SiiNTfcs itÉSdLlJTloNà, ETC
cueillir par une faveur sin{pilière dans votre saioie maison , je me se^ rois peut-être abandonné k de plus grands désordres, et rendu plus priminéi qulls ne lé sont; ou que» s'U^vous e&t agréé dé traiter cômof moi le commun des hommes , et de les rassembler auprès de you^fl dans votre ^anciiiaire, ils y auroient beaucoup mieux rempli que moi ja placé que j*occupe, et y auroient acquis bien d'autres mérites que
tlëpendah^ moQ pieu, en vous bénissait d^ tout lé mal qiié je nii pas fait jusqiiès t t>î*ësénl , et qiie je pbuvoh Caire, quânci ppjirr^iie également vous beoir du bien aueje pratique? Je né demfinde ps qliand je pourrai voiis bénir du bien que vous m^avez mis eu état de pratiquer : dès maintenant, Seigneur, je voiisen bénis , puisque j*ai pour cela les moyens les, plus abondants et les plus puissants. Mais de pouvoir pratiquer le bien et de le pratiquer, ce n'est pas une même 'choiye, et l'un, n'est pas une conséquence de l'autre. Je ne l'éprouve que trop , et je n'ai que trop lieu de craindre le sort de ce seryiteor inutile qui fut rejeté et condamné, non point pour avoir perdu son talent, mais pour n'en avoir pas usé selon les intentions de son majirje. Hé ! mon pieu , quand depuis de longues ai»
fâùie h'est point encore
reùi temps^ où je sortirai dé inon assoupissement et demalanguêui', ou je reprendrai an feujtoût nouveau , où j'accomplirai fidefèméJt tous bîes devoirs , dS Je siîivrai de point en ppint toute ma rè^fe, ob je penserai , je parferai, J'agirai , je vivrai ei religieux? ^ . ,
J'ai de bons moniénts ou je veux tout cela , ou je roê pfojpose tout cela , où je forme sur tout cela de^ desseins : mais que le passage est difficile de la résolution à rexécution, etqu'il est ordinaire d'y échouer! Si je prends d'abord queFquiS mesures , si je lais quelques efforts, ce sont des efforts semblables m ceux de saint Augustin, lequel se coibparoiià un tiomme endormi qui se réveille et qui voudroit se lever, mais que l'appesaniissemeni où il est replongé au^isitôt dans son pribmier sommeil. C'est ainsi que lé poids de ma fragilité me reniraine , et » malgré tous mes projets , me fait retomber dans mes premiers relâchements. Grand Dieu ! créateur des âmes et leur sancdgcateur , donnez ik l'ouvrage que^ybus avez commencé dans moi sa deriiière perfection. D'être dans la terre de^ Saints, selon l'expression d'un de vos prophètes, et de n'y point commettre Tiniquité, c'est un avantage des plus précieux ; mais ce ne ^erà, Seigtieur, iin avantage complet qtie lorsqtle dans cette terre d^s Saints je travaillerai efficacenient moimême h me sanctifier.
Je dis, mon Dieu, à me sanctifier selon toute la sainteté de mon élat; car ce qui peut me suffire comme chrétien seroit trop p§u pour mol comme religieux. Au siipple çnrétien voiis n'ayçz,.qeséâ^, donné qu'un talent ou deux : maii c'est au religieux que vous ^4Br*
sAiiSTks HÉsbLÎjTldks, etc. 479
nez jusqùes | cinq. Mieux il est pkrtagé » pfas il est oblige de rapporter; et si cehn des serviteurs qui avoit reçu deux tatebts dut les renfifé et deux, iautres au-delà « c'est avec la même proportion qu'en lyaDt reçu cinq, je dois les faille valoir, et les consacrer à votre gloire et à moif avancement dan3 vos voie^.
