‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 5)Chapitre 21 sur 225 · SUR LA PAIX AV£C LE PROCHAIN · texte numérisé non relu

SUR LA PAIX AV£C LE PROCHAIN

rieurs, nous demeurons dans la même maison, nous portons le même habit, nous sommes membres de la même société et du même ordre. L'unité en tout cela est parfaite : n.'y aaroit-U que nos cœurs entre lesquels elle ne se trouvera pas , lorsqu'elle y est néanmoins si nécessaire?

S II. Les obstaelei les plu$ ordiruàret qui troubletU la paix avec le

prochain.

Malgré toutes les remontrances de saint Paul et ses plus fortes exhortations , la paix , du temps même de ce {p*and apôtre , ne laissa pas d'être troublée parmi les chrétiens. Ainsi, nous ne devons point être surpris qu'elle le soit encore aujourd'hui dans les communautés religieuses. Elles ne sont pas plus saintes que l'étoit cette Église naissante, que le Saint-Esprit venoitde former, et qu'il avoit comblée de ses dons les plus excellents. Hais c'est justement ce qui nous doit engager â prendre plus sur nous-mêmes, et à faire plus d'efForts pour nous prÂerver d'un malheur où il est si aisé de tomber, et dont toute la ferveur de la primitive Église n'a pas défendu des âmes si pures d'ailleurs, et comme toutes célestes. Voilà, dis-je, pourquoi nous devons redoubler nos soins , et apporter une extrême vigilance à prévenir et ^ écarter les moindres obstacles qui pourroient altérer la paix et la détruire. Or, entre ces obstacles, les plus communs sont : l^^la diversité des tempéraments et des humeurs ; S"* la diversité des intérêts et des prétentions ; y la diversité des opinions et des sentiments ; 4!" la diversité des directions et des conduites ; tH" enfin , les liaisons et lés amitiés particulières. Il y en a d'autres, mais qui la plupart sont compris dans ceux-ci et en dépendent. Je vais m'expliquer davantage sur chacun de ces cinq articles.

L Les tempéraments ne sont pas les mêmes , et rien n'est pins différent que les humeurs. Il y a des humeurs douces et paisibles, et il y en a de violentes et d'impétueuses ; il y a des humeurs agréables et enjouées, et il y en a de chagrines et de bizarres ; il y a des humeurs faciles et condescendantes , et il y en a d'opiniâtres et d'inflexibles. Bans une même communauté , les unes aiment à contredire, et les autres ne peuvent souffrir la plus légère contradiction; les unes prennent plaisir à railler et à médire, et les autres sont délicates jusquesà l'excès, et sensibles à la plus petite parole qui les tonche. De tout cela, et de bien d'autres caractères tout opposés , naît une contrariété naturdle qui demande une attention infinie pour en arrêter les filcfaeux effets. Si Ton ne vivoit pas ensemble, ou qu'on ne se vtt que très rarement , cette contrariété seroit moins à craindre ; miais quand des personnes oat tous les Jours à se parler, à converser, à traiter les unes avec les autres ; quand tous les jours elles se rencontrent dans les mêmes offices , les mêmes fonctions , et à côté l'une de l'antre , n'estce pas un miracle de la grâce, si elles se tiennent toujours dans un

Page 1