DE L'ASSOMPTION DE LA VIERGE
fonds derichesses spirituelleset de bonnes œuvres ne pou rroit espérer d'y être admis ; et cela par une loi si absolue et si générale» que la mère de Dieu n'en a pas elle-même été dispensée.
m. Cette vérité, en nous instruisant , doit en même temps nous confondre. Le monde, frappé d'un certain éclat qui nous environne et qui nous éblouit, nous honoré peut-être ; et nous rend de faux hommages. Une grande naissance, un grand nom, une grande réputation, de grands biens , et une grande fortune ; autorité, crédit, dignités, titres d'honneur , qualités éminentes de l'esprit, habileté, savoir, tout cela nous attire de la part des hommes des respects et des adorations qui flattent notre vanité, et qui nous enflent le cœur. Il semble qu'il n'y ait rien au-dessus de nous , et que nous soyons des divinités. Mais si nous sommes encore assez heureux pour ne nous être pas laissé aveugler jusques à perdre la foi, et qu'il nous en reste quelque rayon, que faut-il pour rabattre ces hautes idées, et pour nous /aire rentrer dans notre néant ? Une seule pensée suffit : c'est que tout cela prjiB en soi-même ne nous donne pas devant Dieu le moindre degré de mérite, ni ne peut par conséquent nous être de la moindre valeur dans l'estime de Dieu. C'est que bien loin que Dieu, dans le choix qu'il fera de ses prédestinés , en les séparant et les recueillant dans son royaume, ait égard à tout cela, il ne les y recevra au contraire, et ne les y élèvera, qu'autant qu'ils auront méprisé tout ceJa, qu'ils se seront détachés de tout cela, qu'ils auront renoncé d'affiection et de volonté à tout cela. C'est qu'avec tout cela nous pouvons encourir la disgrâce de Dieu , la malédiction de Dieu , la réprobation étemelle de Dieu; et qu'en effet des millions d'autres avec tout cela, et même avecdes avantages encore plus éclatants, selon l'opinion humaine, oui été rejetés de Dieu, et seront à jamais l'objet de sa haine et de ses vengeances.
lY. Mais cette même vérité doit aussi nous consoler ; et en est-il an sujet plus solide que cette réflexion : Il ne tient qu'à moi de gagner le del,' parcequ'il ne tient qu'à moi de me sanctifier par l'observation de mes devoirs, et que c'est là l'unique voie qui conduit à cette souveraine béatitude? La différence des conditions, des dons naturels, des conjonctures et des événements, peut bien faire les heureux du siècle et les malheureux; mais elle ne fait rien auprès de Dieu; et devant lui tout est renfermé dans ce seul point, qui dépend de moi avec le secours de la grâce, et qui est de répondre, selon mon état , quel qu'il soit, aux desseins de Dieu, de lui obéir en toutes choses, et d'accomplir exactement ses saintes et adorables volontés. Je n'ai donc qu'à laisser lemondejuger, parler, agir, distribuer ses faveurs comme il lui phiira. Il aura bâiu me dire qu'heureux sont les riches et les grands de la terre , je n'aurai qu'une maxime à lui opposer, muis une maxime fondamentale et inébranlable ; c'est celle de Jésus-Christ : Plus heureux mille fois, et même heureux uniquement ceux qui sont
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soumis à Dien , et qui dans leur condition exécutent fidèlement les ordres de Dieu » puisque ce n'est qu'à ceux-là que Dieu destine une gloire immortelle !
V. Entre les vertus de Marie, il y en a trois principales qui l'ont sanctifiée , et que Dieu a aussi singulièrement glorifiées dans cette sainte mère, savoir : sa pureté, son humilité, sa charité. Son inviolable pureté a sanctifié son corps, sa profonde humilité a sanctifié son esprit, et son ardente charité a sanctifié son cœur. Or cette pureté virginale est glorifiée par l'incorruptibilité de ce même corps, qui jamais ne fut flétri de la moindre tache. Au lieu que nous sommes tous oondamnés par Tarriât de Dieu à retourner en poussière. Marie , par un privilège particulier de sa mort , fut exempte de la corruption du tombeau, de même que, par une prérogative extraordinaire de sa conception, elle avoit été exempte de la corruption du péché. Cette humilité est glorifiée par le plus haut point d'élévation où puisse atteindre une créature auprès du trône de Dieu. Différence admirable qui se rencontre entre la gloire du monde et celle des élus du Seigneur. L'orgueil est pour l'ordinaire le fondement de la gloire du monde» et h gloire du monde ne manque guère d'inspirer l'orgueil ; mais la gloire des élus de Dieu n'est fondée que sur rhumililé , n'inspire que l'humilité, est d'un merveilleux accord avec l'humilité, en est même inséparable, et ne peut subsister sans l'humilité. Enfin, cette charité ardente est glorifiée par la plus intime union avec Dieu et la plus parhive possession de Dieu. Tant que Marie a vécu sur la terre, elle a toujours aimé Dieu, et elle en a toujours été aimée : maison peut dire du reste que son amour faisoit en quelque sorte son martyre. Elle étoit, surtout depuis l'ascension de Jésus-Christ, comme cette Épouse des Cantiques, qui, saintement passionnée pour son époux^mais ne le voyant pas et ne le possédant pas selon toute l'étendue de ses désirs , lecherchoit avec des empressements extrêmes, et ne cessoit point de gémir qu'elle ne l'eût trouvé. Le moment fortuné qu'elle attendoit est venu , et c'est celui de cette assomption glorieuse qui la met en état de goûter éternellement Ta présence de son bien-aimé, et de pouvoir, comme lanAême Épouse des Cantiques, s'écrier, dans le ravissement de son ame : J*ai trouvé celui queyaime; je le Hensy et jamais rien ne tera capable de me l'enlever (Canl., 3).
