire qu'elle peut et qu'elle doit tirer les. motifs les plus propres à la résoudre et à l'affermir (jân^ sa résolution : comment? parceque c'est de là qu'elle apprend à estimer l'état religieux par oii il est précisément et souverainement estimable» saVoir : comme un état de sanctification^, comme un état de perfection» comme un état de salut, comme un état oii Tamé religieuse pi^ut amasser chaque jonr de nouveatix mérites pour Téteriritéy etjiccumiilersans cesse couronnes sur couronne^. Point capital auquel dlé <j[oit uniquement s'attacher» et en quoi elle doi t faire consister SÛT la terre tout son bonheur. Auas>est-ce sur oelaseulque le prédicateur lui-même doit insister, et en celalseûl qu'il doit renfermer les excellentes prérogatives de la profession reh'gieitse. Quoi qu'il en soit de tout le reste, etquelqnes couleurs que l'on emploie àTembeltir et à le relerer^dès qu'on s'écartera, de cette importante considération du salut^ je n'bésiteeai point à dire en particulier de l'état religieux et des personnes qui s'y .engagent, ce que saint Paul disoit en général du cliristianisme til des chrétiens qui le professoient : Si ikspérance quetums ùvons se borne à cette vie, de tous Us hommes, nous sommes lès pÀus malheureux (1 • Cor., 15) .
Voilà ce qnejedirai,.8ans craindre d'en être désavoué par aucun de ceux qui ont quelque cpnnoissance de la vie religieuse, et surtout de^eux qui en ont quelque expérience. Mais du moment qu'oa m'alléguera le salut, qu'on me pariera de la vocation religieuse comme d'un gage de prédestination et dé salut, qu'on m'y fera reconnoitré une prédilection de Dieu , et* une providence spéciale par rapport i mon salut; ah ! c'est alors que je m'écrierai avec le même saint Paul : Au nniieu de mes trilmlatiens et dans les plus rudes épreuves de mon état, je suis rempli de consolation^ je suù comblé de joie {% Cor., 7).
J'ajouterai encore, comme le Prophète royal : Un jonr dans votre maison, 6 mon IfieU , vaut mieux pour mot que mille années parmi les pécheurs du siècle {Psalm^ 85). Que j'y sois humilié, dans cette maison de mon Dieu, et que j*y occupe Jes dernières pjaces ; que j*y ressente toutes les mcommodités d'une étroite pauvreié> et que j'y porte tout le poids d'iine obéissance rigoureuse ; que la nature avec toutes ses convoitises y soit combattue, domptée ^ immolée : il mê suffit que oe soU une maison de salut, pour me la rendre, non seulement supporl^ble, «iaisagi*éable, mais aimable*. Je n'y deikumde rien autre dtose , tt c'est là que je po^te tontes mes prétentions^ Traita de la Mrte le boob^r de la profession religieuse, c'est prendre, dans le sujet'ce qu'il y a de'sQlide et de réel, et c'est toujours, dans chaque sujet, à ce qu'il y a de réel et de solide^u'i^n prédicateur doit st'arrêter ; autrement il dira de belles paroles qui frapperont l'air, mkis sans con-^ vaincre l^espritsni toucher lés CfBûnu
Et 11 ne Isiut point me rép^dre que l'Énngile^ après tout, que tous
441 BONHEUll DE L'ÉTAT HfiUOlEUt.
les Pères de l'Église , fondés sur la parole de Jésos-Christ , prometteût au religieux, non sealemeot lé centuple de Tautre vie; qui est le salut éternel, mais encore, dès cette vie présente^ un centuple qui ne peut être autre chose'que le repos dont on jouit et toutes les douceurs qui raccompagnent. Il est vrai qtte le SauVeur du monde a parlé de ce double centuple,>ran de là vie future, l'autre du temps présent, puisqu'il a ditdans les termes les plus Formels : Personne ne quittera pour mot ia maiion, ou ses frères, ou tes sœurs^ ou son jfbrè, ou sa mère, ou its kMtàges, qui dès à présent ne reçoive cent fois autant, et qw, dans kstèele'à venir, tCohticnne la vie étemeUe (Matth., ,i9). Il n*est pas ' moins vrai que le centuple de cette vie ne peut élre pour une àme reîilifeuse, que la paix qu'elle goûté dans son état , et qiii seule vaut cent fois mieut que tdus les héritages et tous les biens auxquels elle a renoncé : £ar c'est ainsi que les interprètes vérilBent ce beau passage de saint Marci et qu'ils entendent la promesse du Fils de Bien. Mais l|Q'est-«ce qm cette paix? Voili l'article essentiel et^ur quoi dejeanes persobnes peuvent être dans une errenr dont il est bon de ies.dëtrom* per, au lieu de les y entretenir par des discours flatteurs et de vaines exagérations.
