‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 162 sur 225 · IIR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS-CHRIST. S · texte numérisé non relu

IIR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS-CHRIST. S

Sbgond point. Dévotion envers Jésus-Christ» dévotion la plas sanctifiante par rapport à nous. Elle l'est, et dans les praiiqaes où elfe s'exerce, et dans les effets qu'elle produit.

Dévotion sanctifiante dans les pratiques où elle s'exerce. Ces pratiques se réduisent à trois: adoration, invocation, imitation. Adoration: flous ce terme est compris tout ce que suggère à Famé fidèle un saint désir d'honorer Jésus-Christ. Car que imt-eUe, cette ame zélée pour l'honneur de l'adorabfe et aimabfe époux à qui eUe s'est vouée , et dont elle vondroit répandre la gloire dans toute l'étendue de l'univers ? Parœqu'ellé'sait que c^est Jésu»Christ même qui chaque jour est immolé sur nos autcîs, ellese rend assidue à ce sacrifice non sanglant, et aefait un devoir d'y apporter tonte la rtfexion, toute la révérence, toute la piété convenabfe; parcequ'eUe sait que c'est Jésus-Christ mâme qui habite dans nos temples et qui réside dans le sanctuaire , die a ses heuresetsestempsrégléspoor le visiter, pour s'entreteniraveclui^ponr a'hiuDilier en sa présoace, et pour lui offrir son encens ; parcequ'eUe sait que c'est Jésu^Christ inéme qu'elle reçoit à la sainte uible, elle s'en approche, autant qu'il lui est permis, par de fréquentes communions; elle s'y dispose par de rigoureuses et d'exactes revues , elle ne souffre pas la moindre tache qui puisse blesser fes yeux de son bienaimé, et n'omet rien de toute la préparation que demande le plus auguste sacrement. Or combien tous ces exercices et les autres doiventils contribuer à sa sanctification, et qu'y a-t-il de plus propre à élever one ameetà la perfectionner? Invocation : en honorant JésusCbrist, Tame ne s'oublie pas elle-même, ni ses besoins. Jésus-Christ , dans foules les conjonctures et tous les évéïements de la vie , est sa ressource, son conseil, son guide, son soutien.La nuit et le jour, eUen'a, pour ainsi dire, et dans le cœur et dans la bouche, que Jésus-Christ, qu'elle réelame sans cesse et qu'elle invoque; et de cette sorte toutes ses délibérations, toutes ses relations, toutes ses actions sont sanctifiées , parcequ'eUe n'entreprend rien ni ne fait rien qu'au nom de Jé9us-Christ , que sous sa conduite et par son secours. Imitation : voilà le prânt capital , voilà, en quelque dévotion que ce soit, ce qu'il y a d'essentiel : s'efforcer d'acquérir une sainte ressemblance avec le Fils de Dieu , notre grand et unique modèle. Or n'est-ce pas à quoi l'ame s'applique avec d'autant plus de soin , qu'elle s'est plus solidement et plus étroitement liée à Jésus-Christ? Toute son étude, c'est Jésus-Christ , pour apprendre à penser comme Ini , à parler comme lui, à agir comme lui. Ce n'est point seulement sur le Thabor qu'elle veut le suivre, mais au Calvaire ; ce n'est point seulement à sa gloire qu'elle veut avoir part, mais à sa pauvreté, mais à ses humiliations , nais à ses souffrances. Tout état où elle se croit conforme à Jésus- Christ est pour elle l'état le plus heureux.

3. Dévotion sanctifiante dans les effets qu'elle produit. Car de là l'union la plus intime et lé commerce le plus sacré entre Jésus-Christ B. 5. 37

S78 SUR LA DROITURE ET L*ÉQDITÊ CmiÉTIBNfrE:

et l'ame dévote. G*est alors qu'elle peut bien dire avec TApôtre : non plus moîHDéme; mais Jésus-Christ vit en moi. De là cette abOD* dance de gpraces dont Jésus^brist la comble : il lui ouvre tous sai trésors ; et qu'épargne4-il à son égard ? de quelles lumières ae Tédaire•^il pas? qudles vues» quels sentûnents ne lui donne-l4l pas? de quelle onction ne la remplit-il pas? De là ttiéBie aussi ces progrèi qu'elle fidt d*utt jour à l'autre, aMant toujours, comme le Juste, de vertus en vertus, et accumulaat mérites sur mérites. Quoi qa'fl en soit, nous sommes chrétiens, et, en qualité de chrétiens, quelle dévo* tion peut vmax nous convenir que la dévotion envers Jéstts-ChiîBt? •Souvenons-nous que c'est la pierre fondamentale sur qui doit porter tout l'édifice de notre perfection ; souvenons-nous qu'il n'y a point d'autre nom que le sien par qui nous puissions obtenir le salut. Nous vivons sous sa loi, il nous a marquésde son sceau, il nous a revêtus de ses livrées : soyons par amour à notre mettre, puisque noua lai appartenons d^a par un droit inviolable ; et que jamais rien ne nous sépare de la charité de Jésus-Christ, ni dans le temps, ni dans l'étemîté,

■Bcnpi. ^ Jean-Baptiste perfeoUonoant lea peoplei par une rerfo lolide et droite.

