SUR LES OEUVRES SATISFAGTOIRES
exercices de la mortification chrétienne? Mener une Tie aisée, passer ses jours dans le repos et dans le plaisir, ne rien refuser à sa sensoalité et à ses désirs de ton t ce qu'on croit pouvoir leur accorder sans crime, et en même temps vouloir garder son cœur et le préserver de toute corruption, c*est vouloir être au milieu du feu, et ne pas brûler. Ils u sont réjouit, disoit le Prophète, Us àe joitl traités ci nourris débcaiemeni^ ils se sont engraissés {Deut.^ Si); et qn'est-il arrivé de là ? C'est qu'Us ont abandonné le Seigneur, leur Dieu et leur Créateur. Source ordinaire de tant de vices qui régnent parmi les hommes , et dont les Saints ne sesontgarantis qu'en serenonçant eux-mêmes, et en sedéclarant les plus implacables ennemis de leurs corps. Quedis-je? tout Saints qu'ils étoient, et avec toutes les pénitences qu'ils pratiquoient, ils n'ont pu même éteindre absolument dans eux le feu de cette concupiscence qu'ils avoient apportée en naissant. Quoique morts en apparence , ou réduits par la continuité de leurs abstinences et de leurs jeûnes , par les excès de leurs austérités, à n'être plus , pour ainsi dire, que des cadavres vivants, ils ressentoient néanmoins encore raîguillon de la chair. Le grand Apôtipe lui-même n'en étoit pas exempt : il s'en plaignoit humblemeot à Dieu, et il demandoit avec instance d'en être délivré. Saint Jérôme, jusque dans le fond de son désert, eo éproavoit les importunes atteintes, et en gémissoit. Que seroit-ce s'ils eosaent flatté leurs seps, et qu'ils eussent vécu dans les délices ?
2. Par rapport i l'autre vie. Car c'est une loi indispensable que le péché soit expié, et que la justioedeDieu soitsatisfiadte, ou maintenant, ou après la mort. Maintenant nous sommes, pour parler de la aorte, dans nos mains; mais après la mort nous serons dans les mains de DieB. Or TApdtre qous avertit que c'eil une chose terrible que de tomber dans les mains du Dieu vivant {Hebr.^ 10) : pourquoi? parceque ee n'est plus proprement alors A miséricorde qui agit, mais sa plus pure et plus étroite justice. Car c'est là, selon le langage de l'Ëvangile , que Dieu redemande tout , et qu'il fait tout payer jusqu'à un denier. Il vaut donc bien mieux nous acquitter dès ce monde i peu de frab : je dis à peu de frais ; et qu'est-ce en effet que toute la pàiiténce de œtla vie, en comparaison de ce feu où les âmes sont purifiées des taches qu'elles emportent avec elles, et qu'elles n'ont pas pris soin d'effeœr? Que ne pouvons-nous là-dessus les interroger I que ne pouvons-nous être témoins da leurs regrets, lorsqu'elles pensent à la perte qu'elles ont feite, en ne ménageant pas des temps de grâce qui leur dévoient être précieux, et où il ne tenoit qu'à elles de prévenir toutes les peines qu'elles endurent l 0 si elles étoient en état de les rappeler, ces heu. reux moments I s'il leur étmt permis de revenir sur la terre, et de ré> parer l'extrême dommage que leur a causé une trop grande indulgence pour elles-mêmes et pour leui^ sens! que leur proposeroit-on de si austère qui les étonnât ; et qud prétexte la délicatesse de la chair pourroii^Ie leur opposer qui les arrêtât? Déplorable avea^glflOMit
SCR L'EFFICACE ET LA VERTU» Etc. S4l
des mondaios! leur sensibilitë est infinie, le moindre effort les incommode, la moindre dooleur leur peroit insoutenable ; et ils ne craignent point de s'exposer i des flammes dont l'atteinte la plus légère est andessQS de tont ce que nous pondons imaginer de pins donloureax. Apprenons à mieux connottre nos véritables intérêts : moins nous nous épargnerons, plus nous gagnerons.
ntiDRiDi. ^ Jean-Baptiite prêchant one pénitence efficace et talataire.
SERMON
SUR L'EmCÀCB ET LA TXIITU DB LA PiNITKNCB.
