‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 163 sur 225 · SUR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE

Mous voulons qu'on nous estime , qu'on nous traite avec honseur» qu*on nous fasse monter à certains rangs, qu'on nous donne certaines places, comme si rien ne nous manquoit pour cela, et que nous eussions droit d'y prétendre. Si Ton nous témoigne le moindre mépris , nous en sommes outrés de douleur; si quelqu'un obtient la moindre préfiérence sur nous , nous éclatons en plaintes et en murmures; si l'on entreprend de nous 'faire sur quelque artide la moindre remontrance, nous la prenons pour une injure, et nous nous en offensons. Quel seroit le remède? cet esprit droit et chrétien, dont il est id question. Avec ce fonds d'équité et de droiture, on ne cherche point à parottre ce qu'on n'est pas ^ ni à se faire valoir plus qu'on ne vaut. Td qu'on se connott , tel on consent d'être connu , sans ambitionner des titres , des honneurs , des distinctions , qu'on sait être au-dessus de soi.

Des prêtres et deslévitesfurent envoyés de Jânsalem à Jean-Baptiste pour hii demander s'il étoit le Messie, ou du mdns s'il étoit Élie; mais en deux mots il se contenta de leur répondre nettement et simplement Je ne $vm ni Cun ni C autre. Ils insistèrent^ et, le pressant de s'expliquer: Qfii ites^ous donc , lui dirent-ils, et quel témoignage rendex^vem de voui'mime ? liais lui, comme il étoit le précurseur de lésns-Ghrist, il se contenta encore, avec la même sincérité et la même simpUcîtë, de se faire connoltre par l'office dont il étoit chargé, et dont il s'acquittoit: Je iuU la voix de celui qiù crie dam le désert : Préparez le chemin au Seigneur. Excellent modèle ! mais qui est-ce qui le suit, et où trouvet-on cette candeur d'ame , cette modestie^ l'épreuve des plus fonei tentations? C'est une des plus belles vertus, c'est une vertu héroïque^ mais bien peu commune. Une justice si rigoureuse n'est guère de notre goût, dès que c'est nous-mêmes qu'elle r^rde.

Second point. Faire justice au prochain, c'est faire intérieurement du prochain l'estime qu'il mérite, et du reste le voir sans peine dans le degré d'élévation où, par son mérite, il est monté.

1 . Faire intérieurement du prochain l'estime qu'il mérite. Pnisqu'O la mérite, cette estime, pourquoi la refusons-nous? C'est que la passion nous domine et nous séduit; c'est que l'envie nous met un voile sur les yeux, m qu* elle répand sur le mérite d'autrui un nuage, qui l'obscurcit et qiEu nous empêche de le découvrir; c'est que la malignité de notre cœur nous peint la plupart des objets avec de fausses couleurs, et qu'elle les diminue ou les grossit, selon qu'ils sont conformes à nos inclinations, ou qu'ils y sont opposés. Or étant naturellement jaloux de notre propre excellence, il s'ensuit de là que nous sommes beaucoup plus enclins à rabaisser le prochain dans notre estime, qu'i le relever. Car de nous en faire un portrait aussi avantageux qu'il devroit l'être, de reconnoitre toutes ses bonnes qualités et toutes ses vertus, ce seroit oul'égaler k nous, on nsême luidonner dansnotreesprit

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rasoendant jsur nous, e^ voilà oe que nous n'aimons pas. Qae faisonsnoasdonc? Nous avons, suivant le langage de rÉcriture, un poids et un poids, une mesure et une mesure. Selon Tune, nous nous jugeons nousmêmes avec toute Findulgence possible, et selon l'autre, nous jugeons le prochain avec une sëvéritë extrême. Tout ce qu'il y a de bien en lui, nous nous le représentons sous des images qui l'altèrent, qui l'affbiblissent, qui le défigurent; et tout ce qu'il peut y avoir de mal ou de moins parfait^ nous l'augmentons, nous l'exagérons, nous l'outrons.

