VOEUX DE RELIGION, OU SACRIFICE RELIGIEUX
Ce qui fait essentieUement le religieux , ce sont les trois vœuk de religion ; et il faut bien que la profession dé ces vœux soit quelque cl^se«dç grand et de relevé ,. puisque les Pères de rÉglisè en ont parlé avec tant d'élogès , et quils lui attribuent des qualité si glorieuses et si avantageuses. Car les uns Font appelée un second bapténie qui €§>, face les péchés, et qui ne fait plus seulement renaître Tàme chr^' tienne à la vie de la graoe , in^is à uoe vie sainte et à un état de perfection. Les auir^ l'ont regardée comme un vrai martyre, non point de la fui, mais ^ la charité : martyre, dit saint Bernard^ qqi, sans effusion desang, et sans lliorreur apparente de toutes ces cruautés que les tyrans exérçoient contre les^ défenseurs du nom chrétien , n*est pas dans le fond , à*raison de sa durée ^ mQins rigoureux , et sentie* même plua difficile à soutenir. Voilà qucU ont été les sentiments de ces saints docteurs. Pensées nobles et sublimes, mais auxquelles je ne crois pas néannioins devoir ici m'attacher, parcequ'il me pafott qiùl le Prophète royal , Jplus directement encore inspiré du ciel , nous donne de cette profession des vœux une idée plus naturelle et plub propre, lorsqu'il nous la représente comme un sacrifice : Offrez au Sdgneur votre Dieu (ce isottt ses paroles ), offrez-lui un sacrifiée de louange, et présentez vos vœux àuTrès-Haût (PscJm. 49). . Sacrifide tout religieux : comment? en deitx •manières dont Talliance est remarquable. En prismierlieu, pàrceque dans ce sacrifice c'esr le religieux qui, lui-piéme et en personne, fait la fonction de sacrificateur et de prêtre. Et ^n second lieu, paroeque, dans ce sacrifice, c'est le religieux qui,'lui-niéaie et en personncf, tient la place d'hostie et dé viictime. Le religieux , dan» la profession dé se^ vœux, prêtre et victime tout ensemble. Prêtre .qui offre , ^ victime qui est offerte. Prêtre qui offre , et qui , par cette pblation dt ce sacrifice , s'engiige à Dieu sdienneliement et authentiquement : victime qui est offerte , et qui, en conséquence de celte oblaUon et de ce iuicrifice, appartient désormais à Dieu spécialemeut et totalement. Deux rapports soiis lesquels toute ame religieuse peut se considérer : deux vues qui luid<Hvent servir de règle dans la conduite de toute sa vie, et qui l'une et l'antre ont de qu<^ lui fournir sur son. état et sur les devoirs de- son eut des réflexions Très édifiantes et dé trè^ sidutairas instructions.
SACAinCE REXI61EUX. 401
I. Ceu le refigienx qui , Idî-^méme h eu .peraosne , dans la pro»* fie^sioii dé 368 VjiBHx, foit la fonaiob de saqrificateun et de pcétre: pourquoi? paroeque c'^at lui-même qui s'oblige, Ini-mémé qm ae voue ^ lut-inâme qui Ée donne , luNinéroe', en un mot, qni's immole et se sacrifie. Dieu est piësent à ce sacrifice, pour Vj^gvéer; le ministre député de TÉglise y assiste , pour L'accepter ; Je peuple lidèlê*en eft spectateur, pour en rendre témoignage et pour le vérifier : mais celui qui le fait,. c'est le religi^gx mémf , et nul pour lui ne le peut faire. ,La preuve en est nisnifeste : car, selon la m^xi^ie de la théologie, le vœu est un acte'de la Volonté, et d'une, volante libre; par conséquent d'une* volonté qui agit elle-même, qui se détermine eUe-inéme, qui, en viertu du pouvoir qu'elle d vécu de Dieu sur elle-ménie» dispose en effet d'eVe*méoie et se lie eUe-méme..irest vrai qn'-elte es| ^ur cela prévenue, et sontenùe de la graoe ;îiisBi yrsi que la vûcaUon divine la presse , la «ollicite , l'attii^ ; ttiiin, après tout , cette gràcé, cet attrait, cette vocation 'jd'en.faaiit, ce n'est point ce qui ferme l'engagement qae le religielu^ oontr^cle avec J)ieu. Il<fisut que la volonté acquiefce, qu'éMe consente t .qi>*elie se livre -, et que dans cet acquiescement de la volonté; que dans ce cottsentèaei(t*.'ans ce dévouement^ ilji'y ait ni violence, ni coiilridiitte ^ ni «lécessité , ni erre«r« ni surprise, rien e^fin qui puisse en aucune sorte pi4}ndider à la liberté de l'homme ei à nés droitq. .