StvUkbiiommUe9r9$mlutareDH.
Tout homme Tcm te salât qui vient de Diea. Lvc , iii.
Effet merveiilenx de la pénitence ! elle nous ramène à Dien» cUe 4MNIS remet en grâce avec Dien, elle nous procure le salut qui vient de Sien. Tout homme, disœt Jean-Baptiste , prêchant lui-même la péai* tence, tout homme le verra , ce saiut : c'est-i-dire que tont pécheur aura part aux avantages inestimables de cette pénitence, s'il en prend les sentiments et s'il en suit les saintes impressions. Est-il une vérité |dus oousolante? et de quelle confiance n'est-elle pas capable de noua remplir, k quelques égarements que nous ayons été sujets? Confiance chrÀienne, confiance absolument nécessaire pour la conversion du pécheur, puisque sans cela il doit désespérer de la miséricorde divine» et s'abandonner à tous les excès où le désespoir peut le précipiter. Il nous est donc bien important de savoir quelle est l'efficace et la vertu de la pénitence, afin que nous ayons recours à cette piscine salutaire^ et que nous y cherchions la guérison des blessures de notre ame. Or tout se réduit à deux articles, savoir : qu'il n'y a point de pécheur que la pénitence ne puisse justifier , et qu'elle ne puisse sanctifier. Deux avantages tout différents : justifier le pécheur, et sanctifier le pécheur. Justifies le pécheur, c'est précisément le rétablir dans la grâce de Dieu, qu'il avoit perdue : mais parceque dans cet état de grâce il y a divers degrés, sanctifier le pécheur, c'est de plus le fidre monter à cette perfection qui distingue les élus de Dieu ^ qui en rehausse le mérite. Ainsi le pécheur justifié par la pénitenéis^nctifié par lapénitence, voilà le double miracle qu'elle opère dans nous. Partons eu* core autrement, et disons : Nul péché si grief et si énorme que la pénitence ne puisse efiacer, et nulle sainteté si haute et si parfisûte où la pénitence ne puisse nous élever.
Premier point. Nul péché si grief et si énorme que la péoiteice ne puisse effacer; et pt^r4è même, point de pécheur qu'elle ne puisse justifier. Cette proposition suppose une vraie pénitence, une pénitence par6dte,une pénitence accompagnée de toutes les conditions requises ; car c'est en ce sens que nous devons l'entendre. Qr tel est abra
m Bm L'ËFFIGAOE ET U ÎERttf, itfd.
son poafoif, qu'il n*y à rien dont elle n'obtienne nue réniMioB asiiirée» une rémission prompte, une rëmissioii eniière ; et c'est ainsi qu'en bnmiliflot l'homine devant Dieiii elle triomphe ducœnrde Dieu, quelque irrité qu'il soit^ et lui hit une espèce de vîolenoe peur le flécûr et te gagner.
Rémission assurée : non pas que Dieu, selon les droits de sa justioe, ne pût rejeter le pécheur, et lui refuser sa grâce pour jamais, liais la miséricorde l'emporte sur celte justice rigoureuse ; et c'est assez que le pécheur, renonçant k son pëohé, lève l'obstade qui le séparait de Dieu , pour engagi^ Dieu comme* un père tendre, ou comme ce boa pasteur de rÉvâiijjiié, à recevoir cette brebis ^aréè, et à reprendre en laveur de cet eniant prodigue Içs pt^oii^rs sentiments dé son amour. Nous en fautril d'atitre garant qiiè bleii lui-mémé et qiie sa parole? Toutes ses fioritures «>ttt pleines sUM^ela des promesses les |dus authentiques et les piu^ expresses, t^oint d'eicepûon i elles s'é* tendent à tout péché, de quelque nature qu'il sdt, et qoélque aboniinable que nous le puissions oonoetoir. On ne peut lire , sans en être ffappé et c<mime saisi d'horreur, toas les reproches que le Dieu d'Israël faisoit à son peu|de. C'est une nation vendue au péché, dismt le Seigneur, c*est un peuple duu*gé de toutes les iniquité une niea pei^ vertie et corrompue ; ce sont des en&nts ingrats et scélérats : matheur à eux ! Quelle image et quel anathème I Ne semble-t-il pasqu'ii n'y atoit plus de ressource pour ee peuple, et qu'ils étoient perdus? Ce* (rendant que s'easuit-il de tout cela ? Après tant de reproches et de si terribles menaces, Amenés, conclut le même Seigneur parlant aux mé» mes pécheurs, corwirtium^vouê^ c€ise% ée ftàre le moi et ne erut^fies p9int. Quand vos pêchéÊ ser oient comme CicarUuey itt devienàraiem vomme la neige; ei quand vou$ aune* été tout sotreû de crimes, voueee» res blancB à ma yeux comme la Uùne la plus blanùke (Isai., i). Qu^ assurance ponton8HM>ns demander plus formelle et plus marquée?
