SUR LE BCWHEUR DU CIEL
nous brûlent, mille passions qui nous déchirent, mille jalousies qui nous rongent, mille soins, mille embarras qui nous tourmentent. Mous redoutons les maux de la vie , nous y sommes sensibles à l'excès ; et de lk% soit'que nous en soyotf attaqués on seulement q^ie nous en' soyons menacés , ces frayeurs mortelles qui nous dessèchent , ces im* patiences qui nous aigrissent , ces dépits qui nous désespèrent, ces chagrins , ces désolations qui. nous accablent. N'est-ce pas là ce qui fiât dès maintenant le supplice de tant de gens ; n'est-ce pas ce qui les rend malheureux ?
Mais quel seroit le remède ? c'est une sainte indifférence qui cor^' rîgeàt cet amour désordonné des biens, de la vie ; et c'est une gêné* reose patienee qui modérât cette sensibiMté excessive dans les maux de la vie. Or. telles sont les heureuses dispositions où s'étabKt une ame fidèle qui tourne toutes ses pensées vers le del , et ne s'occnpe que du royaume de Dieu où elle est appelée. Voit-elle les grandeurs du monde , les fortunes du monde ¥ tout cela^ ne la toucdbe point , parcequ'elle sait qu'elle n'est point fidte pour tout cela , mais qu'elle est destinée à quelque chose <te plus grand. J*ai prU le Seigneur, ditelle avec le Prophèie-roi , et je lui ai demandé qu'ii me fit cannoîtte ma fin ( Psabn. 38 ). J'ai considéré que mes jourt $ont mesurés^ et qw, tonte la v%e de V homme ict-ioi n*eit que vamté; qu'i/ thésaurue ians savoir pour qtU, et qu'après s* être fatigué inutilement, il tSsparott eotttme un songe. Eh ! quelle est donc mon attente ? ai-je conclu ; n'esl* ce pas le.Sdgneur, et ce qu'il me réserve. dans sa gloire? Que m'importe tout le' reste ? Est-élle assaillie de disgrâces temporelles , de souffrances , d'adversités , de misères ; tout cela ne l'ébranlé point , parcequ'elle sait que tout cela ne sert , en l'éprouvant , qu'à lui assurer la couronne cpii est le terme de son espérance. Je souffre , s'écriet-elle avec l'Apôtre des nations , mots je nai point de confusion ( 2. ad Tim., 1 ), et, au milieu de toutes les calamités humaines , je ne me laisse point déconcerter ni abattre : car je n'ignore pas quel est celui en qui je me confie, et je puis compter qu'il me garde mon dépôt, et que mbn tjp^sor ne périra point entre ses mains. Quel soutien I et dans ce lieu d'exil oil nous vivons , ^jl peut y avoir quelque bonheur pour nous , en eoncevons-nous un autre que ce dégagement du cœur, que cette paix inaltérable , que cette indépendance de toutes les vicissitudes et de tous les évé^ments ; que cette force , cette fermeté supérieure à tout ce qui peut arriver d'infortunes , de pertes, de traverses, d'humiliations , d'infirmités ?
Que sera-ce, si nous ajoutons l'onction sainte et les consolations intérieures que Ton goûte à contempler la maison de Dieu et toutes ses richcBses ? Car dès cette vallée de larmes, où nous n'en avons encore qu'une image imparfaite et ne la voyons que de loin , la méditation , aidée de la grâce , nous la rend en qiielque sorte présente , et nous en Eût déjà sentir par avance les beautés inestimabtos. Mais n'entrepre*
HtS SUR lA DAMNATION ÉTfiRMËLLE.
■ODS poiat ia d'expliquer ee que c*est que œ sentiment , que ce goût t i) en fiittl Cure épreuve pour le connoltre. Dnvid Tëprouvoit et le oonnoissoit , et c est au souvenir de la céleste Jérusalem que son ame s'enflamoioit, qu elle s'abîmoit pour flisi dire « et se perâôit beureuflomeut en Dieu ; Srijusur, JHêa des v€r4m, qnêj'nme à me reirûeet la magmfieenM g ricUiê,U splendeur de voêUb^^ {Pialm. 88)1 Plus j'y penae » plus ia vue que j'en «i me touche 9 etiu trait qui me psfiàtre est SI vif 9 tiuefen lomte même m défnUtanee* T^nt de Saints Tont éprouvé et l'ont connu ; bien d'autres Tépronvent chaque jour et In ooaMissent : ear » dans tous les états« aaalgré bi corruption du siède, it y a loiijQurs, par ja Provkïenos difiné» un petit nombre d'anus ainsi dégagées de bi terre « et dont foui le eommerce sii m de/. Kuvions leor sort 1 et déplorons le nôtre. Reeonnoissoos notre aveuglement 9 et iravuUloos à le guérir» Nous vouions dès ce monde une via tranquiUe ^ et nous néBligeons d'apprendre eu se t^oovu cette tranquillité et ce calme« Ouvrons tes yeu de la fsi. Élevons-nous pur reâpéranee chréiieunê aurdes$ttS de tous les objets mortels et péfissa^
bies ; et» pour notre beuheur même présent» ne nous cecupons que du bonheur à tenir.
fkNDBiOK — Jeaa-Bsptifte tÊimi oonnoitre iéMu-Chiist ooidiii# fesgenr du çiinm
dist Mt pétbeon et lu fé^rodfëi.
