‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 136 sur 225 · PENSÉE DIVERSES SUR L'ÉTAT MLIGIEUX. 4S · texte numérisé non relu

PENSÉE DIVERSES SUR L'ÉTAT MLIGIEUX. 4S

tsatiSUe^ je dis dans les intérêts temporels. D'aimer ses parents, on le doit, pourvu que ce ne soit point un amouf trop naiûrel, et qu'on se contente de les a jmer enr Dieu et selon Dieu. Aidons-ks^ de nos prières, donnons-leur Tes conseiU du salut, contribuons de tout notre pouvoir à la sanctificatiofi de leurs ame$ : (nais du resie qu'avons^nous affiaire de leurs desseins , de leurs vues ambitieuses, de leur établissement, de leur fortune, de leurs prétentions , de leurs procès? Pourquoi nous ingérer en tout cela^ et nous inquiéter de tout cela? Hc! du mcfins mourons au monde comme le monde, meurtà nous. .

Le Fils de Dieu disolt à ses apAlres : Vous êtes dans It piondè^ maïs vùus n*étes pâs'du monde, Ky a-t-il point des personnes rengreuses au regard de qui Ton devroit renverser la proposition, et à qui, dans un sens tout opposé, l'on pourroit dire : Vous n'êtes pas dans le monde ^ meus vous êtes du monde?

II n'est point absolument contre l'état d'un religieux de voir le monde et de converser avec le monde : mars dans quelle vue doit-il y aller, et comment' y doit-il parottre? comme l'ambassadeur d'un prince va dans un pays étranger. Cette comparaison est d'autant pjus juste; qu'elle est fondée sur la parole même de saint Paul : Nousfai^ sons la fonotion d'ambassadeurs au nom de Jésus'Christ et par JésUs^ Ohtist (2. Cknr.f 5). Or le ministre d'un prince, pourquoi m-t-il daua une cour étrangèA, et de quelle manière s'y cdmporte-t-il? Il y va, non point ^e son mouvement, ni par une inclination particulière, mais précisément parcequ*il y est envoyé. Il ne pense point à y ménager d'autres intérêts que les intérêts dé son maître. S'il y fait des liaisons, des connoissances, ce n'est que par rapporta son maître, et qu'autant qu'elles peuvent être utiles au service de son maître. C'est de concert avec son maître qui! agît en tout, de soo maître qu'il prend tous les or#e8, à son maître qu'il rend compte de toutes ses démarches ; car il est riiolnme du prince qui le députe, et pourvu' que ce makre qu'il sert soit content de son ministère, il lui importe peu que ceux auprès de qui il l'exerce Tapprouvent ou ne TapprouYent pas :.ce ne sont pour lui que des étrangers, et ce n'est point d'eux qu'il fait dépendie sa fortune» ni c^cTz eux qu'il a dessein de s'établir.

Belle image d'un religieux qui, par une vocation apostolique, sort de û retraite pour se communiquer au monde. Le monde Idi est comifle étranger, et néanmoins il y va; mais pourquoi et comment? parceque Diru l'y destine, selon que Dieu l'y destine, dans le mônie esprit que Dieu l'y destiAe. Il est l'homme de Dieu, et pur conf^équent il ne s'emploie dans le monde qu'à ce qi|i regarde Dieu et qu'à ce qui peut glorifier Dieu. Voilà le point ou rl-dirige'tbutcs ses reflexions, toutes ses intentions, tousses soins. Le reste, quoi, que ce soit-, iie l'affectionne et ne le touche en aucune sorte : tellement' que s'il cessoit de trouver

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cette gloire de Dieu et ce bQo plaisir dç pieu dans le eominerce qu'il a avec le monde, -il reooDceroit à toute habitude au-dehors» et se liendroit profondéipent enseve)i dans rohscurité d'une vie retirée et cachée. Disposition loute religieuse et toute sainte. Mais que seroit-cesi, prenant Tessor et s*émancîpant volontiers d'une certaine observance régulière, {1 voyoit le monde par goût ; si, dis-je^ il voyoit Je monde, parceque le monde lui ptatt, parceque le^ilenceet la solitude l'en-* nnient, parcequ'ennemi d'un travail qui applique, il cherche d'oisives conversations qui l'amusent; s'il voyoit 1^ monde pour se foire un nom, pour acquérir dii crédit et de la réputation, pour s'insinuer auprès des grands et en être reçu avec distinction; s'il voyoit le monde.pour avoir part à ses douceurs, pour en tirer des soulagements et des secours, pour se rendre la vie plus agréable et plus commode? Chose bien ddplorable, quand le monde, par un .usa{;e trop fréquent , devient a un religieux comme une démeure propre, tandis que sa propre maison, par le dégoût qu'il en conçoit, n'est plus pour lui que comme un lieu de passage ou comme un exil .