Rémission prompte : un moment suffit ; comment cela? c'est qu'H ne faut qu'un moment peur former l'acte d'une contrition parlute. Or cet acte est toujours et immédiatement suivi de la rémissioD. Dnvid atoit péché : le Prra^ète , de la part de Dieu, vient lui reprocher son crime, un adukèr^Sftin meurtre tout ensemble. Mais, à la voix du Pr^feÂte , ce roi pécheur ouvre lout-à-coup les yeux 4 rentre en luimême , se reconuott coupable , se tourne vers Dieu , et, dans un sentiment de repentir, s'écrie: Tai piehé centre le Sdgneur (i. Beg., iS^. Que lui répond Nathan? II ne lui dit pas, Le Seigneur vous pardonnera; il nelui dit pas, Allez vous humilier, prier devant l'arche et demander miséricorde, leJSéigneur vous l'accordera : mais il lui dit, dès l'heure même et sans retardement : Le Seigneur a Uoigné de vons votre péehi^ TOUS ne mourrez point. G'estrè-dire, le Seigneur ^oos a pardonné, votre péché vous est remis , vous voilà réceocHiié et en état de graoo. Da moment qu'un criminel erueillé à eOié de Jésns-Ghrisi lui eut
SUR L'ÈFWCACE BT LA VËllTtJ, lirè, »4S
gnë èon re^fret , et que, se reconnoissant digii^ dit sttppllce qu'il endttf^it , il lui élit h\i , avec un cœur contrit et pénitent , cette humble prière : Seigneur , souvenez-vouê de moi quand vous serez dans votre royaume^ que lui promit ce divin mattre? Je vous le dis en vérité^ lui répondit Jésus , dès aujourcthui vous sere% avec meri dans le paradii ( Luc, S5 ). DîfFérence remarquable entre la rémisaion du péché et 1^ aatiafaction : celle-ci demande des œuvres et du temps ; mais l'autre ne vent qu'un mouvement do cœur et -qu'un instant.
Rémission entière; Car Dieu ne pardonne point à demi, et sa graci! n'est point partagée. En remettarit un péché , j*eDlends un péchë mortel , il remet tous les autrM ; de même anssi que le pécheur vraiment contrit d'an péohérest de tous les pèches dont il se trouve chàrgH devant Dieu .
Rémission même ai réelle et si complète , que , selon le langage d^ rÉCriture» Dieu perd en quelque (nanlère le souvenir de tout le mal que le pécheur a commis. Uimpiêté de f impie tombera sur lui; mais s'il se remet dans le devoir et qu* il fasse pénitence , je ne me ressou' viendrai plus de toutes ses injustices^ et il vivra (EzECU., 48). Non pas que Dieu en efFei les perde jamais de Toe , puisqu'il est incapable du moindre oubli , et que tout le passé comme l'avenir lui est toujours présent. Mats le pécheur alors n est plus aux yeux du Seigneur nu objet de colère; et comme si tous ses péchés àvoient été rayés des livres de la sagesse divme, Dieu n'y pense plus pour les lui imputer , et le condamner k une peine étemelle.