Injustice que Jésus-Christ reprochoit avec tant de raison aux pharisiens : Comment voyex'vous une paille dans tcsildevotrefrère^ tanr dii que vo%u ne voyez pas une poutre dans votre oàl ( Matth., 7)? Ce n'est point là ce caractère de droiture dont Jean-Baptiste nous a donné, dans sa personne et dans toute sa conduite, un exemple merveilleux. Dteque le Fils de Dieu parolt dans le monde, de quels sentiments d'admiration, de vénération, de religion est-il rempli et témoigne-t-il l'être pour ce Sauveur envoyé du ciel ! Quand nous saurons ainsi nous dégager de toute préoccupation, de tout intérêt propre, ou que nous n'aurons point d'autre intérêt que celui de la vérité et de la charité, c'est alors que nous estimerons le mérite partout où il est, parceque nous n'aurons plus sur les yeux le bandeau qui nous le cache ; nous le verrons dans tonte son étendue et dans toute sa perfection , et nous lui rendrons an-dedans de nous-mêmes le légitime horomage qui lui appartient. Mais cela supposé une piété bien épurée, et bien détachée d'dle-même : et conune il en est très peu de cette sorte , il n'est que trop ordinaire, à un nombre infini de gens, dévots de profession ou plutôt de nom, d'être les plus rigides censeurs du prochain, et de se rendre , dans l'usage de la vie, les plus dédaigneux et les plus méprisants.

2. Voir sans peine le prochain dans le degré d'élévation oii par son mérite il est monté. Il y a des mérites si évidents et si connus, qu'on ne peut se les déguiser à soi-même, et qu'on est forcé d'en convenir. Mais void le comtble de l'injustice : an lieu de dire,'comme saint Jean-, Cesi à lui de croître^ on voudroit disputer à un homme la place qu'il occupe, et h lui enlever, quoiqu'on ne puisse néanmoins se dissimuler qu'il y est monté par la bonne voie, et qu'il a toutes les dispositions et toutesies conditions requises pour la remplir dignement. On l'avoue, on en est persuadé ; mais, malgré cette persuasion et cet aveu, on ne le voit qu'à regret dans un rang, dans une dignité, dans un ministère où l'on aspiroit, et qu'on prétendoit obtenir, sinon par le mérite, du moins par l'intrigue et par la faveur. Car telle est, présentement plus que jamais, l'iniquitédu monde. Le plus foible moyen pour s'y avancer, e'est le mérite : ce qui fait que , sans égard au mérite dun compétiteur, ni à ses talents, beaucoup supérieurs aux nôtres, on ne craint jM>int toutefois d'entrer en ooncurrence avec lui, parcequ'on est appuyé d'ailleurs de poissants secours et de patrons sur qui l'on compte

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et dont on se prëvant. Si donc il arrive qii'on-ne rëiusiMe dm, et qÉê Tautre ait le dessus, quoique oe soit une jasiice qui lui est faite, où eâ est irivement touché, et l'on ne peut digérer sur e^la son cbagHn. Oè est la raison ? où est la probité naturelle? oà est le christiani^tbé ? Rendons f dit le grand Ap6tre, renOùm à ùhaâun tt que mhm bn cte- Vùns : lé Itibut à qui eêt dû le tribui, tt l'honneur à qtd eit dû VtkonfkeUr {Ram., 13). Saint Paiil hisoit Cette ieOott vatt premiers fidèles, et lèùr prescrivoit cette règle 4 Tëgard même des païen* et des idèlfltres : combien plus des chrétiens doivent-ils entré eux l'observer! S'il a plu i la Providence d'etaller celui-ci et de le plûcet Mr té êhanéelier^ quel droit âvons-nous de nous opposer ft ses desseins ? Si oelui-'ià se trouve plus digne que nous du crédit où il est et des emplois qu'on lui confie , soit dans FÉglise, soit dans le siècle, que né lui cédons*nous dé bonne grâce un avantage qui lui est justement acquis? Cesi noire frèret qu*il eraine (Gen., 24). Pour penser de la sorte , il suffit d'être honmofé : maiSy à plus forte raison ^ c'est ainsi que pense une aole bien fimdéè dans les principes de rÉvaùgite, qtd est la droiture même et la aoovèhiine Justice.

iWDi, -• JeiB-Aptiite pwfectfonnint la ptu^por lacootaioatepéQUt.