Droits tellement in^hbles- et conditiqp si absolument requise dans le reli^ux , que de là dépetttf hr vérité de' son sacrifice , la.sain» tet^ dé son sacrifice , le mérite*ét l'utitM de son tecri$ce » la stabilité 4e son sacrifice et.aa perpétuité. Tout çc«i est important, i . La vérité de son sacrifice : car comipe il s'agit de la personne du religieux., si ce n'est pas lui cpii ^ ^ son gré et d'une volonté puiie » vient s'offrir et se coasacrer, cb ne petit i^tre un vrai sacrifice , puisque ce ne peut étce.tto vrai en^fagement^ fin viûq parollra-uîl an pied de l'autel ;ea vain-, au milieu d'unecompagnie^itentivè-ài^'^couter, prononceraitil d'une voii haute.et distincte It fûroMile prescrite et }es parol<|i essfentieUas: si elles ne solit que dans la^oiiehe et que ce ne^sdt point de Vimérieur qu'elles pMient , font* cet appareil ue sera plus qu'une montre spécieuse et 'qu'une 'Cérémonie sans effet. Ain^ le décident taus les înalires de la giora)e;.et c'est conformément à^tte doctrine qi^k rejettent, comme- promesse vaine êi de nulle valeur, tout vœu qyi n'anrqiteud'autre principe-quVn respect humain, qu'unecrainie servile, que detroinpeuses espéraQoes, que des menaces capables de troubler. le religieux et de lé ^rce^ dans ^on choix. SL La«inteté de son sacrifice : la raiison.est que oe«qui sanctifie!, c'est rintention , o'^âit l'esprit. D'où il /ànt^eonchire que le sacrifice du reli^eux n'étant pas sipeonipagné deçéiCé- intention ni animé de. cet ^nt, il ne devroit être peps^ * a^t jngemoit de Dieu.^ ^ue pqiht uneafction indiflërente çt jiôrto^ jQfKi b(Hineiir!en. réviakfi^t à Dieu , qui jHraeiiîént honoré
4§i SAOUnCfi REUMBOL
que de Ui4iH>0Mim» de rame? Et qu'aie afiairoy ditoit^l avt Mfii,
des f Ciiila de |iuerf e que vous apportes dans mon teô^ple, et du saaf des animaux quicoule/fsur mes autels? Toutçela i^ m'est rien» tiM^dîs qiiQ vos cœurs ne sont point. à moi et n)s se portent point vers moi. 3. Le mérite et rutilitë de sou sacrifice : lésos^hpistja promis leeeutuipleienmmoude, et la vie ëteilaeile dans l'autre; mais à qui? non pas à.celui qu'on aur^ dépouillé de ses terres «t de tous ses héritages^ mais à oelui qui iqi-méme et vplojAtàiremeftt les aura quittés : non pas k celui qu'on aura^ éloîgjDé dé son pèfe^ de sa.rmèrê jr de ses frètes* de ses sœurs; inàisà celuiqaLluî-mèâie et yolomairement Hersera séparé d'eux : npujMiS à cdui qà'oatura entntnéapràs lui ; mais à çehû gui lui-même et voloptaireneiitae èera niisii sa suite-. Ët-en effets il n 7 a Hen de méritoire auprès de Qieu que oe^qui nous est volentaife; et D|eu né mesure le prix de eê^ue nous faiaojM qûepar L'afiféQûon avec laquelle notis Je fais^. 4. La ata^ii^ de.son saorifipe et sa perpétuité-: lés vœux.tie.reKgioii'Sontirrévocayesret par-là jfiémells sont perpéJtueii» ,' et eu quelque manière écerqels: <k ^ïne le peuvent étcequ'autaiit qile la vplôntë s'efl(t engagée. P^r èons^pmut» si ceii'étoit pas'elleHtféme qtfi se lût togîgee; et que l'engagement du rdîgieux n'eAiiité qu'nn.ftngagement faux et apparêot^ il penrùit le fïéaàyoaevj il i)our^oft le révoquer^ ilpôurroitseooMrunJougaqqmsI il ne se seroit pas soumis; et où il-nè se croiroit attaché {>ar vicuu lien/H en dut donu revenir'à ce puim cnphaL» que pouf éti^e vériu- Meuient/dignemMit,eonstainment'à ])iett\ c'est le religieux qni hiH ménie doit se préssrtter et «e çi9ueadrir;.ét irèiNt le sens dé ma ^ropo- Silioii, quand je dis que dans son -eacrifice ttiloit iùre lui-mAnm l'ef»
