‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 139 sur 225 · SUR LA GRACE · texte numérisé non relu

SUR LA GRACE

Nous «Yons tous reçu de sa plénitude..... La gracé et la Yérité est venue par Jésus-Christ.

JOilf.,T.

te 89iDt prëcursear Tavoit (1^2^ dj(, que le Verbe de Dieu, auc rBo.aime4)ieu étoU p<»n «(« F^c^s; et c'est ie cette plénitude qu*i| nous uppreiid oaaiqtenapt que nous avons tous reçu. Car c'est par ^ésus- C)ir)9t que l^ gr^ce est venue, par J[ési|s-Çhpst qu'elle s'est répaii(}uç sur tous I^ hommes, et par Jésus-Gtirist qu*il s'en iait euçpre tous les jours , pour la si^nctification des amés, de si salutaires ^f^ions. ïtof^ 4e la grâce, que le pi*op&àt^ Isaïe noQç a représenté comme des eauiL iMei^f^aDtes qui coulent des sources du Sauveur, etcme noua y devons puiser avec joie-; don infiniment précieux, et pa^* sa nécesr site ?l par sd force. Appliquez-vous a l'un et à l'autre, ^ç (|is la fiec^sr site de la gcacç p^r rapport au salut , et la force ae la grâce. Sans là grâce poqs né pquvppç rien : en voilà ral)solue t^éoessité; avecla:gracê «QU8 poiiTODS tout : en yoilà le pQfiyoir et la force, pe ces deux prin^ cipes, qui feront le sujet des deiix partie^, pous tirerops, sur l'flbportante matière.que je traite, et sur l'usage de la grâce, les conséquences les plus solides et les plu^ fporalps; elles riegarderont surtout deu]( sortes de personnes. Les uns sont,des pr^omptueu;^ qui se confiait en et}x-m$mes; et dans la nécessité de la grâce il y aura de quoi abaisser leiir OTgaj0 et le réprimer : les autres sont dés pusillanimes qui s'étonnent des moind/*^ ob^t^acles ^ e(, dans la forqe (fe la grâce , il y «ura de qopi relever l^ijTr çpurj^e et le ranimer.

PRENiEa POINT. S^ns là grâce nous ne pouvons rien. N'f ntMis point là-dessus dans une sèche et longue dispute, mais tenons-nous-en à là foi : elle nous suffit, jfl iie nous faut point d'autre preuve que la parote expresse de Jésus-Èhrist , point d'autre que l'incontestable témoignage de s^on ApAtre , point d'autre que les décisions des conciles contre léf erreurs de Pelage, et que la créance .commune de PÉgUse. Il est donc certain que de notre .fonds , et à l'égard de Ce salut qui nous est promis comme la récompense de nos œuvres, nous ne pouvons rien sans le secours de Dieu et de sa grâce ; et pour nons en convaincre, nous n'ayons qu'à écouter Jésus-Clirist , la vérité étemelle , qukad il nous dit : Vous ne powez rien faire sans pioi (Joan., i5). Prenez garde, remarque saint Augustin : sait peu, soit beaucmpf vous ne le pouvèii fairef à moins que voux ne soyez aidés de celui sans qui ron ttepeu,trim ffiire. Nous n'avuns.quà consulter saisit Paul , t'apôtre et le docteur delà grâce, quand il nous enseigne que nou^ né sommes peu

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capables f de noui^mimes comme de nom-mêmes , de former une bonne pensée; et que si nous en sommes capables ^ c'est par l'assistance divine (3.1[Jor.y S). Nous n'avons qu'à parcourir les définitions des conciles et des Pères de rÉglise» lorsqu'ils ont décidé tant de questions sur la grâce du Rédempteur^ , et qu'ils en ont déclaré leurs sentiments. Nous A*avons même qii'à suivre les lumières de la raison, qui nous dicte assez que des actions surnaturelles et clignes du royaume de Dieu ne peuvent partir d'une nature aussi foible que là nôtre, si Dieu ne prend soin de la sebonder , et s'il ne rélève au-dessus d'elle-même.

De là quatre conséquences qui doivent nous servir de règles dans toute la condui^ (}^ notre vie. Prepo.ière conséquence : c'e^t d^ reoonnottre Textréme dépendance où. nous sommes de la grâce de Dieii» e|; de son jnfinie mis^lcôrcje ; c'est de nous humilier dans cçtte Vue , ^ de trembler sous la main toute puisante de Dieii ; c'est de nç pouf glorifier de rien , ou (|e ne nous glorifier qu'en Diçu, qui fait vouloir ei exfctttèr {ïihilip.f S} , suivant sa volonté toiite bienfaisante, et gui« selon que^'e|cprinie,saint Augustin, en couronnant nos vertus^ couronna ses dons beaucoup plus que nos mérites. Çeconde conséquence : c'jçst de lever sans ces^çiesyeux au ciel, pour attirer sur nous Pabondance ' des grâces divines. Car Dieu veut que nous les demandions ; il veut que', sentant nôtre besoin , jbous avons recours à lui, que nous lui 9dression$ nos vœux, que nous les sollicitions ; jst n'est-ce pas aussi sur la nécessité de In grâce qù^est particulièrement fondée la nécessité de la prière? Dans rimpiiissancé ou nous réduit notre foiblessè, il né nous reste quede nous écrier presquç à chaque niôment : Ah! Seigneur, iauvez^nous ; autrement rious allons périr (lifÀTTii., 8). Troisième con* ^uence : c'est de bénir la bonté ide Dieu , aui ne nous a ppint laisaj^ josques à présent manquer de grâce. Tant de fois il nous a pr^venî^s! taqt de fois il nous a éclairés , preAés , excités! Yoilà le sujet de no^ tre reconnoissance , et voilà peut-être en même temps le sujet dé notre confusion et de notre condamnation. I^ieu nous a appelés; mais avonsnous prêté l'oreille à sa voix? Il nous a inspirés ; m^is avons-nous répondu à ses inspirations? en avons-nous proâté? Au contraire, com- , bien de combats ayons-nous livrés et soutenus pour nous défendre de sa grâce, et pour en arrêter les mouvements? combien de temps 1'^voDS-nous laissé frappera la porte de notre cœur? et maintenant même ne l'y laissonsruous pas encore sans lui ouvrir ? C'est le reproche