Quels progrès j'aurois faits, Seigneur, si j'âvois ainsi employé touties mes années , dcptii» qvê tous m'avtt appelé à votre tervice et que je m*y suis engagé! où en seroii*j»{^ 6ù en sont tant d'autres qoe je vois <;omUés de vertus et de grâces? Chaque joqr jb çrcôsaent, i^s montent, ils s'élèvent, tandis qu^ je demeure en arrière, et qiie^ chargé comme eux de votre joug , au |ieu de le P9rt^r ^veq \fk méj^i; ^il^r^^^ijf ne fais que letraîqer. Êtoit^cedoncJà,nQon D%n,(^qi|MgvoasyoiU^ aiez quand vous m'avez séparé, dii monde » et qiie^ gar ungdiftfiiçtîon ;^i|ssi glorieuse pour moi qu'elle m'jsst fovor^ble et^vantf^geuse^ voua m'avez admis au nombre de tant aames choiaies ? Est-ce la cette p«rfèciion propre de l'état religieux* et çet^ s^fÎQteté particulière qui le relève au-dessus de l'état séculier ? Ne voiis ^-je promis rien autre chose, en me dévouant à vous? N'aspirois-je i rien autre chose diùis ce temps d'épreuve par où j'ai passé , et qui a prépédé la profession de mes vœux? Sont-oe là les leçons qu'on pie faisoit, et n'est-ce qu'à çda qu'on me formoil?. To^t nAe^c^daa^lie,^§jBign^ tout rend témoignage oontns moi , et je n'imaiginé point d'excuse que mon cœur maigrf moi ne démente. ^. , i ,uhtA, .t.
Au feste , ma vie s'en ya^ m^ jçiirs.s'eooulent » et peut-être mon heure e&t-elle plus pr9dne que je nye l^jpense. Qimi qujil jqh soit,, elle yient, cettederniière heure; et que sçjra-j^ sj je^JaVsMs^e veçir et qq'elie arrive sans que Je Taie prév§nu^e,.iii .gue j'j^je juresq'v^>ien fait de tout ce que je devois? Car,, à parler de bonne n^ij et pour le dire ^ ma cqnfus^on , )ejpeu que je fais p'est rien ^ bu^ si c'est quelque chose, ce n'est pointa beaucoup^ près çç que j^emande iba voca- Ugôi*! ni ce. que vouj^ aiiendez (1q 09191., Ma|s n'.e$t-jl pas teoips énâo , Seigneur, dç comipêi^fer?.;i*e4-il pas l^mps d'être religieux en. pratique et. en éffeX» aprèi ne l'avoir été depuis tant d'années que d'habit et que ae nom?
C'est bien tard que je prends une résolution si salutaire et si nécessaire ; c'est bien tard que je commence , on que je veux commencer : mais. Seigneur, entre les ouvriers du père de famille , ceux qui ne vinrent travailler à sa vigne que vers la moitié du jour eurent la même récompense que lés autres , parcequ'ils regagnèrent par l'activité de lenr travail ce qu'ils ayo^ent perdu par leur retardement et leur lenteur. Or voilà ce que j'ai à fiiire présentement ; et de celte sorte ^ mes partes passées, aja.lieii ^le me décourager ^ m'exciteront , m'ani- . meront , se tçurneront à bieu* Moins }'ai ay^ncé ,. p|us je redouble^piiî , mk course ; i^pi^ ^'ai. été ribligieqx,; p|^ je pi'^fjforoerai qe le devenir. Car je le puis encore ; et malheur à moi si je ne le vodidis pas , si
m GOUVERNEMENT REUGlEtIX.
d<^oraiais je n*y doanois pas toas mes soins , si je ne suivois pas la sainte ardeur que votre grâce m'inspire et que je sens secailnmer dans mon ame! Faites, mon Dieu^ que ce ne soit point une ferveur passagère. Toute vive qu'elle est ou qu*eUe parolt , je ne saurois me rqMttdre de ma persévérance qu'autant qu'il vous plaira de me fieGonder, et que je serai soutenu de votre secours tout puissant.
CyOUVfiRIf SUENT SBliieiEUX , IfiT QDBLLBS VUTOB T SONT PLUS
MéQBSSAOlES.
Quand on traite de Tobfissance religieuse, on ne s'attache communément qu'à instruire ceux qui doivent obéir, et Ton ne parle prtrsque jamMis è ceux qui doivent commander. Cependant les supérieurs ne sont point impeccables, non p!us que les inférieurs. Les fautes des uns ife sont pas moins importantes , et ne causent pas moins de dommage 'dans one communauté, que celles des autres; et Ton peut dire, au sujet Al'dbâssance , qu'il est aussi difficile et même pins difficile de bien savoir la faire pratiquer, que de bien savoir la praUquer.
