DE LÀ MORT
n'a pa» su en profiter lorsqu'elle Tâvoit , et oomme on Ten avertiesoit^ Le temps de Dieu ^t venu. Elle ne l'attendoit' pas : mais il avan* çoit toujours; ei elle s'y est enfin trouYëe dans le moment qu'elle ^ songeoît le moins.
Combien de religieux et de rdigieuses sont ainsi morts dans Ab espèce d'impénitenoe, qui ne ressemble que trop à J'impénitenoeo^ pëeheurs? G'eat-à-dire qu'ils sont morts, dans leur relâchement, dans leur tiédeur, dans lenra habitudes , datfs des dispositions d'esprit et de cœur très dangereuses. Combien même de religieux et de rdigiettles , ayant à la mort tout le loisir de rentrer en eux-mêmes , et de se munir des sacrements de l'Église , ottt fait ?oir, en les recevant pour la dernière fois , la niéme indifférence et la même froideur qu'ils avoieat eue pendant I4 vie ? C'est une maxime généralei qui se vérifie dans l'état religieux, aussi bien que dans tous les autres états; qu'on meurt comme on a vécu^ Comment est-ce que je vis? comment est-ce que Je veux vivre dans la suite? VoUà comment je mourrai.
TnoisitaE poiirr. Autant que ta mort des pécheurs est mauvaûe, autant TÉcriture nous apprend que la mort des Justeè est précieuse devant Dieu. Prédeusé , paroequ'ils meurent dans un saint démchement et sans reeret ; précieuse, parcequ'ils meurent dans une con«fiance pleme de consolation et de douceur; précieuse , paroequ'ils meurent dans une union intime avec Dieu | et dans l'exercice desplus excellentea vettus; précieuse, paroequ'ils meurent dans la grâce de Dicu^ et avee le don inestimable dé la persévérance. Or, entre ces Justes, Jes âmes vraiment religieuses ne tiennent pas le dernier rang. Quelle est donc li mort d'un religieux fervent et fidèle ? C'est là qu'il commence à goûter les fruits de son travail , et à en recevoir la récompense.
Il meurt eu paix et sans douleur, parcequ'il meurt dans un parfait détachement <te toutes les choses humaines. Il a le cœur libre, et dé* gagé de tout ce qui pourroit l'arrêter sur la tefTe ; et, au lieu de ne rien regretter en ee monde , il remercie Dieu , comme David , de ce qu'iluchève de rompre ses liens. Il n'y a plus , Sdgnenr, que le lleo de ce corps mortel, et vous m'en allez délivrer; j'y consens. Non seulement il 7 oonseift, mais il le deâre : Qtky a-uU , mon Dieu, que je puine souhiàier hor» vous (Ps. 73)? et que m'importe tout lé reste, pourvu que je vous possède? Il envisage la mprt comme la fin de ses peines et le commencement de son souverain bonheur. Elle parott aux impies une destruction totale de Thomme ; mais il la rf^zràe comme un passage du lieu de son bannissement a sa bienheureuse pairie , et de cette sorte il n'en ressem point le tourment {Sap., 3).
Il meurt dons ime humble et vive confiance. Et que eramdrcMt-il , lorsque , sans présumer de soi-mflme et rendant gloire de tout à Dieu, il se toit enrichi* de trésors et de mérites qu'il a amassés dans la relj-
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gion? Tous ces mérites, disperses dans le cours d'une longue vie, se réunissent devant ses, yeux , et le comblent d'une joie iûtérieure qui lai adoudt les rigueurs de la mort. Toutes ses pensées se tournent vers le ciel où il aspire , et dont la possésûpn lui est déjà presque assurée. Dieu lui donne de cette fiSlicité étAelle un avant-goût qui le ravit et le transporte : tellement qu*il peut s'écrier, avec le premier martyr de TÉglise , saint Etienne : Je voit les deux ouverts^ et Jésus qui m'attend à la droite de Dieu [Abt.^ 7). v
n meurt dans la plus étroite union avec Dieu , et dans rexèrcice ide toutes les vertus qu'il a si longtemps et si souvent pratiquées. Il s*y est formé de bonne heure , et il recueille alors tout le fruit de la sainte habitude qu'il s'en est faite. Quoique ûiourant, et réduit par la violence de la maladie dans la dernière folblesse, il n'a point de peiné à s'élever à Dieu, à s'immoler à Dieu, et à lui faire le sacrifice de sa vie. Accoutumé qu'il est à tous ces actes et à divers autres , il y entre d'abord et sans effort ; et pour peu qu'on loi parle ou qti^on le fasse souvenir de Dieu , son cœur prend feu tout-à-coup et s'enflamme.
Enfin, par une grâce au-dessus de toutes les grâces, il meurt dans la persévérance finale, qui est la consommation de sa persévérance ef de sa constance dans l'accomplissement des devoirs de la vie relif^icuse. Car la persévérance finale suppose une persévérance commencée, et c'est par celle-ci qu'on parvient à l'autre. Ainsi il meurt ami de Dieu, entre les bras de dieu , dans le sein de Dieu , ou son ame va se reposer, It passe de l'état de sainteté à l'état d'impeccabilité; c'est-à-dire d'un état où, tout Juste et tout attaché qu'il étoit à Dieu, il ponvbit encore le perdre et l'offenser, à un état où il ne pourra plus que l'aimer et que le glorifier.
Conclusion. Ya-t-il, Seigneur, à délibérer pour moi, et une mort si heureuse ne doit-elle pas être l'objet de tous les Vœux de mon cœur? Mais telle est , mon Dieu , notre misère , et la mienne en particulier : nous voulons une sainte mort, et nous vous la demandons ; mais pour cela vous demandez de nous une vie sainte , et c'est ce que nous nç voulons pas^ Hélas l Seigneur, c'est ce que je n'ai en effet jamais bien voulu. Cependant il faut vouloir l'un et l'autre tout ensemble : car^ selon votre providence ordinaire » vous ne donnez point Tun sans l'autre; et se promettre de mourir comme vos plus zélés serviteurs sans vous avoir servi comme eux , c'est Ja plus fausse et la plus trompeuse illusion.
A quoi donc me suis-je exposé depuis tant d'années , et à quoi m'expose encore présentement ma langueur et ma nonchalance dans votre service? Faites-le-moi comprendre , ô mon Dieu ! faites-moi ressentir pendant la vie toutes lés frayeurs de la mort , afin que je ne les ressente pas à la mort même. . ^
Je me trompe , Seigneur : on ne craint que trop la mort; mais on