‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 189 sur 225 · DU PÉCHÉ VÉNIEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ VÉNIEL

véniel ; mais si j'en avois bien conçu ia nature , j'en jugeroii tout au« trement, et je prendrois tout un autre soin de l'éviter.

Quelque véniel que je le suppose, c*est une offense de Dieu. Gela me suffit, ou me doit suffire. En y tombant, je déplais à Dieu. Non pas qae je rompe absolument avec Dieu ; mais je fais ce qne je sais devoir causer entre Dieu et moi du refroidissement. Je n'éleins pas dans moi le Saint-Esprit, mais je le contriste. Or dès quec^-est une offense de Dieu, jedois donc le craindre plus que tous les maux tempords , qui ne s'adressent qu'à moi-mèroDie. Car le plus petit mal qui reg^ude Dieu est infiniment au-dessus de tout mai qui ne regarde que la créature.

Quelque véniel que je le suppose, il n'y a point de raison imaginable pour laquelle il me puisse ja^mais être permis. Car s'il pouvoit m'éure permis, dès-là il cesseroit d'être pécbé. Quand il s'agiroit de convertir et de sauver tout le monde, Dieu ne voudroit pas que je fisse un mensonge, quoique léger; et, jusque dans cette circonstance, il s'en tien* droit offensé. Quand il s'agiroit de procurer à Dieu toute la^gloire qui lui peut être procurée. Dieu ne veut point de cette gloire à une telle condition. U veut que j'abandonne ménie le soin de sa{[loire, plutàt que de commettre le moindre péché.

Quelque véniel que je le suppose, il est de la foi que jamais il n'entrers^ avec moi, ni moi avec lui, dans le royaume des deux : cor rien de somllé ne nera reçu m rCaura place dans ce royaume céiesu {Apoc.f 2i). En vain je serois d'ailleurs comblé de mérites : avec tous mes mérites et avec toute la sainteté que je pourrois avoir acquise, si mon ame, sortant de cette vie, porte encore la tache d*un péché véniel que je n'aie pas effacé par la pénitence, cela seul doit être un obstacle à ma béatitude et à la possession de Dieu. U faut que mon ame, quoique juste, quoique sainte, quoique prédestinée et digne de Dieu , demeure séparée de Dieu , jusqu'à ce que ce péché soit expié. U fmt qu'elle passe par le feu du purgatoire et qu'elle y soit purifiée, avant que d'être admise dans le se^n de Dieu. Et dès ce monde même, avec quelle sévérité Dieu n'a-t-il pas puni le péché véniel? II fit périr presque tout un peuple pour une simple vanité de David ; il fit tomber mort au pied de l'arche un lévite, pour l'avoir seulement touchée. 11 est donc étrange que je commette si facilement un péché qui m'expose à de si rigoureux châtiments. Mais ce qu'il y a mille fois encore de plus condamnable et de plus indigne, c'est qu'étant redevable de tout à Dieu et qu'ayant tout reçu de Dieu , au lieu de la reconnoisaance et de l'amour que je lui dois , je me laisse si aisément aller à un péché dont il se tient blessé, et qui est en effet une injure pour lui.

. Second point. Du moins si ces fautes vénielles que je commets n'étoient pas si fréquentes, ni si nombreuses! Mais leur multitude est infinie, et c'est ce qui affligeoit David, et ce qui le jetoit dançnne déso-

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