‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 192 sur 225 · DU PËCHÊ DE SCANDALE. 68S · texte numérisé non relu

DU PËCHÊ DE SCANDALE. 68S

qui est TëdificatioA mutuelle et l'émulation du bon exemple» Je fai$ plus encore , patequ'au lieu de contribuer à la régularité et à Tobservance, je deviens un obstacle; et que souvent je suis cause, par mon exemple , que des abus s'introduisent , que d'utiles et d'anciennes pratiques s'alx>lissent peu à peu , que la discipline se relâche /et que des règles qui étoient auparavant en vigueur ne s'observent plus » ou ne s'observent que fort imparfiaitement. N'est-ce pas de là qu'est venue la ruine spirituelle et la décadence de tant de sociétés très saintes dans leur première institution ? «

Que si le mal ne s'étend pas toujours si loin , du moins il n'y a que trop d'esprits faciles , et déjà mal disposés , que mon exemple ne manque pas d'entratner. Or malheur à moi, encore une fois, parceque je serai responsable à Dieu de tout cela , et qu'il m'en demandera compte] Quel trésor de colère, et quel poids dont je dois craindre d'être accablé l Malheur à moi qui , par mon expérience et par mon âge, devrois être un modèle pour ceux qui sont moins avancés ; à moi qui , par le rang que je tiens , par l'autorité , le crédit , les talents que >'ai reçus de Dieu , par la créance que les autres ont en moi , devrois leur servir de guide et les conduire , et qui ne sers qu'i les égthrer I II ne feut qu'un religieux de ce caractère pour perdre toute une maison.

Mais , par-dessus tout , malheur à moi , si c'est par moi que commencent à s'établir certains. usages , certains privilèges et certaines dispenses où la raison de la commodité , de la sensualité « de Tamourpropre,a beaucoup plus de part que celle d'une voue nécessité I Autrefois toutes ces choses étoient inconnues , et peut-éire sans moi n'y eût-on jamais pensé. C'est à moi de voir ce que j'aurai à dire quand Dieu m'en représentera toutes les suites , et qu'il me chargera de tous les dommages que la religion en aura soufferts. Les prétextes dont je m'appuie peuvent .tromper les supérieurs qui me gouvernent, et me tromper moi-même : mais on ne trompe point Dieu*

Taoïsi&HB poprr. Gomme il y a un scandale donné , il y a un scandale reçu ;. et malheur aussi à celui qui le reçoit et qui le prend ! Car il le faiit rejeter ; et ce n'est point une excuse légitime auprès de Dieu, que le mauvais exemple qu'oii a eu et qu'on a suivi. Ce fat l'exemple du premier ange qui engagea les autres dans son apostasie , «t ils n'en ont pas moins été réprouvés. Il est vrai qu'un mauvais exemple est upe tentation, et une des plus fortes tentations : mais ce n'est point une tentation au-dessus de nos forces ; et puisque nous la pouvons vaincre , c'est un péché que d'y succomber.

Il ne suffit donc pas pour moi que je m'étudie à ne donner aucun scandale ; mais il y a des règles que Dieu me prescrit contre les scandales qu'on me donne, et contre les mauvais exemples que j'aperçois autour de moi, 1 . Je ne dois point m'en tr.oubW : je puis bien, m'en

affliger et en Qèakir ; mab mon zèle B*en doit point 6tre reA^oidi , ni ma piëtë ébranlée. Car il n^y a rien là que JésBs-Ghrbt ne nons ait prédit 9 ni rien par conséquent qui me doive surprendre. 3. Je dois même en profiter, regardant ces scandales et ces mauvais exemples dont }'ai k me garantir comme des épreuves de ma fidélité , et des ûccasionà de témoigner à Dieu mmi attachement inviolable. C'est dans Toccasion qu*on se feit bien oonnottre» et qu'on apprend à se bien Gonnoltre soi-même. 3. Je dois^n'ai éloigner, c'esl-à-direque jedois, autant que je le puis, m'éloigner des personnes dont je prévois que la société me seroit dommageable. Et U n'y a point à consdérer si œ août des personnes d'esprit et de fnàrita, ni si ce sont de mes amis : il &udroit même alors , sdon l'Évangile , renoncer à mon pare et à ma mère. Gela ne m'exempte pas de les honorer, de les aimer en Dieu^ de leur rendre service et de les aider dans le besoin ; maia du reste, point de liaison ni de communication particulière. 4. Je dois m'y opposer prudemment , mais fortement ; avec modestie , mais avec ardeur ; avec charité, mab avec un saint mépris de tous les req[>ects humains ; tenant ferme pour la règle et ne m'en départant jamais , quand même (ce que Dieu ne permettra pas) il n'Sp auroit que moi à la larder. 5« Enfin , je dob en tirer sujet de m'humilier devant Diea : reoonnoissant que de moi-même je ne suis que foiblesse etqu'impei^ fection , et que sans la grâce di^ne je serob pire que tous les autres.

