‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 202 sur 225 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

jamais oa prédéstiiié od réprouve. Car on ne meart qu'une fois , et après la iriort il n'y a plus de grâces ni de Ix^nnes œuvres. Par conséquent Fétat où Ton se trouve alors est invariable; et si c'est un état de damnation , il est inséparable.

Ce qui doit encore redoubler ma frayeur, c'est que je ne sais quand se fera cette redoutable décbion de ma destinée , ou pourun bonheur» ou pour un malheur étemel» parcequeje ne sais quand je niourrai. Rien de plus évident ni de plus connu que la nécessité de la mort ; mais rien de plus inconnu ni de plus caché que Theure de la mori. H n'y a point de jour qui ne puisse être mon dernier jour : il n'y a donc point de jour où je ne puisse recevoir mon arrêt , et être ou sauvé pour toujours, ou perdu sans ressource. •

Solides pensées dont je devrois continuellement m'occuper, et que je ne saurois m'imprimer trop vivement dans l'esprit ; car elles sont propres des religieux comme des gens du monde. Religieux et sécnliers, nous mourrons tous, et nous sommés tous également intéressés k nous assurer une bonne m6rt. Or qu'||-je fait jusqu'à présent pour m'y disposer, et que fois-je encore maintenant? Suis*je actuellement en état dé mourir, et voudrois-je actuellement mourir dans l'éurt où je suis? Je n'ai qu'à Consulter là-dessus de bonne foi ma oonscîeùce. Que me dicte-t-elle? que me reproché- t-e)lê? à quoi me fait-dle entendre qu'il fout mettre ordre avant la mort? C'est à cela que je dois m'attacher, et sur cela qu'e je dois prendre incessamment toutes les mesures nécessaires. Conuottre l'importance infinie de bien mourir» savoir que je puis à toute heure mourir^ ne me seotir pas dans la disposidon actuelle de mourir comme je voudrois mourir, n'est-ce pas assez pour me faire ' tout entreprendre , et pour n'y apporter pas le plus court déliai?

Second ik)int. La mort des pécheurs , selon la menace et Texpres* sion du Saint-Esprit, n'est pas seulement mauvaise , mais très roan* vaise. Très mauvaise par le trouble qui Jes agite, très mauvaise par ' le desespoir de la divine miséric^onfe oii ils tombent, très mauvaise par les surprises de la mort et lies coups subits qui les enlèvent, très mauvaise et souverainement mauvaise par l'impéDîtence où ils meurent. Or la mort d'un religieux , après une vie imparfaite et négligente, n'a-t-elle pas par proportion tous ces caractères? Il est bien étrange et bien déplorable qu'on puisse faire une telle comparaison : maïs si j'examine la cjiose à fond , et que je rappelle ce que j'ai su , ce que j'ai entendu , et ce que peut-être j'ai quelquefois vu , je trouverai que cette comparaison n'est ni chimérique ni outrée.

Quel sujet de trouble pour une personne religieuse à la mort , de n'avoir presque rien fait de tout ce qui étoit de sa règle et de son devoir; d'avoir vécu dans la maison de Dieu , et de n'en être pas plus * avancée dans les voies où Dieu vouloit la conduire; d'avoir quitté le

dI IA M0R7. 709

monde t et d'être nëattmoins à la fin de ses jours aussi vide de Tesprit de Dieu» aussi remplie des-idées et de l'esprit du monde, <|ue si elle tfiroit passé toute sa vie dans le monde 1 Elle est donc comme> muesiie et otHegie des douleurs, de la mort [Pg. 17). Car les douleurs de la B|^ yieiment de rattache qu'on a à la vie , au monde » à soi-même ; etroilà son état, fille aime la vie» elle aime le monde, elle s'aime encore plus dle-môme. Qu'il en doit coûter pouf rompre tous ces liens, et qu'il y a de rudes combatlB à soutenir! Omorî, est-ce mnsi que tu nous sépares (i. Rois, iS>)?

Aura-t-elie recours à Dieu? mais c'est an contraire la vue de Dieu qui augmepte ses inquiétudes et qui la désole. Elle sait avec qûdie lâcheté elle l'asservi : miUe péchés qu'elle traitoit de scrupules dans une vie tiède et dissipée , miÛe doutes qu'elle ne vouloit point éclaircir ou qu'elle décidoit à son gré, lui reviennent à l'esprit. Si ce n'est pas en déiail que tout cela se présente, c'est en général , et^atis une confusion qui l'effraie d'autant plus qu'elle en peut moins démêler l'embarras. Tout lui devient suspect : ses confessions passées , ses communions; les sentiments de son coeur, qii'elle a suivis; les liaisons qu'elle a entretenues; les fiiux principes qu'elle s'est faits sur d^ points capitaux et essentiels; les libertés qu'elle a'est données, au mépris de la règle , et souvent au scandale de la communauté; les dispenses qu'elle a demandées-, et les vmes dont elle i usé pour les obtenir. Autrefois rien de tout cela ne luifaisoit peine; mais cette conscience, autrefois si'large,.est maintenant une <tensciençe étroite, ou pljitôt une conscience droite qui ne sert qu'à, la tourm^ier. On tâche à lui inspirer de la confiance en Dieu et eu sa miséricorde : mais, malgré tout ce qu'on loi peut dire, il lui xëste toujours une obscurité danf l'ame, une incertitude, un souvenir de ses obligations et un reproche de ses perpétuelles transgressions^, une crainte des jugements de Dieu capable de la consterner. Si eUe ne va pas jusqu'au désespoir des pécheurs du siède, le rayon d'espérance qu'elle conserve est bien fioible I et n'a guère de finrce pour la relever.

Encore plus à plaindre qu^nd elle est frappée d'une mort subite : car on n'-est pas phis à couvert, dans la religion que dans le monde, de ces morts imprévues et précipitées ; et comme Dieu a des châtiments aecrei3 qu'il exerce daps le monde ,. il y en a qu'il exerce dans la religion. Toute une maison témoin d'un pareil accident, en est touchée. On juge charitablement de la personi^, on prie , on espère pour elle ; mais du reste on ne poRt se dissimuler à soi-même la vie peujégulière et peu édifiante qu'ellshmenoit. On est obligé d'en convenir , et Ion ne peut s'empêcher de dire , du moins dé penser^ qu'il eût été bien à souhaiter qu'elle eût eu du temps pour rentrer en ette-mêm^ et pour se préparer. Du temps ! Hé , n'en a-t-elle pas eu ;. et que doit être autre chose toute la vie religi^se qu'une préparation habituelle à la mort? Ce n'est donc point le temps qui lui a inaaqué; mais elle

Page 1