. Graude vérité^^qùilburfirit à t'ame teKgleusu Uen xles sqeli et de omsohiite et diinau-uddoii^ suit da^Ie4empsmÀaM«ii elle s'ap^^ par la profaMiM de sês'VOstiit^-Arit datt toute la sèite et-tMl lutturs désesunnées. Etd'abo|d'qnèhà»mis de^èotuMdation;, loreqtt'apris ks épreuves ordinairea, ^appelée^deyantle -Se^fnenrfMPiîrr' se déclarer à la faee dé l'église, et pour cm^içmer sta 8acHfiçè|iar unepniiiesai et une proMMtioa publique» eHepeut se dire à «Ue^eiéaie et le dire à Dieu :.quê |» qui la conduit, ee u'e6t peint tm' èspfivde wr^lude*, qui est Tespri» des esclaves ^^mais un esprit <PâtMiir$. qui est Fê^Nrit
merpenaires> mais un esprit de réfigieii,'qÎH est Teapriedeuilkisl Oui, Seigneur, me void : jfetvien&^ mtirvons die permëttea en même temps dé me' porter à tdoi-méner le doQt,têinoi^aÉgêique f^ itens parceqne je le veu^ ; que c'esf mcw éobnf qui tdas désire , moA. oœnr qni vous eberefie, et que le don qifii ttm^ isH u'ésT peint on bien qu*on lui ârracfie,tnais uu'hommi^e qii'ifvms rebdl Bënte soft, mim Dieu , vdire m»éticarde , qui sait amsf mé ftêttre^n êlçtt de goAtéf Je plaisir le plus Mide Vqntnd j$ |mis petoe^ ((ûe fè Ab quehjmf cfioyfc
SACftMGE RELIGIEUX. 48S
pour ntm $ «t qu^m^esi moi qui h fais , sans y être auveia^t déter-
rinëeqae par Je mouyement de votre divin 'Esprit » et par ma fidélité en: suivi^e la sainte impression* Fjdélité qii%voas honore d'autant plus» et fidélité qui m'est d'autant plus salutaire et pluS' méritoire» que <{'est le fruit d'une vo^pncé plu^ maîtresse d!dle*Dsâme ei de ses résolutions. "* • , •
telle es^, dis-je^ et telle doit être la consolation de1*amé religieuse^ Consolation durable, qui/ de ce premier moment ou l'ame cqmmeaoe son sacrifice» s'étlbd jusqu'au dernier moment* où elle sort de cette He morteHepour passer dans le sein de Dieu. Cal* il n'en est pas dm ancrifice,. religieia ciHnme des autres sacrifices qni» sur l'heure et dans un espace de. temps très court» se cojpsomlnent par. l'entière <!oiisommation de ta victime. ^LereUgieux » tout immolé et tout sacri* fié qu'il est» subsiste encore» et peiic avoir une nbmfMreuse suite* de joues a remplir; iiiaiB avec cet avantage que chaque jour il peut aussi renouveler le oaéme. sacrifice^ Ce n'est pa3 un nouvel eagagenient qfl'R contracte» mais c'est le méinequ'H c8nfirflle..Il n'est plus désor* vais en. son pouvoir de a^en'di6peilse^; mais il^est toujours v^ai» et il lui suffit de savoir . que o'est lui-mèoMi qui se l'est imposé : teliensent que cet état» par une heureuse et sainte propagation , se perpétue de Jour en jonr» ou d'Iige etk âge.» et se communique à toutes ses obaiervanoes t à tontes aes fonctions» à tous ses emplois» jus* qu'à <Se. qu'il (âaise au dd de finir sa oodrse- et de courçpiler see naérites.
Ce n'est paa assez ; mais de Ut même quelles ifisfk-nctions tire le religieux? quels motifepour se soutenir daînslapracîqne de ses devoirs» et «peur, se reprocher ses relftchemtots et sé^ tiédeurs? Hé quoi! j'ai dît» f ai promis» j'ai voulu ! J'ai dit à Dieu ; Yoiis êtes mon Dieu, el je n'<ai point d^utre maître à servir. .le lui ai' promis une soqBstssioe et on attachement sans réserve. Conmiê je le proniettois^ je le vonkns. Je- voidms vivre selon ma règle ; je vouloia en ateemplir tome l'dbligàtkm.et ^ acquérir toute la perfection. Or ce que j'ai voulu si justement et d'une vue si délibérée» ai*je. cessé de leerouloir? ou» n je le ven encore» pourquoi ne le vpûx-je plus avec le même zèle et la naérne ardeor ? Le poids de la régularité me devient rude et pénible» sÉiiout à certains temps. Une longue persévérîince est sujette à bien des dégbûts et bien des ennuis; mais j'ai dû prévoir tout cela: que die*je?.jé rai même en effet prévu» et en le prévoyant, je l'ai accepté. J^en ai donné géttérenseitient et hautement noa parole. Étoit-ce pour h révoquer? étoîtHse pour medémentir? étoit«ce pour maiiqûer de eouTÉge dans l'eiécntîon? Matfaenr à moi» si jedémisois de h sorte et j'anitentiasoîs la vertu d'un sac^ce où ». rad-méme 4I en personne, î'ei fai4*la fomftim de sacrificateur et de prAtre !