Ne disons donc point comme Gain : Mon iniquité est trop grande' je n'en aurai jamais le pardon {Oen,^ 4). Ce serolt faire injure au Père des miséricordes. Eh! pourquoi mourrex^ous, maison d'Israël (EzBCH.y 21)? Pourquoi, pécheur, n'irez-vous pas vous jeter dans le aeia de votre Dieu , tandis qu'il vous est ouvert, et que la pénitence peat vous y conduire? U vous appelle, venez : venez, drs-je, qui que TOUS soyez. Si vous vous rendez sourd à sa voix , et Si vods le forcez de vous perdre , vous ne pourrez attribuer votre perte qii*à vousmême. Car c'est vous-même , vous dira-t-ii, qui vous êtes obstiné contre ma grâce. Votre innocence avoii malheureusement échoué, et £ait un triste naufrage ; mais je vous présentoîs une planche pour vous sauver. Vous étiez au fond de l'abtme; mais je vous tendois les bras pour vous en retirer. La grièvelé, la multitude de vos offenses vous troublôit ; mais je ne cessois point de vous foire entendre, et par moimême et par mes ministres , que rien ne pouvoit épuiser les trésors infinis de ma bonté, et que j*étois encore plus miséricordieux que vous n'étiez pécheur. U falloit profiter de ces dispositions favorables de Votre Dieu. H le vouloit : que ne le vouKez-vous comme lui ?
Sbconu point. Nulle aaimeté ai éminente et si parfoite oà la péni* iweé ne pnisat noua élever^ et par conséquent point de péehear
844 SDR L'EFFICACE ET LA VERTU, me
qu'elle ne puisse sanctifier : pourquoi cela ? par deux raisons : Tne prise du côté de Dieu , et Fautre tirée de la nature même de la pénitence.
Car à prendre d'abord la chose du côté de Dieu , il est certain qae Dieu de tout temps , mais surtout depuis la loi de grâce, a toujours pris plaisir à faire éclater les richesses de sa miséricorde dans la sanctification des plus grands pécheurs. Pierre avoit renoncé Jésus-Christ, et Dieu en a fait le prince des apôtres. Saul étoit un blasphémateur et un persécuteur du nom chrétien, et Dieu en a fiait le maître des nations. Augusdn avoit été également corrompu et dans sa foi et dans ses mœurs; mais Dieu en a fait le plus célèbre docteur de l'Église. Qu'étoit-ce , avant leur conversion , que tant de pénitents de l'un et de l'autre sexe? à quels vices n'étoient-ils pas sujets? à quels désordres ne s'étoient-ils pas abandonnés? quels scandales n'avoient-ils pas donnés au monde? Mais Dieu en a £ait des solitaires, des anachorètes, de sublimes contemplatif^, des modèles de mortification, d'abnégation de soi-même, d'oraison, de toutes les vertus chrétiennes et religieuses. Miracles de la droite du Très-Haut , qui , pour sa gloire et pour notre salut, a voulu nous donner de tels exemples, afin de nous piquer d'une sainte émulation, quelque criminels que nous soyons, et de nous faire comprendre qu'il ne tient encore qu'à nous d'aspirer, par la voie de la pénitence, à ce qu'il y a de plus relevé dans la perfection de l'Évangile : car le même Dieu , auteur de tant de mervdUes , n'est pas moins puissant pour nous qu'il l'a été pour des millions de pécheurs et de pécheresses qui sont tombés avant nous dans les {Âus grands égarements , et qu'il a fait monter aux premiers rangs parmi ses élus, il n'est pas moins jaloux présentement de sa gloire qu'il l'étoit dans les siècles passés, et l'intérêt de cette gloire divine ne l'engage pas moins à faire de nous, selon les termes de l'Apôtre, des vases d'honneur pour être placés sur le buffet , après avoir été, par nos dérèglements et nos excès , des vases d'ignominie et de colère. *.
D'ailleurs, à considérer la nature même de la pénitence, rien ne doit être plus sanctifiant. Car elle fait trob choses : elle attire sur (e pénitent des grâces de sainteté; elle inspire au pénitent le goût de la s&ioteté ; et elle fournit au pénitent les sujets et les occasions les plus capables de le conduire à la sainteté.
Grâces de sainteté : la pénitence les attire sur le pénitent , en sorte que , selon la parole de saint Paul , Oh le péché abondoiiy la grâce d§* vient Burabondanie (Rom., 5) : pourquoi? pour récompenser la fidélité du pécheur à suivre Timpression des premières grâces qui l'ont touché, et qui l'ont exdté à rechercher Dieu. Et en effet, ce n'est jamais en vain ni sans fruit qu'on est fidèle aux grâces de Dieu ; et sa main libérale ne cesse point de les répandre sur nous, si nous ne cessons point d'y coopérer et d'y répondre. Parçeiiue vom a»ex M fidUe
SUR L'EFFICACE DE LA VERTU, etc. 546
dan$ t'ûdmmkiratwn des cinq talents que je vous aieanfiiSf en voici cinq mires que j'y ajouie (Matth., 25).
