SUR L'ORAISON MENTALE
8*acc6rder avec notre oondition el fa sitoatioa préseme où bous som* mes. La préparation prochaine , c'est ce qui se fait quelque temps avant l'oraison, ou au temps qu*on la commence : par exemple , prévoir la matière dont on doit s'occuper » Farranger et la diviser» se mettre en la présence de Dieu , invoquer le Saint-Esprit , se rappeler à soi-même/ else dégager' de toutes les penaées qui pourroient nous distraire. Il y «i a qui récitent pour cela quelques courtes prières , et chaonn peut suivre là-dessus ce que sa dévotion particulière lui inspire : maison général il n'y a guère de fond àiaire sur l'oraison , si nons n'y apportons de notre part les dispositions convenables.
Secondement , on y va sans nulle vue et nul dessein d'en profiter. Pourvu qu'on ait rempli l'heure marquée , qu'on se soit assemblé avec la communauté et qu'on y ait été présent beaucoup plus de corps que d'esprit ; qu'on ait même fait quelques réflexions assez légères, et produit quelques actes qui ne tendent à rien, on est content. Mais la sageue , cette sagesse céleste qui nous sanctifie , ne $t découvre qu*à ceux qui la denrent et qm la cherchent ( Eccles,^ 4 ).
Troisièmement , on se met à l'oraison sans se proposer aucun sujet, et Ton se laisse conduire , dit-on , à l'Esprit de Dieu. Mais cet Esprit, toujours réglé et mesuré daos ses divines opérations , n'agit point au hasard. S'il y a des âmes qu'il transporte tout-à-oaup , c'est nue grâce sur laquelle on ne doit pas compter. Celte grâce iQéme , ces âmes ne l'ont communément dbtenue qu'après s'être long-temps exercées dans les sujets les plus ordinaires. Qi^arrive-tpil donc ? c'est que l'imagination n'ayant rien qui la fixe, elle s'égare sans cesse ; et que l'esprit embrassant tout, il se trouve à la fin tout aussi vide qu'il l'étoit d'abord.
En quatrième lieu , si l'on choisit quelque sujet , on donne dans un autre écueil , qui est de vouloir porter trop haut son premier vol , et de ne s'attacher dès les commencements qu'à certains sujets plus sublimes et plus relevés. Il y a là souvent beaucoup d'orgueil et de présompticm ; du moins il y a bien de l'illusion. On se repaft de belles spéculations , mais dont on voit peu d'effets dans la pratique. Quand il plaît à Dieu de nous ravir , comme saint Paul , au troisième ciel , suivons le mouvement de sa grâce ; mais de nous-mêmes marchons pas à pas , et prenons les routes les plus battues : ce sont les plus, sûres. La bonne oraison est celle qui nous rend plus réguliers , plus humbles , phis chariuibles , plus patients , plus mortifiés.
En cinquième lieu , dans les sujets du reste les plus propres et les plus solides, on s'arrête trop aux raisonnements, et l'on ne s'entretient point assez dans les affections et les sentiments. 11 est nécessaire avant toutes choses de convaincre l'esprit ; mais il est encore plus important d'exciter ensuite le cœur et de l'émouvoir. Car c'est daos le cœur que se forment les résolutions , et c'est par les résolutions qu'on passe à l'action.
En sixième lieu , à l'égard même de ces résolutions » il y a nae B. S. H
«90 fttlR l^ORAtSOtf MENTALE.
erreur d'autant plus dangereose ^ qu'elle est plus subtile etphuepë* cieose : c'est de s'en tenir à des propositions unÎTerselles et indëter • minées , au lieu de desœndre au détail de notre ?ie et i certains points esseniiels qui nous reg^ardent personnellement , et qui demaiideBt actnellement noure attention. Ce détail est d'une eitréme utilité ; et si l'on 7 entroit , on ne manqueroH pas n tAt de matière dans l'orai* son » et l'on auroit chaque fois un grand champ à parcourir.
En septième et dernier lieu , le défaut capital que nous avons à corriger dans l'eiercice de foraison , et le principal obstacle au fruit que nous en pouvons retirer» c'est un fonds de paresse naturdie et de négligence à quoi l'on se livre, et qu'on ne s'efforce point de vaincre. Pour ftdre oraison , il faut s'appliquer, et tonte application coAte : or cTest justement ce qu'on ne veut point. On voudroit qu'il n'en coàtât ni violeocd , ni combat, ni travail, pour se recueillir, pour s'animer, pour se réveiller de l'assoupissement et de la langueur oik Ton est. JsjDob n'obtint hi bénédiction de l'ange qu'afHrès avoir lutté contre lui pendant une nuit entière ; et en vain espéroDS»noua que Dieu bénisse notre oraison , tandis que nous y demeunms dans une noncbalanœ et une oisiveté volontaire.