iUCest le rèligieiiK quitM-méme^^ en ptersome» dans la profes^ sion des vceûk » tient h place d'hostie et de vicrione* Car» dans son sâ<i
464 SAjCitlïICE REUeffiUK.
criiice, ,ce qolîl oSre^ ee n'est rien'auu*e chose qaeJQHOiiéme,^ qoe tout ce gai lui peat afipàrtenir. Or, en s'offrânt Id-méiDiiey il ftifjA Dieiji Toffrande la phv précienae, là pl^ Jionp^able;».!» plus juiiiyer-
>l . OfFrandé.la plas précieuse.: je dis ^ la plus prëdéasë, BéUipoiiit absolument et en soi , mais par Rapport à celui qfui la Ait, E^xpliquoiisnbus» À ifté considérer moi-même. tel que je suis .fSt dans le flCMid de mon ôtre , je ne. suis rien , je ne puis rien , je n&doij 'm$ çoiupter^jir rien ; mais ce rien , après, tout/ c'^est oerque j'ai de phis diçr,. puisque c'est moi-même, ei qu'atout être rien, après Dieu; n*est plus cher q[ue Boi-mêiQe.'. Quand donc Je me donné moi^mêidevje fidsde.iiia part le dojii. le plus grand. Dieu dit à Àbr^aui'^ PtemUtbaoe; c*eM ton 'fiU tmiqtiéj et tu l'aimes ! ceptndtàujevettx ijue ta, têimduise$ nr la montagne^ et que là tU me (e^ sacrifiée (Genee., 9B)7car je te te, demande. Le saint patriarcheobéit ; il mena son fib m lieu qui lui ëtôit may^ué; il éleVa lui-même* le bàdier oii il dejroit rimmderrse miteu état dé le frappéri seloii l'ortlré qu'il-en avoit re^;et si Tangé^u Seigneur ne lui eût arrêté le bras/c'étoit jRuttf Isaac» et Eieniôt le sang de ce fils bien aimé ^IloiC êtne répandu^et sa.-vie tfsrminée. Voilà <oè que tonteb postérité â 4SbnïUé. d'élpgeSi et caqpnîsë comuÉé un (les saiûrifices les plus sainte et les phift mémorables. Voilàce'qai phit sînguiièremeut à Dieu , et ce qu'iîregarda comme un des momufieDts les |das eertairis.çt les plus sensibles delà religion ' d'Abraham et de sa foi: C'est maintenant que je ifonnois combien tu me crtâns^ fnneqùe tu n'aè pas mime épargna 'ton fils, unique. Le Seigneiit* n'en demeure pas là» oiais sa libéralité le4!>brte encore plus loin :. Fwp€tq^e tu 'as fmi cda, et que, pour me témoigner, ton amour i -tu nfae pwnt - ««' ffég^ard à fou propre fils j je te bénirai^ je muUipUertà ta race 9 je la rendnn *ausn nùmtHreuse que t^ étoiles du ciel. ' • , . . ,
Or; sans prétendre rabaisser en aucune manière lin sacrifice dont l'Écriture a tant ekalté le. «lërite, et que Dieu .récompensa si abondamlnent et si niagnifiquement, îj est vrai dû reste qu'Abrabam,. en sacrifiant Isaâc, 'neise sacrifioit pas lui-même: il sacrifibit-nn.fils. Dans ce fils, le seul appui de sa Iamille,.et4e seul par qui sgu nom dût se perpétner, il «acrifloit toutes ses e^éraneea polir Taventr t mais, ebcore une fois,* ce fils, cen'étqlt pas lui-méme^; et H en Mt toujours revenir à la maxime de l'Ëvailgila, qu'il nY a poinide sacrifice pareil Ircelui de donner sa vie pour ses ainis^et de $e donner soi^ même« Avantage inestimable du reKgi«ax;'etae'estf>ar-iàqn'irpr«tfque ik la lettre, ei dans toute, la force deson sens* cette grande leçon du Sauveur des hommes : Si quelqu'^npetU venir après moi^qu^U u renonce Ud-méme (ibiTX0.,.io). Pi!^ne£. garde, ren^arque saint Grégoire pape , c'est beaucoup de renoncer à écp^n'on posàède , ma» œ n'est pas tout ; le po)nl difficile et le sou^rferaip degoé, ic^W^e cer à ce qu'où esty et à aa permise.