Goût de la sainteté : la pénitence l'inspire au pénitent, et c*e8t ce que rexpérience nous montre. Par une providence particulière de Dieu» un . pécheur dégagé de la servitude du péché trouve dans les pieux exercices qui l'occupent une onction dont Û est lui-même surpris : si bien qu'il peut dire comme Job : Ce qui nCiioit atipar ovoni U plu» vmpide est mmntenwni ma plus douce nourriJUiÊre (Job, 6). En quel repos se trouva tout-à-conp saint Augustin , dès le moment de sa oonversim? en quel dégagement et quelle liberté d'esprit? II l'admiroit et ne le oomprendt pas ; il en étoit comme hors de lui-même. Quel changement I s'écrioit-il, et oii en suis-je depuis que mes liens sont rompus ? Je ne croyois pas pouvoir me passer des plaisirs qui m'enchantoient, et maintenant mon plaisir le plus sensible est d'être privé de tout plaisir.
Sujets et occasions les plus capables de conduire un pénitent à la sainteté : c'est enfin ce que la pénitence lui fournit. Car, dans le cours d'une pénitence généreusement entreprise et constamment soutenue, en combien de rencontres fout-il pratiquer les vertus les pins héroïques? combien de fois Cant-il se captiver , se gêner, se roidir contre soi-même, sacrifier ses inclinations, surmonter ses répugnances combattre ses habitudes , essuyer les discours du monde , Ibuler aux pieds le respect humain, sans parler de toutes ces œuvres secrètes que Tesprit de pénitence ne manque point de suggérer? Or est-il rien de plus sanctifiant que tout cela? Quels trésors de mérites n'amasse-t-on pas? quels progrès ne feit-on pas? Ainsi ces ouvriers de l'Évangile qui vinrent après tous les autres travailler dans la vigne du père de famile, furent égalés aux premiers, et reçurent le même salaire : pourquoi? parcequ'en peu d heures ils avoient réparé le temps perdu, et autant avancé, par l'ardeur de leur travail , que ceux qui s'y étoient ffi)pliqu^ dès le grand matin. Ce n'est pas même assez ; et combien y a-t-ueu de pénitents élevés à des degrés de sainteté où ne sont jamais parvenus le commun des fidèles ? De quels dons ont-ils été Âvorisà ; et, en sortant de ce monde, quels riches fonds ont-ils emporta avec eux?
De là, si nous sommes justes, c'est-à-dire ai, par une protection spéciale de Dieu, nous avons eu jusques à présent le bonheur de vivre dans l'ordre et dans la règle, gardons-nous de nous confier en nousmêmes, ni d'entrer dans les sentiments de ce pharisien qui se préfëroit avec tant d'orgueil an publicain , et même à tous les autres hommes. Ne méprisons jamais le pécheur, quel qu'il soit, et quelque abandonné qu'il paroisse. Ce pécheur, dans la suite des temps, sera peut-être un Saint, et peut-être dans sa personne la parole de Jésus- Christ se yérifiera-t-elle : Je vous dis en vérité que les pubiietmis et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le romume de Dieu B. 5. ^ 35
Mê Stm L'iMPURETt.
( Matth.» m ). De là encore , ri nom bous trouvons nons niêBias en« gagés dans l'état du péché, réveitloDS-BOus de notre assonpissement » et» pour allumer tout notre zèle, sans égard à ce que nous sommes , ayons sans cesse devant les yeux ce que nous pouvons devenir; car est-il rien de plus touchant et de plus consolant pour l'amela phis cri* nioetle , que eetie pensée : Tout péeheor que f ai été et que je suis , si jsie veux, je pnis être un saint? Maïs est^il rien en méoie temps qui doive pies nous confondre au jn^iemenl de DIev, si noue nons rewieBS inarasSiles à tme telle espAanee?
TROISIÈME SEMAUVE.
iBAM-BAPTISTE TRAÇANT AUX PEUPLES DES RÈGLES BS IfURAl^, Bt
eonnABiuNT lbs vicam les flos opiwta a L'ianuT ns ^tescnaisT.