SERMON

8UA LA rniOtJBNTB CORFBSSIOII.

Baptizabanlur ab to i«i jQrdane , confiimUê peccata tua.

Ils recevoient de lui le baptême dans le Jourdain , en confessant leurs péchés. Matti., m.

Cette confession que faisoient les peuples en recevant le baptême de Jean-Baptiste , c'étoit une confession publique ; mais la confiessioB que noua faisons au saint tribunal de la pénitence est une coniession particulière et secrète. Le pécheur touché de Dieu va se prosterner aux pieds du ministre de Jésus-Christ, et servir de témoin contre luimême, en déclarant ses péchés et s'en accusant. Confession dont je ne viens pas seulem^it voas recommander Tusage, mais le fréquent usage : l'un est de précepte » l'autre de conseil, he confesser aux prêtres nos péehâ , du moins une fais dans le cours de chaque année, c*est œ que l'Église nous a expressément ordonné , et voilà le préeepte ; mais de n'en pas demeurer là, et d'aller souvent se laver à cette sainte piscine où sont renfermées les eaux de la grâce, et d'où elles nous sont communiquées par de salutaires effusions , c'est à quoi l'Église, isans nous en faire une loi, se contente de nous inviter , et voilà le conseil. Or j'entreproids ici de voiis représenter les avantagea infinis de cette importante pratique. Je veux voua montrer de quelle oonséquence et de quelle utilité nous doit être à tous l'ex^rdce de la fMquente confession. Ce n'est pas un ocMnmandemerrt , J'èil eanviena ; mats il 7 a des pratiques qui ^^ aana être apéeàileawat ootlimandëes ,

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ont da reste use telle yertu» et peuvent tellement contribuer à i'afEaire de notre salut et à notre avancement dans les voies de la sainteté chrétiennev que bous sommes inexcusables de les négliger. Ainsi » distinpliant dans le christianisme deux états qui le partagent» je prétends voifs fairfB voir Timportance de û fréquente confession, et par rapport aux pécheurs, ce sera le premier point; et par rapport aux Justes^ ce sera le second. Le Sf^fgneur est proche : apprenons à lui préparer ncf9 apies et à les sanctifier, pour participer, avec le plus d'abondance que nous pourrons, à la grâce qu'il vient apporter au monde.

l^BKiiiHR POINT» Importance de la fréquente confession par rapport aux pécheurs ; pourquoi? parceque la fréquente confession est ua des plus puiftsfmts moyens pour déraciner dans nous les principes du péché ,.et pour prévenir les suites malheureuses du péché.

i • Puissaj^l moyen pour déraciner dans nous les principes du péché* J'appelle prinpipesdu péché ces convoitises avec lesquelles nous sommes nés, et qui sont , selon saint Jean, )a concupiscence de la chair » la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie; c'est-à-dire les passions qui nous dominent , les inclinations qui nous entraînent, le penchant de la nature corrompue qui nous emporte vers les biens sensibles et périssables, richesses, honneurs, plaisirs. J'appelle principes du péché ces attachements criminels qui nous lient , ces habitudes vicieuses qui nous captivent, ces objets flatteurs qui nous attirent, ces respects humains qui npus tiennent asservis, ces occasions qui nous exposent à des périls si présents et à de si rudes attaques. Or , pour couper ces racines empoisonnées et pour en arrêter les progrès , rien de plus efficace que la fréquent usage de la confession.

