‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 175 sur 225 · JÉSUS-CBR1ST CRUCIFIÉ BANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CBR1ST CRUCIFIÉ BANS L'EUCHARISTIE

BEPTièniB lODB. •«- létot^liritt cnuiflé dtni l'EadiirMie,

SERMON

SUR LA COMMOinON IHOIGIIB.

Ruriùm erucifigentes liMmefipfb Fitium Dei.

Us crucifiait tout de nooTeau le Pib de DIiHi dans leurs pertonoei. Aux Bébrmix, chap. vi.

£a quels termes plus énergiques le grand Apâlre pouvoic-il s'exprimer pour nous donner à connottre le crime de ces apostats qui renonçoiant la foi qu'ils avoient embrassée, etretoumoientnn judaïsme après s'être soumis à l'Évangile de Jésus-Christ? c'étoit une infidélité pour Texpiation de laqi^elle, dans la pensée du maître des Gentils, il eût été nécessaire que le Fils de Dieu subit de nouveau le supplice de la croix, si, par les mérites infinis de son sang, ce Rédempteur des hommes n'eût pas également satisfiait, et pour tous les péchés di^a Gommis.et pour tous ceux qui dévoient se commettre. Mais de quelque manière que les interprètes entendent les paroles de saint Paul, dies ne vous contiennent que tropyjsacriléges profanateurs qui, sans respect du sacrement où vous venez participer, apportez à la plus sainte table une conscience criminelle, et vous rendez , par une communion ind^e , coupables du corps et du sang d'un Dieu. N'est-ce pas là en effet crucifier ]p Fils de Dieu , non plus comme les Juifo, sur un bois inanimé et sans sentiment, mais dans nos personnes, mais dans nos âmes ? Et voilà , mes Frères, l'affreux attentat dont je youdrois aujourd'hui vous donner toute l'Jiorreur qu'il mérite. Matière d'autant plus importante, qu'il est plus à craindre qu'à ces temps de Tannée ob la solennité des fêtes, la coutume des fidèles et une Uensëance chrétienne nous appellent à l'autel du Sdgneur, et nous engagent à y recevoir le pain de vie, bien des moudains s'y présentent sans la robe de noces, je veux dire sans l'innocence absolument requise, et avec le péché dans le cœur.Or, pour entrer d'aborddans mondessem, obsenrei avec mxÀi s'il vous plaît, que quelque douleureux que fût le suppliée de la croix où )e Sauveur du monde fut condamné , il y eut apr& tout une droonstançB essentielle qui dut lui en adoucir la rigueur; et lu voici : c'est que ce supplice lui fut volontaire. Prenez gude : volontaire, pourquoi? parceqo'il y trouvoit tout à hi fois deux grands biens qui dévoient ét^ l'accomplissement de samission, commeiben étoîent la fin , savoir : la gloire de son Père et le salut de Thorome; la gloire de son Père » qui «voit été blessée et qu'il YQuIoit réparer ; le salut de l'hoiiune, qui i^étoit perdu et qu'il vonloit relever de sa chute et sauver- Mais, dans une opposition dont on ne peut assez gémir, nous allons voir quelle violence fait à Jésus-Christ le pécheur par une communion samiége, puisque c'est tout ensemble, et l'offense de Dieu la plus griève, premier point; et la ruine du pécheur bi plus funeste, second point. Plaise au ciel que ce disooiirii vous inspire une crainte Mlntaire,

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et que, dans cette jaste crainte » tous n'approchiez jamais dû sacrement le plus vénérable sans on sérieux retour sur tous-mémes, et sans toute la {uréparation qui couTient !

Prbiubr point. Offense de Dieu la plus {yriève : d'ob nous devons d*abord juger quelle violence le pécheur fait à Jésus-Chrbt par une' communion sacrilège. Il £int convenir que les Juiis se portèrent à d'étranges extrémités contre le Fils de Dieu, lorsqu'après l'avoir comblé d'ignominie, déchiré de coups, ils le crucifièrent enfin, et le firent expirer dans les douleurs et la honte d'une mort aussi infâme qu'elle fut cruelle; mais ce Dieu Sauveur s'étoit soumis à lont cela.avoit consenti à tout cela , avoit accepté tout cela. La gloire de son Père, qn'M s'agissoit de rétablhr, y étoit intéressée. Il le savoît , et il étoif touché de ce grand intérêt par préférence à tout antre. Cette seule vue devoit donc lui rendre toutes les souffrances de sa passion , non seulement phs supportables , nuus désirables.

