DU JUGEMENT DE DIEU
conier prcmpièmenî avec Me^ tandù que je marche encore dàn$ te ehe^ min^ afin qu'elle ne me 'Hvre pas au juge (M atth., 5). Dès que je Taorai satiBbite^ efle se rendra mon avocate auprès de Dieu : eUe loi re* présentera ma pénitence» mon retoor smcère, mes bonne» résolutions, et les effets salutaires dont elles auront été suivies. EUe effacera des livres de la justice éternelle tout ce qui étoit écrit contre moi» et elle m'en obtiendra l'entière abolition.
TaoïsiÈMB POINT. Selon l'examen que Dieu«inra fait de moi et de toutes mes œuvres, il formera mon arrêt de réprobation ou de salut. Quoique ce ne soit pas une sentence aussi publique qa'elle lé doit être dans le jugement uaiversel, elle n'en sera ni moins authentique, ni mtÀos irrévocable. Car ce que Dieu aura pt*ononcé, ou pour mon malheur éternel, ou pour ^non éternelle béatitude, il ne te changera jamais , puisque je ne serai phis'alors dans la voie où l'on peut perdre et obtenir sa grâce, mais dans le terme où Ton ne peut ni pécher, ni mériter. H m'é&t donc d'une extrême importance que cet arrêt de Dieu me soit favorable : sans cela que tieviendrois-je, et en quelle misère serios-je t*éduit?
Pensée effrayante! Comment ai*je pu si souvent Tonblier, et que dois-je avoir plus fortement gravé dans la mémoire? Pour en mieux sentir l'impression, je n'ai qu'à m'imaginer que je suis actuellement dêvant-le trône de la justice de Dieu, et qu'après m'avoirinterrogé, il se déclare enfin, et lance sur moi ce redoutable imathème : Retire^' vous de nuÂf nlaucfit (Mat^h., 35). Quel coup de foudre! Que je me retire de mon Dieu I que je sois éternellement privé de ^ mon Dieu ! que mon Dien me frappe de sa malédiction , et de toute sa malédidion, sans qu'il me soit désormais possible âe l'apaiser, ni qu'il me reste aucune espérance de Je retrouver jamais et de le posséderi Est-ce pour cela qu'il m'avoit séparé du monde, qu'il m'avoit appelé à Tétat religieux, qu'il m'avoit recueilli dans sa maison, et qu'il m'y avoit fourni tant de moyens de sanctification? Il vouloit m'attaeher à lui plus élroiten^ent que le commun des chréti^s, et le voiUi qui me rejeUCjde sa présence, et qui fait im divorce entier avec moi ! il vouloit me mettre au rang de ses élus, et des. âmes spécialement choisies et prédestinées; et le voUà qui m'enlève toutes les grâces dont il m'avoit enrichi, et qui me dégrade jusqu'au plus bas rang des âmes réprouvées! Il vouloit me feire monter Jiuir premières places de son royaume, et le voilà qui me précipite au fond de l'abtme! Je n*aî, dis-je, qu'à prévenir ainsi le temps; et n|e supposant par avance dans cette fetale extrémité, je n'ai qu'à suivre tous les sentiments qu'exciteront dans mon cœur de si tristes et de si désolantes idées. Heureux que ce ne soit encore qu'une supposition ; et cent fois plus heureux si, par une conduite toute nouvelle, je vis de telle sorte que cette figure ne devienne jamais pour moi un effet ni une Viéritéî
DU JUGfiaiEKT OB DIEU. 717
C'est par.ce renouveHeiiient et ce changemeat de vie qne je puis mériter un jugement de^alui et de bëBédiction. Car il y en a un pour les âmes justes, et surtout pour les âmes vraiment religieuses. Au lieu dece fùn^te arrêt dont rjéiois menacé si ma vie jusques à la flM>rt eût toujours été également imparfaite et irrégulsèret qu'il me sera doux d'èntendrede'Ia bouche de mon souverain juge cette aimable invitation et ces consolantes paroles : Honvage^ bot^iervUewr! vQustn'iwez été fi^ dèle.enpeu de choses et pour u peu de chou je vom denhw un grand héritage. Entrer dam Idjine de votre Seigneur (Màtth«, 25). Comblé de cette joie toute pure et toute divine, dont je commeaceraià goûter le^ douceurs mef^bles, je reconaritrarbien que c*étoit peu de-ohose que Dieu deinançloit de moi en ce monde, et que tout ce que j'y aurai, on entrepris, ou souffert, ou quitté pour lui, n'étoit rien en comfMi* raison de ht récompense qu*il m'avoit prépar^ée, et de la gloire où il s'étoit proposé de m'élever. Si je poi^voiç encore alors é»re touché de quelque regret, çie ne seroit pas d'avoir porté tr<^ loîu mon zèle, m de ne m'étre point assez ménagé dans les saintes pratiques qu'il m'inspiroîtpour mon avancement et jnaperfeciion; ce seroit ptuldt<]era2- * voir trop mesuré, et de ne lui avoir pas donné piua de Jiberté et plus d'étendue. En puisse trop faire lorsqu^il. s'agit d'un maître qui dans son jugement ne sera pas moins libéral et magnifique à couronner ma fidélité , que sévère et inexorable à punir mes n^ligences et mes lâchetés? . .
