SUR LA DOUCEUR GHRÉTIERNE. 8S
oonronnement et la perfeciioD. Hélas ! les moyens de se saiicU6er ne nous manquent point, mais nous leur manquons. Où est cette douceur ëvangëlique, et où la trouve-t-on? Je ne demande pas où Ton trouve une doucéar affectée et de politique , une douceur apparente et de pure bienséance, une douceur de tempérament et d'indifférence : or voilà quelle est la douceur que font paroître en certaines rencontres un nombre infiai de mondains. L'intérêt les retient, et ils craignent de se faire tort en éclatant, et de nuire à leur fortune. Une vaine gloire les arrête, et ils croiroient se déshonorer s'ils venoient à perdre la gravité et la modération qui convient à leur âge , à leur état , à leur caractère. Une lente et molle indolence les. rend insensibles à mille choses qui, selon les vues ordinaires et humaines, devroient les pi* quer et les soulever. Hais tout cela ne peut être devant Dieu de nulle valeur, puisque tout cela n'a Dieu ni pour principe ni pour fin. Je demande donc où l'on trouve cette douceur que Jésus-Christ a cano* nisée, et dont il a été le modèle ; cette douceur qui, par le motif d'une charité fraternelle et toute divine, apprend au fidèle à se renoncer, à se captiver, à se modérer, i se taire, à supporter, k pardonner, à ne s'expliquer qu'en des termes obligeants , et à ne témoigner jamais ni amertume ni dédain. Où , dis-je , est-elle? L'usage du monde et de toutes les conditions du monde ne fait que trop voir combien elle y est peu connue et peu mise en œuvre.
Second point. Le fruit de la douceur chrédenne : c'est la paix audedans de soinmême, et la paix au-dehors.
1 . La paix au-dedans de soi-même. Un des plus grands biens que nous avons à désirer pour le bonheur de notre vie et en même temps pour la sanctification de notre ame , c'est de nous rendre maîtres de nous-mêmes et de nos passions ; surtout maîtres de certaines passions plus vives, plus impétueuses, pins turbulentes. Sans cet empire, point de paix intérieure. Et de quelle paix en effet peut être assuré et peut jouir dans son cœur un homme sujet aux colères, aux promptitudes, aux dépits, aux aversions, aux antipathies, aux envies, aux vengeances ? D'une heure à une autre peut-il compter sur lui-ni(6me, et n'est-il pas commç une mer orageuse , où les flots s'élèvent au premier Tent et forment de rudes tempêtes? Or que fait la douceur chrétienne? elle bannit toutes ces passions , ou elle les combat ; et', à force de les combattre , elle les soumet et les calme. On prend^tout en bonne part : ce qu'on ne peut justifier, on le tolère ; on ne s'offense point, on ne s'aigrit point; et par-là que de mouvements du cœur et de pénibles sentiments on s'épargne ! que de réflexion^ chagrinantes ! que d'agitations de l'esprit et de dissipations I Mafs ce qui est encore plus important , de combien de fautes , de combien de péchés se préserve-t-on ! Quelles grâces du ciel, quelles coromuni- (Uitions divines est-on en disposition de recevoir! Car comme Dieu ne
ai» SUR LA MÉDtôANCB.
86 ptatt point dans le trouble , il aime à demeurer dans la paix » et une ame pacifique est d'autant mieux préparée à le posséder, qu'elle sait mieux se posséder elle-n^me.
â. La paix au-dehors. On l'entretient par la douceur ; c'est-à-dire ' qu'on fît bien avec tout le monde. Et le moyen qu'on eût avec qui que ce soit quelque démêlé , puisqu'on est toujours attentif a ne rien dire et à ne rien faire qui puisse blesser personne ; puisqu'on est toujours prêt à prétenir leà autres et i leur céder; puisqu'on a na aoin extrême d'éviter tonte contestation qui pourroit naître entre eux ei nous ; puisque partout on leur donne toutes les démonstrationa d'une afiectioh sincère, et d'une pleine déférence à leurs volontés? Cesi ainsi qu'on se les attache, et que la parole du Fib de Dieu s^ceomplit , savoir, que les débùnnaîrei gagneront toute la terre (Hatth., 4). Heureuses donc, soit dans l'état séculier, soit dans Fétat religieux , tontes les sociétés qu'une charité douce et officiense assortit, et où elle maintient la bonne intelligence et l'union des cœurs! Hais, par une règle toute contraire , on ne sanroit assez pleurer le sort de tant de fcmllles , de tant de maisons et de compagnies , où des esprits ardeots, des esprits impatients et brusques , des esprits durs et intraitables , des esprits fiers et hautams , défiants et délicats , des esprits critiques et sévères à l'excès » de fiiux zélés, d'impitoyables et de faux réformateurs, allument le feu de la discorde, et sèment les querelles et les divisions. Quels scandales, quels maux s'ensuivent de là ! On n'en est que trop instruit ; mais pour couper court à de tels désordres et
Îour y reipédier, on ne peut trop s'étudier soi-même, ni trop preore de précautions.
