‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 190 sur 225 · DU PÉCHÉ VÉNIEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ VÉNIEL

lation extrême » qnand il disoit à Dieu : Je tm^ Seigneur j tout envi' ronné de maux, et mes iniquitéi nC accablent » jusqu'à ne pouvoir plus m'en tenir eompte à moi-même, ni en faire le dénombrement. Elles se sont muUipUies plus que les cheveux de ma tête , et la vue que j'en ai me fait tamber en défaillaiiee (Psatm. 39). Voilà comment parloit ce saint roi. Or» dans une vie lâche et imparfaite comme la mienne» si f entreprenois de supputer tous les pëchës qui m'échappent, et si Dieu m'ëclairoit là^dessus, où iroit cette mpltiplication? Je ne les vois pas : mais n'est-ce pas assez que Dieu les voie ? n'est-ce pas assez que je sache qu'ils sont sans nombre , pour en être pénétré de douleur , et comme inconsolable?

Combien de péchés d'ignorance, causés par l'oubli de mes devoirs » par ma négligence à ni*en instruire , par moQ indocilité à souffrhr qu'on m'en avertisse , par ma présomption à ne vouloir croire que moi-même? combiende péchés d'imprudence et d'inadvertance, causés par la dissipation de mon esprit, par la légèreté de mon humeur, par In liberté de ma langue, par la témérité de mes jugements, par la malignité de mes soupçons? combien de péchés de fragilité et de foiblesse, causés par l'habitude que je me suis faite de ne me oontrain-* dre en rien, et de ne m'assujettir à aucune règle, de snivre en tout les mouvements de la nature , de ne foire nulle violence à mes inclinations et à mon tempérament ?

Combien même de péchés commis par malice, avec réflexion et de dessein formé, contre tous les remords de ma conscience, à toute oce^sion et pour le (dus foible sujet, sous ombre que ce ne sont que des péchés véniels, et que Dieu n'y a pas attaché une peine éternelle? En quoi je montre bien mon indifférence pour Dieu , et que je ne suis sensibla qu'à mes propres intérêts. N'est-ce pas là ma vie la plus ordinaire ? Il est vrai quil n'est pas moralement possible en ce monde de se préserver de tous les péchés véniels , et de n'en commettre aucun. Fatale nécessité; qui fàisoit gémir les Saints, qui leur fiiisoit désirer la mort, qui iGusoit dire à saint Paul : Malheureux que je suis ^ qui me délwrerade ce corps dont U poids m'appesantit {Rom., 7)? Mais il n'y a pas un Mul de ces péchés en particulier que je ne puisse prévenir, et dont il ne soit en mon pouvoir de me garantir. Combien donc, si je voulois et si je prenois plus garde à moi , en pourrois-je diminuer le nombre? Hélas! bien loin de le diminuer, je l'augmente tous les Jours.

TaoïsiÈifB POINT. Quelles sont les suites du péché véniel? phis déplorables que je ne me le suis peut-être jamais persuadé. 11 conduit au péché mortel, comme la maladie conduit à la mort. Par conséquent , si j'ai qudque zèle pour mon ame, je dois en user à l'égard du péché véniel conmié j'en use à l'égard d'une maladie dont je suis menacé, ou dont je suis subitement attaqué. Qae ne fais-je pomt pour

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l'arrêter dans son (^incipe? que né Ms*je (xnnt poar te guérir ? que ne fais-je point pour n'y pas retomber? Elle peut aboutir à la mort : il ne m'en faut pas davantage pour y apporter les remèdes les plus prompts» les plus^caces^ et même les plus violents. Pourquoi ne raisonné-je pas de la même sorte quand il-s'agit d'un péché « qui de toutes les maladies del'ame est la plus dangereuse, et qui me dispose k cette seconde mort, mille fois plus à craindre que la mort du corps?

£t en effet » quiconque néglige le pédié véniel , et beaucoup plus quiconque le niéprise, tombera inâdllibtement dans le n^ortel. Orade du Saint-Esprit, qui ne se vérifie que trop par l'expérience. C'est par le mépris du péché véniel qu'on perd insensiblement l'horreur da mortel. Au commencement le seul nom de péché mortel faisoit frémir : peu à peu l'on s'y accoutume et l'on s'y fomiltarise. D'autant plus que du péché véniel au mortel il y a souvent peu de distance, et que Tintervalle entre l'un et l'autre est comme impercq^tiUe : car il n'y va poar l'ordinaire que du plus et du moins ; or» entre ce plus et œ moins , il n'y a qu'un point qui décide de la vie et de la mort; Quel risque ne court-on pas alors» et n'est-on pas sur le bord do précipice?