3u'il faisait h Jérusalem , et qu'il a bien droit de nous faire. Coiqbieii e fois, disoit-ilàce peuple infidèle , ai-je voulu te recueillir dans mon sein et entre mes bras? mais t^ ne Tas pas voulu ; et ma grâce , mille fois redoublée, n'a servi qu'à i^edoubler tes révoUies^ ^ qu'à te rendre plus criminel. Reproche ^uivi do la plus affreuée i^énace. Car^ poursuivoit le $eigneur , c'est pour cela , f^vp^e rebelle, que tu seras abandonné; pour calfijque cette gr^ce, si long-temps et si indignement rebuta, \^ f,eùfGV^ de toi. Or, 9^s ),ç sjçqpurs de ton piçu, que feras-

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turque devieDdras*tu?Qa|irièine e^ dernière con8équflno&: c*estdeiie plus recevoir en vâin Is^ grq^e , quand il platt à Dieu de nous la (tonner; de né nous^pas exposer, par nos retardéments et nos résistances» à perdre nn talent qui nous doit être d'autant 'plus cher, qu'il nous est plus nécessaire. S*il nous échappe , où le retrouverons-noutf quelle autre ressource aurons-nous? Il n'est rien que nous négligions dès que la fortune ou que la vie en dépend ; et nous négligeons , que dis-je ? nous méprisons formellement , nous rejetons des grâces à quoi nous savons que le salut est attaché. •

SEicoND POINT. Avec la grâce nous pouvons tout. Qu'est-ce que la gracê? un secours de Dieu, qui agit dans l'homme et avec Thomme. Or, tout étant possible à Dieu , il s'ensuit que tout' avec le secours de Dieu nous doit être possible à nous-mêmes. Mais comment pdssible? Allons par degrés : possible , quelques difficultés d'ailleurs qfi s'y rencontrent ; possible^ jusqu'à devenir aisé et facile ; possiBle, jtisqu'à devenir même doux et agréable. Quelle force ! voyons de qMle ma-

« iière la grâce opère toutes ces merveilles. ' Possible, quelques difficultés d'ailleurs qui s'y rencontrent. Paul, ce vaisseau d'élection, en est un exemple bien marqué. ÂssailU delà tentation , il prie Dieu de Ten délivrer, et Dieu se contente de lut répondre : Jlfa grâce fe suffit (2. Cor.^ IS). Mais, Seigneur, l'attaquée^ violente ; c'est l'ange de Satan qui me poursuit sans relâche : U n^importe; quand tout l'enfer seroit déchainS contre toi, ma grâce tesuf' fit. Mais que suis^je , Seigneiir, et que n'ai-je point à craindre.de ma fragilité ? Non , né crains point ,' ma grâce te suffit ; et c*est dans ftnfirmité même qu*eUe, éclate davantage et qu'elle paroitpUts puissante^ Qui peut dire en effet combien* la^race dans tous les temps a fait de miracles ? miracles de conversion fiuFracles de sanctification. Qui peut dire combien d'endurcis elle a touchés, combien d'opiniâtres die a soumis , combien de lâches et de paresseux elle a portés, aux entreprises les plus héroïques? Quelles sortes d'obstacles n'a-t-eOe pas sur-

• montés? quelles sortes d'engagements n'a-trclle pas rompus? Demandons-le â Madeleine , à cette femme pécheresse qiie tant de nœuds attachoient si fortement au monde, et qui , d'un premier effi>rt de fai grâce, brisa tous ses liens , renonça à tous les plaisirs et à toutes les pompes humaines, se dévoua pour jamais et sans réserve à Jésus- Chnst. Demandons-le à saint Augustin , en^qui la -grâce, ptr un dou* ble triomphe, surmonta si peureusement et L'obstination dé. l'hérésie , et la corruption du vice. Demandons-le à une multitude innombrable de péchçurs aussi fameux par l'éclat de leur pénitence , qu'ils l'avoient ét#par l'excès de leurs désordres.

Possible , jusqu'à devenh* aisé et facile. Nous savoiis quels exercices et quelles austérités pratiqucûént dans les déserts tant de solitaires » et dans les cloîtres tant de pénitents dont nous avons entenda

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