SA.CRiFlC£ RELIGIEUX, 4(>:»
â. Offrande la plus honorable : commeni? par la raison monte que c^esi Toffrande la plus préciease. Et en effet , le prix de la victime ufjgnente le prix du sacrifice; et le prix du sacrifice honore le maître k qoi il est présenté» Dans l'ancieene loi , on offroit à Dieu les fruits de la terre, on loi offroit le sang des boucs et des taureaux. Il ne re* jetoit^point ces victimes» il vouloit bien les accepter; mais dans le fond étoit-ce des victimes dignes de ce souverain Être, et de quel œil voyoit-il ses aatds ensanglantés de telles hosties? Il n*y a qu*à Tentendre s*en déclarer à son peuple par la bouche dû Roi-prophète, et dans les tenues les plus énergiques et les plus formels : Écoute, Israël^ et reçois ce témoignage de ma part. Je ne dédaigne point tes sacrifices; je vev^c même les avoir continuellement devant mes yeux, afin qii^ils^^ me sollicitent sans cesse à te faire du bien. Mais sais-tu^ poursuit Iç^S^i^' gneur, sais-tu ce queyagréerois au-delà de toufk reste, et ce qtScon^ viendroit nulle fois plus à ma grandeur? ce ne sont point les prémices de tes campagnes ou de tes troupeaux. Et que nCimporte tout^ela? si y ai faim ^ si je suis pressé de la soif^ est-^e à toi quej*aurois recours^ et tout (univers n est-il pas à moi (P«a/m., 49]? Uais par où donc , ô le Dieu de nos pères! reconnoîtrons-nous votre suprême puissance , et ce domaine absolu qui soumet à votre empire tous les êtres créés? Quel tribut exigez-vous pour cela de nous? Point d'autre que vousmêmes y répond le Dieu tout puissant. De tout ce que vous pouvez m'offrir entre les^lres sensibles et dépourvus de raison, rien ne vous égale vous-mêmes ; et rien ne doit plus servir à ma gloire : car ma gloire , c'est que l'homme , que cet homme , l'une des plus nobles créatures qui soient sorties de mon sein , que cet homme formé à la ressemblance et marqué do sceau de son Créateur, que cei homme que j'ai mis dans les mains de son conseil [Eccl,, i5), et à qui j'ailaissé la disposition de lui-même, n'en veuille point autrement disposer que pour moi et que pour se dévouer à moi. Voilà le sacrifice dont je suîh jaloux. Or ce que Dieu, dès les premiers temps, disoit aux Israélites, f est avec bien plus de sujet ce que , dans la loi évangélique, il dit à l'ame religieuse; et ce qu'elle fuit en se sacrifiant , selon le langage de l'Apôtre, comme une hostie vivante, stùnte^ agréable à Dieu, etMrendanif par ce sacrifice d'elle-même, le culte raisonnable qu'elle lui doit, et qui lui est le plus glorieux {Rom., 12).
3. Offrande la plus universelle: se donner soi-même, c*est tout donner. U n'y a pour Thômme que trois sorles de biens naturels, biens de la fortune, biens du corps, biens de l'ame. Biens de la fortune, qui sont les richesses temporelles ; biens du corps, qui sont lei plaisirsdessens;biensderame,qutsontrentendementetlavoloûté: or le religieux, en se donnant lui-même, donne et sacrifie tout «ela. Biens de la fortune, c'est ce qu'il donne et ce qu'il sacrifie par le vœu de pau- , yreté; biens du corps, c'est ce qii'il ^onne et ce qu'il sacrifie par le Yœ^ da chasteté; bjea^ de Tarne, c'est ce qn'jl donnei^i ce qu'il sacrifie * - B, 5, ' * à> *
^ ékCKOPtCE RisLiGlEùi.
par lé vœu d*èi)^i8sancè. Que luî reste-t-il donct néo: Maïs je ipe trompe; et s'il ae lui r^te rien en effet, mille choses peuvent lui rester en espérances, en prétentions^ en désirs. C'est b belle pensée de Tabbé Rupert, et la voici : Car quand je me trouverois, par le maltieàr de ma naissance et de ma conditioii , dans un dënuenient entier, et <}ne de tous les biens humains je n'en possëdet*ois aucun , àja, moin^ pourrois-je en prétendre la possession par pne infinité dé droits lë{ptiihes que je serois capable d'acquérir; du moins ponrrois-je en espérer fa possession par mille voies justes et mille nioyens qu'il me serait permis de mettre en usagé ,- du moins poùrrois-je en désirer U possession, et suns bornes porter mes èoubàits à tout ce que je verrois et i V r<ftit ce que j'inia{][inerois. Je fe pourrois, dis-je, comme tout autre qtréMtioi le pourroit de môme: pourquoi? parceque si rétrè de Yhoihme est limité , sa convoitise ne Test pas, et que son cœur, quelque étroite qiî'en soit l'étendue, a néanmoins assez de capacité pour renferther tout le monde.
