‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 135 sur 225 · B8 PËMSÉK^ DIVERSES SUR L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

B8 PËMSÉK^ DIVERSES SUR L'ÉTAT RELIGIEUX

avertissement mal placé » et qui s>st livrée à lin zèle trop impétueux pour Is^usser et pour rhamilier.

C'est par cette raison qu'un'trèsaamt religiein^ asses. tonna de i^ jours « et dont la mémoire est en vénération , prioit Dieu , dans la défiance qull avoitde kii-méme, de ne Toi point donner de sopériArs qui fussent pour loi des occasions de chute, Il est vrai qjie la prudence dont je Vous parie et dont vous concevez la nécessité est un don de Diettf qui départ ses ç[races i qui il lui piatt et comme il lui plak : mais jI n^est pas moins ynii qu*avec le secours d'en haut on peut s'yfortner/

•6n peut l'acquérir^ On l'acquiert par la rëitexion et par de fréquents retours sur soi-même; an l'acquiert parles épreuves passées» et parles eiLSmpIfS.dont on a été témoin; on Tacquiert en prenant conseil, et ne défj^raot point trop à son piopre sens; en consultant des peri^onnes d'âge, d'expérience , de vertu , et qu'on sait être les plus capables de lious diriger. Mais surtout on Tobtrent par la prière : car'«î quelqu'un m besoin de sagase, dit saint Jacques, qu'il en demande à Dieu (Iac, i). Que ce soit la votre grande ressource. Dans tous vos desseins, dans toutes vos. vues , dans toutes vos délibération^, implorez l'assistance .lia ISkevL et les lumières de son Esprit Tftchea d'abord à vous dégager

«4e toute passion , de tout intérêt , de tout préjugé qnt pourroit vous séduire ; et puis ditesà JDieu' comme Salomon : Vous voyex^ Seigneur^ la droitute de mon orne. Je ne veux que ce que vous vçulezi mais comment conncitrai'je votre d^ine volonté, et comment PacçompHrai-jef sf vous nim*écliàrex et si vous ne m'aidez f Ènvoyex-moi donc votre siH gesse, 6 mon Dieu! envoyez- la^moi dû plus haut des cieûx; afin qu*dte travaiUe avec moi et que je trwaille avec elle (Sap., 9). Dieu vous éoou« tera, il vous conduira , il répandra sur vous ses liénédictions , et tout votre gouvernement tournera à sa gloire , à l'avantage de votre cornmonaolé, et à ^tre sanctification* «

PENSÉES DIVERSES StR t'ÉTAt EELIGIÇUl.

De tous les pitres dont le Pocteor des nations, sans blesser en aucune sorte l'humilité chréiienne et apostolique, a cwpouvoir se glolifier selon Dieu- et en Dieu , il ne parott pas qu'il y en ait eu un quF Itfi'fùtpiMS cher que œlui de prisonnier pour Jisuê-Christ^ de prt* sonnier dans le Seigneur et pour le Seig/néur {JEphes., S, ad PAi/eiti.). Aussi est<e U qualité la plus ordinaire qu'il prend en divers endroits de ses Épltfes, tapt i( s'estimoît heureux dans ses fers, et tpit iltrouvoit de goAt et d'onction, à penser qtr il lesportoit pour la cau^e et Tamour de son divin maître. C'est encore dans le même esprit qu'étant à Kome , où il avoit été conduit par l'ordre de Featus , gouverneur de Judée, et ayint assemblé devant lui une troupe de luifis, afin de leitr rendre compte de son étst , it leur momroit sa chaîne , et leur disbit : Celfe ekahie que wm» voyez^ mes Frères^ autour de moi, c'est pour l'es^ péraneettsraël qu^j'en tais ckbrgi (Act.^ 28). Cette espérance dis-

PliNSlES DIVERSES S(5R LIÉTAT REUGIËUX. 489

rjtfr Mtte tRe des biens éternels qal Imî étoient.réservës y voilà ce qui lui adoudssoit toules'les rig^ueufs de la captivité. Bien loin d*en gémir etHes'en plaindre y il en tfiompbort de joie ^ il en étoit péiiéir^. et rempli de oonsolation.