Conclusion j GranADieu, qui d'un regard ébranlez les colonnes du firmament^ et faites trembler la terre ; Dieu de sainteté et la sainteté même, devant qui les cieux ne sont pas purs, et qui avez.trou^vé de la cerru ption jusque dans vos anges : hâasi Seigneur, comment pourra soutenir votre présence une créiiture aus^i foible que je le suis, et comment une ante chargée de tant de dettes oaera^t-elle entrer en jur gement avec vous?\9fa/fceiir à la vie même la plus chrétienne etlaplus religieuge dààs leetime dea hommes^ si vans l'examinez à lartgueur^ et si vous la juge» sans miséricorde (Auo.)! Car vos vues sont bien an* dessus diss nôtres ; et qui peut se Natter d'-êtreà vos yeux e^Lempt de tache et dignef d'amour? *
Cependant, mon Dieu, vos divines Écritures m'éBseignent que cette miséricorde qui m'est si nécessaire, et sur laquelle je dois principale* ment étabUr ma confiance, n'aura plus de part dans lejugement que je recevrai de vous i l'heure de ma mort,, et que votre justice y.présidera seule. Quelle grâce ai-je donc à^ous {lemander, et quelle prière m-je présentement à vous faire? Ah! Seigneur, c'est que vous n'atten* diez pas, pour me juger, que ce dernier jour soit venu « mais que vous me jugiez dès cette vie, parceque vos jugements en cette vie sont des jugements paternels et salutaires. Oui, mon Dieu, jugd toutes mes infidélités e| tooteft me» offenses^ il est jutsie que j'en pprte Ja
718 DBL'EMFfiR;
pwpe ; «ris ne um réter vcs pt» àiPe leinpt, où vûUim me Hfifmnâwiex, quê dtmê toire eottrtj et voué n$ me fugerie» que dam voin furemr
VoiM fritca plus enoore, 6- Dieo •^▼eraineiMiit bon et plein d'indnlgence. Vont Toulea bien qe me pas jttger vonfr^méme, 'pour?v «{iie je sois mon propre Ja|^( et vonsoonsentez à me renoettre tons vos in* tëréts, poonrn qtke^j'ai jpreime sdq contre moi-même, et que je toos hsSe loate la justice qm dëpmd de moi. Y auroit-U unayenglenient plosdëplorable/et moins excusable que le mien, sâjorefusérfsiuieeon* diUon aussi «yanUieeuse que celle^làY De graind tasv»^ ônnbn Dieo» je faeoepte, et je m'y soumets. Je me dterai moi-même au tribniml ée ma oonseîen^; je serai moinnéme mon- accusateur er mon témoin ; je ferai de toute m» vie la revue la plus rigoureuse etb phis sévère; j'y proportionnerai ma pëniteiioe; et dans un irrai désir de'vous satisfiiire, jela rendrai ausn oomplèté qu'elle me semblera devoir rêtre; et que ma foiblesse la pourra Supporter. Je n'en demeurerai pas là, Seigneur : je réglerai Tavénir, je le sanctifierai ; je ne m'y penrnetirai ni ne m'y pardonnerai rien, lAn que rien ne m'arrête onand vous m'appelte4z.à vous, et que je puisse sans- retardement et sans obstacle pr^dre possession de rélemellebéatitiide que vous m'ave^proame.