L'autorité supérieure dans une maison religieuse est une préroga» tive, c'est une distinction ; mais une distinction à titre onéreux, et une charge plus qu'un honneur. Les fondateurs inspirés de Dieu dans Finstituiion de leurs ordres y ont établi une forme de gouvernement nécessaire pour lier ensemble le chef et les membres , et pour maintenir font le corps dans un bon état , en le maintenant dans la règle. Cette forme de gouvernement n'est pas la môme partout ; et comme il y a une diversité de grâces et de voies par où la divine Providence conduit ses élus, il y a pareillement une diversité d'observances et d*ip8tituts qui feit un des plus beaux ornements de l'ÉgEse. liais tous, quelque différents qu'ils soient d'ailleurs, conviennent en ce point, qu'il y ait à la tête de chaque société régulière une puissance qui préside, qui ordonne, qui tienne la place de Dieu, de qui l'on reçoive l'impression, etqui dirige toutes les démai^ches et tous les mouveqients. Or que ce premier mobile vienne iH manquer , qu'il se dérange , qu'il s'arrête; et, afin de ne considérer la chose que par rapport à vous » qui m'engagez h vous écrire mes pensées, et à vous donner cette courte inslructionuouchant la place que vous occupez présentement, qu'une supérieure n'ait pas les talents reqnis pour gouverner , ou que les ayant , elle ne les mette pas en œuvre , on voit assez quels désordres il doit de lu s'ensuivre. Car voila comment des communautés entières sont tombées dans une triste décadence, et dans un relâchement qui les a perdues.
11 est donc pour vous d'une conséquence infiitie qu'étant obligée de
tenir les autres datas le devoir, vons fassiez vous-même une étude
irèj sérieuse de vos devoirs ; que vous vous les imprimiez vivement et
' dans fesprit et dans le cœur ; dans l'esprit , pour les connoftre; dtns
le crntrr, rtourvotis y î|ffèc!tt>«nei' ; que vpur ♦ncoilférlex -sauve n
G()(IV£R(ÎÊMENT RELIGfEUÎL 481
avec Dieu , eiqju>otti sbnvent vous en couleriez avec vous^méoie , ^c voas yoàs en demandiez compté devant Dieu; que vous appreniez ainsi à bien mesurer tous vos fias dans la route où vous commencez k marcher. Elle es( périlleuse ; les écueils y sont communs , et des ëoueils q«'on ne peut éviter sans unè-grande attention. De toutes ceU les qui vous ont précédée , copibieu peut-être y ont échoué ? <2ttoi qu'il en soit ». si le pilote s'endort au milieu dfes Tochers x>ù il se trouvé engagé, il est fort ^ craindre que par sa négligence te vaia^u né périsse; et si vbus n'avez toujouirs les yeui ouvéïts pour preqdre garde à vous et pour vous observer,, non seiilemeot voqs vous égarerez , mais au jugement de Dieu vous deviendrez respoiisable de vos égaremeiy^.
Ce qui doit être d'abord le sujet de yotrc^ consolation et de vo)fe confiance » c'est que^oos ne voua êtes point ingérée dans fe fi^uver- • • nementy que vous ne lavez point recherché ,, et , pour 'mVxfuimep ^ uveÊ saint Paul, que vous ne voiu éla point aUribui l'honneur (Mebpkj* a). D'où vous avez droit de conclure qiie vous y*étes.appe)éedei)ieu/ ** et que Dieu étant fidèle à ceux qui suivent sa vocaiioo» il ne vous abaa-, donnera point; mais que sa grâce vous éclairera, Qu'elle vous soaf* tiendra, qu'elle consommera la. bonne oeuvre qu'il a. commencée dans votre personne , par lé choix qu'il a fait de vous. Sans cette vocatiap d'en haut^. vous ne pourriez vous, répondre si assurément de l'assia* tance du ciel : que dis-je! vous devriez vous attendre de la part^u ciel h un funeste Aandonneinent. Car ce ne seroit plus Dieu, alors qui vous auroit tracé le chemin oii.vous entrez, et il diroit de.^Qua ce4|u'U • disoit des fiiux prophètes : Je né l§t envàyoh poiut^ et U$ amreient ; voi/à pourquoi %U seront rejetés et liuréi à eux-mêmes (Ibhbh.» 25).