On me dira que ces prétentions , ces espérances, ces destrs n*bnt rien de réel ; que ce sont dé simples idées, et communément de vaîiiés chimères : je le veux; mais c'est justement en quoi je croie dbvdir admirer davantaf^e l'efficace et la vertu du sacrifice religieux. Car c'est dans ce sacrifice, où 1^ féli^éuk se donne lui-même , qu'A donne conséqueniAient et qu'il sacrifie toutes ses prétentions , toutes ses espérances, tous ses désirs ; et (ÇTék \k même aussi qu^ieu, daiis râoce))ution qu'il fiait de ce sacrifice, considère ces prétentions comme si c'étoientdes titres solides, reçbil cesespérâiicëscommesic'étoi'eiitdesbi(èiÎ8 assurés et présents, compté çls désirs comme si c'étoient des possessions actuelles et véritables. Et voSlacomnient les Pères entendent cesba1èi>fès de saint Pierre à Jésûs-Chrisl : Stîghéùr^ nous avons tout Ijuiâi pour vous suivre (Uatth.^ 19). Quelle confiance! dit saint Jérôme ; qu'âoftce que Simon-Pierrë? iin pauvre pécheur. Qu'a voit-il quitté? desi^ets qui fâisoient toute sa richesse, et qui Im servoient à gagner 4a vie. Cependant il semble qu'il eût quitté Tétat le plus opulent et le âlùs abondant : iV^ou«az;oRs tout quitté. Ah ! il est vrai, Pierre, dans le Fond et à proprement parler, n'^avoit rien quitté ; mais selon l'esprit et dans la préparation de son cœur, ilavoit tout quùté, parcequll avoit qnitlé t affection de tout avoir, ou, pour mieux dire, toute affection d'avoir; il avoit quitté toute la terre, parceque sSil eût eu le domaine de toute la terre, il y eût renoncé en vue de Dieu et en vue de Jésus -Chrût son Sauveur et Fils de Dieu. Ainsi ce ne peut être une propositTôa outrée, si j'avance, selon que je viens de l'expliquer, (\Me le religieiik, par l'ofFrande qu'il fait de soi-même à DieU , lui offre, dans soi-mêiAe et avec soî-méniè tout l'univers. . .
Sacrifice dont la gloire, quoique rapportée à Dieu seul, Rejaillit neàhmoins sur Thmé religieuse, puisque c'est en vertu dé cbtté oiflrande que Te feiigieiîx'tleviènt non seufeinerit devant Dlèô , ^i^ dev|^t fes
^ACRlhCË RELIGIEUX. 467
Iiommeset Uan^Ti^nie des hooii^esy une pecsonae aacrée, SacriÊi^ auquel août attachées les plua grandes récogipcBses de Dieu« soit pour ce iQoode, soit pour l'autre. Et sacrifice aui»si qui, depuis le jour de la profession des vœux jusqu'au dernier jour de la vie» «pgage ibdispçf sablemej)t..lff religieux à se tenir dans un état perpétuel de vicuoi^. Or qu'est-c(9 «pie cet état? ij y en a peu qui le comprennent Uf^Uf À encore moins qui veuillent bien s^y réduire et en embrasser tq^tijija perJPection. Car ô)re victime, j^eo tends victime de Dieu» et l'être par état, c'est n'être plus à soi, ne plus disposer de soi, n'av6ir pliis àucun droit sur soi et n'en pln^ prétendre ; c'eit dtce aiiqvemenl an pouvoir de Dieu, ne plus dépendre que de Dieu , ne plus agir que sielon las blrdres^dé Dieu et ses adorables voîontës, par quelque dr{yanée(tlÀ ()(ie!qf»e manière qu'il nous les rassedéclarer; c'est être dabs un étàt<le niort,et comme un mort se laisser conduire, {tfouvemer, placer $n gré de Dieu et des puissances ^upërieunes à qui Dieu hons i soumis : de sorte que chaque jour nous puissions dire avec l'Apâtré ; et daifs le même sentiment que ^Apôt^^ : Seigneur^ Ums les joùrtnomtomnih Hvrésàta mort pour l' amour de vou$, et à chaque moment nou» »07)i-^ mes fifgardès et nous nous rcgaf don^ comme det victime» qu-on immole' ( Hom., 8). Vue admirable pour Famé religieuse : Je suis iliNKiî<îâii<^ 'de imron Dieu. Vue capable de la soutenir dans toutes.^ oMffi^Kei, ctùclque péûibleis qu'elles wîdûX et quelques efforts qu*cnj|Bfiniandent. tiani cette considération, à quoi n'ést-ellc pas préparée î Wfttat 'pfrîfr. Veiller; travailler, s'hûn^iKer, ^ mortifier, aux dépeiis de àon vépû^ aux tiëpens de sa santé, aux dépens de toutes ses inclinations et à quelqu'e prix*que ce puisse être, rien ne Tétonne quand elle peAie que c>st en tout cela qu'elle ^si tiotime. Qualité qui touche â'anmOt