A prendre la chose absolument, je sais quelle est la vertu du sacrement de pénitence, et qu*une seule confession, dès qu'elle est faite avec toutes les dispositions et tous les sentiments convenables, peut suffire pour nous fortifier contre les rechutes, et pour nous affermir dans l'état de grâce oit elle nous a rétablis ; mais d'ailleurs je ne puis ignorer que cette confession , quelque sainte et quelque fervente.qu'elle soit, n'éteint pas tout-à-coup dans le cœur le feu de la passion, ne re« dresse pas tout-à-coup l'habitude , n'efface pas tout-à-coup de l'esprit des objets dont le souvenir frappe et touche sensiblement , ne corrige pas tout-à-coup des idées vivement empreintes dans Tame , ne dégage pas tout-à-coup de certaines occasions et de certaines tentations. Il faut du temps pour tout cela; de sorte qu'après même avoir obtenu dans le sacrement le pardon des offenses dont nous nous sommes reconnu^ coupables , et que le ministre de Jésus-Christ nous a remises , nous avons néanmoins encore les mêmes ennemis à combattre, etau-dedans de nous-mêmes , et hors de nous^êmes. Ib sont affoiblis, je le yeux \ mis ils ne sont pas abattus» Les plaies que nous en avions réçuee sont lerniées » mais ils sopt toujours en dispositions de les rou-

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vrir y et de lancer coDtre nous de nouveaox traits. Si noos cessons dé les poursuivre» si nous mettons entre une confession et Taotre trop de distance , dans ce long intervalle ils répareront bientôt leurs pertes passées, et reprendront sur nous le même ascendant. Hëlas! combien de iiinestes épreuves ont dû nous l'apprendre ! Hûs voulons-nous enfin nous affranchir de leur tyrannie et nous mettre à couvert de leurs ooups;voulons-nousdessëcber ce mauvais levain que nous portons dans le cœur y et qui sans cesse grossit et se répand sur toutes les puissances de notre ame pour les corrompre ; voulons-nous arracher ces principes de mort qui nous sont si intimes , et arrêter les impressions que font sur nous tant d'objets qui nous environnent ; en voici le moyen le plus infaillible : c'est d'usier fréquemment des armes de It pénitence» c'est de se présenter régulièrement et fréquemment à son tribunal. A force de médicaments on guérit les plus profondes blessures, et on en tire tout le venin; et à force d'employer les remèdes que fonmit un confesseur, à force de s'accuser devant lui^ de se confondre, de se reprocher ses foiblesses » de résoudre, de promettre, de s'assujettir à de justes satisfactions, il n'y a point de passion si violente dont, arec l'assistance divine, on n'amortisse peu à peu l'ardeur; point de nœuds «i serrés qu'on ne délie , point d'habitude , point de tentation qa*(tti ne surmonte. Hettons-nous en état de le connottre par nous-mêmes : l'expérience nous en convaincra.

% Puissant moyen pour prévenir les suites malheureuses du péché* Trois effets du péché, qui en sont les suites les plus ordinaires : l'aveuglement de l'esprit, l'endurcissement du cœur , l'impénilence à la mort, ou la mort dans le péché. L'avenglement : un homme adonné k son péché , oii il reste et où il vit pendant un long espace de temps , perd de jour en jour les idées de Dieu et de la religion, oublie les vérités du christianisme , et se laisse tellement préoccuper , ovr , pour mieux dire, tellement infatuer des erreurs et des fausses maximes dtf monde, qu'il n'a plus d'autre règle qui le guide, ni dans tous ses jugements , ni dans toute sa conduite. L'endurcissement : le mal se communique au cœur; toutes les pointes de la conscience s'émoussent ; on tombe à l'égard du salut dans une espèce de léthargie où l'on n'est ému de rien, et il n'y a ni avertissements, ni remontrances à quoi Ton prête l'oreille et qui fassent quelque sensation. Enfin l'impénitence à la mort , on la mort dans le péché : car il arrive assez communément qu'on est surpris de la mort lorsqu'on s'y attendoit le moins, et qu'en remettant sa confession d'une pflque à l'autre, on ne peut atteindre ce terme, et l'on disparaît sans avoir eu le loisir de penser à soi et de se reoonnofire.

Or il est évident que le remède à tout cela le plus certain, c'est b fréquente confession. Et en effet, dans la fréquente confession, on se rappelle souvent le souvenir de Dieu et de la loi de Dieu, on se retrace ses devoirs, on s'occupe des vérités étemelles : renoiède contre Faven*

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