D'autres que vous l'ont éprouvé» ou s'expoëcnt à l'éprouver. Et ne le Savez-vous pas? ne le voyez-vous ^pas? L'envie de dominer (disons miéui^y et ne craignons point d'user du terme prbpre), iine pitoyable ambition n'est pas tout-à- fait bannie de^ maisons, religieuses; mais elle s'entretient et se nourrit jusque dan^^ l'obscurité de la^ retraite, et comme dans le sein dej'bumiiité. On v^t élre quelqite cho^e , quoiqu'en ce Réparant du mondé on jsit déclaré qu'on ne prétendoit plus à rien. .Ce divorce avec le mopde a plus été de corps que d'esprit ; et parceque, selon le sentiment naturel i qui est partout \p même; m aime à se voir considéré » ménagé , craint , respecté , de -1^ vient que sans résistance et sans combat op succombe à la tentation^ et qu'on se laisse aisément^ surprendre au vain éclat de^la supér^prité. Mais le moyen d'y parvenir,, et comment y procéder? Il eU xare qu'an s'y porte ouvertement» et qu'on témoigne bur c^kson désir. Ail contraire^ on a bien soin de le cacher» et l'on affecte en Ictutes ses paroles et toutes ses manières de marquer là*dessus une indifférence pai^îte, et même une espèce d'éloignement. Rien de pluamodeste que les expns-' ^ons dont on se seit eil parlant dé soi^foéme^ ^t reconnoiiaa&t son peu de suffiswce et son indignité ; mais ce sont des discours ; et avec ces B. ^ M
489 GOUVaiVEMENT R£LIGqg|]X.
beaux di^oôifri, te dasir qu^on a dai\s le cœur, tout cpchë qu'il est, A'en est pas moins vif. On- le dissimulé; mais il agit et il feitagi)*.Oii prépare (îe loin lesespriis , le parti se formç, Yunç attire Tautre. Cepebd mt une éieciiôD approche, et e'est alors- qu il fout-redottb!er sa aueniioDS, et se montrer plusaffiible et plus officiense'que jamais eti* vers tout le monde» soriout envers les agiies. Enfin, le jourUrrive^où h oommi^nauté s'assefnlile» ei où il est question de décider^ Les toit se recueillent, la pluralité l'emporte, la supérieure est ëloe, bieù oon* tenté de sa destinée, et peut«étre eneore voulant se persuader que c'est Dtett^iui l'tt jchofsie, et qu'elle «'y à coqtribné eI^aucune sorte.
Tout ceci, au re^ie, ne doit point étonnjer depi^is qu^on a vq lesapAtresiipémes , élevés à Fécolé det Jé&u;s-Glirist , disputer entre eux de la;pré$éance, et atnbiiionnqr les premiers rangs.de son prétendu • royauihe temporels HsMs'dc; quoi Ton ue doit p£ non plus être Sor- ^ pipis, orst'que Dieu se^retire, et qu'il ne bénisse point lin gouvernefut^ttcpii-n^cst pas dans Tordre de sa providence; cVst qu'il per- " tneitekjquecette stipéfieure s*égare, qu'elle ç*aveugle en mille rencom (res, et qu'eTe fas^ mille fautes, qui détruisent toute re&time qu'on eu avoit conçue» et qiii la décrédiient dans une maison dont elle cppyoit devoir être Torade ettai dii'ectrice ; c'est que, dans une p1a:e oùèl e espéroii trou ver de la douceur et de la satisfaction, il lui laisse sentir toute rameriumeet tout le déboire de mille événements ftobenx, d^ mille contradictions , de mille inquiétudes, dont elle estsans cesse agitée, troublée, désolée, et qui lui donnent bien lieà<ie regretter Tétât de dépendaiice,.d*où elle a voulu sortir^ et où elle vivoit mille fois plus tranquille et plus heureuse ; ciest que, pour la punir et pour punir le grand nombre de.celies qui Tout appuyée de leurs suffrages, plus par inclinaiioo que par raison, il prive la communantéxi'uflè protection spéciale dont il la iavori^oit, et que de cette sorte tout Tesprit de Dieu s'éiéigae et toute Ja discipline religieuse se dérègle. Châtiment aussi juste qii'il est terrible, et qu^ les suitesen sont malheureuses.