11 est vrai que dans le jardin , livrant son humanité sainte à la tristesse , à h frayeur, au dégoût et à l'ennui , il témoigna une extrême répugnance pour la croix qui lui étoit préparée, et qu'il demanda de ne point boire un calice si amer : mms c'étoit l'honune qui parloit ; c'étoit, dans le langage commun , ce que nous appelons l'appétit sensitif et la partie intérieure de l'ame, tandis que la raison supérieure et la volonté agréoit tout et se résignoit à tout. L'événement le montin bien. Dès que ses ennemis vinrent l'arrêter et se saisir de sa personne, avec quelle ardeur alla-t^il au-devant d'eux ! avec quelle fermeté et quel courage se présenta-t-il à eux ! Rien ne l'étonna, paroequ'il vouloit effacer ainsi l'injure faite à Dieu par le péché, et satisfiure à la justice du del. Hais il en va tout autrement dans une communion sacrilège. Cest là, pour user toujours de la figure et de l'expression de l'Apôtre, c'est là que Jésus-Christ estcrucjfié, puisque le pécheur est une croix pour lui, et la plus rude croix, lïais-bien loin de rien apercevoir dans cette croix qui puisse tourner à l'honneur de la majesté divine,'il n'y voitqu'un crime, et le crime le plus énorme. Car qu'estce de communier indignement? quel abus du Saint même des saints I quelle audace! quelle perfidie! quelle hypocrisie! Je reprends, et suivéz-moi.

i. Quel abus! Il n'est rien que Dieu nous ait ordonné plus expressément que le respect des choses saintes. Cest pour cela que , dans l'ancienne loi , le peuple étoit exclu du sanctuaire, et qu'il n'étoit permis qu'au souverain pontifie d'y entrer. C'est pour cela que le même peuple d'Israël eut défense d'approcher seulement de là montagne où le Seigneur devoit descendre et cobverser avec Hôise. C'est pour ceb que , du moment qu'Osa eut porté la main sur l'arche, et que , par un zèle indiscret , il se fut avançai pouf la soutenir, il tomba mort à la vue d'une nombreuse multitude, et, par un chàtitiienrsi sévère

et $i prompt, ctfpandit la lerr«uir d^tns )i^ifs Içs ^prUs. ^ a'içstifi» fn ppur cela péme ^iDore ipe l>^e d^ pi;im de |)rp|H^(iott éfoU inr terdit à qaicom|ae n'avoit pas eu s^ii» die $e pnirÀQiery e( ç^ s'ëioU (Hll abstenu des plaisirs les plus légitimes? Or je dems^nde, qu*é(ûii-oe que ce «aoctnatre? qu'étoitrc^ qu^ qait^ iQPaM^ie? qi^'^uôi-cf «nie ç^Uearcbe d'alliauq^? qu*étoit-p^ que f^ j^nm dfi proposiiion? e| iaviais eo u>u^ oel^ y eut-il ou puiril y ^V9ir ^m d^ f4i|$ wot» oj pii^pie d*aPW $ainlt que lesacr^amem d^ ^ë^-Christ» qH^ te ooipe de Jésus-Cbri^ que Îq saag de jfés^-Cbpst? Voilà oéanmfuns oeqn^ pr^Q^e 1^ pécheur siu^riiégç ptu* W9 cow^uoipff î^digoe. D^^ vuf iptoe Mie Âl allie enseinbie je i^écbé e^ i^ 9Wiiei4 n^e* jJiiiap 1^ lius OMNM^rM^uae e( la plus abo^ni^i^e*

S* Quelle f odaçe 1 ^aiat iean^I^yaosMme, pfi^WbaiK w peuple 4'iUAÎQfibe eiir Je luéa»^ sujet que lOfoi, |e«r d4lûîl « Preoez carde» ipeg Fcère&t et dooo^-y louifs votre t^t^iio»; cpff^pfeiB^t dç <]Mel p^^p TOUS allez vous nourrir, et soyez-ensai^ d^fr;|y€^r, Jllle (jy^U tOV^ ail9S eitcepticin , ao^ plii? justes ooinme aux autres ; et les pjus justes €u^il»t tr^œbloient, s'examinoieatj osuienf à peine se présenter à l'aviel; inais |e pécheur 9aU s'affeirioir conure toute crainte « et d'«|i f)^ fermai d'uu visafj^ assuré, il s'ingère jdau^ la irpvpe d^ &dèl^. En vain jui f^it-on entendra ceç paroles 4e spînf Pan) iiiul Gorinlhieinia : Vous |i« poiives^ bwe tmt emembU 1^ caUç^ duS^gnewi^ et Uffolioe d^ 4im^ms ; t^<^M ne pouvez offoir part touf ememblç à |a ffible du Sàgae^r et à la table des démons. Foutes* t^oui irriter le Seigneur, et coffnmç le piquer de jalonne f êtes^vom plm fortg que lui f II. Cor.» 10). ^ vain soulevée malgré lui et contre lui» sa Qbqscienceloi crientreUe ^vec range de FAppcalypse : Heureux ceux qui o^ lu^vp leur robe 4(uu le loftijr de l'Agneaul mai$ Uiu 4'ici, loi^ 4^ ce saint lieUm endumtçurs^ im^ puJ^ueSflunmcidef^idoldtreSf foufbfis etvfîpa!^eur^^vouê tous qfdami^ le péehé et qui le commetiez iApoc.^ 22 )• Nulle considération ne Tarréte , tant il est résolu dh ne rien écouter» et de franchir toute barrière. A b face du Dieu vivant, sans ^rd à la présence de ^ésu^ Christ» et sans hésiter» il se montre» il niftrdie» il v^ fecevoir^ on pJttt6t enlever le divin aUnent qui n'est resserve qu'aux aines îni^qçenlen etpurea»