Ce n'étoii point assez pour le saint précurseur 46 pr^dierengéiié* rai la pénitepce : mais» afin de mieux insiruire les peuples, et de Icw donner une connoissance plus distincte de cc^qu*il y avoità réformer dans leurs mœurs, il descend au détail des vices 1^ plus opposas i Tesprit de Jésus-Christ, et letir trace des règles de wor^e toutes contraires à ces désordres. U condamne donc : 1. L'imp^reté : Il ne vous ^tpas permis d'avoir la femme de votcô frère (IiIarc., 6 )^ 3« L'ambition : Toutes le*montagnes et toutes les coUine9HromaijiisMée9{ùjc.^^, 3. L'attachement aux richesses ; Ne demandez rien auréelà de ce ^i vous est mç^qué. Contentesi-vous de votre solde (Ibid.). 4- Les empo^ tements et les violences : Ne faites poin^ de violence (Ibid.)* S. La nWn disance : Ne parlez mal de personne (Ibid.)« & La dureté envers les pauvres : Que celui qui a dieux habits en donne yit à celui qui ti'cn é| potni , et que celui qui a de quoi vianger en use de nk(m4 ( Ibicl %
maiscM. -« Jesn-BsiijUAte çendsnwsat llrapaNM*
SERMON
SDR l'iBPURBTÉ.
19on Kcet Obi kabere uxorem fratrîg tuU
n M vont Ml pal permis d*avolrU femme do TOtreSrèw. MAse^vt.
Il lalloit tout le lèle et toute la sainteté de Jenn-Baptiate, poor par» 1er avec tant d'assurance à un roi possédé de sa passion , et pour s'exposer de la sorte à sa disgrâce. Mais ^ sans éire ni aossl aéië ni aussi saint que ce divin précurseur, it ne falloit qu'une étineeUe de raison pourvoir toute i- indignité du commerce où Hérode étoit ploB({é»
siJR L'IMPURETÉ. 5*7
M pour en connottre tout le désordre. Cest nëànmi^ms ce qoe <% prince voluptueux jie voyoit pas lui-méine^ ou ne vouloit pas apercevoir; ei td est le caractère et le dérë{jlement affreux de Timpureiié. tl semble, dès qu'on se laisse dominer par ce vfce infâme , qui! nous fasse perdre toute raison, et, avec la raison, toute religioii. Déporte que rhupudique n'a plus de règle droite et sftre qui le fifuide, ni raison qui Te conduise en qualité d'honune , ni refigton qui le conduise en
SvaKtë de chrétieà. j^rrétons-nous à ces deuk pensées. Toute la raison e l'homme renversée par Timpureté, premier point ; toute la religion' du chrétien profanée par l'impureté, second point. Effets pernicieux d'une passion dont nous ne pouvons trop concevoir d'norreur, et contre laquelle nous ne pouvons nous précautionner avec trop de soin.
PnfeifnsR pomr. Toute la raison de Thomme renversée par Tim-
Îureté. On n'en doit pas être stirpris : car il n'est rien déplus opposé la raison que les sens ; or l'impureté est un péché dés sens, et c'est iQémede toutes les convoitises des sens la plus animale et la plus grossière. De là donc , ou bien elle éteint en nous toutes les lumières 4^ la raison, ou , sans les éteindre, elle nous foit agir contre toutes les vue» de notre raison.