De cette proximité même entre le péché véniel et le mortd^ il arrive très naturellement que l'on confond l'un avec l'autre. Combien de fois m'y suis-je trompé» et combien de fois ai-je estimé léger cequi ne l'étoit pas ? combien de fois m'aveuglant moi-même , et jugeant des choses selon les désirs de mon cœur, ai-je pris pour injustice vénielle ce qui peut-être étoit devant Dieu une iniquité griève et mortelle? Le discernement en étoit difficile; et c'est pour cela qu'à l'égard même du péché véniel , je devois avohr une consciaice timorée. Je n'étois pas assez éclairé pour en faire un jugement exact ; et voilà pourquoi je devois m'en défier et me précautionner.

Hais quand je serois assuré de mes lumières, puis-je ignorer que je suis (oiïAe , et la foiblesse même? Or le péché véniel et le mond se touchant de si près , quelle présomption de me flatter qu'étant fbibte au point que je sais l'être, je m'en tiendrai précisément au véniel; que je ne passerai pas outre » et que je serai assez maître de mon cœur pour lui prescrire telles bornes qu'il me plaira, surtout en certains péchés où l'impression de la nature, est si forte et si puissante? Il me faudroit, pour me soutenir en de pareilles conjonctures, des grâces de Dieu toutes particulières : mais ne m'a-t-on pas cent fois averti qu'une punition de Dieu très commune est de dous refuser, en conséquence d'un péché véniel , des grâces spécfailes qu'il nous avoit préparées^ et avec lesquelles nous serions heureusement arrivés ao terme du salut ; au lieu que, par la soustraction de ces grâces, nous en venons à des égarements et à des désordres pour lesquejs il nous réprouve. C'est ainsi que le péché véniel peut être » et est , pour bien des âmes, la source de leur damnation.

DU PÉCHÉ m SCANDALE. 68S

C!o!rcL0StoN. Le remède, 6 mon Diea, est de m'attachera non sea« lement à votre loi, mais à tonte la perfection de votre Ici. Pins je m'efforcerai de m'ëlever, moins je serai en danger de déchoir; et pins j'aspirerai à ce qu'il y a de plus saint dans l'observation de mes devoirs, moins je serai en disposition de les violer dans les points essentiels. Ce n'est pas, Seigneur , que, malgré la résolution qae je fm en votre présence et par votre grâce, j'ose me répondre de me maintenir devant vous dans une innocence entière. Tant, que je vivrai sur la terre, il ne m'échappera que trop de fentes ; et tant qne je serai revêtu d'nn corps mortel, je ne ressentii^i qne trop les tristes effets dé Ift condition humaine. Mais au moins, en- me proposant d'aller tonjbnrs au-delà de mes obligations, me metlrai-je pins en état de n'y pas manquer dans des matières importantes ; et en travaillant à me sanctifier, serai-je plus hors de Toccasibn et du péril de me pervertir.

Donnez-moi , mon Dieu , donnez-moi cette conscience tendre et délicate qui s'effraie de l'ombre même du péché. Formez en moi, on m^aidez i y former cette conscience étroite et sévère qui ne se permiet rien ni ne^ se pardonne rien. C'est cette inflexible rigueur pour moimême qui fera ma sûreté. 11 m'en coûtera ; il faudra me retrancher bien des choses oii le penchant me porteroit , et m'interdire bien des satisfactions qui semblent même assez innocentes. Il laudt*a , en bien des rencontres, soumettre mon esprit, étouffer les sentiments de mon cœbr , peser mes paroles , captiver mes'yeux , mortifier mes sens : mais, Seigneur, puîs-je achetei* trop cher le donble avantagée ; et de Vous moins offenser, et de mieux garder mon ame? Le bonheur de vons piai^, la paix de ma oonsdehce, l'un et l'autre me dédommagera de tout , 6 mon Dieu ! et me tiendra lieu de tout.

TROISIÈME MÉDITATION-

DU PiCBi DE SCANDALB, OU DU MAUVAIS BXBMPLE.

Necestee^t ut veniani teandala.

C'est DO mal inévitable , qa'il arrive des scandales. Matth. , diap. xviii;

Premi br point. Ce que nous appelons scandale n'est que le mauvais exemple; ou du moins, tout mauvais exemple est un véritable scandale. Or il ne faut point se flatter dans l'état religieux : on y voit demauvaisexemples, contmeonen voit de bons; et il n'y a point de communauté si régulière, où il ne se trouve des âmes imparfaites qni scandalisent les aiTtrcvs ; comme il n'y en a guère de si déréglée, où Dien ne consenre àe saintes âmes qni travaillent à maintenir l'ordre, et| qui empêchent que le scandale, par une malheorense prescription, ne prenne le dessus et ne prévale.

Aussi le Sauveur du monde nous a fait entendre qu'il étoit nécessaire qu'il arrivât des scandales ^ c'est-à-dire qu'il n'étoit pas morale*-

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