3. Quelle perfidie! Judas trahit son mettre par un baiser « (^ 1b baiser que donna au Fils de Dieu cet iniaapie dî^plf^ eu^-il rieu de plus perfide qu'une cofnmunion où le pécher» ^elon touffe les fip^-* renées» vient à Jésus*Christ en ami » pour s^ déyouar et s'antadier 4 luî du nœud le plus étroit et le plus intime » ipais dans le fond eu pst^ nemi, poipr |e vendre et pour le livrer? A qui le livrer? ^f pk»! criminelles ballades» aux plus sales prissions» ^u^ plW briMÀies oqn^Hk^ tises» à um^ les vices d'uncçeur eorropipu» 9Ù ^ di^fq^d «^ ^ii il efic dans iw eH)èoe d'esd^Tage. Qp'^siH^e que ^t état pwf jw Pi^« pt i(m'e&t-oeqii^.deryré^e? . . .

lfiilIlUeHMSr€ftIU»i^ilAML'Gllfif^ «W

^pmbmmÊÊÊn ^ai nflbcltfAt les pi«i bemiK dehors? Conme ce u'^

jnmpeoi bmain , ipiûaiMike ceftwpe ooptuoie à quei ii» wa)^t

mûêbàrû , nais ua aenpio Meigple qa ils veulent dcpaer, lom leiif aoki est, aoa |>aa de ppépwer leur ane, laai^ dçse aiasquer et de «^ déguiser, lisse prosternent, ils s'humilleat, ils prieai.iÎMîm^leS^ii* Teur du monde , dans la dernière cène qu'il fit avec ses apôtres, leur afipnt qu'un d'eatraeiNt ^voit €»wiM ^ perte, Judas fat un de^i preaMieraà loi téatoigaer Jàidcniw» sa surprise, et ne paraf pas moins e^ fMreasëqiia les aaires àlai nwquer sop ^Uiobeioeai et aoa zèie.^*4^ moi, s'éoria«ît^^ èêU^ mm, S^tf^/mr (Matt^., ^)? Ç'é(oit eneffjetoe «albeareux; mais il craigpoit d'être coûay, ^ pour cela il palliott ses aeaâiaieots et se contre&i^oit, Plut ;m ciel qu'entre les ministre^ àp lésus-Gbrist, UfiiU le seul i qqi l'oa pâi reprod^r une si daoïnabte ^liacîo^ulâliaa I Mai9 » bébisi pais-je sans horroMr le proaoacer? Ja mr 4Dâslèra même k plus ancré B*a pas toujours été exàiafii des pl^s <•isriléf^es proAia^tioas : îl ae l'est-pp^a encore. Le Fils ik Pieu pous avertit de aous gaedi^r 4es faax prophètes, qui viennent à açius iHaia ^ t0ÎscNia4e brebis, et qui soat aa-dedans d'au^méiaes de^ lo^^is Yaviswits. Daifae le Saigaeur pr^erver son Église de ^m îqdigaci^ ^acrificaieiM /qui, «eaveru 4es saiats vé|einei)ts, mpptept h raut#I , y. opérant }e divin mysi^e, le consepmenf dans lear sc^, le dispepi- «eiit de Um^ maip», ac eepfvadiiit recèleat an foad 4e \âwt aqie 4es jnyatères 4*îoiqaité (p'ils tiennent ensevelis , amaat qu'il leur est possible, en df pfofaode^ tëiièbre^, mais ipe Pieu voit, et que JUsi^ Christ, juste vengeur de son sacAment, saura pppoduire à la p|u9 éclatante liiipière dfo^ le grajp4 jour de la révélation.

