‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 127 sur 225 · FIDÈLE ET PB LA SUIVRE · texte numérisé non relu

FIDÈLE ET PB LA SUIVRE

Ce n'est point une chose indifférente ni d'une légère importance, de manquer à la vocation de Dieu , quand il appelle à Fétat religieux. Nous avons ià-dessns dans rÉvangtle même on exemple, qui sed suffira pour nous fiiire entendre à quoi s'expose quiconque ferme l'Oreille à la voix du Seigneur et résiste à l'attrait de sa grâce. £x^minons-eo toiiies les circonstances , et il nous sera aisé de comprendre où peut enfio conduire use infidélité sur un point ai^ essentiel que oelui-d, et quelles en sont les suites noîalheûreuses. #

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. Cet exemple si convaincant, c*e3t;0elai de ce jeune bomiqe qm s'adressa au Fils de Dieu pour apprendre de ce divin maître comment il pourroit parvenir à la vie étemelle. Gardex let commandemenu (BIatth., l)JuiTëpondit le Sauveur du monde. Surqnoj'ce jeuiie borome répliqua : Seigneur^ c'est ce que j' m fait jmqu' à présent et ce que je fais encore. Sainte disposition ou se trouvient communément ceux à qsi l)ieu inspire le dessein de la retraite, et qu'il veut s'attacher pins étroitement dans la religion. Ce sont de jeunes gens dont les mœurs sont assez réglées, et dont le monde jusque-là n'a corrompu ni Fesprit ni le cœur. Quoi qu'il en so^ lésusk^lhrist parut touché .de la réponse du jeune honmie qui lui pàrlKt; il témoigna concevoir pour lui une affection particulière ; il l'envisagea d'un œil de bienveillance, et, l'invitant à une sainteté plus relevée i Si vous voulez^ liii dit*il, iire parfait , aile» , vende» tous vo$ biens , donnex'ies aux pauvres , et Muivex-moi. Voilà à peu près la vocation religieuse : mais c'est là même que le zèle de ce jeune homme commince à se refroidir. La proposition du Fils de Dieu i'étonne ; il lui est dur d'abandonner tous ses héritages et de s'eii défaire ; cette pensée l'attriste : il ne sauroit s'y résoudre, il se retire. De là que s'ensuit-il , et (|u*en doiton naturellement conclure , sinon que ce jeune homme quittoit les voies de la perfection qui lui étoient ouvertes, sans quitter néanmoins les. voies du salut, pubqu'il gardoit les préceptes, et que, pour étré.s^uvé, c'est assez de les avoir observés ? Mais le Fils de Dieu conclut bien autrement : car, se tournant vers ses disciples : Je vous le dis en vériti^ s'écrie- t-il, difficilement un riche entrera dans le royaume des deux (Ibid.). Quelle conclusion! Quoiqu'elle regardât tous les riches en général, elle avoit un rapport particulier à ce jeune homme, qui possédoit de grands biens, et qui, par attachement aux richesses temporelles , avoit seulement refusé de tendre à une plus haute perfecUon que la simple pratique des commandements. D'où il sembloit que le Sauveur du monde ne dût tirer d'autre conséquence que cdle-d : Difficitementun riche parviendra à la perfection de nion Evangile. Cependant il ne s'en tient pas là ; mais il déclare expressépient que ce riche de qui il s'agissoit auroit bien de la peine à se sauver, et qu'il étoit fort à craindre qu'il ne se sauvât jamais : pourquoi ? parceque si la per fiection qu'on lui avoit proposée n'étoit pour les autres qu'on conseil, elle étoit devenue pour lui comme une obligation, en vertu de la gnce spéciale qui l'y appdoit, et qu'il rendoit inutile par sa résistance.

Il y va donc du salut : et en &iit-il davantage pour déterminer nne jeune personne que la vocation divine porte à la vie religieuse , et qui sur cela se crcMt suffisamment instruite des volontés du Seigneur? C'est là qu'elle doit imiter, autant qu'il lui est possible , la promptitude et l'ardeur de Madeleine, qui, dans le moment, quitta tout dès qu'on vint Ini dire : Le matire est ici, et il vous demomide (Joan., il). Et parôeqn'une teUe r^ution eçt quelquefois sujette» on pnr

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côDfiidëfatiôii de fortune, on par une affection naturelle, à de grandes contradictions de la part d'une famille , c'est là que lui est non seulement permise, mais en quelque sorte Drdonnëe, une pieuse dureté, pour ?oîr, sans se troubler, le trouble d'un père, et, sans s'attendrir, les larmes d'une mère. Car je veux sauvermon ame^ disoit, dans une pareille conjoncture, la généreuse Paule. Cette seule raison répond à tout, et tout doit céder à un intérêt qui est au dessus de tout.

