‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 180 sur 225 · DE LA FIN DE L'HOMME · texte numérisé non relu

DE LA FIN DE L'HOMME

la fin » tout cda n'est que vsaité , et que vanité des vanités. Ib êe êotu déUmmés de leur fin^ disoit le prophète» et dis-là iU sont deifenm inuûles ( JP«. 15} , ou plutôt , tout leur est devenu inutile. N'est-ce pas là mon état , et ptiis-je assez le déplorer?

Second point. Ce qui doit fortement m'exdter à tendre sans cesse vers ma fin, c'est qu'il n'en est point de plus excellente. Dieu lui-même n'en a pas une plus noble , puisquMl est lui-même sa fin. De toute éternité il se connoît, il s'aime , il forme des desseins pour sa gloire , et il les exécute dans le temps. Or en cela il m'a créé à son image et à sa ressemblance : car il m'a donné un entendement pour le connottre , une volonté pour l'aimer, un corps et une ame pour le glorifier. J'ai donc, en vertu de ma création, une fin aussi sublime que Dieu. O Seigneur^ s'écrioit le saint patriarche Job, qu'est-ce que Chomme^ pour mériter quewous Payez exalté de la sorte (Job, 7)? Reconnois, mon ame, reconnois ta dignité, non pas pour en concevoir un vain orgueil , mais pour rendre à Dieu l'hommage d'une profonde adoration , et pour lui offrir le juste tribut de tes louanges. Au contraire , quand j'agis pour une autre fin que pour Dieu , je m'avilis , je me dégrade, je renonce à l'honneur que j'avois d'être fait pour Dieu, et pour Dieu seul. Quand je me recherche moi-même, par une juste punition de Dieu, je me trouve moi-même; et en me trouvant moimême , je ne trouve que le néant. L* homme a oublié Dieu^ et en tou" bliant il s^est méconnu, et par •là il est devenu non seulement semblable aux bêtes {Ps. 48) , mais de pire condition que les bêtes. Car au moins les bêtes, quoique privée^ de raison, agissent-elles conformément k leur fin, et Dieu est toujours leur fin; au lieu qu'il n'est plus la mienne, quand je suis assez aveugle et assez insensé pour m'en proposer une autre que Iqi.

Point encore de fin plus nécessaire , soit par rapport à Dieu , soit par rapport h^ moi. Nécessaire par rapport à Dieu : car Dieu ne seroit pas Dieu, s'il m'étoit permis d'agir pour une autre fin que pour lui. Il cesseroit d'être Dieu , si je pouvois avohr droit de former la moindre pensée, de dire la moindre parole, de faire la moindre action, sans la rapporter à lui. Cependant il ne suffit pas qu'il soit ma fin par la nécessité de son être : il faut qu'il le soit (et il veut l'être) par mon «choix. Voilà ce qui fiiit sa gloire. Voudrois-je la lui disputer? Nécessaire par rapport à moi ; car il n'y a que Dieu qui puisse me rendre heureux , et par conséquent qui puisse être ma fin. Vous m'avez fait pour vous , Seigneur^ disoit saint Augustin , et mon cœur sera toujours dans HagitaHon et dans le trouble , jusqu*à ce qu'il se rc' pose en vous (Aug.). Quoi que le nionde fasse pour moi, il ne me contentera jamais. Je ne l'ai que trop éprouvé, pour n'en être pas convaincu. II me fout quelque chose de plus que le monde ^ et Je ne serai rassasié'que lorsque je posséderai mdn Dieu.

jMisfiifK POINT. Tout, hors le péché, peut me conduire à ma fiu.

S n'y a point de créature dans Tunivers qui ne m'aicle à CQimoitre ieu, qui ne me découvre quelque perfecjtioii <|epieu, et ft^uj j^ doive m^inspirer de Famour pour Dieu, p n*y jen a çonc pas i^ne qiû ne puisse être, et qui ne soit actuellement^ un moyen pour m*élever à Dieu. Les cieux , les astres , les éléments, tout m'anponce un |}ieu» en sorte que je suis inexcusable si, le connoissant, je ne répQiu)s pf|^ ^ robligatioQ étroite oii je me trouve de le glorifier comité pjeu. Estil possible , Seigneur, qu'il y ait eu des mondains assez inÇ^Ples poi^f ne vouloir pas écouter cette vojxde toute la nature? Votre ApOtre néanmoins me rapprend : mais aussi m'assure-t-il que . par un juste jugement , vous les avez tous livrés à leur sens réprouve. Que seroijLc.e de ;noi, si jamais vous veniez à m*ab.andonner ainsi moi-même!

Quoi qu'il en soit, je dois, dans Fordre de sa providence, regarder tout ce qui m*arrive comme un moyen 4ont Dieu veut que je me serve pour arriver à la fin <}u il m'a marquée : prospérité , adversité» santé, maladjie, pauvreté, commodités, mépr)s, honneur, joie, affliction. Car nom savons ^ dit saint Paul , que tout cela contribue au ifien de ceux qui aiment Dieu {Rom.^ 8), parcequ il est vrai que tout cela , si je suis fidèle à )a grâce , me porte à Pieu , m*auache à Dieu , me soumet à Dieu^ me force de recourir à Dieu. Et en effet, Dieu a conduit ses élus par toutes ce» différentes voies ; et toutes ces voies différentes , dans Tusage qu'en ont fait les Saints, ont également servi à.leurprédestiDaiiop..I)ans tous ces événements, quoique contraires, ils ont trouvé le royaume de Dieu , qui étoit leur fin.