Que *de scènes se passent dans le monde, surtout à certains temps et en certaines conjonctures! Guerre entre les états, batailles sanglantes, victoires et délaites, négociations, traités de paix, alliances, intrigues de cour, établissements de fortune, décadences et révolutions : mille autres évéheihentsiiansla société humaine plus particuliers «et moins éfclataots, mais très connus toutefois et t^s remarquables : les uns quis'avancent et les autres qui demeurent, les uns qui gagnent et les autres qui perdent, les uns qui se réjouissent et les^auires qui gémissent; ceux-là qui brillent dans une haute réputation^ et ceux-ci qui tombent dans le décri et la confusion : morts subites, coups im-^ prévus, procès, dissensions : que dirai-je encgre, ou que n'aurois*je pas à dire, si j*entreprenois d'en venir à Un dét-iil immense .dàn"^ son étendue? Or là-dessus quelle diversité de sentiments selon la diversité des intérêts! que dediscours et de raisonnements! que d*agkatioyset de mouvements! On va, on vient, en délibère, on prend des mesures; tout est ep alarmes, tout est en fei^ dans une cour, dans un royaupe, dans une province, dans uû quartier. '

Cependant une ame religieuse dans le fond de sa solitude^ où elle se plait et qu'elle aime, ignore tout cela, et par conséqdent n'en ressent pas le moindre trouble; otf si peut-être, pour m'exprimer de la sorte, i travers les mars oui lui servent de rempart contre le monde, et où elle se tient close et a aouvert, le bruit de tout cela pénètre enfifl jusqu'à ses oreilles, son cœur n'en est pas plus ému, ni son rep^ plus altéré : pourquoi? parcequ'elle n'a personnellement aucune part à tout cela. Ce n'est pas néanmoins qu'elle^^soit absolument insensible à tout ce qui arrive parm'r le monde. Elle s'y intéresse a&sez pour re* commander h Dieu les aflafa*es piibliquesi as^z ponr s'employer au-

près de Dieu en fkvflur de ^ftx qu'elle sait^trf , 011 ((ans T^rémeot, oa dans la pekse, ef avoir i^lus besoin de Tassistance divine : mais du reste à^t-elle satisfait là-dessns à ce que la cbarité lui inspire, elle repil^nd H^nquillement ses exercices ordinairea et ne s'inquiète pas davantage, s*appHquant rôracle du Fils de Dieu, et se disant à elleniém^ : Laissez les morts ensevelir leurs morts (Matth, 8).

Il est donc Trai, et ce n'est. point une colllradiction de dire, que $i dans unfwsens nul n'est plus sujet ni plii& ^épemtant qiie le r^Ugieiai nul aussi dans un aiiiCre sens, et lin sens très réel, n'est plus Imre ni pruaiudépendànt.

JL41 dçmeure, le vâteinent, l'aliaient, e'est à quoi saint Paul veut qu^iin chrétien borne s^sespéranoea en cette vie, et c'est auisi, à plus juste titre, ôà la pauvreté religieuse doit se renfermer. Hais en cela même il fiiat distinguer trois choses: le nécessaire, le commode, |e superflu : le nécessaire que la raispù demande, le commode que la sensualité recherche, le superflu dont l'orgueil se pare, et qui entre* tient le fiiste. Or quelle est la différence du mopdain et .du religieux? C'est que l'homme du monde, sans se resserrer précisément à ce* qui suffit, et ne le comptant pour rien, prétêi^ avoir toutes ses commodités, et aller jusqu'à Tabondance et à la superfhiité ; au lieu que le religieux, fidèle observateur de la pauvreté c|u'i| ^ vouée, s'en tient au pur nécessaire. D'où vient encore une autre différence très essentielle ; car comme le comnpjode ef le superflii n'on( point d^bqrnea,- et qu'an eohtrairele simple nécessaire par lûi-méme est limité, il'srrive deMàque les gens du monde né goâtent jamais ce qu'ils ont, étant sans cesse agités de nouveaux destrs , et voulant toujoitr$ étr^ plu^^à leur aise etdsins w^ plus grande abondance; unclis que le religieux, qui a su se'fixer, use tranquillement de ce que son état-lui accorde : il est content, parc^qu'il ne soiihaite rien davantage; et il ne aonbaile rieo difvantage^ parcequ'il est content. A force (|eYÔ|iloîrétbeJieureux, on cesse de l'être; et dès que l'on consent V^éire rpoins, surtout qu'on y consent par principe de religion , c'clt alors qu'on l'^t véritable* ment et solidement. . .^ » •

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