Delà même nous devons juger combien , de leur part, des parents se rendent coupables lorsqu'ils s'opposent à la vocation de leurs enfants, et qu'ils les empêchent de suivre la voix de Dieu qui se foit en* tendre à eux. C'est e'opposer à Dieu même en s*opposant à ses desseins, et c'est détourner des enfants de la voie du salut qui leur est marquée. On médira qu'on ne prétend point absolument les détonnier de la profession religieuse , mais qu'on veut seulement éprouver leur vocation : c'est-à-dire , ainsi qiie s'en expliquent dés parents même assez cbfétiens d'ailleurs, qu'on veut, par exemple, que' cette fille n'agisse point en aveugle , qu'on veut qu'elle sache ce qu'elle quitte, ét')>our ceÉ\ qu'elle voie le monde , qu^elle le connoisse avant qne.d'y renoncer. Principe spécieux et raisonnable dans l'apparence, mais dans la pratique très dangereux , et souvent en effet très pernicieux. On en sera convaincu par une réflexion que peu de gens font , et qui n&mmoins est solde et importante. Car à quoi se réduit cette connoissance du monde qu'on prétend donner à une jeune personiie ? Elle consiste à lui faire voir ce qui peut lui inspirer du goât pour le monde,' sans lui faire en même temps connoltre ce qui est capable de l'en dé-* goûter. De sorte que d'une part on lui présente le poison , sans lui présenter, d'autre part , le contre-poison ; et de cette manière on la jette dans le péril le plus évident, et on l'expose à la tentation la plus forte. Développons ceci davantage , et Caîsons-Ie mieux comprendre.

Si l'on pouvoit dessiller les yeux aune jeune fille, et lui révéler les secrets des cœurs ; si Ton pouvoit la rendre témoin de ce qui se passe dans l'intérieur des familles, et |ui découvrir toutes les peines, tous les chagrins , toutes les traverses dont le faux bonheur du monde est accyopagné , ce seroit pour elle un préservatif : mais tout c^la ne s'appvend que par Fexpérience; et cette expérience , elle ne peut encore l'avoir acquise dans Fâge où elle est. Cependant on la produit dans le monde, on la pare des ornements du monde, on la mène dans les compagnies du monde, on la fait entrer dans les parties déplaisir, dans les jeux, dans les spectacles du monde. Elle n'aperçoit devant elle qu'une figure brillante et agréable qui l'éblouit , et qui naturellement doit lui plaire. D'où il arrive de deux choses l'une : ou qu'elle se laisse prendre à l'attrait et qu'elle succombe à l'occasion ; perdant ses premiers sentiments et manquant aux desseins de Dieu sur èlie;

oit da moins que y p^^tant dabs sa résolution» et ée liDettant en de-;

^oir^le Taocomplir, die emporte avec die une idée do monde » fai m servirai qu'à U troubler à certains moments d*amertume et d'ennui presque inévitables 9 jusque dans les plus saintes communautés. Or, pour ne rien dire de plus » il vaudroit assurément beaucoup mieux la préserver de telles occasions, et prévenir de si mauvais «ffets. Mais elle ne connottra donc point le monde? Qu'est-il nécessaire qu'elle le connoisse » puisque Dieu même la retire justement du monde» afin qu'dl^ ne le connoisse point ? Plût au ciel que bien d'autres ne l'eu»seqt jamais connu! Quoi qu'il en soit, c'est nne victime que le Sagneur s'est réservée. Contentez-vous que» de voti^ côté, json choi^ soit pleinement libre, et du reste faisséz-la itoarcber à l'autel le bandeau sur les yeux. Dieu Tj attend,. et il saura bien, dans sa sainte Ôiaison , réprouver lui-même autant qu'il font et sdon qu'il faut. EUe na peut être en de meilleures mains.

fai dit que ce devoit être assez pour vous qu^en se dévouant à l'étal religieux, son choix, de votre part, fût pleinement libre; et en cela fai voulu marquer un autre excès où se portent des parents tout mondains, par des vues également contraires et à l'esprit du christianisme, et aux sentiments de l'humanité. Car, quelque respectable et quelque inviolable que soit la liberté des enfants au re^rd de la vocation, surtout de la vocation religieuse, on abuse de rautorité qu'on a sur eux, en l'étendant jusque sur leur volonté; et, sans les consulterfOi consulter Dieu , on les détermine , par une espèce de contrjainte , à une profession qui ne leur convient en aucune sorte, età laquelle ils ne conviennent point , puisqiie ce n'est point l'état oii ils se sentent appelés. Or qu^est-ce que cela? Je n'en pujs donner une figure plus juste, mais tout ensemble plus terrible, que ce qui nous est représenté dans l'Écriture : le void.