Or, poujr nspreadre ma première proposition, de jLoiit ped il en aiaé 4# concLire que ce ne peut être fAns une sorte de violence qipe J^i|s-Cbi'iat voit à sa table un pécheur ss^ïrilége, et qu il aouffre qi|B )p pai» des anges li|i soit iidministré. Aussi, selon la. remarqueras ivangéUstes, kmqu'il aperçut ^uclasea milieu 4es apAtres, yiaqge^t ,ayec ^x 4'agneau pascal et recevant comme eux le pain oonsaoré, il en fut éam. Tout maître qu'il étoit de lui-oième, il suivît la mouvejnfsnt de soi| cœur ; il se piaignit^ il s'expliqua. Nous ae pouyona qous en étonaer, poar peu %^eiiaus concevions ce que c'est , dans son ea- 4im^eipmr f Impart à lui, qu'Moe eommunioe oit tqpl^ w vue^ sont renierséeB^et qui , bien kûa de canlribuer è la gloire de aop père , ainsi qa'il se le prope«aît , oe sert qu'à Toffenser plus grîèveipent , ee.P^re c)éleste, et qu'à le déshonorer. Je ne crains donc point de passer les boroto A^ la vérité la plus exacte ; at j'ajoute , sens bésiter, .que si QB SwvBur étoit encore dkes une chair pas$iMe et jpaortelle , tfi 4M'iL dftt cpinme MtreNe ^edurer une «eoonde passion et wie feaçpdp flfiV^, rjea d« MMit^s le^ ormiUés qu'eii^rcèrept sur bii ses bo^nipai; x.

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ni de tons les toorments qu*il souffirit par la haine el la barbarie dei Jaib , ne lui seroit plus odieux » et en ce sens plus doakniresx» qne le crime du chrétien qui , par un sacrilège , profane le sacrement de son corps et de son sang. Yoili , Seigneur, ce que la malice des hommes vous réservoit. Vous ne fûtes cmdfié qu'une fins au Calvaire: combien de fois Tavez-Tous été et rétes-Toqs dans vos temples et jusque dans votre sanctuaire !

Second point. Condamnation et ruine du pécheur la plus funeste: autre conjecture* qui nous donne à oonnoltre quelle violence le pé* cheur fait à Jésus-Christ par une communion sacrilège. Le Fils de Dieu ayant pensé à nous de toute éternité et nous ayant aimés » il est venu parmi nous dans la plénitude des temps , et s*est chargé de toutes nos misères , non seulement comme réparateur de la gloire de Dieu , mais comme rédempteur des hommes et leur médiateur auprès de Dieu. 11 est donc certain que rien , après hi gloire divii&e , ne l'a touché plus fortement qne ce grand ouvrage du salut et de la rédemption du monde. C'est ce qui Ta attiré sûr h terre ; c'est pour cefn qu'il étoit envoyé » et c'est à quoi il a travaillé sans interruption jnsques au dernier moment de sa vie. Or ce salut qu'il avoit en ime , et qui lui fut si cher, c'étoit le prix de sa croix et de toutes les ignominies « de toutes les douleurs de sa passion : c'étoit là b fin où il aspiroit ; et souhaiunt la fin avec tant d'ardeur, ce désir si vif et si empressé devoit lui (aire prendre avec moins de peine le moyen nécessaire pour y parvenir. Mais quel est le fruit malheureux d'une communion sacrilège ? à quoi se termine-t-elle ? Je l'ai dit : à la plus terrible condamnation du pécheur et à sa mUe.

Car, prenez garde , il devient coupable devant Dieu du corps et dn sang de Jésuft<]!hrist : c'est l'expression de l'Apôtre. De là 9 selon les termes formels du même apôtre , en mangeant le corps et buvant le sang de Jésus-Christ , il mange et boit son propre jugement. Pour comble de malheur, il tombe dans un affreux abandonnement de la part de Dieu : d'où suit enfin une mortelle indifCirence pour les choses de Dieu et pour le saint » qui le conduit à la perte entière de son ame. Que dis-je , à la perte de son ame ! de cette ame si précieuse à Jésus-Christ , de cette ame la conquête dé Jésus-Christ et comme son héritage » de cette ame que Jésùs-Christ vontoit nourrû-, conserver, avancer» élever à bi gtoire et à la béatitude âernelle , par l'efficace et la vertu de ce sacrement. Hé quoi ! ce mémo saerement qui devoit lui donner la vie, c est ce qui Ini donne la noortîce même corps, ee même sang de son Sauveur qui devoit la sanctifier, c'est , par fabas qu'il en fait , ce qui l'infecte , ce qui la noircit , ce qui la rend abominable devant Dieu , ce qui lui imprime un caractère de réprobation , et qtA hi damne? Dieu de miséricorde , Dieu rédempteur, queb sont sur cela vos sentiments? Jamais vUes«<vons avec plus d'horreur h

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