TROISIÈME MÉDITATION
nE l'enfer.
Retirez-vons de i^ol , maadits , et allez au feu éternel. Mattb., £bap. jtxT.
Preuibr M>mr« H y a trois choses i considërer4ins l'enfer, qui paroissent bien éteunâmtea; et qui sont peur nous autant de sujett d'horreur. Li première est que Dieu, pendant toute l'ëternité, B*y fera jamais nulle grâce, lui néanmoins qui edtla souvermne mMricorde.
Ce Dieu dont la iiature n'est que benté, ce Dieu qui, depuis la création du monde, fait luire ëgalanent son soleil sur les méchants et sur les Justes; ce Dieu qui, peiur ses ennemis mêmes et pour des pédiews» est descendu de sa gloire, s'est revêtu de notre humanité, et a voulu mourir sur une eroii; après taiit de bienfaits, et des témoignages si sensibles de son amour, ne jettera Januis, un regard favorable sur an* cun des réprouvés, ni jamais ne fera distiller sur eux une seule gontie de ce sang qu'ils répandu toutefois pour euinnémes avec tant d'à* bondance dans sa passion. Telieineilt que la miaérioorde divine, doat tes communications sont infimes envers tout le reste des créatnrea, même les plus tSss, demeurera éternellement sans actionàl'égard des damnés. Ils pousseront des cris lamentables, ib se désoleront, ib'verseront,' selon l'eipression de l'Étangile* des torrmos de larmes : oi^ ce Dieu vengeuvn'arrêtera pis unefois pour cela aon bras, ni ne ana-
D|i L'^NFEff. 710
pradra pas un moment ses eovps ; et tant qn*îl sera Dieu (or il le sera toujours, comme il Ta toujours été), il verra souffrir des âmes, qu'il a formées à çon image, des âmes qu*il a marquées du sceau de sa diyinitë, des âmes qui porteront le caraotèriç de ses sacrements, sans^éire émut pour elles du moindre sentiment de compassion. Le pourrois-je croire, s*U ne nous Tavoît pas lui-môme révélé? Mais c'est un article de la foi que je professe. 11 faut donc qu'une ame réprouvée soit bien affreuse a^x yeux de Dieu, puisque la baine qu'il en conçoit est capable de Tendurcir de la sorte, et de fermer à cett^ ame maudite toutes tes sources de la fjfraca.
Mais encore qu'est-ce qui peut ainsi la défigurer anxieux de Dieu, et en faire un objet si abominable? le péché qui vit dans elle, et qui n'y: mourra jamais. Avec cette tache désormais ineiFfaçablCt elle sera toujours pour Dieui qui est infiniment saint, upe victime de colère el de damnation. Le réprouvé pouvoir pendant la vie l'effacer, cette tache si odieuse : il pouyoit renoncfer à son péché, et par-^ obtenir grâce. Il étoit, par son péché, dans nn état de réprobation seulement commencée, et non consommée. La mort est venue ; et à ce terme fatal, le même péché qiie la pénitence eût pu réparer est devenu irré: missible, parcequ'il est devenu irréparable. Cette damnation anticipée, mais seidement commencée, est devenue une damnation complète, et a reçu sa diernière consommation. Cette miséricorde, aupan^vant si Qpévenantei et lù facile ^ s'ép^cher et à pardonner, s'est mserrée et retirée sans-retour. Goinme elle trouvera toujours le péché présipnt et vivant, ce sera toujours, selon l'ordre des décrets divins, un obstacle invincible qui la retiendra, et qu'elle ne pourra pins surmonter. Ùe aorte qii'it n'^ aura dans tbns les siècles que la justice qui agira; que la justice qui frappera, que la justice qui. vengera ses droits et qui se satisfera. O que je suis aveugle, «i je n'apprends paa de là, 1** à redouter la justice de Dieu, et i craindre de tomber dans ses mains; 2? à redouter encore plus le péché , puisque la justice de Dieu n'est redoutable qu'à cause du péché; y à ne pas négliger les miséricpr* desdiu Seigneur lursquUl me les offre sMjbérâlement, mais.à en faire tout l'usage que je puis, pour me mettre à coiivert de ses vengeances!