Or pourquoi, dans un sens moins littéral , ne pourrois-je pas appliquer ces mêmes s^ilments à une ame religieuse / surtout à June de ces sages et saintes -vierges qui , volontairement et d'elles-mêmes , si j'ôse nsei* de cette expression , se sont condamnées k line clôture perpétuelle? Ce -seul terme de cidturë marque déjà par soi-même quelque chose de triste» et dovli la nature ne doit pas s'accommoder ' ' mais qu est-ce, qpand à cette olôtore la perpétuité se trouve jointe*? Certainement une fille; quoique née libre, ainsi qiie TétoFt saint Paul , peut bien dire alors comm^ ce grand apôtre qu'elle est Kée, qu'elle eût enchaînée, qn*dle est captive. Mais aussi ne puis-je douter qu'elle* nesoit égaleniQUi animée; consolée et même attendrie, lorsqu'elle .vient à tfairè devant Dieu cette réflexion si totichante: qu'elle est captive pour JéÈui'Christ; qu'elle est captive dans le Seigneur et pour le ISepyneur; qu'elle, est captive et enchaînée pour C espérance cChraëL Esj^é- . nacfi qu'elle conserve précieusement dians son sein , et qu elle neyoudroit pas risquer pour tous les plaisirs dn monde. Elle considéré la cIAtare où sa profession la retient comme un rempart contre la licence des enEants du siècle; et plus elle conçoit les dangers de cette liœnce Mndaine,.plbs elle'aime ses liens. Elle voudrait, s'il étoit possible , left«errer toujours davantage; elle en rend Sans cesse à Dieu de nouvelles actions de grâces, et mille fois elle se félicite elle-même d'avoir sa perdre sa liberté; afin que sa liberté ne la perdit pas.

Qu'estrce que la volôolë de l'homme; et qu'est-ce surtout que ce qu'on appelle propre voMnté? cette volonté propre est une volonté particulière, qui se renferme tout entière dans elle-même, et ne suit en toutes choses que son gré et que ses affiçctions. Rien n'est plus dangereux, et ne causede plus grands maux dans une communauté reli-» gieu8e.,Gar comme les affections sont aussi différentes que le sont lès caitetères, et que le gré de l'un est souvent tout opposé à celui de Tantre, on voit assez quelle confusion ce seroit, et .quelles divisions s^ensaiwoiént, si chacun, dans tonte sa conduite, n'àvoit poititd'aiitre principe que d'agir selon qu'il lui plak. Voilà pourquoi, les Pères, et entre les autres saint Bernard , ont taiit déclamé contre cette propre ▼olpnté, et l'ont regardée comme la ruine des sociétés les plus régulières: Mais void Ta vantage inestimable de l'obéissance religieuse*: c'est que toutes ces volontés particulières , elle les réunit âsgas une même volonté universelle et commuiie, qui est la volonté de Dieu, et qui nous est déclarée dans' nos règles , ût par la bouthe de nos supé- " rieurs. Ainsi, malgré la diversité et même la contrariété des esprits et des mcUnatiopsr, elte conserve l'ordl^e, l'ananimitë, la paix. . -

490 PENSÉES ÔIVEftSÉS SUR L'ÉTAt ft£UGrEUX.

JPbar mieai comprendre ce précîeui âTSMiiage de l'obéissance, êl pour mieux reconnottre la sagesse de Dieu dans TinsUtution des. ordres religiettx, il n'y a qu'à considérer les dérèglements de notre volonté et ses égarements , lorsqu'elle est abandonnée à eUe-méme. C'est nne volonië aveuglç : elle réside dans lé cœur,' qui lui-même n'ât que ténèbres et qu'obscurité; c'est uiie volonté inconstante, et volage r aujourd'hui nous voulons, et demaiji nous ne voulons plus; maintenant un exercice £st de notne goût« et bientôt ensuite il nous ennuie et nous rebute; c'est une volonté incer^taine et irrésolue: eu mille rf'uconires oit ne sait. à quoi s'en tenir» ni quel parti prendre; ' * c^est une volonté xâpîricieuse et bizarre : souvent on veut sans raison , et même contre toute raison; c'est une .volonté dure et opiiiiâtre : ooa toutes les peines dû iiionde à céder jusque daivs les moindres stijets» ei il suffit qu'on nous contredise pour nous pbstiner davantage ; c'est ufae volonté hautaine et impérieuse, jalouse de ses prétendus droi(|, et d^tcatè sur tout ce qui les blesse : si vous entreprenez de la gêner en quoi que ce soit, elle s'élève, etfne cherchée qu'à secouer le jtitfgA Que diréi-je de plus?..c'est une volonté violente et précipitée dans sA désirs : s'jls ne sont pro<nptement salisfiiits , elle s'impatiente / elle nhirmurè, elle éclate ; .c'est une volonté artificieuse et trompeuse; les prétextes ne lui manquent jamais pour séduira l'esprit, et pour le prévenir en sa faveur. Mais par-dessus tout, .c'est une volonté pe^ versé et criminelle: totitce qui lui est défendu, c'est làqu'el/ese porte par un penchant de la nature corrompue et ennemie de la loi. Telles sont , -dis- je , les maliçnes qualités de la volonté humaine; telles en sont les dispositions, et pour les conhoftre , nous n'avons qu'à nous consulter nous-mêipes. Or à tout cela il faut un correctif ; et ce correctiNi nécefsaire , c'est l'obéissancet

