‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 193 sur 225 · SUR L'ORAISON MENTALE · texte numérisé non relu

SUR L'ORAISON MENTALE

raison est plus fréquente et plus constante : de sorte qne les vérité» auparatant les plus obscures , et qu'on avoit plus de peine à conoevoir , se présentent en certains moments avec fine teUe clarté , qa'il semble qu'on en ait la connoissance la plus parfaite et une e^èœ d'évidence. '

Ce n*est pas assez : car la liaison étant aussi intime qu'elle l'est entre l'esprit et le cœur, ces vérités, ouplntôt l'impression de ces vérité, passe de Tun à Tautre. Le cœur s'enflamme , et , comme disoit de lui-même le Roi-prophète, le feu s* allume dans la méditaiian (Ps.38). Ou s'élève à Dieu, on s'affectionne à ses devoirs , on se reproche ses infidélités, on prend des mesures pour l'avenir , et l'on sort de l'oraison tout renouvelé et tout changé. C'est par où les Saints sont parvenus à une si haute perfection , et c'est là )e chemin qu'ils ont tracé à tous les disciples qu'ils Eormoient et qui aspiroient à la sainteté. Aussi tous les instituteurs des ordres religieux y ont-ils spécialement recommandé et expressément établi la pratique de l'oraison. Ils avoient da reste des vues différentes , et ils étoient diversement inspirés , ponr composer cette admirable variété de r^lements et d'observances , qui fait un des plus beaux ornements de l'Église : mais sor le point de Toraisàn et de sa jiécessité , ils se sont tous accordés et n'ont tons eu qu'un même esprit..

Et l'on peut dire en effet qu'il est oomnft impossible qu'une ame sa dérange, lorsqu'elle est assidue à l'oraison; on si quelquefois Dieu permet qu'elle s'oublie , Toraison est pMr elle une ressource immanquable. Mais d'où vient le désordre de plusieurs personnes , même religieiises , et par oit conimencent-ellesi à se dérégler , jusqu'à tomber dans des égstrements pitoyables et scandaleux? c'est en quittant l'oraison. Par-là elles s'éloignent de Dieu, et perdent tout sentimentde piété. Par-là elles se réduisent dans une sécheresse , dans une froideur et une indifférence mortelle. Par-là elles se privent des plus solides consolations , qui sont les consolations intérieures, et se d^ofttent ainsi de leur état. Par-Ut elles demeurent livrées à toutes leurs passions, et à toutes les attaques de l'ennemi ; et l'on n'a vu que par trop d*épreuves oii tout cela aboutit', et quelle en est la fin naalheurense.

Second point. Défauts plus communs qui arrêtent le fruit de l'oraison. Premièrement ,.on y va sans préparation , contre la parole da * Saint-Esprit : Préparez votre ame avani la prUre, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu {Eccles.^ 18). C'est demander à Dieu qu'il change la conduite ordinaire de sa providence , et par conséquent qa*il Aisse un miracle en notre faveur , que d'attendre de lui qu'il se communique à nous dans la méditation, lorsque nous ne prenons nul aoûi de nous y disposer. Or il y a une préparation éloignée et une préparation prochaine. La préparation éloignée, c'est dans l'usage de la vie un recueillement habituel , et l'esprit de retraite , autant qu'il peut

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