i. Elle éteint en nous toutes les lumières de la raison. En effet, à consMlter la seule raison , combien y d-*t41 de BK»tifi$ les filus forts et les plus puissants pour nous détourner d'un vii:» aussi honteux ei aussi dangereux que Test Timpureté ? Là pudeur uatureUe, les bieiuéaDce» de l'état, du rang, de J emplai » de la profession ; les «uiies walbeii!reuses où s'expose surlqut une parsoone du nexe , asx dépens de sa réputation et de tout k.)x>nheur de sa vie; les périls où elle s'eafB0» là-dessuSy et les risquas qu'elle a à courir; le dérangenetti où vit un homme par rapport à ses.dev^irs, par rapport à son ««snœmeot daat h mondât par rapport à la conduite de ses afA^ires, et souvent par rapport à sa santé qu'il ruine ; Teselavage et la dépendsace où il passe si^ jours auprès d*une idole dont il est adorateur; les ÎJifidélités qu'il éprouve t les désagréments qu'jl essuie , les inquiétudes qui l'agitent , les dépenses qu'il fait et qui rinoommodent ; les exemples d une îni-« DÎté de gens qui , par-là , se sont perdus ; les discours du public, ks remontrances et les reproches de ses amis; mille autres considérationn plus particulières encore et plus secrètes : tout cda bien examiné ,es bien pesé, si Ton étoit raisonnable, devroii servir de préset*vatif coq* tre les amorces de la plus flatteuse passion. Mais dès qu'elle s*est eni« parée du cœur, plus d'attention à tout cela : on dépose toute pudenr, on ferme les yeux à toute bienséance , on méprise tout danger , o» oublie tout intérêt » on supporte toute coutraiute , toute gène ; on dévore tout chagrin, on ne plaint nulle dépense, op ne profite d« nul exemple, on n'écoute nul avis, nul conseil. L'esprit et le cœur ne
848 SUR LIMPURETÉ.
8om occupés qae d*im (d>jet : tout le reste disptrolt; et où esialorftla raison?
2. Si rimpuretë n'éteint pas dans nous les lomières de la raison, da moins nous fiait-elle agir contre tontes les ynes de notre raisos. Point de preuve pins sensible que le témoignage de saint Augustin, qui le oonnoissoit par son expérience propre , et qui s'en est si bien expliqué. Je soufnroU^ dit-il» je voyou mafoiblesse^ fen roug^aoU; et cependant yétois toujours attaché, non point par une cluâne de fer^ mait par nui volonté dépravée^ plus dure que le fer. Voilà conunent la passion tyrannise un homme qui s'y est une fois livré. U gémit de sa servitude» et il en sent tout le poids. Il voit tout ce qu'une saine raison demanderoit » et il est le premier à reoonnottre ses égarements ; mais de briser ses liens et de se dégager, c'est à quoi il ne peut se résou* dre. Il suit le charime qui Tenchante , et quoiqu'il condamne dans lui le vice» il n'en est pas moins vicieux. Samson n'ignoroit pas que Dalila le trahissoit. Que lui disoit sur cela sa raison? Hais sa raison avoil beau parler, il ne laissoit pas de rechercher avec la même assiduité cette perfide, et de se tenir auprès d'elle. Peut-être à la fin de nos jours vient-il un temps où la raison prend le dessus : mais pent-elle désormais réparer les dommagesinfinis qu'on s'est causés à soi-mAme? Plus sage mille fins celui qui les prévient de bonne heure» et qui n'attend pas si tard à y apporter le remède !
Second point. Toute la religion du chrétien profanée par Pimpu* reté. Deux sortes de profanations : l'une générale, par rapport i tous les états du christianisme; l'autre particulière et plus criminefle encore, par rapportli certains engagements et à certains caractères.
1 . On peut dire en général que toute ini|Mm«té dans un chrétien est une profanation : pourquoi ? paroeqn'il souille une chair sanctifiée par le baptême de Jésus-Christ , honorée d'une alliance toute pure avec Jésus-Christ » devenue le temple du Saint-Esprit» que l'ApAtre aippdle l'Esprit de Jésus*Christ. Morale que nous ne devons point upaîter d'idée subtile et superficielle , mais dont nous comprendrions tonte la solidité et toute la force, si nous étions pins remplis des prin* dpes de la religion et plus touchés de ses sentiments. Morale dont les Pères ont fait plus d'une fois le sujet de leurs instructions , et sur faiquelle Tertullien insistoit si vivement. Car» disoit-il , avant que le Fils de Dieu se fifkt revêtu d'un corps semblable au nôtre , c'étoit toujours ma crimede s'abandonner aux désirs de la chair ; mais depuis le mystère de l'Homme-Dien, maintenant, et plus que jamais» ce n'est plus aaolement un crime» d'est un sacrilège. Morale qu'ils avoient puisée dans l'excellente et sublime théologie de saint Paul , et dans ces fréquoites exhortations qu'il fiûsoit aux fidèles , en leur représentant qu'ils étoient les frères de Jésus-Christ » qu'ils étoient ses membres » qu'ils étoient son corps , et par conséquent qu'ils avoient une obiiga*