f>lu^, qu'elle voit tant de mondains se faire les victimes de leur sA- )ifion , les victimes de leur intérêt, les victimes de leur pfàisfr et de leurs plus honteuses cupidités, les victimes du moudeqni les tyrafaniso* et qui les perd \ au lieu qu'étant là vibiime de Dieu et d*un sàiîit anCiôur de Dieu, elle est la viciime de son devoir, la victime de ^i pik' fectiôn, la victime de son sâlùt» là victime de réternellefëlidtë qii lî!u est réservée, et qu'elle s'efforce de mériter. * *
Voilà pourquoi elle s'estime heureuse, et par où elle l'est tett effêi. Voilà pareil nous pouvons Tétre dans la religion. Notre sacrifice il'ekt point un simple sacrifice; i||is c'est ut^ bolocauMe où toute la victime doit être consommée. Vouloir en retenir quelque chose, otf le reprendre après l'avoir saci'ifié, ce sero% un larcin que Dieu, selon te teririe de l'Écriture, auroit en horreur, et qui nous exposeroit li ses pltin rigoureux châtiments. Si là-dessus nous nous sentons coupable^ par ' quelque endroit, Rougissons de notre hifidélité, réparons-la, et, par une prdtcstaiîon toUie nouvellte, rendons & Dieu ce que nous lui avons euïevé. Point dé îéi^erveavec vôbs, Sbigneur; ca^ vbus êli^ lin maHfe trop grandi pbui* Vous cototëifter d'nn pdt<(agie {ndT{(ne de vous. Cm
468 JOGEMENT DU RELIGIEUX.
même beaoooup que vous daigniez af^réer le sacrifice que je vons ai fait, et que jo vous fois encore. Hë! mon IMeu, ce que j'en voudroia retrancher, à qui le donnerdis-je ? et ce que f en ai retranché jusqu'à présent» à qui l*ai-Je donné? Quoi que ce soit» il est toujours temps de le rapporter à votre autel , et vous êtes toujours prêt à le recevoir. Ne le rejetez pas. Seigneur; et si je Tai pro&né, si jefai employé, contre vos ordres, à me relâÂer dé la rigueur de mi règle, ne le méprisez pas , puisque je ne veux plus désormais remployer, et tout œ
que je suis, qu'à vous obéir et à vous plaire.
luoEMBirr nu rsugieux, ou le rbugibux au lUGBioBirr de dieu.
. G*est une promesse bien consolante pour le religieux , que celle de Jésus-Christ aux apôtres : Je vous dis en vérité qu*au temps âg la réiurreclion, lorsque kJFiis de t Homme sera asiis sur le siège de sa mu' jesté, vous qui m'avez mvt, vota serez vous-mêmes assis sur douze sièges^ et que vous jugerez les douze tribus dlsraël^Et quiconque aura quitté pour moi sa maison, ou ses sœurs, ou son père^ ou sa mire, tous ses héritages , recevra le centuple et la vie étemelle (Uatth., 19). Le 1 religieux , comme les apôtres , a tout quitté. II a mÀne, dans im sois, beaugîiiuo.plus quitté que les apôtres, puisqu%ne quittèrent que leurs barqtfirèt leurs filets, n'étant que de pauvres pêcheurs. Enfin , c^est au nom dnIésus-Christ et pour Jésus-Christ qu*ila renoncé au monde et à tous Wbiens du monde. Il a donc part à la promesse du Fils de Dieu ; et elle n'exprime rien de si grand qu'il ne puisse s'apjriiauer et où il n'ait droit de prétendre. Quelle espérance ! quelle réonp^^'^ - Mais yoici d'ailleurs une autre parole bien terrible, soriîe delà bouche du même Sauveur, et qui fournit aux religieux un fonds inépHi^le de réflexions, et des réflexions les plus sérieuses : Oh exigera- ieaw coup de celui à qMJi l'on a beaucoup donné ; et plus on lui aura cotsfié de talents, plus on Itn en redemandera (Luc, 13). C'est-à-dire que 0OUS serons jugés selon notre état, et selon les grâces attachées à notre él^ : de sorte que plus l'état aura été saint et capable de nous sanctifiev, plus nous aurons de comptes à rendre et de châtiments à craindre. Car, suivant ce qui est encore écrit dans l'Évangile : Le serviteur qui a connu la volonté de son maître , el çuî , ayant eu plus de moyens pour l'accomplir, F aura néanmoins négligée et n'aura nds ordre à rien , en sera plus criminel et plus rigoureusemenyinm (Ibid.).