wsai. — Jesa-Baptisle «MiisoaMat la taéëmmeé
SERMON
sua LA MÉDISARCIS,
Itfègit^eidwmtiUmfiieéatUé
Hf partis aial df penssMi LiMii ik
Ce que condamne le saint précurseur, ce ne soni point seulement ces fousseé suppositions que le mensonge imagine, et ces iflcbes calomnies dont il noircit le prochain ; mais ce sont ces médisances , eo cela même plus mortelles ou du moins plus irréparables que la vérité les accompagne , et qu'elles sont fondées sur des faits plus réels et plus certaios. Est-il un péché plus à craindre? en est-il un contre lequel il nous importe plus de nous prémunir par toute la vfgibnce et toute l'attention nécessaire ? Il y a des péchés où l'on se porte plus difficilement , et cette difficulté sert en quelque sorte de préservatif pour s'en défendre. Il y a des péchés où noua notis laissons entraîner plus aisément, mais ou nous péchons aussi plus légèrement; et cette l^gè-
suit LA IKDISAIIGE. (ÎBB
mlé di totkuÊë m diroioM le përH. Haia un pëehë irih se rsncoii- IfiDl tcMit à la fois et une extrême fkeilité à le commettre , et une offcnfe grièfe en te commettant , voilà ce que nous devons regarder Ofioune qn des pëcbës les plus dangereux : et n'est-ce pas là le doublé «araoïère de la médisance? FaellUé de la médisance : premier point. Grièvetëdo la nédisanee : second point. Ces deux points, unis ensem- Ue et papponés fnn à l'autre» nous feront comprendre l'oraele du 8aiu^E8p^lt : que cTest un bonheur inestimable de savoir bien gotiverper sa km^ae, ec dona pëeher point en paroles.
PuiBin POiiVT. FaciKië d» la ttédisaaoe. Un péfchë où nous porte le penchant de la nature ; un péché dont roccasion nous est fréquenta atpiraaqne continuelle ; un péché que u^ns nous Justifions à nous-mêmes par de spécieux prétextes et des sujets apparents ; un pécM qui œ eoûte que quelques paroles , et dont les moyens sont toujours tes ptus présents et les phM prompts ; enfin un péché qui hit Tagrément des ^QiiYorsatioBB , et qui te trouve appbudj et bien reçu de tout le monde, c'est saus doute un péché aisé à eommettre. Or tefie est la médisauee.
1. Pédië oii.Hoaa porta le penchant de la nature , je ^s de ht na* ture corrompue; car voicî quelle est h perversité de notre esprit t noua nous réndona mille fois plus atteatift à découvrir dans le prochain le fltat que b bien, et nous sommes mcompepaMemeat plus eneliua i nous enireieMr de ses mauvaises que de ses bonnes quaHtés. C'esÉ oe que nous lëprouvons tous ; mats outre cette inclination comuanuev il y en a encore 4e plus particulières dans une multitude îah finie de gens, les uns légers à parler, et ne pouvant rien retenir dé ce qu'Us savent ou qu'ils erofeat satoir; tes autr^ critiques et cenaeura, trouvant partout à reprendre, et s^épauchant volorftrera sur loui ce qu'ila vemarqueot dans autrui, ou qu'^ pensent y remarquer» d'Uuperfeoiiens et de défiiuts : or dès que c*est la pente naturette qui nous conduit, a«t-on delà pMne à suivre te mouvement dont on se aent emperté?
2. Péché dont l'occasion nous est fréquente et presque continuelle. Hé 1 que fiaôt-on autre chose dans la société humame , <|ue dé se voir , que d'avoir ensemble d^oisifs et de tengs entretiens; et paroequ^l ne semble pas qu'on puisse les soutenir sans le secours de la médisance, et queUe autre chose s'ocoape-tK)n? On se donne Texempte les uns aux autres , on s'exeite tes uns les autres; les plus sages ne peuvent rësinter au terrent ^ et sont en quelque manière forcés d'entrer dans lediscours,et de sejoindre à ceux qui Tout entamé. Bien loin qu'il leur fût (fifficile de médire , il ne tenr seroit presque pas possible de s'en abstenir et de se taire.
3. Péché que nous nous justifions à nous-mêmes par de spécieux prétextes et des sujets apparents. On dit : Que faire? il faut bien que