On ne peut lire sans horreur ce qui est dit au Psaume cent cinquièœe, où le Prophète rapporte que les Juifs, séduits par les nations etrangèires et engagés dans leur idolâtrie, conduisoient eux-mêmes leurs propres enfants aux pieds des idoles , et que U , sans respect de la nature et de ses droits , ils versoient le sang de ces innocentes victimes , et les itnmoloient aux démons. Quek meurtres ! quels parricides I tfaisjélepuis dire, et ce ne sera point une exagération : voilà ce aue nous voyons epcore de nos jours, quand des pères et des mêfîe», trompés par les fausses maximes du monde , font violence à des enfants pour les bannir de hi maison paternelle, et les confiner daos un dotire. Que dis-jet après tout» ce n'est point aux dénions, c'est à Dieu qu'ils les sacrifient. Ah! c'est à Dieu ! lié I ne sait-on pas combien ces parents inhumaius sont peu en pdne de là gloire de Dieu et de son service? Hais ce qui lés touche, c'est leur cupidité et leur intérêt : ces enfents coûteraient trop à entretenir, et il faut à moins de ivM s'en défaire. Ce qui les toudie, c'est leur ambition démesurée ^ ei la passioii d'élever une famille : pour la miejEix établir^ jl ùm i4 wuh

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toger et en rëanir |e$ biens , qui se troQveroient partagés entre trpp iToéritiers. Ce qui les touche, c*eât leur fol amour et leur prédilection pour un fils uniquement cher : i| faut qu'il emporte tout , et que Théritage des autres soit la retraite et la pauvreté religieuse. Ainsi cet intérêt» cetta ambition, cette prédilection, voili les idoles*, voilà lea démons auxquels sont immolées de tendres victimes don( le sang crie au tribunal de Dieu. Je dis immolées, car c'est leur donnei^la mort ; une mort purèmeut civile , j'en conviens , mais pins dure peut-être que ne le seroit la mort naturelle^ dés que cette mort , quoique civile seulement , est une mort violente et forcée. Je m'exprime là-dessus en des termes bien' forts et bien vifs ; mais c'est que je conçois fortement et vivement la chose : et si dans le* monde on la cpncevoit de même , tant de pères et de mères y feroient plus d'attention. Heureux ceux qui font au Seigneur un plem sacrifice d^eiix-mêmes ! mais il ne peut être saint nr agréé de Dieu , si le cœur n'y a part ^ et si ce n'eat un sacrifice volontaire.

ESPRIT RELIGIEUX : QUELS BIENS IL PRODUIT , COMMENT IL s'iTBINT» ET COMMENT ON PEVT LE FAIRE (SVIVR^*

Comme il y a une multitude infinie de chrétiens qui ne sont pas vraiment chrétiens, on peut dire qu'il y a bien des religieux qui ne sont pas vraiment religieux. Ainsi l'Apôtre disoit en ce mémesens, que tou$ ta descendanU dt Israël^ quoique descendants f Israël ^ n'étoierùpa^ pour cela de vrais Israélites ( Rom., 6) : et que leur nianquoit^il pour Tétre ? Fesprit de la loi. Que maDque•^it de même à une infinité de éhrétiens pour être de vrais chrétiens ? l'esprit chrétien. Et que rnan* que-t-il à un grand nombre de religieux pour être de vrais religieux? Tesprit religieux.

Mais qu'est-ce que cet esprit religieux? c'est une sincère estime de sa Tocation , et une disposition intérieure et habituelle à remplir toute h mesure de perfection bù Ton se sent appelé en qualité de religieux : si bien que cette perfeciion religieuse ; qti'on sait être de la volonté de Dieu , soit la fin prochaine et immédiate de toutes nos intentions, de toutes nos affections , de toutes nos actions. Tel est l'esprit dont le religieux doit toujoui s être animé ; telle est l'ame qui doit lui donner la vie, je dis cette vie spirituelle , cette vie divine et surnaturelle, sans qaoi il ne peut^plus être dans la maison de Dieu qu'un membre mort et inutile, soit pour la religion, soit pour lui-même. U est donc d'une conséquence extrême d'entretenir , aiitant qu'il esc possible , cet esprit dans une communauté religieuse , et dans le cœur de chaque personne religieuse. Quels biens n'est-il pas capable de produire? Quels abus^ MU contraire, quels désordres s'introduisent dans les sociétés les plus régulières , dès qu'il commence à s'éteindre ? comment le perd-on ? çonudhnt p^t-on le faire revivre et le ressusciter? Autant de peipty

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