‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 195 sur 225 · DE LA TIÉDEUR DANS LE SERVICE DE DU£U · texte numérisé non relu

DE LA TIÉDEUR DANS LE SERVICE DE DU£U

tiède en sent au contraire tout le poids , et n'y éprouve que de la peine. Châtiment visible de Dieu, qui dès ce monde punit la tiédeur par la tiédeur même. Mais il ne s'en tient pas là ; et, selon qu'il s'en explique lui-même , la tiédeur lui devient si insupportable, qu'elle le provoque à une espèce de vomissement , dont la seule idée fait horreur. II ne rejette pas encore absolument une ame tiède , mais il com' menée à la rejeter^ en s'éloignant d'elle. Cette tiédeur est donc un commencement' de réprobation ; et que jne fiiut-il davantage pour travailler à m'en retirer ? Attendrai-je que je sois tout-à-fait réprouvé de Dieu?

Sbconb point. Après avoir considéré le malheur et le désordre de l'état de tiédeur, si j'en veux connoltre les causes, je dois les chercher dans moi-même ; car cet état ne peut se former dans moi sans que j'en sois librement et volontairement le principe. Je dois donc me l'imputer» et le comble de l'injustice seroit de vouloir l'attribuer à Dieu. Dieu permet bien quelquefois qu'une ame sainte tombe dans des états de sécheresse ; mais ,ces états de sécheresse , suivant les vues de Dieu, ne servent qu'à la purifier, qu'à la détacher des consolations sensibles , qu'à la perfectionner dans son amour. Ainsi , il ne faut pas confondre ces sécheresses avec la tiédeur. L'ame sainte et fervente gémit de ces sécheresses ; mais l'ame tiède et lâche ne gémit point de sa langueur. L'une est dans un état violent, dont elle est innocente; mais l'autre est dans un état qu'elle aime, et dont elle est coupable. Voici comment.

Une des causes de la tiédeur, c'est la facilité à omettre les exercices ordinaires de piété : l'oraison , la lecture , la communion , les examens de conscience , les œuvres de pénitence et de mortification. La moindre affaire en détourne ; le moindre empêchement est un prétexte pour s'en exempter, du moins pour les interrompre , pour les différer et les remettre à un autre temps , c'est-à-dire pour ne les point faire du tout. Combien de fois cela m'est-il arrivé ? combien de fois ai-je quitté Dieu pour le monde? combien de fois pour de vains sujets, et souvent sans nul sujet, ai-je abandonné mes pratiques? Dois-je m'étonner, après cela , si je suis tiède ? et comment ne le serois-je pas? Quand un homme du monde se plaint d'avoir peu de foi : Le moyen que vous en ayez! lui dit-on ; vous ne faites rien de tout ce qu'il faut pour la fortifier et pour l'animer. De même dois-je me dire: Le moyen que je ne perde pas l'esprit de dévotion et de ferveur, lorsque je ne m'assujettis à rien de tout ce qui peut lecooserver ?

On ne va pas néanmoins d'abord jusqu'à se dispenser de tous ses exercices et de tous ses devoirs ; mais on ne s'en acquitte qu'avec négligence , et c'est une autre cause de la tiédeur, (hi vit , à ce qu'il parolt , comme les autres , et l'on se conforme à l'ordre d'une communauté I mais sans recueillement et sans esprit intérieur. On est dans

m DE LA TIÉDKtJR DANS LE SERVICE DE DIEU.

une disposition hàbitnelle ^ se répandre aù-debQrs et à se dissiper. Oi* est-il possible que, dans ce trouble et dans cette diversité d objets dont on se reihpHt , on ne laisse pas peu à peu s'éteindre le zèle de sn perfection ; et qu'à mesure que ce zèle s amortit , on ne vienne pés à se ralentir et à déchoir? Je n^en puis que trop bien juger, et moà (exemple ne m'en convainc que trop sensiblement.

Mais ce n'est, pas là encore la première source dd mal , et il tiré son origine de plus haut. La cause essentielle de la tiédeur, aiioique là plus éloignée , c^est le mépris dés petites choses. Voilà par ou Ton commence à dégénérer. Au lien de se souvenir qu'il n'y a rien dé petit en ce qui concerne Thonneur de Dieu et le culte qui lui est dû , que la perfection ne consiste pas tant dans les grandes choses 4[)ué dans les petites , que c*est même une grande chose que d'être iidèle dans les petites choses , et que c'est enfin par les petites choses <|ue les grandes se maintiennent ; au lieu d'envisager tout cela , on se lasse de ces menues observances , on ne tes croit bonnes que pour les cominen-* çants, on n'y prend plus garde, et de ce degré Ion descend bientôt 1 fan autre, jusqu'à ce qu'on en soit venu à un attiédisseineot parInîL Ah ! si, depuis ces jeunes années où je suis entré tiu service de Dieu « j'avois toujours eii la même attention et la même vigilance sur \é» moindres manquements et les moindres infidélités, qùej'aurois hM de progrès! âélas! bien loin d'avoir ainsi avancé, ce serôit beaucoup pour moi si j*€tois au moins tel présentement que je l'ai été dans ce premier temps d'épreuve et de noviciat!

