‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 205 sur 225 · DU JUGEMENT DE DIEU · texte numérisé non relu

DU JUGEMENT DE DIEU

rote de Job s'accomplira' à ipon égard : J^qi craint le Dieu t<ml plagiant; ety dans le juste effroi qu'il m'inspiroit ^ je me le représentois comme une mer (Cune étendue infime ^ dont les flots grossis de tous côtés f et semblables à de hautes montagnes, venoient fondre sur ma tête et m' accabler (Job» 31). Voilà comment Dieu m'enveloppera; pour ainsi dite , et comment il se rendra maître de moi « sans qu'il «it besoin de nul autre que de lui-même pour me saisir et pour ro'arréter.

Que ferai-je» quelle sera ma ressource? En vain penseirois-je à m'écfaapper, et voudrois-je m'enfuir de devant la face du Seigneur : il me tiendra en ses mains ; et dès qu'une fois on tombe dans les n>ains dtt.Dieu vivant, on n'en peut plus sortir. En vain compterois-je sur les hommes et sur leurs secours : i qui pourrois-je me faire entendre, étant seul avec Dieu? et qtiand je serois en état d'appeler toutes les créatures à mon arde» que serviroient tous leurs efforts contrôleur créateur et le mlcQ? Peut-être des personnes charitables, des amis viendront-ils auprès de mon corps ma rendre certains devoirs, et témoigner leurs regrets. Toute une communauté où j'ai vécu, tout un ordre m'accordera ses suffrages» et offrira des vœux en ma faveur : mais ces prières» ces vœux mettront-ils moname en assurance» si Dieu ne les écoute; et les écoutera-t-il».si tout cela n'est soutenu par les mérites et lasaintetéde ma vie? Je me trouverai donc» en ce terrible moment» abandonné à Dieu et à moi-même : à Dieu» de qui dépendra ma destinée pour Tétemitë tout entière,, et qui sera sur le point d'en décider; à moi-même, qni, dépourvu de tout le reste» et dans le dépouillement le pliis universel,' n'emporterai avec moi que mes œuvres, et n'aurai point d'autre souti.en ni d'autre'fonds. Où en serai-je si ce fonds me manque» et par où pourrai-je y suppléer?

O que j'apprendrai bien alors à faire d'une vie sainte et religieuse Tesiinre qui lui est due ! Que je comprendrai le bonheur de ma vocation» si je l'ai fidèlement suivie» et si j'en ai rempH tous les devoirs! Queipc donneront de confiance une exacte régularité, une obéissance aveugle» une pauvreté dénuée de tout» la soumission de mon esprit» la mortification demes.sens» la retraite du monde» l'assiduité à la prière, le soin des plus petites choses» et toutes les observances de mon état ponctuellement et constamment gsfrdées! Que je me saurai bon gré de m'être fait là-dessus d'utiles violences; d'avoir combattu mes répu-^ gnances naturelles». et de les avoir surmontées; de n*avoir eu égard» ni à certains exemples que j'avois devant les yeux et qui pouvoient me séduire, ni à certaines considérations et à de vains respects » qui, m'auroient porté au relâchement et détourné. de mes exercices» ni' à tous les prétextes que ma délicatesse n'eût été que trop ingénieuse à me suggérer, pour peu que j'y eusse prêté l'oreille! C'est cette vue et ce souvenir du passé qui fera toute ma force, et qui m'affermira contre la frayeur d'un jugement, où je n'aurai que moi pour prendre en. main ma cause, et pour me déf^dre.

714 DU lUGEMElNT DE DIEU.

Mais au contraire, si de toat le passé il he me reste rien sur qnoi je puisse m'appuyer et m'assurer ; si, ine voyant au pouvoir d'un Dieu qui va me juger selon le bon ou le mauvais emploi de mes années , je n'y découvre que tiédeurs, que négligences, qu'infractions perpétuelles de mes règles, qu'un vide affreux et une inutilité tout infructueuse, pour ne pas dire tonte crimidelle, en quel accablement tomberai-je, et en quelle désolation ! J*en frémirai d'horreur. lU viendronîf dit le Sage parlant des pécheurs (et combien de mauvais religieux seront de ce nombre!) ili viendront tout tremblants et tout interdite {Sag., 4). De retourner sur leurs pas et de rentrer dans la vie pour en (aire on mdlleur usage, c'est ce qu'ils ne pourront obtenir. D'avancer vers Dieu, et d'approcher de son tribtinal pour y rendre compte d'une vie perdue, c'est ce qui les consternera. Ah! que n'y pensoient-ils et que n'y prenoient-ils garde, lorsqu'ils en avoient les moyens! Je les ai présentement, et bientôt peut-être ne lés aurai-jè plus. M'en négligeons aucun : il n'y a point de temps à perdre; et le lùalheur dont je veux me garantir estasses grand, pour ne rien omettre de toute la vigilance et de toute la précaution que j'y puis apportera

Second poitft. Dans les jugemlents que rendent les hommes, le procès doit être instruit, et le jiigene prononce qu'après avoir éclaira les faits, et les avoir examinés avec toute l'attentioti nécessaire pour n'y être pas trompé. On interroge le criminel, on lui confronte les témoins, on écoute ses réponses; et il n'est ^okit condamné, que la preuve ne soit entière et la eonviction Juridique. Dieu gardera envers moi la même forme de Justice, et c'est pour cela qbe j'aurai k sabir de sa part l'examen le plus général, mais en même temps le plus prompt et le plus convaincant.

Examen le pins général. Dans toute la suite de la plus longue vie et depuis le premier usage de ma raison, |e n'aurai pas fbrmé une pensée, pas conçu un désir, pas dit une parole, pas fait une action ni omis un devoir, où cet examen ne s'étende, et sui' quoi je n'aie à me justifier. Et comme tout cela se trouve ordinairement accompagné de circon* stances qui aggravent le péché ou qui le dimfnueht, il n'y aura» par rapport à chaque article, ni vue, ni intention, ni sentiment, en un mol pas un point si léger qui n'entre en compte , et qui ne sôit mis dons la balance pour y être pesé. En qualité d'homme éclairé de la lumière naturelle, en qualité de chrétien soumis à la loi de l'Évangile, en qualité de religieux appelé à la perfection , j'avois des obligations différen* tes; et c'est de toutes ces obligations qu'il me faudra répondre. Mes œuvres les plus pieuses en apparence ne seront pas à couvert de celte recherche. La moindre imperfection qui s'y sera glissée, l'osil de Dieu la découvrira; et s'il ne laisse rien échapper de tout ce qui en aura fiait le mérite, il ne laissera rien non plus palisser de tout ce qui en aura pu avilir le prix et altérer la sainteté.

Page 1