CoRCLcsioN. Quelle misère, monDieuf et fiiut-il donc qu'après avoir quitté le monde pour nous préserver de des pièges, nous en trouvions jusque dans votre maison ? Ce n*est qu'à nous-n^es que BOUS devons nous en prendre. La religion est sainte , mab nous ne répondons pas toujours à sa sainteté. Faites par avance , Seignedr , ou plutôt aidez-nous à i^ire dès maintenant ce que feront vos anges dansvotre jugement dernier^ lorsque vous les enverrez pour enlever de votre royaume tous les scandales. Votre royaume sur la terre , ce sont particulièrement les communautés rell^euses. N'y aurcMS-je été admb , et n'aurois-je place parmi votre peuple chobi , que pour le détourner de votre service par mes exemples, et pour ralentir .sa ferveur ? Ne serois-Je entré dans un état si pariait que pour m'y rendre plus coupable, et par moi-même, et par ceux que vous y avez appelés avec moi ? Ah ! mon Dieu, j'ai bien assez de mes propres péchés , sans y ajoqter les péchés d'autrui.

Hais que seroit-ce encore, Seigneur , si, dans le samt asile oà vous m'avez retiré, je venob d'ailleurs à me perdre par ta contagioii de certains exemples que j'y puis avoir ? Que seroit-*ce , si, par une lâche oondescendance , je me laissois emporter et séduire à ces exemples ; si je les imitob et je m'y conformois , au lieu dé ne me conformer qu'à vos ordres et à vos adorables volpntés ? lia règle , A mon Dieu , ma règle seule et teHe que vous me l'avez imposée , ma règle dans

SUR L'OHÀtSO!» lllifttALË. m

tonte SA t>Urët^ « dans toute sa force et toute sa sëvérkë , Yoilà la route où je marcherai , voilà le conseil que j'écouterai , voilà i'orade que je consulterai, et par quije me conduirai. Quiconque me portera là, volontiers je m'unirai à lui et je le suivrai « parcequ'il me portera à vous. Hais quiconque aussi me détacheroit de là me dëtacheroit de vous , Seigneur ; et sans balancer un moment je me séparerai de lui , parceque je ne veux jamais , pour qui que ce soit » ni en quoi que ce soit» me séparer de mon Dieu.

CONSIDÉRATION

SUR L*0ItAI801l HBNTALE.

Ce qu il y a particulièrement à considérer sur Toraison mentale ou sur la pratique de la méditation se réduit à trois points » qui sont : se^ avantages infinis et son importance , les défauts les plus communs qui en aricétent le fçuit , et les vains prétextes qui détournent de ce saint exercice» et qui le font négliger.

Premier point. Avantage^ et importance de l'oraison mentale. Le Juste vit de la foi, et nous ne nous sanctifions qu'autant que nous sommes remplis et touchés des maximes de l'Évangile et des grandes vérités du christianisme. Principe si universellement reconnu , que les gens du monde conviennent^x*mémes qu'ils agiroient tout autrement qu'ils ne font , et qu'ils ne s'abandonneroient pas à tant de désordres» s'ils avoient plus de foi» ou s'ils étoient plus pénétrés de ce que la foi leur enseigne. Examinons h| chose à fond» et reconnoissons-la telle qu'elle est » nous trouverons que ce manque de foi , d'une foi vive et animée » n'est pas seulement la source des déré^ements qu'on voit dans le monde » mais des relâchements qui se gHssent dans la vie religieuse. Ce n'est pas qu'on ne croie : mais on n'a pas une certaine conviction» une certaine vue qui frappe» et qui rend les objets presque aussi saisiblés que s'ik étoient présents.

Or voilà ce qui s'acquiert par l'oraison. A force de se retracer dans l'esprit les vérités dé la foi ; de méditer les perfections et les grandeurs de Dieu» ses miséricordes et ses-vengeances» ses récompenses et ses châtiments ; de considérer par ordre et dans une méthode suivie tous les mystères de Jésus^Christ » sa doctrine » sa loi » sa morale , ses exenïplés ; de tirer de là d'utiles leçons et des règles de conduite : toutes ces idées s'impriment profondément dans l'ame. On les porte * partout» et l'on en a partout la mémoire prompte et récente. On apprend ce qu'on doit à Dieu » ce qu'on doit au prochain » ce qu'on se doit à soi-même. On prend des pensées supérieures à celles dont on s'étoit laissé prévenir »' et l'on découvre ses erreurs » ses illusions » ses faux jugements. Ce que l'oraison sur cela n'a feit un jour qu'ébaucher» elle le perfectionne dans un autre et l'achève. La grâce soutient tout» et répand ses lumières avec d'autant plus d'abondance» que l'o-

Page 1