Séconb point. Une autre chope non moins digne dct notre étonnement, et qui ne doit paa^nous remplir d'un moindre effroi, c'est que des âmes élites pour Dieii, pour le voir, pour l'^er, pour lejxM^« der, et pour être heureuses en le^possédani, ne le verront néanmoins jamais dans^Lenfer, ne l'y aimeront jamais, né l'y posséderont jamais; et qu'au contraire, malgré toute la. force do penchant et de l'inclination natiirelte qui les portera ver^ ce premier Être, leur ifin dernier et le centre de leur repos, étemeUement elles lei haïront» éternellement elles k blasphémerontt é^rneUement elles trouveront dans h conqoissaoce qui leur Fèfbsnt d0 ^ perfections infinies , ^ dans l'idée
720 DE LENFER.
qu'elles en oomenreront, leur supplice le plus rigourent et le svjet de leur désespoir.
Car étant d'aife part séparées de Dien, iBt cela par une séparacioD violente, comme si elles étoient à chaque instant arrachées du sein de leur créaient*; par une séparation totale , en conséquence de laquelle toute alliance entre Dieu et elles sera r6n^)ue; par une séparation éterDOlîe, qui leur ôtera tout moyen, toute espérance de retour et de réunion : et d'autre part, quoique' ennemies de Dieu, étant sans cesse occupées du souvenir de Dieu, <sQmmedtiphis{{[rand de tons les biens; comme du seul bien, soit absolument et en lui-même, soit par rapport à eflesV puisqu'elles n'en pourront avoî^ d'autre; comme d'un bien infini» qui devoit remplir tous^ leurs désirs et les établir dans «ne félicité parfaite; comme d'un bien qui lei|r étoit destiné, et auquel eUes avoient le^ droits les plus légitimes y comme d'un bien dont la privalion sera* pour elles le comble du malheur, et qu'elles' auront perdu potir de vains avantages ;<sommed'^un bien où elles asph-eront toujours par jine nécessité inséparable de leur être, et que jamais elles n'obtiendront par la dure fatalité de leur était : toâà.œ qui les , ronflera perpétuellement, et ce qui les transportera jnsqnesi la (ureur et à b rage. - ' ■ '
Ainsi , psr une contrariété de sentinôents là plus cruelle ^ le même Dieu qu'elles regretterosnt et qui'ellès désireront sans cesse, elles l'auront en horreur; çC le même Dieu qu'd|iB8'aut*6nt en horreur, elles ne cesseront point, pour leur tourment, de le r^frétter et de lé désirer. Désirs et regrets aussi inutiles qu'ils seront douloureux; et ce qui en fera mêime la douleur la plus sen^ible> ce sera leurinutilité. Car estil une peiiie , dit saint Bernard , comparable à celle de vouloir toujours ce qui ne doit jamais étre,et de ne vouloir jamais ce qui doit toujours être? L'âme réprouvée voudra toujours s'élèfverii Dieu, et c'est ce qui ne sera jamais f ePe ne consentira jamais à être éloignée de Dieu , et c'est ce qui sera toujours. De tous côtés malheureuse : e'està-dire, malheureuse d'être abandonnée de son Dieu ; et' plus malheureuse, dans œ terrible abandônnement, de ressentir b perte qu'elle aura iïâte , et d'en compi*èndre toute la grandeiDr. Malheigrmise d'être déchue de toutes ses prétentions au royaunoie et à l'héritage de son Dieu; et plus malheureuse, dans cette- fanesté décadence, de aoupirer uniquement et si-ardemment après ce èéjour bienheureux. Malheureuse , dans la violence de ses transports, de se tourner par mille imprécations comre'son Dieu; et plus malheureuse, malgré ses imprécations et ses blasphèmes , d'être si Corteikiènt attirée vers ce suprême auteur de qui elle avoit tout reçu, et^de quf elle devoit tout attendre.
Eh ! que ne.peut-elte l'oublier! que ne peut^lle se délivrer de ce poids qui Tentralne, et de cette pente qui ladomineetquilatyran. nise! L'enfer ne lui iteroitplus enfer qu'à demi. Quoi qu'il en soit, c'est à moi d'examiner eîi qkelJe disposition je suis maintenabt par rap*