Or voila ce que je n'ai point assez connu : l'utilité de tout celf , et les desseins de Dieu en tout cela ; ou si je l'ai connu d'une çonnoissanoè stérile et de spéculation , voilà ce que J'ai pleinement ignoré dsns 1^ pratique. Car, malgré les desseins de Dieu^ j'ai abusé de tout cela : dp la santé , pour vivre au gré de nies passions ; de l'infirmité , pour mener une vie lâche; des ^afflictions, popr murmurer; delà jpie, pour me dissiper; de Jla prospérité, pour m'enorgijieillir ; do l'adversité, pour m'abaltre. Quel renversement de Tordre de Dieu? quelle infidélité à sa providence ! quel oubli de mes propres intérêts ! Je ne dois donc désormais user des créatures que pour arriver à ma fin ; c'est-àdire que je ne doi^ les esiioçier, les désirer, les rechercher, qu'autaal qu'elles peuvent nji'approcber de Dieu et me tenir uni à Dieu^ 3i je les regarde autrement , elles se tournent contre moi ; et pour venger» à BD^s dépens , le Dieu qui les a créées, bien loin de m'étro cttî/è} et ^rontablea, elles me deviennent pernicieuses et donunâg^b^es.

CojfCLusioEf . jll n'y a que votre grâce , 6 mon Dieu, qpi puisse n^ tirer du ciép|or(ilile aveuglement ou je vis depuis tati^t d'années. Faites moi cqqnojitre ce que je suis , et pourqjuoi j^ )i.e s^is. ^onneasrnptoi uae idée vive de la fin op j(s ^OKi ^nf^B^i <we id<^ ,qffi m ÙigS/p Hff^f fffA

D£ LA jrm I>£ L'IfOHMË. (iC3

m'anime , qui me soutienne : qu'il paroisse dans ma conduite que je suis en efifet, non seulement persuadé, mais touché de cette fin. Que mpn unique soin soit de la recherclier partout et en tout , d'en renouveler tous les jours l'intention et le désir, et de me faire incessamment à moi-m^A^ç \§i re|)>r9cb.e que Jésus-Christ faisoit à Marthe : Yohsv&us embarrassez de bien des choses , et il rCy en a qu*une seule de nécessaire (I^Qq, 10). Or cette seule choae nécessaire , c'est ma fiii.

QuaqOuK aioye.qa, Seigneqr, je vous demande cette sainte indifn féreoce du vous vouleii que je sQis à l'égard de tout ce qu'il y a dans Immonde : bi^Qs ou nuipx, grandeurs pu humiliauons, plaisirs ou afflictions. £t que m'importe d'être riche ou pauvre, d*étre sain ou malade, d'être méprît ou honoré, pourvu que je sois à vous, et que vous soyez éternellement à moi? Que m'importe par quelle voie je parvienne à ma $n, pourvu que j'y parvienne? Sainte iDdifférence , qui me délivreroit de tous les troubles , de tous les chagrins » de toutes h^ inquiétudes , de tontes les craintes dont mon attachement aux créatures est la source ! Sainte indifférence , qui banniroit de mou cœur toutes les passions dont il est continuellement agité ! Sainte indifférence , qui mettroit le calme dans mon ame , et qui seroit déjà pour moi une ()éatitude anticqsée ! .

Ajoui^ez, mon Dieu, k cette indifférence une disposition encore plus sainte, de préférer, entre les choses du monde, celles que je connoitrai lu'étre plu^ utiles pour m'avancer vers ma fin , à celles que je salerai me l'êMre moins. Car quoique toutes soient des moyens pour aller à vous , il y en a qui m*y conduisent bien plus sûrement et plus infj)illiblempnt; ef quelque horreur naturelle que je puisse avoir de c^le^'Ci, je ne doi^ pas hésiter à leur çlonner la préfiérçnce sur les autres, qui meseroient plus agré^bleis, mais dont il me seroit plus fa* Ç|le e t plus dangereux d'abuser. Surtout aidez-moi à m'éiablir-et à i^e fortifier dans U sainte résolution où je dois être d'embrasser généralement et sans réserve tons les moyens par où vous voulez que jVrivjp à cet unique nécessaire , qui est ma fin. Car s'il y a un seul de ces moyens que j'excepte,' quand je prendrois tous les autres, dèslà je ne voudrois plus sincèrement ni efficacement ma fin ; et la volonté que i'aurois d'atteindre à cette fin ne seroit plus qu'une velléité el qu'une erreur. Point de restriction, 6 mon Dieu, point de limitation ni de bornes , quancil il s'agit d'une fin aussi essentielle que cellelà. Examen de mon cœur sur ces trois dispoMsitions. Suis-jedaus cette indifférence parfaite pour tout ce qui n'est pas Dieu? suis-je déteripiné à choisir» quoi quil m'en coûte, les moyens liçs plus sûrs et les plus propre^ pour me conduire à Dieu? veux-je les employer tous, etlevçV>Ljebiep?

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