Troisièhb poniT. Faux prétextes qui détournent de l'e&erdou de l'oraison. Les uns allèguent pour eicuse qu'ils ont trop d'affisires, et qu'ils n'ont pas le temps de s'adonner à l'oraison ; les autres , qu'ils y sont trop distraits, et qu'ils ne peuvent retenir la vivacité de leur esprit ; d'autres , qu'ils s'y trouvent en de continoeUes aridités « et qu'ils tarissent dans un instant ; plusiràrs , qu'ils s'y ennuient , et t|ne oet ennui les en dégoAte ; enfin quelques uns , que l'oraison est trop difficile pour eux , et qu'ils ne s'en jugent pas capables. Voilà œ que disent la plupart des gens du monde , et ce qu'on entend môme dire à des personnes religieuses. Mais si Ton étoit de bonne foi avec soi-même , et qu'on ne cherchit point à se tromper, on reoonncrftroit bientôt la vanité de ces prétextes , dont on s'autorise pour se dispenser de l'oraison.
Et d'abord , bien loin que la multitude des affiires aoit là desiiu une dispense légitime , c'est au contraire ce qui nous impose une obligation plas étroite de rentrer de temps en temps en nous-méoiea, et de nous servir de l'oraison comme d'un préservatif contre nos fréquentes occupations, et contre la dissipaticm qu'elles peuvent cnnser. Plus les Saints étoient chargés de soins , et môme de soins tout spirituels , plus ils pensoient devoir s'attacher à l'oraison. Ils savoienl en trouver le temps : qui nous empêche de le trouver aussi bien qu'eax? De plus , il n'est point d'esprit si vif et si distrait qui ne puisse fiaire quelque réflexion. On en fiait tant d'inutiles et de nuisibles : poiirquoi n'en feroit-on pas de sérieuses et de salutaires ? Il est vrai que les usa ont sur cela plus de peine que les autres ; mais il n'y auroil q«*i tai
KfHiWir piwdif t o^ie pmiie , et qu'à savoir up peme^iirimpter «t «e «oniraipdre, P'ailleiirst malgré iput^s lesdiatracUoof , Toraîioii wm lepi tQiuOMra «Ule » dte que ce oe sera pas das diatractions volQiitai*- IHK • fit qua noua ferons effort pour les rqeter. ï^oas aurons devant JDiau le laériie de les avoir cooibauiiea, et^ il i\oua restera toi^joura giielque teipture des saûites vérités que nous aurons tâché de méditer^
U ep est de vâme des sécheresses et des aridités. Me loanquona à Heo de tout ce qui dépend de nous • et $oi|fiaps*Doua en Dieu* C'est de oetie sorte qu'il éproQve notre fidélité et notre eonsianoe, Si. noua nous rebutona , nQiia perdons tout ; ipais ù nous persévérpas dana la prière » il a ses momenu pour nous époutpr et pour nous dédomipa* ger. Quoi qu'il en soii, bmnilion»-nous en la présenee^ du 8eign<Wi et imitons ce saint solitaire dont toute roraison coosistoit à rsdire sans eesse ces OQurtaa paroles ; Kata gui m'a»est créé^ nye% pitié 4e moi. Gène sera point Ut nn temps perdu, Ajoutea que c'est une œuvre de IHQitifioation fort agréal^e i Dieu » que d'accepter en esprit de pénitenea , et de soutenir l'ennui et le dégoût que donne quelquefois l'o^ raison. ^ésus-Cbrist » la veille de sa passion t pria sans goût i et naérne dans une désolation entière : unissonamous à lui ; et quand notre oral-* son ne nous seroit bonne alors qu'à pratiquer la patience et toutes las vertus que la patience renforme , cela seul ne seioil pas un petit gain pour noua» et nous devrions l'eaMmer comme un profit très consi* dérable.
Enfin , il ne faut Pfiint nous famar une idée si parfaite de l'oraison, que noua désespérions d'y atteindre. Elle est i la portée de tout le monde , et la science humaine n'y est pas d'ui^ grand secours. Car il ne s'agit point de discourir beaucoup ; mais avec une aoule pensée , et une pensée très commune , l'ame la plus simple peut se porter à Dieu de la manière la plus aiffectueuse et la plus ardente. Or c'est cette union intérieure de l'ame avec Dieu qui bit toute l'excellence et tout le prix de l'oraison. Il n'est question que d'une bonne volonté: apportons-la au pied de l'oratoire , et tout noua deviendra praticable et profitable.