Mais revenons; et puisque de l)onne foi vous pensez n'avoir rfbn à vous reprocher sur. cet article » te nous y arrêtons pas* davantage. H s'agit miaiiitenant de répondre à la voeation de Dieu ; et d'en remplir tous les devoirs. Le. premier pas est fait , et bien fait : je le veux; et j#in'én ptiis douter, opnnoissant votre, droiture et voir^ esprit religîetix. Yous'vuilà dans la carrière;, mais le point est de la fournir heureusement et dignement, soit pour la gloire de Dieu, soit pour te bien de votre maison, soit pour la sanctification de votre ame. Vous voulez donc >savoir comment vous devez tous comporter danà une fonctioii d'autant phis critiqua pour^veus queHe vous est toute nouvelle, et que voo$ n'en avez eu jusques à présent nul usage^ Vous me demandes quelles sont les conditions les plus essentielles d'une bonne supérieure, et par où eHe peut se ineitre en état de réussir. Je comprends tout en cinq parûtes, donteiMrànne mérite une réBexion particulière ;
GOUVJjlItNEMENT «EUQIEt X. 4|^
exemple, xig^ilanœ , charité, fermeté, prudence. Airec eela, j'ose yoiis annoncer un succès tel que vous le pouvez désirer : car à Tégard de la profession religieuse, c'est dans Tassemblage de ces qualités que censiste toute la scieiice du gouvernement.
]. Exemple. Jésus-Cbrist lui-même a commencé par-là : avantque d'enseigner, il a pratiqué- Yous êtes supérieure, il est vrai ; mais, tu devenant supérieure, vous n'avez pas cessé d'éire religieuse : c*es^'* dire que vous êtes toujours dans la même obligation de travailler à* toire perfection particiiliére ^t à votre avancement spirituel, selfjn Tesprit de votre règle, et par les/ moyens qu'elle vous prescrh* Voué n'êtes- donc pas plus exempte des observances ordinaires que le reste dëja communauté : vous pouvez vous en dispenser plus impunéqii^nt; mais vous ne le pouvez pas avec plus de droitïni plu^ légitimement. Vous Je. pouvez plus impunément, puisque, dans la maison doubla conduite vous élt confiée, il n'y a personne qui puisse vous demander compte de vos actions, ni entreprendre de fous corriger; mais vous i/k le pouvez pas plus légitimement ni avec plus de droit, puisque vous êtes liée p^r les mètpes engagements que les autres, et qu'en vous chargeant ,dé la supériorité, on n*a pas prétendu vous dédHM*ger de la régularité. Vous avez des pouvoirs que n*ont pas les autres, je le sais, et en ne vous les conteste point : mais comme vous pe devez user de câ pouvoirs en faveur des autres qu avec poids et mesure,^ qti^'ayec raison et pour de justes sujets, vous nen dey^ pas plus aisément qî plus libremei^t user par rapport à vous-même. ^
Et ce sevQfi sans doute une chose assez étrange, qu'une supérieure, Dréposée.^our maintenir la règle dags toute sa vigueur, fàt là premier^ a la trÀnsgres6er.;Es(ce là Texempte qu'elte doit donner ,>et qu on attend d'elle? Saint Paul disoit aux fidèles : Soffezmes imitaieurs, conmte )ete$ui8deJésui'Christ(l,Çor., il); et c'est ainsi, par pfopot*tion, que la supérieure, dans une communauté religieuse , doit être '^■' en état de dire à toutes les personnes qui lui sont sougiises : Agissez comme vous me voyez a^r. Car sans cet exemple, de qiiel poids seront tontes ses paroles et toutes ses exhortations? Osera-t-'ellé mûéme parler? osera-t-eile exhorter à la pratiquede la pauvreté, lorsqu'on verra qu'elle ne veut manquer de rien? osera-t-alle^recommander la mortification des sens, lorsqu'on verra qu'elle s'accorde tous les soulagements et se mé* nage toutes les douceurs jq9elle est en fK)u^oir de se procurer? osera • t-elle exiger l'exactitude, Fassiduité, la fidélité à tous les exercices, soit public^ soit intérieurs , lorsqu'on verra qu'elle, abuse de son autorité pour vivre à sa mode et selon qu'il lui plaît, ayant ioujottt*s des prétex^ tes, et se prévalant de tout pour excuser sa dissipation et sou dérau* gement pergétuel? Pour peu qu'elle raisenne et qu'elle rentre en^lléméme, ne sera-t-elle pas forcée de se taire? ou si malgré tout cela elle venoit à s*expliqner, et à se plaindre dei» relâcbementsqu'elle aper* çoit et des fautes qui se commettent, jie seroit-oà pas tente de lui allé-