SËRMOM
' SCk tl DAMNATION Ét^ftNSLUt.
PcNurl^Htt^fUUlwûleradaosimbuqiaQes'éteUitpolaUllAniJio» cha9.iii.
Je voué Tai aiivIoTicé , péeheafs , et Je tiens encore ici vous le Hité entendre : autant ^ue liotré Dieu est ricbe en miséricorde et libéfàl dans ses récompenses, an(an( esMl sévère dans ses arrêts et redoutable dans ses cbâlimettts. Il r^imasse le bon grain pour le conserver; Mais n rejette la paHle pour la titflter. R appelle i kri Ses élds ^ et ks eonrdttne dans son royeume; mais il sépare de lui ses #nemis9 et les précipite loin de sa présence , dans un fieo'de tourments. Que disjeY Jusfpte dans ce Heu de torture , et an même temps qu'il les réprouve, f( leur est toujours présent : et polyqdoi? pour leur foire sentir lente h pesanteur de son bras, et pour déployer snr eux tonte la rifjfUêtir de sa jastice. Car sans donner dans aucune contradiction , ni que ces deux points se détruisent l'un l'autre » voicf , selon Pidée que j'en conçois , en quoi je feis consister le tertible mystère de la damtfatton étemelle. Je dis que c'est tout ensemble, et dans une éternelle séparation de Dieu , et dans ime présence éternelle dé Dieu. Prenez {flr&e : Dieu , comme Dreu et souverain bien , séparé pour jf»mais dti réprouvé; premier point : Dieu, Mumie vengear et souve^ rafai Jeg«, présent pôitr jàfttHis M réprocrvé ; seeend piAtd. Deix art^
sua Là DIMNATIUN ÉTEitNELLE. M9
olei îiiportÉBts qw Aoos^awns à développer^ et denx grands «j«ls lie noft réflaûMS M de sotre eraîste.
PfttnBR Mnrr. Dieu» eoMme Diea eleouverain faies» eëpeté pe«r jeenis d» réprôeté. Ain dé mienx coinptaidre kb meUieor de cette Acale 8ë|>anitioiii il fiiul d'ebord SHpp^>ser ^ae Bie« , ooMlie Dieu, éiant te eouverein être , 11 est nuni le eoiivvraia bien : noâ senleai<6flt le oeavenila imm m iUMuttee et pour ioi-toèiBev nMis le ee«Yerain him dé rfaonnÉw %t n fin diâhoièrfe. 11 <mt encore poserv Itonr principe inoooiesiabief qnë de vouloir être heureux > c'eftt on darir et neinrel à rboMine» nie iedlnàtîott A néceteaire» que rien ne pl^nt Fnmclier de 80É cofenr. D*où e«il enfin une treiaiène vérité^ que dane loue Me eenlfaMtitt , diBê toutes ces démerclNB , flioÉiilie , per une pente née avec Ilii» et dont il li'eet pas en pouvoir d'arréHerl'ÛBpreBaionv leod éana cëaèe verè Dieu : eonuneni cela? parœque sans cesae il tend vers eoh propre bien et son bonhenr» et que Dieii seul est ce bien dont il ne peut se passer, et ce sodvërain bonheur qu'il cherche.. Car, comme lUsolt à Dieu suint Augustin : Seîgneury c'est pour tm» que 99u$ nmw avez foiu ^etce n'^t que pour vous; et taM qwe notre eeeur ne $e rcposera pas en vokci , il sem êans Cagitatian ei U trouble^
Voilà ce que lie réprouvé ènr la terre neconnoissoit pasi ou de quoi il n*avoit qn'nne vne confuse. Il sentoit assez que tout ce que le monde lui présenloit ht lut pendit suffire; d'un objet il oouroit bientôt à un autre i et toiqonrs il lui Moit qmlqne chose de nouveau : mais œ quelque chose oà il aëpiroit et qui lui manquoit; qu^étoit^ce? il ne Âdsoit pas attention que o'étolt Dteo. Qnuid Tf-tHl conmi? héksi lorsqu'il h*a pu le connottre que pour son supplice et pour son dëses* poih La mort, tonte léilébrense qu'elle est, en TenletaDtet l'ense^ veliseant dans si» ombres ^ lui à ouvert les yeux et l'a éclairé» Dopais ce terrible moment , fl porte toujoore dans son espril l'image dte Dieu profondément gravée ; mais une image qui le eonsteme «t qui l'accable , mais une image qui le transporte jusqu'à la fureur, mais ime image qui « lui retraçant le prix infini du bien qu'il a perdu , lui retrace tout le malheur de la perte ii^nie qu'il a finie. £n effet , plus de Dieu pour liii. Mon paë que ce IKen ^ dont il est séparé et entièrement absndonné , ne soit plus le Dieu de l'univers^ ni qu'en particulier et à k lettre ce ne soit plus son Dieu ; mais plus de Dieu en qui il puisse espérer, pies de Dieu qu'il puisse posséder, plus de Dieu qu'il puisse aimer de cet amour qui Aût la béatitude des Saints, et qui devoit fisire dans Ito sièolesdes siècles sa suprême félicité.