En effet , cette volonté aveugle , l'obéissance la dirige ; cette vobnté inconstante et volage, l'obéissance la fixe ;> cette volonté incertaine çt irrésolue , l'obéissance la détermine ; cette volonté capricieuse et bigarre , l'obéissance M redresse ; cette volonté dure et opiniâtre , l'pbéissance la fléchît ; oeite volotité impérieuse et hautaine , l'obéissanoe la soumet; oetté volonté violente et précipitée, l'obéissance la réprime ; cette volonté artificieuse et trompeuse ,, l'obéissance la dé> vdile; enfin» cette volonté perverse et crimin^le, l'obéissance |a sanctifie» Qae de merveilles ! et de là que d'heureux fruits- doivent naître ! Car toutes les volontés dirigées de la sorte et conduites par Tobéissance,* fixées, déterminées, redressées, flëcbies , soumises,, réprimées , éclairées , sanctifiées, s'ajustent alors et s'accordept aisé> menr entre elles. C'est une même main qui leur donne l'impression» un même motenr qui les remue , un niême guide'qui'leuntraoe la voift, lin même législateur qui les gouverne^ et qui , à la faveur de la îamlère divine l|u'il i*eçoit d'en haut , prend, smn de Jes as^nir tell^ ment^ènsedible ,• ^tt'eliês iie heurtent point tes lines cJbfre lès aulfes.

PENSÉES DlVEtiSES SUk l'ËTAT tliËLlGIËUX. 491

Be cette inaDière se vérifie ce qii*a prédit autrefois le Prophète » savoir : qu'pn verroit lelioo et Tagneau paitreen repos dans les mêmes pâturages, et se ranger sous le même pasiear : c'est-à-dire que, sans ^ard à la difféfeoce des pays , des tempéraments ^.des humeurs » ojii verroit parmi des peirsonnes religieuses , et aous le mêifte chef ,. la concorde et l'uniformilé la plus parfaite.

^ Quel est l'état du monde où Ton soit exempt de toute dépendance , et où l'on fasse toutes ses volontés? Je dis.plus» et je dèndaode ()uel est même Tétat du monde où Ton ne soit jpas continuellement obligé de rompre sa volonté ; de renoncer à sa volonté » d'agir contre sa volonté ^ et dans les choses souvent les plus rebutantes et les plus contraires à notre sens ? •

. Cet état de franchise d6ht je parle » cet état de pleine lib^té» est-ce l»oour? mais qni ne sait pas quelle est la vie de Ja cour ; et y a-t-îl asclaye plus jesdave que tout ce qui s'appelle gens de cour ? Est-oe la *profeàsion des armes? mais, toute la discipline militaire ii'est-ette pas %ndée sur l'obéissance, et sur Fobéissance la plus héroïque, jusqu'à braver les périls , jusqu'il répandre son sang , jusqu'il risquer sa vie et à la perdre? Sont-ce les dignités , les charges , les ministères publics? mais n^est-il pas évident que, sous une spécieuse apparence , «e sont dans la pratique des asstijettissemeniaperpétnèls et très' réels, à moins qu on ne veuille , par un abus énorme , en négliger toutes les fonctions et ei^ abandonner tous les devoirs? Est-ce la conduite parti- ^ culrèVe de chaque maison , de chaque famille? mais est-il une famille ^ qui pitisse bien se soutenir, si la subordination y manque { et peut-on vivre sans trouble dans iine maison , si l'on n'use incessamment de condesicendance les uns envers les autres , aux dépens de ses pmpres ib^inaiions? Est-ce le commerce ordinaire du monde? mais ce coàimerçe du monde , tout aisé et tout agréable qu'il paroit , n'a-til pas ses lois, et des lois très importunes et très onéreuses? Quelles mesu* res etquels égards n'exige-t-il pas? A combien de coutumes et de modes , de bienséances et de complaisances n'asservit-il pas? Il faut donc partout savoir, se captiver, savoir prendre sur soi et se gêner, savoir oBéir et plier. Il le faut , et voici où tout cela tend , voici le point QÙ j*'en veux venir. Car c'est une leçon sensible et palpable pour nous : je dis pour nogs^ soumis à la règle et à- l'observance religieuse. Nous sommes dans un état de sujétion , .nous portons le joug ; inais c'est le joug du Seigneur :. et j[>our ùous l'adoucir, si quelqiiefois il nous fem* bie pesant et incommode ,' tournons les. yeiix vers le monde. Voyons dans le monde comment des hommes dépenileut d'autres hopimes, commeot des fagn^mes obéissent à d'autres hommes , et quels sont en- .^ fin ces hommes de qui l*on diépend et à qui l'on obéit. De là bientôt nous apprendrons comment, dansla maison dé Dieu , nous devons obéir à Dieu même.' • * ' *^