Voyons donc un refa'gieux Su jugememde Dieu, je dis un religieux tiède, lâche, imparfait, peu soigne||x de ses devoirs, et peu zélé pour son avancement etpoursa perfoctiôn. Voyons-le à ce jugement ràk>aubie, où Dieu ne distinguera les conditions et les professons que pour en faire la matière et la règle de ses arrêts. C'est là que nous cornparoUrons tous, et que le religieux, comme le reste des hommes, viendra répondre de toute sa vie , et recevoir S9i^ sentence. Ne ndUs Dallons p9s que ce s^it toujours uqe sentence fa\çip\Ae, Jusque daqs
JUGKMbMT 1>U RELIGIEUX. kîfl
le sacré collège des apôtres, il y a eia<l»t|ip6Ut et un réprouvé : nous étoueroDs-nous , après cela , que 8ins lés plus saints ordi:es il se trouve des sujets indignes de l'habit qu'ils- portent » et réservés aux vengeances du Seigneur ? ^ .
Quoi qu'il en soit» il sera jugé» ce religieux, quel qu'il puisse être ; et comment Dieu y procédera-t-il ? quelle forme de jugement observera-t-il? que lui remettra-t*il devant les yeux pour le convaincre? quatre choses :• le bienfait de sa vocation , Les devoirs de sa vocation » les moyens qui lui auront été fournis pour remplir sa vocation; enfin» l'abus criminel qu'il aura fiiit des grâces de sa vocation. Tout cela formera contre lui un témoignage qui l'accablera, et qui ne lui laissera nulle excuse pour se justifier.
L Le bienfoit de sa vocation. Dieu ne s'étoit pas contenté de rappeler au christianisme, de Tagréger par lebapt^e au corps de son Église, de lui révéler les vérités de son Évangile , et de le faire instruire de ses mystères, de ses commandements, des voies ordinaires du salut ; grâces communes qui doivent suffire à tout chrétien pour l'attacher înviolablement à Dieu. Mais à l'égard de cette ame religieuse , Dieu avoit eu des vues encore plus relevées et plus particulières. Il Tavoit regardée comme sa ligne choisie , selon la figure, dont il se servoit lui-même en parlant de Jérusalem. Cette vigne qult voi|)oit &ire profiter an centuple, et dont il prétendoit recueillir des fruits de sainteté les phis excellents, il Tavoit plantée dans une t^rre de bénédictipn. Il se proposoU de la voir croître, monter, s'élever , et voilj; pourquoi il l'avoit distinguée et spécialement élue. C'étoit d^-sa part une fiâveiv, une élection toute gratuite; et c'est aussi ce qu*if représe&teca au religieux«> c'est de quoi il lui retracera Tidée la plus vive et le souvenir le ^ns touchant.
Il lui dëvdoppera les secrets de sa providence et toute sa conduite : comment il l'avoit prédestiné de toute éternité pour être associé à son peuple chéri et à ses plus fidèles amis ; comment il Tavoii prévenu dès ses plus jeunes années, pour lui inspirer le dégoût du monde et pour Ten séparer; comment, dans un âge foible, il lui avoit donné assez de force et assez de courage pour rompre tous les liens de la chair et du sang , et pour vaincre tous les obstacles qui pouvoient le retenir ; comment il l'avoit reçu dans sa maison, dans son sanctuaire, pour n'y être occupé que des choses divines et pour ne vaquer qu'à de pieux exerdoes ; comment il l'avoit appelé aux plus hauts degrés de la sain- , teié, et h|»en avoit ouvert les voies ; comment il avoit eu en vue de lui lisdre mener sur la terre, autant qu'il étoit possible, la vie des anges ^ dans le Bcit ïe 1^ l^>r toujours auprès de lui comme ces esprits bienheureux, fit ide l'admettre en quelque manière dans sa confidence et dans sa pWintime familiarité. Car telle est, eu effet, l'excellpflcede k vocation rdigiense ;. en voilà les prérogsitives et les plus précieux avantages.