DE LA FIN DU CHRÉTIEN
C'est dans ce reHODcement à moi-même, et dans ce sacrifice de moiméme, que consiste pour moi la religion. Les Juiii^ pouvoient l'ignorer: mais après la révélation expresse qu'il a plu à Dieu d'en foire au monde par J^us-Christ y mon ignorance sur Ce point seroit mon crime. Ce renoncement est difficile, mais il est nécessaire. Se quitter soi-même» se dépouiller de soi-même , c*est une parole bien dure, selon les sens et selon les incUnations naturelles; mais c'est une parole de salut, une parole de vie, et de la ?ie éternelle*
Second pouit. En qualité de chrétien, je dois être conforme à Jésus-Christ. Car c*est dans cette vuie , dit saint Paul, que Dieu a choisi ses élus , les ayant tous prédestinés sur le modèle de son Fils. Y a-t-il entre Jésus-Christ et moi dé la conformité ; j'ai droit d'espérer en Dieu, et de fiiire fond sur ses miséricordes. Mais n'y a-t-il dans moi nul trait de ressemblance avec Jésus-Christ; quand j'aurois d'ailleurs toutes les perfections des anges. Dieu ne me reconnoit point, ni neme compte point au nombre des siens. Quoi qu'il en soit, voilà ma fin, et à quoi je dois travailler comme chrétien : à me faire une copie vivante de Jésûs-Chrîst ; à envisager Jésus-Christ comme l'excellent original sur lequel je dois me former ; à me dire sans cesse en le contemplant ce que Dieu dit à Moise : VoyeZy et faites selon le (tivin exemplaire que vous avez devant les yeux {Exod.y 25).
En qualité de chrétien , je dois être revêtu de Jésus-Christ. C'est l'expression dont s'est servi TApôtre : Vous tous qui avez été baptisés enJésuS'Christj vous êtes revêtus de Jésus-Christ {Galat.^ 3).Quel honneur pour moi, en medépouillant du vieil hçmme, de m'être revêtu du nouveau ! Hais quelle honte aussi pour moi si je n'eÀ suis revêtu qu'extérieurement, et si, faisant profession d'être chrétien, je n'en ai pas intérieurement l'esprit ! Quelle contradiction, si, portant le caractère et I91 marque du sacrement de Jésus-Christ, je n^en ai pas la sainteté, et^ii dans la pratique je sépare l'un de l'autre! Quelle monstrueuse hypocrisie, si je ne suis chrétien qu'en apparence, et si devant Dieu j'ai un esprit et un cœur tout païen!
En qualité de chrétien, je dois être incorporé à Jésus-Christ comme un de ses membres ; je dois lui être uni comme à mon chef. C'est encore la doctine du saint Apôtre : Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres dé Jésus-Christ (i. Cor., 6)? Or entre le chef et les membres il doit y avoir de la proportion ; et s'il n'y en 9 point entre Jésus- Christ et mol, je n'ai plus avec lui cette liaison qui fait, selon Dieu, tout mon bonheur et toute ma gloire. Ou si je suis , conune chrétien , un des membres de Jésus-Christ, je ne suis , comme indigne chrétien , qu'un de ces membres gâtés qui ne servent qu'à déshonorer son corps mystique. *
Enfin je dois, en qualité de chrétien, vivre de la vie même de Jésqs- Christ; dtwrte€[aelaviedeJéiuS'CMstdoitparoitre{% Cor.,4)dans
6aç D£ ^ FUN DU GflBET^JilN.
toute ma conduite, et ipéme, ainsi que me l'enseigne je maître des Da^* lions y dans ma chair morteUe, Je suis chrétien , pour pouvoir dire comme ce grand Saint : Je vis^ ou plutôt cene$tplus moi qui vis, c'est JésuS'Cfimt qui vit enmoi {Galat,^ é), et par conséquent qui pense en moi, qui parle en moi, qui agît en moi. Puîs-je en la présence de Dieu, sans me tromper, sans me flatter, me rendre à moi-même ce témoignage? Yoil^ toutefois à quoi l)ieu m'appelle.
Tboisièmk point. Ce n'est point assez , pour être parfaitement chrétien, que je sois dans une sainte indifiifrenoe à T^ard de tout ce qui p'est pas Dieu : il iFaut que je m*^ttacl»e expressémenl et déiermii^émentaux moyens que Jésus-Christ m'a lui-même marqués comme les plus efficaces, les plus infaillibles, et, supposé le choix qu'il en a fait, les plus indispensables et même les seuls suffisants pour acquérir la perfection où le caractère de chrétien m'engage, et où est renfermée m^ fin. Or^ suivant ce principe , je dois donc, sans balancer, préférer la pauvreté, j'entends la pauvreté de cœur, aux biens de ce monde : c'est-a-dire que je dois m'estimer plus heureux d'être détaché des biens de ce monde, que de les posséder; plus heureux de les mépriser, que 4*en jouir, parceque le détachement et le mépris des biens de ce monde est le premier oaoyen que Jésus-Christ n^'a proposé pour honorer Dieu.
