‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 156 sur 225 · SUR LA MÉDISANCE. S · texte numérisé non relu

SUR LA MÉDISANCE. S

ment établi et tant de fois traité dans la chaire,. attacbooMioiu à quelques droonstanoes particulières sur quoi Q est moins ordinaire de a'expliquer, et mesurons ici la grièveté delà médisance par le caractère des personnes qu'elle attaque , par les tours malins qu'on lui donne, par le dessein prémédité qu'on s'y propose , par l'éclat avec lequel on la r^nd , par les scandales qui en naissent : cinq degrés d'injustice , et cinq articles qui contiennent tout le fond de cette seconde partie.

i. Grièveté de la médisance par le caractère des personnes qu'elle attaque. A qui foitp^Ue grâce , et où ne porte-t«elle pas ses coups ? Y a-tjl une digpnité si auguste qu'elle respecte ? y a-t-il une profession si sainte qu'elle épargne? Or il est vrai néanmoins qu'il y a des places, des rangs , des professions où la réputation est beaucoup plus précieuse , plus déUcate , plus aisée à blesser que dans les autres , et où les brèches qu'on y feit ont des conséquences beaucoup plus funestes. Ce qui n'est qu'une atteinte légère pour un homme du monde est une profonde blessure pour un homme d'Église , pour un pasteur des âmes, pour un ministre d^s autels. Hais la médisance ne connott point cette distinction , et ne la veut point conndtre : on confond le séculier et le régulier. Que dis*je? c'est souvent contre le régulier qu*on se déchaîne avec plus d'aigreur , et l'on ne prend pas garde qu'en le décréditant on arrête tout le fruit de son ministère, et qu'on le met peut-être hors d'état d'exercer jamais utilonent ses fonctions*

2. Grièveté de la médisance par tes tours mah'ns qu'on lui donne. XTn feit rapporté simplement, et mis dans son jour naturel, peutfeire moins d'impression. Mais ce n'est point assez pour la médisance ; il fout qu'elle en raisonne , il fout qu'elle l'enfle » qu'elle l'exagère , qu'elle l'interprète à son gré , qu'elle en pénètre les plus secrètes intentions, qu'elle en développe tous les plis et tous les replis : comme si elle n'étoitjpas contente du rédt injurieux qui la rend déjà criminelle, et quelle voulût encore y ajouter le jugement téméraire de la calonmie.

3.. Grièveté de la médisance par le dessein prémédité qu'on s'y propose. Médire par entretien et par une espèce d'amusement , médire ]>ar inconsidération et par envie de parler, c'est toujours être condamnable : mais qu'est-ce donc de médire pour médire ? Expliquons-nous. Qu'est-ce de médire pour déshonorer , de médhre pour dUfemer , de médire pour couvrir des gens d'opprobre , sans autre vue que l'opprobre même qui doit rejaillir sur eux ? Car voilà jusqu'où va la mé* disance. Est-ce méchanceté pure? est-ce quelque intârêt, quelque passion qui anime f Quoi que ce soit , on ne s'en tient pas à ce qui semble de soi-même se présenter, ni à ce qu'on sait par les voies communes; mais on s'informe, mais on tâche de s'instruire , mais on recueille de toutes parts des mémoires, et l'on en grossit des volumes. Tout cela à quéUe fin » et quelle en est l'utilité ? quel en est le fruit? point d'autre que de décrier des particuliers, que de flétrir des fo- B. 5. 36

Page 1