‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 191 sur 225 · DU PÉCHÉ DE SCANDALE · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ DE SCANDALE

ment possible que les hommes étant si différents les ans des aulres, soit dans leurs sentiments, soit dans leurs mœurs , il n'y en eût en toute assemblée qai, par te relâchement et le désordre de leur conduite 9 devinssent » pour ceux avec qui ils ont à converser et k agir , des sujets et des qccasions de chute. Et cela même est encore plus vrai i l'égard des maisons religieuses , parcequ'on y a beaucoup plus de rapports ensemble, et que tout ce qui s'y passe frappe de plus près et beaucoup plus fréquemment la vue. S'il y a donc jusque dans la re- Lgion des écueils à craindre » on peut dire qu'un des plus dangereux et des plus ordinaires , ce sont ces scandales domestiques et ces exemples qu'on a sans cesse sous les yeux et devant soi. Il^st très difficile de s'en défendre ; et pour y rester, il faut une vertu bien pure et bien à l'épreuve*

Ai-je eu sur ce point , jusques à pi'ésent, toute l'attention et toute la circonspection que je devois avoir ? ai-je pris garde à ne rien dire et à ne rien faire qui pût être nuisible aux personnes qui m'entendoient, ou qui étoient témoins de mes actions ? Combien dans les rencontres airje débité de maximes , ai-je donné de conseils , ai-je inspiré de sentiments , ai-je approuvé de procédés contraires à l'esprit religieux et an devoir? combien ai-je montré d'indocilité, ai-je témoigné de mépris , ai-je fiût de murmures ou de railleries malignes sur des choses qui n'alloient qu'au bien et qu'à entretenir la règle ? C'étoient autant de scandales que j'ai dû me reprocher ; et combien y ea a-t-il d'autres dont je ne me suis jamais fait de scrupule , et dont je n'ai jamais pensé à m'accuser ? J'ai déclaré mes péchés : mais combien y en avoit-il où la circonstance du scandale et du mauvais exemple étoit jointe , sans que j'en aie rien dit ? Peut-être ne la connoissois-je point , ou n'y fiaisois-je nulle réflexion : mais mon ignorance ou mon oubli étoient-ils excusables ? C'est sur quoi je dois m'écrier avec le prophète : Lavez* moi 9 mon Dieu f purifiez-moi de mes péchés iecreU et cachés. Pardoit' nez-moi^ non seulement ceux que j'ai commis » mais ceux quèj'm fai commettre {Ps. 18).

Second point. Malheur à celui qui donne le scandale ( Hàtth., 18) ! Cette malédiction est sortie de la bouche même de Jésus-Christ : c'est un anathème divin. Et il faut bien que le scandale soit un grand mal^ puisqu'il vaudrait mieux pour un homme qu'il fût précipité au fond de ta mer^ que de seandaRser le plus petit de ses frères ( Ibid. ). Maxime générale et proposition universelledont personne n'est excepté ; car il n'y a personne qui ne doive l'exemple au prochain : Que votre kamère luise aux yeux de tout le monde , afin que ceux qm verront vos bonsuM œuvre» en rendent gloire à Dieu ( Matth. , 5 )•

Ainsi , malheur à moi en particulier , si je suis Fauteur de qudque scandale dans la communauté où je vis ! car je la prive , autant qu'il est en moi , d'un des plus solides ascantages de la profession religieuse»

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