Suivant ce principe, je dois préférer la vie austère et pénitente à la vie douce et commode; parceque c^est ainsi que Jésu&-C|irist l'a jugé lui-même et quil l'a pratiqué. Au lieu du bonheur, même temporel ^ et de la joie qui lui étoit due, il a pris la croix pour son partage (Hebr.^ 12)^ Car il venoit, comme Sauveur, établir une rdigion d'hoounes pécheurs , à qui la pénitence étoit nécessaire pour apaiser la justice de Dieu. Il venoit , comme réformateur du monde, en corriger les désorcireç ; et il savoit que la vie douce et commode étoit la source empoisonnée de toute la corruption du monde, et qu'an coqir^re la vie austère et pénitente en étoit le remède souverain.
Suivant ce principe , je dois être persuadé de ces maximes si oompunesdans l'Evangile et si familières aux apôtres : Qu'il ne^sufBt pas que je porte ma croix , mais qu'il £siut que ce soit moi-même qui m'en c|iarge , et qui me l'impose. Qu'il ne suffit pas que je m'y soumette « nmis qu'il faut que je l'aime, qu'il faut que je m'en glorifie. Que sans cela je 9e pnis honorer Dieu, comme Jésus-Christ m'a £adt connotlre qpe Dieu veut être honoré. Que si je ne crucifie ma chair, je ne puis appartenir à Jésns-Christ, ni par conséquent à Dieu, Que, pour être enfin rçvétu de Jfésus-Christ, il faut que je sois revêti) de la mortification 4ç Jésus-Christ.
Suivant ce principe, bien loin de fuir l'abjection et Thumiliatioii, je 4pis l'aocep^er, I9 çonhaiter, la demander plus qnç toutes les grfndeuir^ et que tous le^ nonneurs du m<^n4e , puisque ç*est le graiiid
m ^ nm DU Gitt£TiËN« mt
eiu n y avoii que i aumuiiequi pui reparer i lojure raiiea uieu. moyen excellent, mais moyen ilidispetisablement reqob pour trouver graoe auprès de Dieu.
Conclusion. Voilà, Seigneur, ce que le monde ne oonnoissoit pas; voilà ce que les sages du monde ne coonoiâsent point encore : mais grâces iQimorielIes vous soient rendues , de m'avoir révélé de si sabiimes et Qe si imporuntes vérités ! Par^là vous m'avez enseigné la vraie ^ages^, en me détrompant des erreurs grossièrepdontle monde est rempli SMr ce ^uf regarde ses |Fau.x bieqs. Par-là vous m'avez guéri des passions dont il est, en vue de ces biens, malheureusement possédé et cruellemepit déchiré. P^r-là yous m'avez fait goûter le solide repos, jet xçus nx*ayez fiait éprOff ver la vérité de voire promesse : 4p* prenex de mof, que je $uU humble de cœur^ et vous tTOuvere% le repo^ tk vos antei (Uatth., 11). Mais par-)à vous m*avez surtout appris à ho* norer votre Père , et à lui offrir le culte le plus digne de lui , le (du^ conforme à ses inclinations, et le plus capi^ble <|e me sanctifier moimême. Soyez mille fois béni , aimable et adorable maître, de m'avoir ainsi fait entendre ce que c'est que d'être chrétien ; de m'avoir instruit de la fin pour laquelle je le suis ; de m'avoir prescrit les moyens qui 40'fyept fie meper fi cette fin ; et de 19'avoir rendu Hmt cpla noi^ seulement ipte))igi)>le, mais seusH)le, d^s votre sacrée per90iine.CJarj'avois b^aqln, et (Je votre autorité, et de votre exemple, pour bien comprea* <|re tout cela. }l me &l)of^ un aussi gran4 modèle que vous pour m'an;aiery pour me soutenir, et dans |a recherche de cette fin si contraire Il mon ajpaoujr-propre, et dans la prutiqua de c^ moyens si directement ODposé$ ^ tous les sentiments ^e la nature.
Cependant fû-je éié jusque à présent bien convaincu de |a nécessité ae rûn pt ()e fautre, ]e veux dire de la nécessité d'aspirer à cetfe JBu et d'ep pre.n4re les moyens? Tout chrétien que je suis, ai-je vécu dans ce reoopcement à moi-même, qui est l'abrégé et la fin de la loi de Jésus-Christ? f n m'examinant sur ces trois moyens, sans lesquels Jésus-Christ m'a déclaré qu'il n'y a point de salut pour moi, que trouve-
nisme c|ue Pieu réprouye ? ^e ne puis encore une fois alléguer là-<{essi|S moi^ ignç/^ançe po^r excuse; ]e ne puis plus démander à Dieu qu'il me donne uigie çonnoissance certaine de ma fin : Jésu^-Christ s'en est plqs que çyffisamment efpjiqué. Voilà à qtioi se réduit tout son Évangile, p foon Dieu ! que vous répondrai-je uu jour, quani} vous m'opposerez cet Évangile? que puis-je vous répondre dès aqoard*bi4 , q«?WlîJf' |:yS»çit?eJ!WS9¥u*B»>?(H)r|knl«ipw Cet ^£va«gile