Quand Jésus-Christ donna la paix à ses disciples , il les avertit en Inéme temps que ce n'étoit point une paix telle que le monde la conçoit, ni qu'il la désire. Je vous donne ma paix, leu)- dit ce diTîn maître : c'est la mienne, et non point la paix du monde. Cette paix du monde, cette paix fausse et réprouvée, est une paix oisive, molle, fondée sut les aises et les commodités de Uf vie, sur tout ce qui platt i la nature etqui satis&it l'amour- propre : mais la paix de Tame religieuse est étiUie sur des principes toiit contraires, sur la haine de soi-même , sur un sacrifice perpétuel de ses appétits sensuels, de ses inclinations, de ses passions, de ses volontés. Tellement que le religieux, ne peat être content dans sa retraite qu'autant qu'il sait s'humilier, se crucifler, se vaincre, se rendre, obéissant, pauvre, patient, assidu autrtyaB, exact i ses devoirs, ne se dispensant de rien , ne se ménageant en rieu, ne voulant être épargné sur rien. Il lui en doit coûter pour cela : mais, par une espèce de miracle, moins il se ménage, moins 0 s'jépar^ gne lui-même, et plus il sent l'al)ondance de )a paix se répandre daito son cœur.
Et ne vbyons^ous pas aussi que c'est justement dans les comnm*. nautés les plus'régulières et les plus austères qu'on témoigne phis de satisfaction, et qu'on tronve le joug de Jésus^Christ plusdouxel son fiirdeaa plus léger? Tout contribue à ce côntenienient et à cette tran-
?uilKté d'une ame vraiment religieuse : l'indiflfërence oii elle est à égard de toutes les choses humaines, et son dégagement de ions hè intérêts qui causent aux mondains tant d'inquiétudes; l'entier abandonnement de sa personne entre les mains de ses supérieurs, pour se bisser conduire selon* leur grë et^sëton leurs wes ; le cainie
VOCATION RELIOIEUSE. 44$
de h oooscienée ; ^attente de cette soaTerain'e bëathude où elle isfire DQÎquement 9 et veri laquelle ell^ travaille chaque Jpur à s^avaik* oer par de nouveaux progrès ; et surtout l'onction intérieure de la grâce divine qui la remplit. Car Dieu» fidèle à sa parole, a mille voies, secrètes pour se communiquer à cette ame, et pour la combler des plus pures délices. -i
A en juger par les dehors^ on ne voit rien dada tout le plan de sa vie que de pénible et de rebutant : clôture , solitude « silence, dépendance oonÛDuelle, soumission aveogle, règle gênante, ob^rvances incommodes, fonctions laboTi^pses, eterdoes humiliants, abstinence^, Jeûnes^, macérations de la chair. Hais sous ces dehors capables d*eF^ frayer des âmes qui n'ont jamais pénétré plus avant , et qui n'ont ap* pris par nulle épreuve i oonnoltre les mystères de Dieu , combien Y n-t-il de ces consolations cachées, suivant le témoignage du prophète, et réservées à ceux qui craignent le Seigneur ! combien plus encore' f eita4*ilpour ceux.qui ftiimenU et qui le servent en esprit et en v^ité!
De li vient, par une merveille que Thomme terrestre et animal ne * comprend pas et ne comprendra jamais , niais qui se découvre à Thomme religieux et spirituel par Texpérience et le goût le plus sensible; de li, dis-je, il arrive qu'au lieu que les gens du monde , avec to us leurs biens, tous leurs honneurs, tous leurs plaisirs, sont presque toujours malcontents et se plaignent incessamment de leur sort, le religieux , dans son dénuement, dans son obscurité, sous Tobédieoce la plus rigide et dans les pratiques les plus mortifiantes , ne cesse point de bénir sa condition , et fournit paisiblement toute sa carrière. La paix qu'il possède est la paix de Dieu ; et TApdtre , qui Favoit lui-mÀne éprouvé , nous assure que la paix de Dieu est au-deé- SU8 de tous les sens, et que rien en ce monde ne Tégale. Or voilà, encore une fois, par oit je veux qu'on représente aux personnes religieuses le bonheur de leur état. Voilà sur quoi je Veux qu'on insiste, et ce qui servira à exciter leur zèle , leur vigilaûce, leur ferveur, en leur fiûsant Conclure qu'elles ne çeroni heureuses que par-li;* mars que par-tà même aussi elles le seront pleinement et constamment.
VOCATION RELIGBSUSE : COHmEN IL EST IMPORTANT DE S*T REriURB