DU JUGEMENT DR DIEU
ne la craint pas comme on la doit craindre. Or apprenez-moi à la bien craindre. On craint, la mort, parcequ*on aime la vie : c'est la craindre en homme , et non en chrétien ni en religieux. De cette crainte toute naturelle il arrive , ou qu'on ^e pense point à la mort et qu'on en perd, autant q^ est possible , la vue, afin de n'en être point affligé ; ou qu'on ne pense à la mort que pour s'en préserver le plus qu'on peut ,,que pour l'éloigner et pour y apporter des précautions qui flattent notre amour-propre, et qui fomentent notre paresse. Une telle qrainte , bien loin de nous être utile, nous devient nuisible, puisqu'elle ne va qu'à nous iùspirer le relâchement et à nous y entretenir. Ce n'est point ainsi, mon Dieu, que vos Saints ont craint la mort y et ce ji'eÀt point là non plus la crainte que j'en dois avoir. Il m'importe peu de vivre, mais il m'importe infiniment de bien vivre, de vivre religieusement et saintement, pour mourir de même. Ce que je dois donc craindre , ce sont les terribles conséquences de la mort , afin de les prévenir. Ce que je dois craindre., c'est le danger affreux d'une înort-qiii me siu^prendroit, et que je n'aurots pas prévue. Heureuse l'ameque cette crainte tient dans une attention et une vigilance continuelle ! Plaise à votre miséricorde , ô mon Dien , que j'en retire ce fruit de gracè et de sanctification I .
SECONDE MÉDITATION
nu JUGEMENT DE DIEU.
SUUuinm est tuminibiM semsl mori : post hœ auUmjudidum. ^ C'est un arrêt porté contre les hommes, de mourir une Ibis : après qaoi vient leingement. Ir«6r., chap.iz. *
Premier point. Après la mort suit le jugement de Dien , c'est-àdîre que dès le moment môme ou mon ame se séparera de mon corps, elle paroitra devant le tribunal de Dieu, et lui sera présaitée comme à son juge. Il est vrai qu il y aura à la fin des siècles un jugement général, où nous serons tous rassemblés, pour y recevoir une dernière sentence et un arrêt plus solennel : mais avant que ce grand jour arrive, et que tous les temps j^our cela soient consommés , la foi m'enseigne, et c'est une vérité fondamentale , qu'il y a dès l'heure de la mort un premier jugement, que chacun des hommes doit subir en particulier, et qui se passe secrètement entre Dieu et l'ame.
nne faut point que cette ame fasse un long trajet, ni qu'elle se transporte bien loin, pour comparoftre en la présence de Dieu. Quelque part que l'homme meure. Dieu se trouve ta , pour y exercer sa souveraine justice : car il est partout, et il agit partout également et avec la même puissance. Ainsi, en quelque lieu que ce puisse être, je n'aurai pas plus tôt rendu mon dernier soupir et cessé de vivre, que je serai comme investi de la majesté de Dieu. Je ne l'apercevrai, ni ne le verrai point ; niais, sans se montrer à mes yeux, il se fera sentir à moi» et m'imprimera une vive idée de sa grandeur. T^ement que la pa-