SERMON

SUE Li naOlTUEE ST l'équité CHRÉTIfilfiœ»

lUwmnportH ereieerê, mu wUêmmiêiml»

C'eal à lui cle croître , et à moi de déchoir. Jeun. • m.

Il n'y avoit qu'une solide vertu qui pût inspirer à Jean-Baptiste un sentiment si droit et si équitable. Ses disciples, par un faux làle pour leur mattre , dont ils voyoient l'école s'aHbibiif , seinbloient vouloir le piquer de quelque jalousie contre Jéâus-Christ , dent le crédit au contraire croissoit tous les jours, et le nom se ré|Mindoit dails la Judée, llfais, bien loin de se laisser surprendre à une tentation si dangereuse, et si délicate, l'humble précurseur est le premier à relever le mérite de ce prétendu concurrent qui leur donnoit de l'ombrage, et il n'hésite pas à leur répondre : Cest à lui de croître, et à moi de (Snùnuer. Esprit de droiture et d'équité , esprit qui discerne les vraûes vertus de celles qui n'en ont que l'apparence et le nom. C'est avec cet esprit et par cet esprit que Jean-Uaptiste , sans écouter ses disciples , et sans égard à son intérêt propre, se fait justice à lui-même, et feit en même temps justice à Jésus-Christ. Cest à moi de diminuer : voilà comment il se fait justice à lui-même. Cest à lui decrottre: voilà comment il fait justice à Jésas-Christ. Ainsi le double caractère de la sainteté et de l'équité chrétienne est de savoir (surtout en matière de dons, de talents, de qualités, de mérites, de rang, de prééminence) , de savoir, dis-je, tout ensemble, et se faire justice à sot-même, premier point; et faire justice au prochain , second point. Adressons-nous à Dieu pour obtenir cet esprit de droiture : il nous l'accordera , puisque , selon la

SUR Li MOrrUKB PT L'ÉQUITÉ GURÉTIBNNE. S70 IMTole dé l'I^vangiie» t| tie re/Tiae pomi le ^on «pnt & ^rtia; f n» i(« lu

. PiMWUi WJm^ 6e fiiira {ostioe à aoî-méme t «'«it 4*asUiBep préci* »éomi «oi-«tee td qu'on est , et ne vouloir point être e«iiiiié det «D|rf0 w^dA dn oi qu'on e$t.

it S'^timer prérâémeDt ioinnAine tçl qu'A esu «t rien 4ftyaniege. C«t la ré^ la plut raisonnable et la pkîa juste; maïs notre aaioius propro ne peut s'en aeaimmoder, et iilyi iaut quelque cboae de |du. Ile là vîenrqne noua aimons à nous tromper par de flaltenase images que noos nous faiionftdenotts-mémes, et qainousneprésenientà notre imagination tout autres que nonsnesommesi fausses peinturas qui noue pteàsat et dont nous nous oopopons» dont nous nous infatuoQs, où nous portons tous nos regards et où nous les arrêtons. Car de nous oousidéMr non^mAmes dans là vérité» et pour cela de rentrer en nousnémes, de nous examiner à fond, de bien démêler, s'il est permis de |Mnler ^insi, dans le champ de notre ame , le bon et le mauvais grain, c'ea^ œ qui nous humiUeroit» pareeque c'est ee qui nous mettroit de* 'tàûl les yeux des uiehes qui nous blesseroient la vue, et ce qui rabattroit les idées favorables que nous avons conçaes de nos avantages et de nos perfections. Cloamie donc nous avons de la peine à nous bumi* lier t nous avons la même peine à nous détromper de l'opioion , quoique erronée, que nous nous sommes formée de nous-mêmes. Or une vertu soUdem/snt et vraiment chrétienne nous guérit de cette iUusion : comment ? pareeque dès que c'^st une vertu solidement chrétienne , is'ast unevertu humble, et que l'humiliténous empêche de nous élever uuHiessus de nous-mêmes, et nousdégagede toutes ces penfées vaines qui emportent les âmes foibles, et où eUes s'évanouissait. D'où il arrive que nous sommes alors plus disposés à juger sainement de notre état , à recoimoître de bonne foi nos iipperfections et nos défauts, à voir ce qui nous convient etce qui ne nous convient pas, de quoi nous sommes capables et de quoi non$ ne le sommes pas ; à dire enfin, avec le Prophète royal : Seigneur^ mon conir n^est point enflé; je m* en $ui9 tenu à ce quejétois^ et je ne me suis point égaré en de spécieuses chi^ mbres, ni dans une présomptueuse estime demoi''mime{Psalm, 130). Qu'une telle disposition marque de fermeté et de sagesse I mais qu'elle est rare ! et l'expérience ne nous convainc-t-elle pas tous les jours qu'il n'y a presque personne dans la vie, et dans toutes les conditions de la vie , qui veuille de la sorte, ni qui sache se rendre à soi-même la justice qui lui est due?

2. Ne vouloir point être estimédes autres au-delà de ce qu'on est. Malgré les déguisements et les artifices dé la nature , qui nous cache DOS foiblesses et notre'peu de suffisance, nous ne laissons pas souvent de les apercevoir : mais quelle est notre ressource ? c'est de les dérober, autant qu'il nous est possible, à la counoissance du public.

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