On hait le mojpde dans sonméme , mais od l'aime dans aotrni. Par- Ions plus clairement. On renonce an monde , à tout rang , à tout<>dis* tînctiOD , et l'on se réduit , en se dévouant à Diieo ,.dans un état himi* bie, obscur, dépendant. Voilà , ce semble,. le mondé détruit dans nous;, le v^ilà comme anâinti. Mais cependant on sait qu'une famiUe où Ton a pris naissance, et à qui Ton appartient par ube étroite proximité , prospère dans lé monde ; on sait qu'elle (il^rvient à des places honorables , et c'est à quoi l'on est extrêmement sensible , de quoi l'on s'applaudit intérieurement dans Tame, sur quoi Voà fait au-dehors éclater sa joie. Si c'étoit par une pure affection dit sang et de la nature , ce sentiment seroit plus tolérable , quoiqu'il ne fût pas assez religieux. Hais il y a plus : car on est bien aise de saToii* que deâ pr o* ches'sont dans la splendeur, "parcequ'il en doit rejaillir sur nous quelque rayon, parcequ'on acquiert ainsi une nouvelle considération, parceque des égaux dans une communauté, et même des^supérieurs, nous traiteront avec plus de ménagement et plus de circonspection. Secrète complaisance qu'on nourrit dans le fond du cœur, malgré les airs modestes dont on s'étudie à la couvrir. Or est-ce la iin tfétacbe* ment parfait , «u plutôt, n'e^t-ce pas ime des plus subtiles illusions de Tamotir-prôpre, qui veut sauver du débris tout ce qifilpeut, et d'.une part se dédommager de ce qu'il a perdu de l'autre f

Le monde nous quitte beaucoup plus vite que nous ne leqnittons.A* t-il besoin de nous; malgré not^ë éluignement, ileaît bien nous retrouver mais avons-nous besoin de lui; il commencée nous mécOnndtre. * Ainsi,du moment qu'une jeune personne a pris le saiiit voile et qu'elle s'est engagée au. Seigneur, c'est une illusion, si désormais elle se persuade qu'une famille et des proches s'intéressent fort à ce qui la re« garde. Je conviens qu'il y a là-d^as'des exceptions à faire ; mais les exceptions ne servent qu'à confirmer la règle générale.. Saint Berqird Téprouvoit lui-même de son temps,. et letémoignoit à une dam» de piété, en la remerciant de ses aumônes et de ses largesses. Vousnoui prévenez, lui écrivoit-il, trouf nous eamUez de vos grâces; et nous en sommes tC autant plus touchéSy qu'Un'y a entre vous et nous aueune <tetre alliance que celle de la charité. Car pour ce qui est de nos parents, ajoutoit ce Père, en est-il un seul qui ait soin de nousfen e^t-U un, je ne dirai pas qui ^informe de nous^ ni qui soit en peinede nçus , mtds même qui pense à iumtf Nous sommes pour eux comme un vase éoiaé, qu'm jette et dura on ne fait nul usage *.

Ces expressions, quoique fortes, ne nous marquent rien doni mie fréquente et longue expérience n'ait dft nous convaincre. Toutefois il est étonnant devoir avec quel enipressement, quelle vivacité, quelle ardeui', des personàes religieuses entrent dans les. intâréts de leurs

* Propinfùllt noitriâ façH tumu% tanqtêomvas pirditum (tfktii., IIS).

Page 1