484 GaUV£RABH£NT AELIGIEUX.
guer ce proverbe cité par Jésus-Christ dans TÉvangile de saint Luc : Médecin, gumsiez''vùusvoui''mime{Lvc.9 4)i
II. Vigilance. Tout supérieur est^ responsable de ceux que^Keii a mis sous son obéissance. Par conséquent il doit veiller salreux : un père sgr s|ir sa famille, un pasteur sur son troupeau, et voassar votre maison. Devoir que vous ne pouvez négliger sans line ofiiwse très griève : car c'est de là que dépend , ou le soatiep, ou la ruinç d^une bomnmoauté. Un tel Iniérét n*est-il pas assez grand pour engager Ja ct^nscience, et ne devez-vous pas tremblçr en y pensant ? Ce' n'est pas mon dessein de vous troubfer par de vaines frayeurs ; mais, en vérité, bien di^s supérieures vivent là-dessus dans u6e sécurité pi|« qua touft tes sonjpules et touteales frayeurs que je vous donnerois. Elles sdnt dans leur place oo/nme ces idoles que nons dépeint le Prophète, au Psaume cent treizième. On leur présente 'de Tencen^ mais du res^e elles ont des ygux, et ne trient point; eUei4>nt des oreilles, et n^enien^ dent point; elles ont des mains, et ntigissent point^; elles ont des pied^ gi ne marchent point. C'est-àrdire qu'enneiâies de tout soin et de toute' peine , elles n'entrent presque en rien, elles we s'informent de rien, eHes ne pt^nnent garde4rien. Leur unique vue est de coiiler en repos le temps êe leur supériorité : potirvu qu'on ne lesimportune pomt et qu'on les laisse en repos, elles sont coqtentes. Mais cependant tout le temporel d*une maison est mai administré 6t se dissipe ; mais cependant mille usages s'idtpoduisent, et chacune se donne des libertés qui, passent en couCuiie, et qui sont de véritables abus; mais cependant les anciens règlements s'abolissent , la discipline domesA|«e se renverse, le recueillement se perd, la H^veor se refrddit ; plus dé zèlepow le service de Dieu, plus desileuce, plus de retenue, plus'd'oraûson ; et plaise au ciel que d'autres désordres ne succèdent pas à ceux-ci, €t que l'abomination Me la désolation ne s'établisse pas dans le lieq saint !