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Troisième point. La tiédeur n'est pbint, après tôul, .,

irrémédiable. Il est difficile d'en guérir; mais, avec l'assistance divine , ce n'est point une guérison au-delà de mon pouvoir. On en Voit peu d'exeniples ; mais on en voit , et Dieu veut que je sois du nqmVre, Voilà pourquoi il m'a inspiré lé désir de cette retraite : et quds sont les remèdeà dont je puis user 7 Ils se rapportent tous à deux chëfe : l'un de pure réflexion , et l'autre de pratique.

Quant à là réflexion : 1. C'est de considérer souvent la ghtndeuir du Dieu qtie je sers ; ce qu'il m'est, et ce que je lui suis.Ce qu il m'ekl : mon souverain , mon juge , mon créateur ; comment mërite<t-ii donc d'être servi? Ce que je lui suis : son sujet , son esclave , sa créature : comment exige-t-il donc que je le serve ? C'étoit le motif par o& saitti

rveur des premiers chrétiens : Je vous tomure *de te de Dieu d*une man^e (Rgne de Ditu (Coiot ., 4). Règle exoellenle , et remède infaillible contre là tiédeur : penser, parler , prier , s occuper , vivre toujours d'une manière digne de Dieu» â. C'est de considérer comment on sert tes grands du monde. Car là conduite du monde est pour moi une leçon continuelle ; et je dois rdn* gir en me comparant avec tant de mondains que Tintérêt ou l'atobiiioii attachent aux puissances du siècle. Je dois m'iiumilier et ineconfôiidrè

Paul excitoit la ferveur marcher dans la voie

DE LA TlÉDfiUA DAMS LE SERVICE DE DIEU. 6W

cf Éf olr si peu de zèle poor Dieu , tandis qti'ils témoignent tant d^ardeur pour des hommes et des ma!tres morteb. 3. C'est de considérer dans chaque action religieuse son importance» et le bien inestimable qu'elle me peut procurer. Cette action que je fars on que Je vais faire» G^est rœavre de Dieu. Selon que je l'aurai faite plus ou moins sain* tetnent , j'en aurai une récompense plus ou moins abondante. Elle peut me mériter ane gloire étemelle. Ce «ont ces pensées et d'autres 8ettiblables,qfii chaque jour et presque à chaque moment embrasoieët d'ao feu nouveau ces saints religieux du même ordre et de la même profession que moi , dont on m'a raconté les vertus , et que je dois me proposer pour modèles.

. Quant lia pratique y leremède le plus efSeace pour me réveiller de mon assoupissement et de ma tiédeur, c'est d'en détruire les cau^* ses, et de leur opposer des principeg tout contraires : car les contraires se guérissent par les contraires. Par exemple , c'est de reprendre tous les exercices dont l'omission m'a été si préjudiciable , et de m'y rendre désarmais plus exact et pins assidu. C'est d*y apporter tout le soin et toute l'application qui dépend de moi ^ et dont je suis capable. C'est de ne manquer à rien , pas même aux plus petits devoirs et aux plus petites règles : surmontant totales les difficultés » m'ékvant audessus de toutes mes répugnances , consentant , s'il le fout ; à servir Dieu toute ma vie sa^ consolation et sans onction : urop heureux qu'il daigae bien encore k ce prix me recevoir.

GoiiGftiVSioii. Dans ce sentiment , ô mon pieu , et dans cette préparation de mon coMur, je reviens à vous avec confiance. Malgré toutes mes lAebetés et toutes mes tiédeurs , j'ose encore me flatter que voua n'avez prant retiré de moi votre miséricorde. Vous le pouviez, Seigneur, vous m'en aviez menacé , et je le méritois : mais vos menaces juaques à présent n'ont été que des avertissements pour moi ; et puisr que voua m'appelez aujourd'hui tout de nouveau et plus fortemmit que jamais» je ne pui^ douter que vous ne vouliez me foire rentrer dans la voie de vos fidèles serviteurs, et me remettre dans la sainte ferveur que j*ai perdue. Qu*il en soit^ mon Dieu ^ comme vous le souhaites et comme vous l'ordonnez ; et qu'il en soit comme je le veux moi«mônae et comme j'en forme devant vous le dessein.

Ce n'est pas , Seigneur, pour la première fois que j'ai pris de pareilles résolutions, ni pour la première fois que je vous ai fait de telles promesses. Celles-ci ne seront-elles point comme les autres? A consulter le passé, j'ai tout à craindre de ma foiblessed^ns l'avenir : elle est extfême» Mais quoi , Seigneur , languirai-'je donc toi^ours ? N'est-il donc pas temps d'être à vous comme j'y dois être î n'est-il pas tempe d'agir en religieux , puisque j'en porte l'Iiabit , et que j'en ai ootttracté rengif^ement solennel? Me vous ai-je pas assez dérobé de mes anné^ 3 ne m'en auîsrje pas assez dérobé à moi-même ? Car c'est

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