TROISIÈME lODR.
PREMIÈRE MÉDITATION
DR LA TIÉDBUn DANS LE SERVICE DE DIEU.
Quia Upiduê es, ineipiam U evcmere.
Parce qne tous Iles Uède . Je Tib oommenoer à voos rejeter, jtpoe., dup. t|f .
Premier point. En peu de paroles saint Bernard décrit admirable» ment l'eut de tiédeur : H n'y a guère de eownmnuiutés reHgieuiu ou l*on ne trouve des am^ làèhu et (an^fUMianies, fai portent U joug de la nttigiimt mm qui U portept de mamui$e grâce; qui tàeh^^ oMSmi
est DE LA TIÉDEUR DANS LE SERVICE DE DIEO.
qu'eiks peuvent^ ou de le Èecouer^ o» (f en c(tmtfttt€r la charge ; ipA wu sanM cesse besoin ttàiguUUm pour les piquer^ et de ccfrectiom pour lee redresser; qui s'abandonnent à la vaine joie, qui se Uàsseni abaUre à la tristesse^ dont la componction dure peu^ dont la convenaion est toute mondaine; qui n^ont que des pensées chamelles et atàmales, c'est-àdire qui ne pensent qa'à elles-mêmes et à leurs commodités , qu'à œ qui peut leur plaire et les contenter ; qui obéissent sans vertu, qui prient sans attention/ qui parlent sans circonspection, qui Usent sans em tirer aucun fruit pour leur idipcation (Bbrn.). On voyoit dès le temps de saint Bernard des religieux de ce caractère : mais aussi dès-lors comment les regardoit-on? conmie des religieux de nom , sans l'écre d'effet. Voilà le portrait qu'en faisoit ce grand Saint : n'est-ce pas le mien ? Du moins est-ce à moi d'en bien considérer tous les traits , et d'examiner si je ne dois pas m'y reconnoltre.
Or le désordre le danger de cette tiédeor spiritudle consiste en ce queles lièdes ne sont pas même touchés de leur état. Ils ne s'estimeot pas grands pécheurs: 1* parcequ^au lieu de penser au mal qu'ils font, et au bien qu'ils devroient faire et qu'ils ne font pas, ils ne pensent communément qu'au mal qu'ils ne font pas , et au peu de bien qu'ib font ; â"parcequ'au lieu de se comparer avec ceux qui dans k religioii sont plus fervents , plus réguliers qu'eux, ils ne se comparent qu'avec d'autres qui le paroîssent moins ; 5*" parceque, dans cette companuson qui les flatte et qui les trompe » ils se disent , avec la même confiance que le pharisien , qu'ils n'ont pas tels et tels défauts de celunâ et de celui-là. D'où il arrive qu'en servant IMen très lâchement, ils se rendent encore des témoignages avantageux d'eux-mêmes , comme s'ib accompliasoient toute justice.
État bien foneste, puisque, selon la parole du Saint-Esprit, on état encore plus mauvais ( c'est celui du péché ) lui seroit néanmoins préférable. Et en effet, il eût mieux valu pour certaines âmes qu'elles fussent tombées dans un péché grossier et grief, que dans cette vie tiède et relâchée ; car elles n'auroient pas long-temps soutenu les remords de ce péché. Ce péché, en les humiliant , et en les effrayant par son énormité , les eût bientôt forcées à se convertir ; au lien qu'elles ne se font aucun reproche ni aucun scrupule de leur tiédeor. C'est de là que tous les maîtres de la vie chrétienne et religieuse ont conclu qu'il étoit plus difficile de sortir de l'eut de tiédeur, que de l'état du vice et du libertioage ; et entre les autres , Gassien témoîg;ne qu'il avoit vu un grand nombre de mondains devenir, par leur conversion , des hommes fervents et spirituels ; mais qu'il n'avoit jamais vu le même changement dans des religieux tièdes. Cette expérience ne doit-elle pas me foire trembler ?
État encore d'autant plus à plaindre , qu'il nous rend le joug du Seigneur plus pesant. Tandis que l'ame fervente le porte avec une aaime allégresse , parceque l'ooctîon de la grâce lui adoucit tout , l'ame