VL Voilà sur quoi il est d'une extrême conséquence pour nous de nous examiner à fond pour connottre nos véritables dispositions , et pour y remédier, supposé qu'elles ne soient- pas telles qu'elles doîirent être. Souvenons-nous que rien de souillé et d'impur n'entrera dans le royaume de Dieu, qui est la pureté même, et ne pensons pas qa'il suffise de nous préserver de certaines taches grossières ; mais défions-nous des plus légers sentiments de notre cœur, et ne craignons point d'avoir là-dessus trop de délicatesse. Marie se trouble à la seule vue d'un ange » et l'Écriture nous témoigne que les deux mêmes ne
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Mit pas pmrs aux yeax de Diea : que sera-ce de nous ? Si. Dieu nous a donné quelque distinction dans le monde , soyons persuadés que ce qui nous élève et nous distingue dans )e monde, non seulement n'est rien devant Dieu, mais qu'il est réprouvé de Dieu, quoique ce puisse être, s*il n est sanctifié par Thumiliié. Ce n'est point assez que nous ayons de la modestie : les païens en ont eu, et souvent celte modestie n'iËSt pas même une vertu. 11 faut, pour nous garantir de la contagion da monde, que nous ayons rhiimiliié chrétienne dans le coeur. Car Dieu n'a de récompenses que pour les humbles de cœur; et si Thumilité de cœur n'a part dans notre modestie , il réprouve notre modestie comme une venu chimérique, qui; sous les apparences de l'humilité, cache peut-être tous les désordres de la plus subtile vanité. £tre tramble à proportion des avantages que nous avons reças de Dieu , c'est la perfection où Dieu nous appelle. Cela demande une grande fidélité et. une grande attention sur nous-mêmes, il est vrai ; mais la chose le mérite bien. Car à quoi nous rendrons-nous donc attentifs, si ce n'est à nous défendre du poison le plus dangereux et le plus mortel , qui eét l'orgueil du monde ? Marie, avec la dignité de mère de Dieu , a bien su conserver un cœur et im esprit humble : pourquoi , parmi de vaines grandeurs , ne conserverions-nous pas Tua et l'autre? Quoi qu*il en soit, nous ne trouverons jamais grâce auprès de Dieu , si nous ne sommes humbles » et qu'autant que nous serons humbles. Ajoutons àcette sincère humilité une charité toute divine. Cet amour de Dieu est la consommation de toutes les vertus et de tous les mérites ; et comme il doit faire dans la vie future notre bonheur , 3 faut qu'il fasse dans la vie présente notre sanctification.
§ m. En quoi eonsiste la vraie déifoiion envers Marie.
I. Lé vrai culte de la sainte Vierge est celui qui nous porte , avant toutes choses» à la prendre pour notre modèle, et à régler toute la conduite de notre vie sur ses exemples. Car en vain, dit saint Bernard, foisons-nous profession de l'honorer, si nous ne sommes touchés en même temps du désir de nous y conformer. Cette obligation regarde tous les chrétiens, à qui la vie de Marie doit être un tableau raccourci de tous leurs devoirset de toutes leurs perfections. Ils^doivent continuellement apprendre de cette Vierge ce qu'ils ont à éviter , à retrancher, à réformer » et ce qu'ils ont à observer et à pratiquer. En un mot, le dessein de Dieu a été dé leur proposer dans la personne de Marie tine inuige sensible et vivante, 'dont ih étudiassent tous les traits pour les exprimer eu eux et se les. appliquer. Or nous n'avons qu'à lire les divers endroits de l'iflvangile où il est parlé de la mère de Dieu. Gir sans chercher ailleurs un plus grand détail de Thistoire 'de Marie ^ nous trouverons dans ce que l'Évangile en a rapporté les exemples les plus touchants des plus nérotques vertu^ ; et il' ne nous en faudra pas davantage pour avoir le précis et l'abrégé de toute la sainteté de