Qr rien de toiit cela ne retoinbera-t-il sur la supérieure, et sera-telle d&ment justifiée devant Dieu, quand ell^dira : Seigneur, je n*en étofs pas instruite? Non, elle.ne Tétoit pas; maïs parceqii'ellene vouliot pas l'être, ou qu'elle ne le vouloit pas bien ; mab parcequ'eFe se soiidoit peu de l'être; mais parcequ'elle ne prenoit pas les mesures raî- ^nnables pour l'éire. Quel poids aura-t-elle donc à porter; et n'est-ii pas à craindre qu'elle n'en soie<^ccablée? Gardez-vous au reste de donner dans une eitrémité tout opposée , et apprenez à disiingner la vi/{ilance, qui est une vertu, et l'iloquiétude , qui e^t une' Ibibiesse. Rendez-vous attentive et vig'dante; c'est ce%]ue je vous demande : mais je n'entends point que vous soyez de ces supérieures timides et trop recherchantes, qui prennent ombrage de tout et que tout alarme. Esprits défiants et soupçonneux. Led^s vivacités, leurs mouvements, leurs agitations continuelles, les fatiguent beaucoup, quoiqn'assez inutilement; et par«<ih même elles neVatiguent pas moins une communauté composée de très bons sujets» qui n'ont pas
aOUV&BN£|tCNT Rfa^IGIËUX. 485
benm d'une iaspeclkm si scnipnlease et si incommode, il y a/de la modération en toutes choses, et des bornes où il faut se contenir.
iH; ClKiritë..Qne ne.puis-je vous Tinspirer dan^ la perfiectîon qyae tons devez Tavoir; eu puîsslez-vous travailler soUJçpien ta l'aciiaérir, et la mettre, partout en œuvre! Remarquez, s'il vous plaît , ce que je dis : dam toute la perfeclitm que tfom devez t avoir. Et en eiFfet, cette ebaritécon^mnfie et fraternelle, que nous npu$ devons les uns aux antres en ({ualiléde chrétiens,, ne suffit pas à une supérieure au rcfiard de ses filles; mais pui^ne ce sont ses filles en Jésus-Christ^ elle knir doit une charité de mère : {e veux dire quelle leur doit une charité tendre pour compatir i leurs infirmités/une charité bienfaisante pour leur fiiire tous les plaisirs et leur procurer tous les soulagements confirmes à leur état , une charité affable et prévenante pour l^eur ouvrir le ccenr, et leur donner la confiance de lui exposer leurs sentiments; une charité douce et patiente pour les écouter à toutes les genres et ne les rebuter jamais , malgré Tennui que q\ielques unes peuvent lui causer ; une ^charité univeriselle qui* les embrasse fouies en itotre Seigneur» sans distinction et sans prédîkction. De cette sorte, otts au re^dans votre gouvernement lapins solide et la plus sfusible consolation qîie pupsse désirer une supérieure, qui est de voir ses filles veni^ à elle avec confiance,, lui obéir par amoiir et non pfir i;rainte, chercher aiîprès d'elle Jeur soutien dans toutes leurs peines et levf conseil dans tontes leurs résolutions', loi faire part âe.l^nrs pensées les plus intimes, et déposer leurs âmes dans ses mains.
•Mais qnerseroit-ce si vous étiez de ces supérieures hautes et impé- Hieases qni pensent bi#n plus à rdever ieur autorité qu'à Vadoucir et i la tempérer; de ces supérieures indifférentes, dures, sans pitié (car il y en a de ce caractère, et je ne crois pas m'exprimer trop fortement); de ces supérieiires très indulgentes pour elles-mêmes , trè$ peu touchées des besoinU d'antroi^ et traitant volomiers d*iin^tnatiba.s tous les inanxdont on se'plaint ; de ces sopérieures brusques dans leurs manières , sèches dans leurs paroles, aigres dans lenrs réprimandes . fâchenses dans leurs humeurs , partiales dans leurs affections, accordant tout aux unes, et refusant tout aux autres? Pourriez-vous alors trouver mauvais que les cœurs vous fussent fermés , et que chaque particnlière , après avoir essuyé vos rebuts et vos rigueurs^extrémeâ, se tint à Técart, et attendit une conduite plus charitable et'phrs engageante qi^ la v6tre? Souvenez-vous que le joug dé la religion est le jou); de Jésus-Gbrist , et <:itte Jésus-Christ nous'assope, dans les termes les plus formels, que son joug est doux et soti Eardeau lé.^er. Ne démeiitez pas cette parole dé la vérité même j et n'appesantissez pas, ne fendezfîas insupportjibie un joug qui, selon la promesse de notre divin naître, doit être ai^ à porter. Il ne faut pécher par aucun excès: mais il me semble f après toot, que dans une supérieure il seroit iboîns condaîniiabki'de pécher par on peu trop de bonté qnepar trop