Ah ! plus de DienI par conséqueht plus rien : ni doùs de la nature, nidonsde la grâce, ni donsdehtgloirei ni paix, ni repofr; car la perte dé Dieu enfermé la perte de toiii cebi, on oé qéi peut rester de tout cela ne ddii ttte qu'ua surtroH jde peiné.
SépnmtkrttfMtnai plnetttréuiéi et pêne d'autant plus dëeolaiite,
Sao SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE.
qu'elle est icrëparable. Dieu l'a dit» il a lancé ee foudroyant anaibème, il a prononcé cette parole atterrante : Retirez-vouê! jamais il iie la révoquera. Éternellement le réprouvé ressentira une telle perte , parcequ'éternellement il aura dans son souvenir l'idée du IKeu qui s'est séparé de lui , et qu'éternellement cette idée lui représentera l'excès de sa misère; éternellement il souhaitera d'être reçu au festin de l'Époux céleste , et Dieu éternellement lui dira : Rettrex-vous! ÉterneUement il s'écriera : Ok en mon Dieu? et Dieu éternellement loi répondra : Reàre^^vout (Matth.,2S)! De là quel dépit dans le cœur de oe malheureux , frappé d'une malédictiod qu'il pouvoît prévenir, et dont il ne lui est pins possible de se relever ! dépît contre Dieu, et dépit contre loi-méme : contre Dieu, qui se rsnd inexorable à tous ses vœux, et inaccessible à toutes ses poursuites; contre lui-même , paroeque lui-même il a commraoé ce flmeste divorce, et qu'il m est l'auteur ; pareequede lui-même, et par une aveugle passioa qui Fentritnoit, il s'est détaché de Dieu sontvéateur, pour s'attacher i de ^nkss créatures* Jugez de ses sentiments, mondains ambitieux, mondains vohiptueux, mondains avares et intéressés : juges-en par ces donknrs mortelles et ces regrets qui vous percent Tame , par ces cruelles ja« lousies dont vous vous rongez , par ces tristesses profondes où vous vous abtmez , par ces langueurs et ces défaillances oii vous tombez, si quelquefois dans le monde il vous arrive , et surtout par voire faute , ou de vous voir exclus d'une préfâ*ence et d'un rang d'homienr i quoi vous pouviez prétendre, ou d'être frustrés d'un gain et d'iue opulente fortune qui n'a dépendu que de vos soins et de votre vigilance ; ou dans le cours d'un engagement sensuel, de perdre ce que vous aimezt et de ne plus éprouver de sa part que du mépris et de TindifEirenoe. Conclusion. Point de plus juste ni de plus salutaire, que celle du Prophète : Pour moif c'est au Seigmeur que je veux me tenir imnotabiemaU vm{Pialm. 7S) par la grâce, et dte maintenant, afin que le péché ne m'en sépare jamais dans l'éternité.
Second point. Dieu, comme vengeur et souverain juge, prtent pour jamais m réprouvé. Ce &it , entre les autres motiCs , ce qui détermma le généreux Éléazar à demeurer ferme dans l'observation de la loi, malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces. Il est trat, dit ce sage et zélé vieillard, en obéisiont au prince^ ou fâgnant de Uti obéir plutôt qu à Dieu^ je pourrai éviter ie tupliee qm m'est préparé de la partdes hommes^ et prolonger encore mes jours; moîi , vif on tftori, je n'échapperai pas à la main vengftesse du TontrPnissant (2. Jlfacft., 6). Raisonnement solide, etdignederesprit de religion dont ce saint et glorieux martyr étoit animé. Car comme Dieu est présent dans le ciel pour y glorifier sa miséricorde, il est présent dans l'entier pour y glorifier sa justice. Sa présence dans le ciel fait le bonheur des éhis , et c*est ainsi que sa miséricorde y est gtorifiée; et aa pré«